Pendant l'hiver 38-39, Jean
et Simone Cordelle étaient (depuis 1928) à Rosario
en Argentine avec Yves, âgé de 8 ans. La
famille Hausermann se trouvait aussi à Rosario,
depuis 1931.
Les frères d'Yves, François et Michel, âgés
de 17 et 16 ans, étaient en France depuis 1935, chez
leur grand-mère Hélène Cordelle (Bonne-Maman),
au 6, avenue Dode de la Brunerie, près de la Porte
de Saint-Cloud.
Ils allaient au Lycée Janson et y retrouvaient leurs
cousins Chedal qui habitaient à Passy, au 27, avenue
de Lamballe.
Pour leurs vacances ils se retrouvaient tous au château
de leur grand-mère maternelle Marguerite George-Hauserman
(Nany) à Vierville.
Depuis la prise du pouvoir de Hitler, toutes les lettres conservées
montrent la prise de conscience progressive que la guerre
était inévitable. Les parents Cordelle ne voulaient
pas être séparés de leurs enfants, ils
ne voulaient pas non plus faire revenir leurs 2 aînés
en Argentine, conscients que cela signifierait probablement
une expatriation définitive. Ils ont donc décidé
de rentrer en France.
En Juillet 1939, Jean et Simone Cordelle, et Yves, sont
donc revenus définitivement d'Argentine, où
ils ont retrouvés leurs 2 fils aînés à
Vierville pendant l'été 1939.
La guerre est survenue à partir du 1er septembre
1939.
Jean Cordelle a été mobilisé et envoyé
en Lorraine, dans les Transmissions, puis à partir
de mars 40 à Montreuil-Bellay, pour l'industrie d'armement.
Georges Chedal a été également mobilisé
et envoyé en Tunisie pour des travaux militaires
à Bizerte.
Philippe Chedal (21 ans) a été mobilisé
dans le Génie et a fait son instruction à
Verneuil.
Paris étant évacué
par crainte des bombardements, tous les lycées parisiens
étaient fermés et Coutances était une
possibilité proche de Vierville où Nany s'était
repliée aussi, avec Marthe, sa femme de chambre.
Donc à partir d'octobre 1939 et pour toute l'année
scolaire, les familles Cordelle et Chedal se sont installées,
entassées, à Coutances, où se trouvaient
des classes de préparation aux Grandes Écoles
que suivaient Jean-Pierre Chedal (19 ans), François
(18 ans) et Michel (17 ans).
Yves avait 9 ans et il
est entré en 6ème. Dans la confusion ambiante,
il a réussi de justesse l'examen d'entrée. (Il
était trop jeune de 2 ans et cela a pesé sur
sa vie de lycéen pendant des années, jusqu'au
bac, pratiquement. Comme il n'avait jamais été
en classe, le dépaysement était profond).
Brigitte Chedal (13 ans) est aussi allée au lycée
de Coutances.
Voici les lettres
de Nany et Simone de Septembre 1939 (page 7101),
adressées aux Hausermann en Argentine, qui racontent
les préoccupations de tous:
la mobilisation, le 1er mois de la "drôle de guerre",
la fin des vacances à Vierville (achèvement
par les 4 garçons du canoë), les difficultés
de l'installation à Coutances:
Les albums de photos de Simone
Cordelle et de Michel sont reproduits ici:
Séjour à
Coutances (page 711)
A la plage et
dans les dunes de Régnéville (page 712)
Les
périodes de neige de février 1940 (page 713)
à Coutances et ses environs
Aux environs de
Coutances (page 714)
La cathédrale
de Coutances (page 715)
Les
excursions aux environs de Coutances (page 716)
Le service militaire de
Jean Cordelle pendant la drôle de guerre (page 717)
Voici les lettres de Nany correspondant
à son séjour à Vierville d'Octobre
1939 à mars 40: la famille était à
Coutances, la "drôle de guerre" continuait,
nouvelles bonnes et souvent mauvaises de tous et des mobilisés,
les études des enfants, la vie à Vierville,
le mauvais temps d'hiver:
lettres de Nany
aux Hausermann en Argentine: octobre 1939 (page 7102)
novembre
1939 (page 7103)
décembre
1939 (page 7104)janvier
1940 (page 7105)
février 1940 (page
7106)
mars 1940 (page 7107)
A partir d'avril 1940, la
"drôle de guerre" s'est transformée
en "guerre-éclair", invasion de la Norvège,
et en mai, invasion de la France, les lettres de Nany montrent
en détail ses réactions à ces évènements
difficiles: pendant la bataille de Norvège,
Nany a écrit aux Hausermann en Argentine: lettre de
Nany en avril 1940 (page 7108)
En mai 1940, pendant la bataille
de France, lettres
de Nany et Simone aux Hausermann en Argentine, mai 1940, (page
7109)
L'invasion allemande
est survenu brutalement au printemps 1940 et a surpris tout
le monde. Le 17 juin, les voitures et les chars de la 7ème
division Panzer de Rommel ont traversé Coutances en
venant du Sud, poursuivant les Anglais qui roulaient quelques
heures plus tôt, à toute allure pour se rembarquer
à Cherbourg. Il n'y avait plus d'armée française.
