Retour accueil

Une histoire de la famille d'Yves Cordelle: Jean Cordelle (1898-1984), Simone Hausermann (1898-1987), et leurs enfants, pendant la guerre 39-45 et jusqu'en 1953, date de la rencontre de Claude Rougier

Résumé du chapitre 7


Pendant l'hiver 38-39, Jean et Simone Cordelle étaient (depuis 1928) à Rosario en Argentine avec Yves, âgé de 8 ans. La famille Hausermann se trouvait aussi à Rosario, depuis 1931.

Les frères d'Yves, François et Michel, âgés de 17 et 16 ans, étaient en France depuis 1935, chez leur grand-mère Hélène Cordelle (Bonne-Maman), au 6, avenue Dode de la Brunerie, près de la Porte de Saint-Cloud.
Ils allaient au Lycée Janson et y retrouvaient leurs cousins Chedal qui habitaient à Passy, au 27, avenue de Lamballe.
Pour leurs vacances ils se retrouvaient tous au château de leur grand-mère maternelle Marguerite George-Hauserman (Nany) à Vierville.

Depuis la prise du pouvoir de Hitler, toutes les lettres conservées montrent la prise de conscience progressive que la guerre était inévitable. Les parents Cordelle ne voulaient pas être séparés de leurs enfants, ils ne voulaient pas non plus faire revenir leurs 2 aînés en Argentine, conscients que cela signifierait probablement une expatriation définitive. Ils ont donc décidé de rentrer en France.

En Juillet 1939, Jean et Simone Cordelle, et Yves, sont donc revenus définitivement d'Argentine, où ils ont retrouvés leurs 2 fils aînés à Vierville pendant l'été 1939.

La guerre est survenue à partir du 1er septembre 1939.
Jean Cordelle a été mobilisé et envoyé en Lorraine, dans les Transmissions, puis à partir de mars 40 à Montreuil-Bellay, pour l'industrie d'armement.
Georges Chedal a été également mobilisé et envoyé en Tunisie pour des travaux militaires à Bizerte.
Philippe Chedal (21 ans) a été mobilisé dans le Génie et a fait son instruction à Verneuil.

Paris étant évacué par crainte des bombardements, tous les lycées parisiens étaient fermés et Coutances était une possibilité proche de Vierville où Nany s'était repliée aussi, avec Marthe, sa femme de chambre.
Donc à partir d'octobre 1939 et pour toute l'année scolaire, les familles Cordelle et Chedal se sont installées, entassées, à Coutances, où se trouvaient des classes de préparation aux Grandes Écoles que suivaient Jean-Pierre Chedal (19 ans), François (18 ans) et Michel (17 ans).
Yves avait  9 ans et il est entré en 6ème. Dans la confusion ambiante, il a réussi de justesse l'examen d'entrée. (Il était trop jeune de 2 ans et cela a pesé sur sa vie de lycéen pendant des années, jusqu'au bac, pratiquement. Comme il n'avait jamais été en classe, le dépaysement était profond
).
Brigitte Chedal (13 ans) est aussi allée au lycée de Coutances.

Voici les lettres de Nany et Simone de Septembre 1939 (page 7101), adressées aux Hausermann en Argentine, qui racontent les préoccupations de tous: la mobilisation, le 1er mois de la "drôle de guerre", la fin des vacances à Vierville (achèvement par les 4 garçons du canoë), les difficultés de l'installation à Coutances:

Les albums de photos de Simone Cordelle et de Michel sont reproduits ici:
Séjour à Coutances (page 711)
A la plage et dans les dunes de Régnéville (page 712)
Les périodes de neige de février 1940 (page 713) à Coutances et ses environs
Aux environs de Coutances (page 714)
La cathédrale de Coutances (page 715)
Les excursions aux environs de Coutances (page 716)
Le service militaire de Jean Cordelle pendant la drôle de guerre (page 717)

Voici les lettres de Nany correspondant à son séjour à Vierville d'Octobre 1939 à mars 40: la famille était à Coutances, la "drôle de guerre" continuait, nouvelles bonnes et souvent mauvaises de tous et des mobilisés, les études des enfants, la vie à Vierville, le mauvais temps d'hiver:

lettres de Nany aux Hausermann en Argentine: octobre 1939 (page 7102)
novembre 1939 (page 7103)
décembre 1939 (page 7104)janvier 1940 (page 7105)
février 1940 (page 7106)
mars 1940 (page 7107)

A partir d'avril 1940, la "drôle de guerre" s'est transformée en "guerre-éclair", invasion de la Norvège, et en mai, invasion de la France, les lettres de Nany montrent en détail ses réactions à ces évènements difficiles: pendant la bataille de Norvège, Nany a écrit aux Hausermann en Argentine: lettre de Nany en avril 1940 (page 7108)

En mai 1940, pendant la bataille de France, lettres de Nany et Simone aux Hausermann en Argentine, mai 1940, (page 7109)

L'invasion allemande est survenu brutalement au printemps 1940 et a surpris tout le monde. Le 17 juin, les voitures et les chars de la 7ème division Panzer de Rommel ont traversé Coutances en venant du Sud, poursuivant les Anglais qui roulaient quelques heures plus tôt, à toute allure pour se rembarquer à Cherbourg. Il n'y avait plus d'armée française. De Gaulle est passé assez inaperçu les premiers jours. L'armistice de Pétain était un peu un soulagement désespéré. Tout avait été préparé, bagages, voitures pour fuir vers le sud au matin du 18 juin. Mais c'était trop tard et dans l'inquiétude, seuls les trois grands garçons sont partis à pied pour essayer de trouver un embarquement pour l'Angleterre. Ils ont fait 50 km vers Avranche, et sont revenus, n'ayant pas trouvé de fuite possible.

Et puis les Allemands se sont avérés "corrects", ils avaient des ordres stricts pour celà, et la peur s'est estompé progressivement.

Au début de l'occupation, à Vierville, Nany a écrit encore quelques lettres qui sont arrivées en Argentine, sans que nous sachions exactement comment, probablement en profitant de l'inorganisation du contrôle Allemand les premières semaines: lettres de Nany en juin 1940 aux Hausermann en Argentine (page 7201)

A partir de juin 1940, l'Armistice a permis la démobilisation de Georges Chedal, Jean Cordelle et Philippe, qui sont rentrés progressivement à Paris et à Vierville (cas de Philippe), en même temps que le reste des familles.
Nany est restée avec Marthe à Vierville. Sa présence a certainement évité la réquisition complète du château. Voir à ce sujet les dernières lettres de Nany et Jean Cordelle adressées aux Hausermann de août 40 à décembre 40 (page 7202)


La vie a repris,
les 3 grands, Jean-Pierre, François et Michel sont partis pour passer les oraux de concours à Toulouse en juillet-août 40. Ils y ont été hébergés par une famille amie, les Matusek. Avant leur retour vers la Normandie puis Paris à la fin de l'été 1940, ils ont passés alors plusieurs semaines dans les Pyrénées, puis ont fait des haltes dans la vallée de la Loire. L'album de photos rappelle ces séjours de l'été 1940 dans le Sud et le Centre de la France:les trois grands ont passé les oraux des concours à Toulouse, puis sont revenus à Paris pour l'année scolaire 40-41 (ils ont été reçus en 1941 : François à l'X, école repliée à Lyon, Michel à Navale, repliée à Toulon). Jean-Pierre est entré à Centrale à Paris dès 1940, car c'était une école civile qui pouvait donc rester en zone occupée. 