De Gaulle est passé assez inaperçu les premiers
jours. L'armistice de Pétain était un peu un
soulagement désespéré. Tout avait été
préparé, bagages, voitures pour fuir vers le
sud au matin du 18 juin. Mais c'était trop tard et
dans l'inquiétude, seuls les trois grands garçons
sont partis à pied pour essayer de trouver un embarquement
pour l'Angleterre. Ils ont fait 50 km vers Avranche, et sont
revenus, n'ayant pas trouvé de fuite possible.
Et puis les Allemands
se sont avérés "corrects", ils avaient des ordres
stricts pour celà, et la peur s'est estompé
progressivement.
Au début de l'occupation,
à Vierville, Nany a écrit encore quelques lettres
qui sont arrivées en Argentine, sans que nous sachions
exactement comment, probablement en profitant de l'inorganisation
du contrôle Allemand les premières semaines:
lettres de Nany en juin 1940
aux Hausermann en Argentine (page 7201)
A partir de juin 1940, l'Armistice
a permis la démobilisation de Georges Chedal, Jean
Cordelle et Philippe, qui sont rentrés progressivement
à Paris et à Vierville (cas de Philippe), en
même temps que le reste des familles.
Nany est restée avec Marthe à Vierville. Sa
présence a certainement évité la réquisition
complète du château. Voir à ce sujet les
dernières lettres
de Nany et Jean Cordelle adressées aux Hausermann de
août 40 à décembre 40 (page 7202)
La vie a repris, les
3 grands, Jean-Pierre, François et Michel sont partis
pour passer les oraux de concours à Toulouse en juillet-août
40. Ils y ont été hébergés par
une famille amie, les Matusek. Avant leur retour vers la Normandie
puis Paris à la fin de l'été 1940, ils
ont passés alors plusieurs semaines dans les Pyrénées,
puis ont fait des haltes dans la vallée de la Loire.
L'album de photos rappelle ces séjours de l'été
1940 dans le Sud et le Centre de la France:les
trois grands ont passé les oraux des concours à
Toulouse, puis sont revenus à Paris pour l'année
scolaire 40-41 (ils ont été reçus en
1941 : François à l'X, école repliée
à Lyon, Michel à Navale, repliée à
Toulon). Jean-Pierre est entré à Centrale à
Paris dès 1940, car c'était une école
civile qui pouvait donc rester en zone occupée.
Jean-Pierre, François et Michel dans
les Pyrénées(page 7211)
avec les Matusek
(page 7212)
dans la Montagne Noire
(page 7213)
sur les bords de la Loire (page
7214) lors de leur retour vers Vierville
en septembre 40
A la rentrée de 1940,
la famille est revenue à Paris, les Cordelle ont loué
au 27 avenue de Lamballe un grand appartement sur 2 étages,
aux 7ème et 8ème. Les Chedal se sont réinstallés
dans leur appartemment du 4ème. Jean-Pierre a intégré
Centrale alors que François refaisait une classe de
Spéciale au lycée Janson, avec Michel qui n'avait
pu passer le concours de Navale, annulé. Brigitte est
allée au lycée Molière. Yves est entré
en 5ème au Petit Lycée Janson-de-Sailly.