Jean-Pierre, François et Michel dans les Pyrénées(page 7211)
avec les Matusek (page 7212)
dans la Montagne Noire (page 7213)
sur les bords de la Loire (page 7214)   lors de leur retour vers Vierville en septembre 40

A la rentrée de 1940, la famille est revenue à Paris, les Cordelle ont loué au 27 avenue de Lamballe un grand appartement sur 2 étages, aux 7ème et 8ème. Les Chedal se sont réinstallés dans leur appartemment du 4ème. Jean-Pierre a intégré Centrale alors que François refaisait une classe de Spéciale au lycée Janson, avec Michel qui n'avait pu passer le concours de Navale, annulé. Brigitte est allée au lycée Molière. Yves est entré en 5ème au Petit Lycée Janson-de-Sailly.
(séjour à Paris, années 1940-41-42, page 724)

Des lettres de Jean Cordelle aux Hausermann en Argentine, donnaient quelques nouvelles de France, mais on n'en a que des brouillons, sont-elles arrivées? C'est peu probable, car nous n'avons pas trouvé les originaux dans les archives des Hausermann.
lettre de Jean C. 24 sept 40 (page 7202)
lettre de Toutouni 30 nov 40 (page 7203)
lettre de Jean C. 18 déc 40 (page 7202)

Nany restée à Vierville, y est morte en février 41 (page 723) sans que l'on connaisse exactement la nature de sa maladie, qui se traduisait depuis longtemps par une forte anémie.
Philippe est resté à Vierville plusieurs années, en convalescence d'une grave pleurésie, contractée pendant ses dernières semaines à l'armée.

A signaler les lettres échangées pendant la guerre entre Me Pommier notaire à Trévières et Jean Cordelle (page 7226) qui sont assez instructives sur certaines des difficultés de l'époque.
Voici aussi quelques rares lettres échangées avec les Hausermann en Argentine:
lettre de Toutouni 12 février 41 (page 7203)
lettre de Jean C. 29 mars 41 (page 7221)
lettre de Jean C. 13 oct 41 (page 7222)
lettre de Toutouni 20 févr 42 (page 7223)
lettre de Papa févr 42 (page 7224)
lettre de Papa 3 déc 43 (page 7225)

Aux concours de 1941, François a été reçu à l'X et Michel à Navale. Les 2 frères sont alors partis en zone libre:
François à Villeurbanne pour l'X, devenue école "civile" repliée de Paris (page 725)
, promotion 41
Michel à Toulon pour l'Ecole Navale, (page 726) , repliée de Brest, promotion 41
En 1941, 42 et 43, Yves a toujours été à Vierville pour les vacances (page 727) .
Papa a été plusieurs fois en zone libre pour les affaires Hersent, et même en Espagne et à Ténérife. Ces voyages ont facilité les quelques rares contacts épistolaires avec les Hausermann en Argentine.

1941-42

Paris était très vide (pancartes "à louer" partout), les Chedal étaient toujours au 4ème gauche, à coté du 4ème droite, appartement de Nany qui était restée à Vierville, avec Philippe. Les Cordelle ont trouvé à louer le 7ème / 8ème étage droite, avec une terrasse
avec vue magnifique sur Paris, de la Tour Eiffel à la banlieue Sud, avec le Sacré-Cœur, le Grand Palais, Notre-Dame, Vincennes, le Panthéon, St Sulpice etc…). Cet appartement a été acheté plus tard en 1942 ou 43. Les voitures (les 2 402 Peugeot des Cordelle et des Chedal, ont été mise sur cale cachées dans la cave et ont ainsi échappé aux réquisitions, il n'y avait plus d'essence sinon pour des prioritaires. Quatre fois par jour, les enfants faisaient le trajet du lycée (17 minutes à pied pour Janson, en marchant vite). 

La vie s'est organisé peu à peu, le ravitaillement complémentaire venait souvent par la poste (ou par colis aux Chemins de Fer) de Vierville : beurre, œufs, légumes, pommes de terre, lapins. On faisait venir aussi du bois pour se chauffer et on a tué une fois un cochon clandestinement derrière le château. Des denrées viennent aussi du Blanc, où les bureaux des Hersent étaient installés en zone libre ou "zone nono", c'est à dire non occupée. Il y a toujours eu du gaz en ville, souvent sous pression réduite, avantage des étages supérieurs. Les coupures d'électricité ont été de plus en plus fréquentes et l'ascenseur bien vite arrêté (il y avait sept étages…).

On a toujours été passer les vacances à Vierville (15 jours à Noël et Pâques, 2 1/2 mois l'été). Mais à partir de mai 43, l'accès à la plage était devenu interdit. A vrai dire, l'accès dans les 20 km de la zone côtière était aussi interdit aux "non-résidents", mais on a toujours pu tourner ce règlement avec des cartes d'identité locales fournies par le Maire. Les occupants Allemands n'étaient pas dupes mais plutôt arrangeants ou indifférents. 

Le train a toujours fonctionné de Paris à Bayeux : lent (5 à 6 h) et rare (1 par jour à la fin) et la poste aussi (très bien, surtout pour les lettres, délais 24 h presque toujours). Le téléphone interurbain n'existait pas, mais le télégraphe marchait convenablement (par porteur, c'était plus rapide qu'actuellement si on n'a pas de téléphone). 

1943

A partir de fin 42, après l'occupation de la zone "nono" et les premières défaites allemandes dans le monde, la vie est devenue un peu plus compliquée. Tous les grands ont échappés par chance au STO (Service du Travail Obligatoire, en Allemagne). François était à l'X puis à l'Ecole des Télécom à Paris, soit en camps de jeunesse pendant les vacances. Michel était à Navale jusqu'au 25 novembre 42 (prise de Toulon et sabordage de la flotte), puis prisonnier quelques jours, ensuite libéré et envoyé à l'école Sup Elec à Paris,  enfin fin 43 dans la "Gendarmerie Maritime Légère", casernée à Gourdon (dans le Lot, bien loin de la mer).

En 1943 (page 728), la France a été réunifiée par l'occupation de la zone libre (11 novembre 1942), les 4 grands cousins se sont retrouvés à Paris, François terminant l'X puis faisant les Télécom à Paris et Michel allant à Sup Elec. Ils ont évité ainsi le STO (Service du Travail Obligatoire) en Allemagne.
Ils ont fait alors des projets d'avenir, malgré la guerre: fiançailles des 4 cousins, et même mariage de Jean-Pierre (page 729), à Paris.
Les appartements parisiens (au 27 av de Lamballe) des Cordelle et des Chedal ont été achetés cette année là au propriétaire qui avait tout mis en vente.

1944

En février 44, les choses ont changé rapidement en Normandie. Les Allemands s'attendaient au débarquement mais ne savaient pas où ni quand. Rommel, de retour d'Afrique, où il avait brillamment commandé l'Afrika Korp a été nommé à l'Ouest  et a inspecte les côtes normandes (le 29 janvier 44 à Vierville). Il a ordonné le renforcement immédiat des défenses du Mur de l'Atlantique. Voir  En 1944 (page 731)

A Vierville, cela s'est vu fin février, les Allemands font savoir au maire, Mr.Leterrier, qu'ils avaientt besoin de tout le château pour loger les hommes de l'organisation Todt qui arrivaient dans trois jours. On a eu trois jours pour vider le château (occupé jusque là par seulement 1 ou 2 officiers et leurs ordonnances) et laisser la place. C'est par centaines de m3 que se chiffrait le volume à déménager ou à abandonner. 
Avertis par télégramme à Paris, Simone Cordelle, Georges et  Suzanne Chedal ont sauté dans le premier train pour Bayeux et sont arrivés le soir à Vierville par la voiture postale (ni taxi, ni autobus). Ils ont trouvé au château un spectacle extraordinaire. Le maire et la population n'avaient pas attendus, ils étaient tous là en train de déménager les meubles dans des dizaines de charrettes agricoles, au milieu d'un grand désordre d'ailleurs. 
Voir les lettres de Maman les 1er et 2 mars 44 (page 7301)

Le maire avait mis à disposition le presbytère et de son coté à Paris, avec l'aide des Hersent, Jean Cordelle a expédié un camion de déménagement miraculeusement trouvé. On y a placé tous les mobiliers de valeur, qui ont été entreposés au 4ème droite, dans l'appartement de Nany. Les cuivres ont été placés dans la vieille tour de l'Abbé Edgeworth (qui a été détruite le 6 juin et tout a disparu). Des bibelots divers ont été murés dans une partie du grenier (mais les occupants successifs ont trouvé la cachettet et tout a disparu aussi). Le reste a été transporté au presbytère qui était vide et a été plus tard bien endommagé par la pluie car le 6 juin 44, des obus qui visaient le clocher, ont crevé le toit. 