(séjour à Paris, années 1940-41-42, page
724)
Des lettres de Jean Cordelle aux Hausermann en Argentine,
donnaient quelques nouvelles de France, mais on n'en a que
des brouillons, sont-elles arrivées? C'est peu probable,
car nous n'avons pas trouvé les originaux dans les
archives des Hausermann.
lettre de Jean
C. 24 sept 40 (page 7202)
lettre de Toutouni
30 nov 40 (page 7203)
lettre de Jean
C. 18 déc 40 (page 7202)
Nany restée
à Vierville, y est morte en février 41 (page
723) sans que l'on connaisse exactement la nature de sa
maladie, qui se traduisait depuis longtemps par une forte
anémie.
Philippe est resté à Vierville plusieurs années,
en convalescence d'une grave pleurésie, contractée
pendant ses dernières semaines à l'armée.
A signaler les lettres échangées pendant la
guerre entre Me Pommier
notaire à Trévières et Jean Cordelle
(page 7226) qui sont assez instructives sur certaines
des difficultés de l'époque.
Voici aussi quelques rares lettres échangées
avec les Hausermann en Argentine:
lettre de Toutouni
12 février 41 (page 7203)
lettre de Jean
C. 29 mars 41 (page 7221)
lettre de Jean C.
13 oct 41 (page 7222)
lettre de Toutouni
20 févr 42 (page 7223)
lettre de Papa févr
42 (page 7224)
lettre de Papa 3
déc 43 (page 7225)
Aux concours de 1941, François
a été reçu à l'X et Michel à
Navale. Les 2 frères sont alors partis en zone libre:
François à Villeurbanne pour l'X, devenue école
"civile" repliée de Paris (page 725)
, promotion 41
Michel à Toulon pour l'Ecole
Navale, (page 726) , repliée de Brest, promotion
41
En 1941, 42 et 43, Yves
a toujours été à Vierville pour les vacances
(page 727) .
Papa a été plusieurs fois en zone libre pour
les affaires Hersent, et même en Espagne et à
Ténérife. Ces voyages ont facilité les
quelques rares contacts épistolaires avec les Hausermann
en Argentine.
1941-42
Paris était très vide (pancartes "à louer"
partout), les Chedal étaient toujours au 4ème
gauche, à coté du 4ème droite, appartement
de Nany qui était restée à Vierville,
avec Philippe. Les Cordelle ont trouvé à louer
le 7ème / 8ème étage droite, avec une
terrasse
avec vue magnifique sur Paris, de la Tour Eiffel à
la banlieue Sud, avec le Sacré-Cœur, le Grand Palais,
Notre-Dame, Vincennes, le Panthéon, St Sulpice etc…).
Cet appartement a été acheté plus tard
en 1942 ou 43. Les voitures (les 2 402 Peugeot des Cordelle
et des Chedal, ont été mise sur cale cachées
dans la cave et ont ainsi échappé aux réquisitions,
il n'y avait plus d'essence sinon pour des prioritaires. Quatre
fois par jour, les enfants faisaient le trajet du lycée
(17 minutes à pied pour Janson, en marchant vite).
La vie s'est organisé
peu à peu, le ravitaillement complémentaire
venait souvent par la poste (ou par colis aux Chemins de Fer)
de Vierville : beurre, œufs, légumes, pommes de terre,
lapins. On faisait venir aussi du bois pour se chauffer et
on a tué une fois un cochon clandestinement derrière
le château. Des denrées viennent aussi du Blanc,
où les bureaux des Hersent étaient installés
en zone libre ou "zone nono", c'est à dire non occupée.
Il y a toujours eu du gaz en ville, souvent sous pression
réduite, avantage des étages supérieurs.
Les coupures d'électricité ont été
de plus en plus fréquentes et l'ascenseur bien vite
arrêté (il y avait sept étages…).
On a toujours été passer les vacances à
Vierville (15 jours à Noël et Pâques, 2
1/2 mois l'été). Mais à partir de mai
43, l'accès à la plage était devenu interdit.
A vrai dire, l'accès dans les 20 km de la zone côtière
était aussi interdit aux "non-résidents", mais
on a toujours pu tourner ce règlement avec des cartes
d'identité locales fournies par le Maire. Les occupants
Allemands n'étaient pas dupes mais plutôt arrangeants
ou indifférents.