Le délai de trois jours a été tenu, grâce à l'aide de tous et  la solidarité du village. La cave à vins a été distribuée en bonne partie aux déménageurs. 

Quatre mois après, le 6 juin 44, c'était le débarquement. A Paris on a ainsi été coupé de la Normandie tout l'été. On a cependant eu les premières nouvelles de Vierville le 1er juillet 1944,  jour du mariage (page 732) à Paris de François avec Nicole Le Mée, la belle-fille de Gabriel Dessus remarié vers 1932 à Colette Dessus ("Tante Colette").  Voir la lettre Leterrier datée de Caen le 23 juin 44 (page 7302)
Pierre-Antoine, né en mars 44, a été le premier arrière-petit fils de Nany.

Début Août 44, Yves et ses parents ont passé quelques jours à la campagne à Vaux-sous-Chamigny, dans l'Est de Paris. Voir Vaux-sous-Chamigny (page 733). Les combats approchaient, et on voyait tous les jours des chasseurs bombardiers P47 Thunderbold et P51 Mustang de l'US Air Force qui rôdaient à l'affût des locomotives ou des camions à attaquer. On a vu des trains de chars Allemands sortant d'usine, qui roulaient vers l'Ouest. De temps en temps, des escadres de bombardiers lourds américains suivis par les flocons noirs de la DCA passaient au dessus de Paris. Partout des bandes de papiers argentés tombaient du ciel : des leurres antiradar. On ramassait souvent dans les rue des éclats d'obus de DCA.


Dans les premiers jours d'août, la percée des Américains vers la Bretagne et la Loire nous a incité à quitter Vaux-sous-Chamilly (après une petite semaine)
pour rentrer à Paris de peur de se faire précéder  par les Américains qui avancaient très rapidement à travers la Normandie, la Bretagne et le Maine. Le retour s'est fait partie à vélo, partie à pied (on avait 2 vélos pour 3), et la fin en camion-stop (sans rencontrer de chasseurs-bombardiers) jusqu'au métro de Pantin. C'était vers le 10/15 août. 


A Paris, il y avait alors des alertes tous les jours, Yves se souvient de n'être descendu que très rarement à la cave (par exemple la nuit du bombardement de la gare de triage de La Chapelle, en mars 44, c'était à 5 km, mais les bombes détruisants les immeubles faisaient un bruit terrible, surtout celui des effondrements, et on avait peur). On avait aussi le sentiment que dans ce quartier du 16ème arrondissement, nous ne serions pas visés. C'était vrai, mais était-ce bien prudent ? On avait tout préparé, la petite valise de cuir, marquée YC, cadeau de départ des Tonazzi en Argentine, avec toutes les valeurs importantes à sauver. 

Le 25 août, ce la a été la Libération, mais on ne sortait pas de la maison depuis déjà huit jours, par prudence. On entendait les tirs, on voyait de la terrasse le Grand Palais qui brûlait, les avions US qui circulaient en grand nombre, on a appris à les reconnaître à leur seul bruit : les Dakota de transport, les Piper Cub d'observation, les chasseurs Mustang, Thunderbolt, Lightning (ceux qui font un bruit sifflant, avec deux queues), les bombardiers moyens Marauder, les lourds Flying Fortress et Liberator, les Beechcraft de liaison, les DC4 long courriers, etc… 
Le premier Allié que l'on a vu était dans une curieuse auto décapotée qui s'est arrêtée en face, rue du Colonel Bonnet, c'était une Jeep, on n'en avait jamais vu encore et son nom était pour nous encore inconnu

De la terrasse on voyait les petits Piper Cub d'observation passer lentement entre les jambes de la Tour Eiffel, mais un jour Yves a même vu un chasseur Thunderbolt faire ce passage à 300 km/h ! 