Le train a toujours
fonctionné de Paris à Bayeux : lent (5 à
6 h) et rare (1 par jour à la fin) et la poste aussi
(très bien, surtout pour les lettres, délais
24 h presque toujours). Le téléphone interurbain
n'existait pas, mais le télégraphe marchait
convenablement (par porteur, c'était plus rapide qu'actuellement
si on n'a pas de téléphone).
1943
A partir de fin
42, après l'occupation de la zone "nono" et les premières
défaites allemandes dans le monde, la vie est devenue
un peu plus compliquée. Tous les grands ont échappés
par chance au STO (Service du Travail Obligatoire, en Allemagne).
François était à l'X puis à l'Ecole
des Télécom à Paris, soit en camps de
jeunesse pendant les vacances. Michel était à
Navale jusqu'au 25 novembre 42 (prise de Toulon et sabordage
de la flotte), puis prisonnier quelques jours, ensuite libéré
et envoyé à
l'école Sup Elec à Paris, enfin
fin 43 dans la "Gendarmerie
Maritime Légère", casernée à Gourdon
(dans le Lot, bien loin de la mer).
En
1943 (page 728), la France a été réunifiée
par l'occupation de la zone libre (11 novembre 1942), les
4 grands cousins se sont retrouvés à Paris,
François terminant l'X puis faisant les Télécom
à Paris et Michel allant à Sup Elec. Ils ont
évité ainsi le STO (Service du Travail Obligatoire)
en Allemagne.
Ils ont fait alors des projets d'avenir, malgré la
guerre: fiançailles des 4 cousins, et même mariage
de Jean-Pierre (page 729), à Paris.
Les appartements parisiens (au 27 av de Lamballe) des Cordelle
et des Chedal ont été achetés cette année
là au propriétaire qui avait tout mis en vente.
1944
En février
44, les choses ont changé rapidement en Normandie.
Les Allemands s'attendaient au débarquement mais ne
savaient pas où ni quand. Rommel, de retour d'Afrique,
où il avait brillamment commandé l'Afrika Korp
a été nommé à l'Ouest et
a inspecte les côtes normandes (le 29 janvier 44 à
Vierville). Il a ordonné le renforcement immédiat
des défenses du Mur de l'Atlantique. Voir
En 1944 (page 731)
A Vierville, cela s'est
vu fin février, les Allemands font savoir au maire,
Mr.Leterrier, qu'ils avaientt besoin de tout le château
pour loger les hommes de l'organisation Todt qui arrivaient
dans trois jours. On a eu trois jours pour vider le château
(occupé jusque là par seulement 1 ou 2 officiers
et leurs ordonnances) et laisser la place. C'est par centaines
de m3 que se chiffrait le volume à déménager
ou à abandonner.
Avertis par télégramme
à Paris, Simone Cordelle, Georges et Suzanne
Chedal ont sauté dans le premier train pour Bayeux
et sont arrivés le soir à Vierville par la voiture
postale (ni taxi, ni autobus). Ils ont trouvé au château
un spectacle extraordinaire. Le maire et la population n'avaient
pas attendus, ils étaient tous là en train de
déménager les meubles dans des dizaines de charrettes
agricoles, au milieu d'un grand désordre d'ailleurs.
Voir les lettres de Maman les
1er et 2 mars 44 (page 7301)
Le maire avait mis à disposition
le presbytère et de son coté à Paris,
avec l'aide des Hersent, Jean Cordelle a expédié
un camion de déménagement miraculeusement trouvé.
On y a placé tous les mobiliers de valeur, qui ont
été entreposés au 4ème droite,
dans l'appartement de Nany. Les cuivres ont été
placés dans la vieille tour de l'Abbé Edgeworth
(qui a été détruite le 6 juin et tout
a disparu). Des bibelots divers ont été murés
dans une partie du grenier (mais les occupants successifs
ont trouvé la cachettet et tout a disparu aussi). Le
reste a été transporté au presbytère
qui était vide et a été plus tard bien
endommagé par la pluie car le 6 juin 44, des obus qui
visaient le clocher, ont crevé le toit.
Le délai de trois jours
a été tenu, grâce à l'aide de tous
et la solidarité du village. La cave à
vins a été distribuée en bonne partie
aux déménageurs.
Quatre mois après,
le 6 juin 44, c'était le débarquement. A Paris
on a ainsi été coupé de la Normandie
tout l'été. On a cependant eu les premières
nouvelles de Vierville le 1er juillet
1944, jour du mariage
(page 732) à Paris
de François avec Nicole Le Mée, la belle-fille
de Gabriel Dessus remarié vers 1932 à Colette
Dessus ("Tante Colette"). Voir
la lettre Leterrier
datée de Caen le 23 juin 44 (page 7302)
Pierre-Antoine, né en mars 44, a été
le premier arrière-petit fils de Nany.
Début Août
44, Yves et ses parents ont passé quelques jours à
la campagne à Vaux-sous-Chamigny, dans l'Est de Paris.
Voir Vaux-sous-Chamigny
(page 733).
Les combats approchaient, et on voyait tous les jours des
chasseurs bombardiers P47 Thunderbold et P51 Mustang de l'US
Air Force qui rôdaient à l'affût des locomotives
ou des camions à attaquer. On a vu des trains de chars
Allemands sortant d'usine, qui roulaient vers l'Ouest. De
temps en temps, des escadres de bombardiers lourds américains
suivis par les flocons noirs de la DCA passaient au dessus
de Paris. Partout des bandes de papiers argentés tombaient
du ciel : des leurres antiradar. On ramassait souvent dans
les rue des éclats d'obus de DCA.
Dans les premiers jours d'août, la percée des
Américains vers la Bretagne et la Loire nous a incité
à quitter Vaux-sous-Chamilly (après une petite
semaine) pour
rentrer à Paris de
peur de se faire précéder par les Américains
qui avancaient très rapidement à travers la
Normandie, la Bretagne et le Maine. Le retour s'est fait partie
à vélo, partie à pied (on avait 2 vélos
pour 3), et la fin en camion-stop (sans rencontrer de chasseurs-bombardiers)
jusqu'au métro de Pantin. C'était vers le 10/15
août.
A Paris, il y avait alors des alertes tous les jours, Yves
se souvient de n'être descendu que très rarement
à la cave (par exemple la nuit du bombardement de la
gare de triage de La Chapelle, en mars 44, c'était
à 5 km, mais les bombes détruisants les immeubles
faisaient un bruit terrible, surtout celui des effondrements,
et on avait peur). On avait aussi le sentiment que dans ce
quartier du 16ème arrondissement, nous ne serions pas
visés. C'était vrai, mais était-ce bien
prudent ? On avait tout préparé, la petite valise
de cuir, marquée YC, cadeau de départ des Tonazzi
en Argentine, avec toutes les valeurs importantes à
sauver.
Le 25 août, ce
la a été la Libération, mais on ne sortait
pas de la maison depuis déjà huit jours, par
prudence. On entendait les tirs, on voyait de la terrasse
le Grand Palais qui brûlait, les avions US qui circulaient
en grand nombre, on a appris à les reconnaître
à leur seul bruit : les Dakota de transport, les Piper
Cub d'observation, les chasseurs Mustang, Thunderbolt, Lightning
(ceux qui font un bruit sifflant, avec deux queues), les bombardiers
moyens Marauder, les lourds Flying Fortress et Liberator,
les Beechcraft de liaison, les DC4 long courriers, etc…
Le premier Allié que l'on
a vu était dans une curieuse auto décapotée
qui s'est arrêtée en face, rue du Colonel Bonnet,
c'était une Jeep, on n'en avait jamais vu encore et
son nom était pour nous encore inconnu
.
De la terrasse on voyait les
petits Piper Cub d'observation passer lentement entre les
jambes de la Tour Eiffel, mais un jour Yves a même vu
un chasseur Thunderbolt faire ce passage à 300 km/h
!
En septembre 44 seulement,
George et Brigitte Chedal ont pu se procurer de l'essence
et aller à
Vierville (page 734)
pour la première fois, voir dans quel état est
le château. Il était un peu endommagé
(2 obus dans la toiture) et occupé par un hôpital
américain. L'oncle George et Brigitte ont logé
dans une ferme voisine (ferme Auvray) où ils ont déménagé
le mobilier du presbytère qui n'avait plus de toit.