En septembre 44 seulement, George et Brigitte Chedal ont pu se procurer de l'essence et aller à Vierville (page 734) pour la première fois, voir dans quel état est le château. Il était un peu endommagé (2 obus dans la toiture) et occupé par un hôpital américain. L'oncle George et Brigitte ont logé dans une ferme voisine (ferme Auvray) où ils ont déménagé le mobilier du presbytère qui n'avait plus de toit. Ils ont rapporté à Paris des nouvelles et des images étonnantes des villages normands vieillots vivant au contact de la super puissance américaine et son cortège de moyens et de gaspillages dont les paysans ont fait un pactole, eux qui depuis de siècles étaient habitués à ne rien jeter, et encore moins depuis les restrictions de la guerre. 
Yves et ses parents y été à leur tour en octobre, puis en décembre (page 734) avec la 402 remise sur ses roues (on pouvait se ravitaillait en essence le long de la route avec les fuites du pipe-line US qui s'étendait de la  Normandie à la Lorraine). En décembre, le château était toujours occupé par l'hôpital US, mais les débarquements étaient devenus rares, et la plage était toujours interdite aux civils. Il a fallu attendre mars 45  pour aller y prendre les premières photos. 

Après la libération de Paris, les parents Cordelle et Yves sont retournés quelques jours mais c'est un hôpital Américain qui les a reçu un jour à déjeuner dans "notre" château. Ce n'est qu'en mars 46,que nous avons pu réintégrer le château, finalement abandonné par les Américains, et en triste état. Et nous avons reçu enfin quelques nouvelles d'Argentine, encore par des voies très détournées et avec beaucoup de retards:
lettre de Toutouni 13 mai 44 (page 7303)
lettre de Toutouni 20 nov 44 (page 7304)

1945

A Paris, en 44:45, Yves était en classe de 1ère. François était aux Télécom, Michel était embarqué sur le CH106 un petit chasseur de sous-marins type SC donné par les américains à la marine française. Il y faisait la chasse aux mines dans le golfe de Gènes et sur la Côte d'Azur. Il s'est marié en 1945. 

Dans les années qui ont suivi, la vie normale a repris très progressivement, et très lentement. Les cartes de pain n'ont disparu qu'en 1948. 

En 1945 (page 741), mariages de Philippe et Michel, naissance de Patrice, Bruno et Jean II. Vierville est redevenu un lieu de vacances,
Les contacts avec les Hausermann ont repris progressivement (page 742).
Voici les lettres de 1945:
lettre de Jean C. 29 janv 45 (page 7401)
lettre de Jean H. 15 mars 45 (page 7402)
lettre de Jean et Simone C. du 30 avril 45 (page 7403)
lettre de Jean H. 17 mai 45 (page 7404)
lettre de Jean H. 8 juin 45 (page 7405)
lettres de Jean et Simone C. du 22 juillet 45 (page 7406)
lettres de Sim. C. 8/8 au 3/9 45 (page 7407)
lettres de Sim. C; 8/9 au 17/12 45 (page 7408)
lettre de Jean H. 1er oct 45 (page 7409)
lettre de Jean C. 25 oct 45 (page 7409)
lettre de Jean H. 21 déc 45 (page 7501)

1946

En 1946 (page 751), et les années suivantes, les arrière petits enfants de Nany ont été de plus en plus nombreux.
A Paris, Brigitte s'est mariée avec Jacques Barnichon.
 

A Vierville (page 752), les Hausermann sont revenus d'Argentine en été 46 pour un court voyage, le partage de la succession de Nany a été fait et c'est eux qui ont gardé le château. Mais ils ont dû repartir au bout de quelques mois à Buenos-Aires. Yves a retrouvé son cousin Jean-Paul après sept ans de séparation, ils étaient devenus presque adultes et leurs relations avaient changé. 
Jean Hausermann ayant gardé le château, son mobilier a été en grande partie partagé entre les Cordelle et les Chedal. Pour rester dans le Bessin, les Cordelle ont acheté en 1948 la propriété du Prieuré à St-Laurent et les Chedal une autre propriété à Colleville. 

Jean-Paul est revenu en France en 1948 pour ses études à Beauvais, ses parents et Jean-Louis ne se sont réinstallés en France que vers 1950.

lettres de Jean C. des 23 février et 4 mai 46 (page 7501)
lettres de Jean H. des 12 et 26 avril 46 (page 7501)
lettres de Sim. C.des 15 au 18/4/46 (page 7502)
lettres de Sim. C. des 19 au 22/8/46 (page 7503)

1947

En 1947, les parents Cordelle ont commencé toute une série de séjours à Buenos-Aires (page 761),
séjours de six mois par an, à Buenos Aires, pour s'occuper des affaires Hersent d'Argentine qui marchaient moins bien qu'avant guerre. La dictature de Peron et sa démagogie avaient ruiné un pays enrichi pendant les années de guerre par des exportations agricoles. Ils ont retrouvé les Hausermann à Buenos-Aires.

Yves était donc souvent seul avenue de Lamballe. Il n'a pas de très bons souvenirs de ses années d'étudiants, des souvenirs d'un stress permanent: la Taupe, l'Ecole Polytechnique, le service militaire à Salon (Ecole de l'Air) et à Toul (15ème Régiment du Génie de l'Air) et l'Ecole des Ponts. 

A 23 ans, il a rencontré Claude Rougier et s'est marié en 1954. Cela a changé complètement sa vie. Trente quatre ans plus tard, Claude, sur le point de mourir, a dit "un immense bouquet de fleurs". Claude est maintenant dans le cimetière de Vierville.


lettre de Jean C. , 22 août 1947 et 21/11/47 (page 760)
lettre de Jean H. du 30 août 1947 (page 760)

Pendant ce temps, en France, en 1947, les petits enfants grandissaient (page 762)
et allaient encore en été au château de Vierville(page 763), qui appartenaient maintenant aux Hausermann, en attendant de s'installer à St-Laurent pour les Cordelle et à Colleville pour les Chedal. Ce sera fait en 1948 et 49.

1948

En été 1948, (page 771), quelques vues de la famille encore à Vierville, et les premières photos du Prieuré à St Laurent, qui venait d'être acheté par les parents Cordelle.
En 1948, à Paris (page 772)
, quelques vues des petits enfants sur la terrasse de l'avenue de Lamballe.
Mariage d'Antoinette Dupuis avec Pierre Margottat et de Jean Dupuis avec Bernadette.
Cette même année 48, les Hausermann étaient toujours en Argentine, (page 773), où Jean et Simone Cordelle les retrouvaient à l'occasion de leurs voyages là-bas.
1948, (page 774) voyages des Cordelle aux USA (mission à Peoria, usines Caterpillar), au Maroc (visite aux Emile Hausermann), en Uruguay (retour au Riachuelo).

1949
Pour Yves, concours de l'X, puis début de sa 1ère année à l'école Polytechnique
1949 à Paris (page 781), Jean-Paul est revenu en France pour ses études, photos de famille diverses, premières photos d'Yves en polytechnicien.
1949, Michel était en Indochine, page 782.

1949, été à Vierville, (page 783)
, famille, première vache de Jean-Paul, excursion à Cherbourg (le "Missouri").

1950 et 1951
Pour Yves, à partir d'octobre 50, 2ème année de Polytechnique
1950, Paris, (page 791), Yves à Polytechnique, Paris, voyage en Belgique, Ecole Royale Militaire, Bruxelles, Journée Sportive Polytechnicienne.
Fin 1949-début 1950, Yves en Autriche, (page 792)
, ski avec des polytechniciens en Autriche, Zell-am-See, Zwiezelstein.
1950, à Saint Laurent, (page 793)
, photos familliales, mariage de la fille d'Edmond Jean, pointe du Hoc.
mars 1950, voyage en Algérie, (page 794), Alger, Kabylie, chantier EGA de l'oued Agrioun.
1950-51, famille François (page 795)
, Alger, Valcros.
1950-51, famille Michel, (page 796), baptême d'Agnès à Paris, Oran.
1950-51, Argentine, (page 797), Jean et Simone Cordelle à Buenos-Aires, les Hausermann.
1951, Yves à Polytechnique, (page 801), Paris, pélérinage de Chartres, Bourges (Ecole du Matériel Militaire).
Achat par Yves d'une motobécane 125cc au début de 1951, avec ses premières payes.
(les polytechniciens n'étaient payé réellement qu'à partir de la fin de la durée légale du service militaire, c'est à dire pour Yves en octobre 50)

Fin 50-début 1951, sports d'hiver en Autriche, Sölden (ou Saalbach?) (page 802), avec des élèves de Polytechnique.
Hiver 1951, voyage d'Yves en Allemagne (page 803)
, encore en ruine depuis la guerre, Munich, Nuremberg, Mayence, Berlin
1951, voyage d'Yves en Allemagne, (page 804), Ecole d'Application de l'Artillerie, à Idar-Oberstein.
Printemps 1951, voyage d'Yves en Bretagne (page 805)
.
Eté 1951, voyage d'Yves en Alsace, (page 806)
Strasbourg, les Vosges.
Eté 1951, voyage d'Yves en Norvège, Kristiansand, (page 807), la Mission Universitaire Française.
Eté 1951, suite voyage à travers la Norvège, (page 808)
, Oslo, les fjords, retour par Copenhague


Automne 1951, et années 52 et 53, pour Yves
A partir d'octobre 51, 1 an de service militaire: sous-lieutennant du corps des officiers des Bases de l'Air (en fait du Génie). D'abord 2 mois à l'école de l'Air de Salon-de-Provence, puis 10 mois à Toul:
1951-52, Séjour à Toul, (page 811), au 15ème génie, logé en ville
Noël 1951, vacances à Toulon, (page 812)
1952, tourisme en Lorraine et Alsace, (page 813)

A partir d'octobre 52, pour Yves, 2 ans à l'Ecole des Ponts et Chaussées, (jusqu'en juin 54).
Etés 1952 et 53 en Normandie, (page 814)
1952 et 53 à Paris (page 815)
Automne 1952, (page 816), tourisme en Champagne et en Belgique (Ardennes, Bruxelles, Gand)
Années 1952-53, (page 817), première année d'Yves à l'école des Ponts et Chaussées
Argentine 1952-53, (page 818)

Le chanoine Weill (page 819)
Décembre 1952, (page 820), ski à Gunzesried
en Forêt Noire, rencontre Franco-Allemande
Eté 1953, (page 821), rencontre Franco-Allemande à Vézelay
En automne 1953, Yves a fait la connaissance de Claude Rougier dans les réunions de la MUF (Mission Universitaire Française), une association qui organisait des voyages culturels d'étudiants à l'étranger.

Jean et Simone Cordelle ont vécu longtemps après le mariage de leurs trois enfants. Ils ont vu naître leurs petits enfants et beaucoup de leurs arrières petits enfants. A la retraite, ils se sont installé en Provence. Une vie complètement nouvelle en 1964, dans une maison qu'ils ont fait construire au Brûlat du Castellet près de Toulon. Ils sont restés attachés à la Normandie et y ont consacré tous leurs étés, mais l'hiver ne pouvait être supporté par Simone que dans le Midi. Elle avait une sorte d'emphysème, de bronchite chronique. 
Jean est mort accidentellement en juillet 1984 à 85 ans, au carrefour de Formigny, sa voiture heurtée par un camion. 

Simone l'a suivi trois ans après, à 88 ans, le 5 mai 1987 au Brûlat. 

Ils reposent maintenant au cimetière de St Laurent, mais leur esprit vit toujours parmi nous, comme celui de tous ceux qui les ont précédés.