Ils ont rapporté à Paris des nouvelles et des
images étonnantes des villages normands vieillots vivant
au contact de la super puissance américaine et son
cortège de moyens et de gaspillages dont les paysans
ont fait un pactole, eux qui depuis de siècles étaient
habitués à ne rien jeter, et encore moins depuis
les restrictions de la guerre.
Yves et ses parents y été
à leur tour en
octobre, puis en décembre (page 734)
avec la 402 remise sur ses roues (on pouvait se ravitaillait
en essence le long de la route avec les fuites du pipe-line
US qui s'étendait de la Normandie à la
Lorraine). En décembre, le château était
toujours occupé par l'hôpital US, mais les débarquements
étaient devenus rares, et la plage était toujours
interdite aux civils. Il a fallu attendre mars 45 pour
aller y prendre les premières photos.
Après la libération
de Paris, les parents Cordelle et Yves sont retournés
quelques jours mais c'est un hôpital Américain
qui les a reçu un jour à déjeuner dans
"notre" château. Ce n'est qu'en mars 46,que
nous avons pu réintégrer le château, finalement
abandonné par les Américains, et en triste état.
Et nous avons reçu enfin quelques nouvelles d'Argentine,
encore par des voies très détournées
et avec beaucoup de retards:
lettre de Toutouni
13 mai 44 (page 7303)
lettre de
Toutouni 20 nov 44 (page 7304)
1945
A Paris, en 44:45,
Yves était en classe de 1ère. François
était aux Télécom, Michel était
embarqué sur le CH106 un petit chasseur de sous-marins
type SC donné par les américains à la
marine française. Il y faisait la chasse aux mines
dans le golfe de Gènes et sur la Côte d'Azur.
Il s'est marié en 1945.
Dans les années qui ont suivi, la vie normale a repris
très progressivement, et très lentement. Les
cartes de pain n'ont disparu qu'en 1948.
En
1945 (page 741), mariages de Philippe et Michel, naissance
de Patrice, Bruno et Jean II. Vierville est redevenu un lieu
de vacances,
Les contacts avec les Hausermann
ont repris progressivement (page 742).
Voici les lettres de 1945:
lettre de Jean C.
29 janv 45 (page 7401)
lettre de Jean
H. 15 mars 45 (page 7402)
lettre de Jean
et Simone C. du 30 avril 45 (page 7403)
lettre de Jean
H. 17 mai 45 (page 7404)
lettre de Jean
H. 8 juin 45 (page 7405)
lettres de Jean
et Simone C. du 22 juillet 45 (page 7406)
lettres de Sim.
C. 8/8 au 3/9 45 (page 7407)
lettres de Sim.
C; 8/9 au 17/12 45 (page 7408)
lettre de Jean
H. 1er oct 45 (page 7409)
lettre de Jean
C. 25 oct 45 (page 7409)
lettre de Jean
H. 21 déc 45 (page 7501)
1946
En
1946 (page 751), et les années suivantes, les arrière
petits enfants de Nany ont été de plus en plus
nombreux.
A Paris, Brigitte s'est mariée avec Jacques Barnichon.
A
Vierville (page 752), les Hausermann sont revenus d'Argentine
en été 46 pour un court voyage, le partage de
la succession de Nany a été fait et c'est eux
qui ont gardé le château. Mais ils ont dû
repartir au bout de quelques mois à Buenos-Aires. Yves
a retrouvé son cousin Jean-Paul après sept ans
de séparation, ils étaient devenus presque adultes
et leurs relations avaient changé.
Jean Hausermann
ayant gardé le château, son mobilier a été
en grande partie partagé entre les Cordelle et les
Chedal. Pour rester dans le Bessin, les Cordelle ont acheté
en 1948 la propriété du Prieuré à
St-Laurent et les Chedal une autre propriété
à Colleville.
Jean-Paul est revenu en France en 1948 pour ses études
à Beauvais, ses parents et Jean-Louis ne se sont réinstallés
en France que vers 1950.
lettres de
Jean C. des 23 février et 4 mai 46 (page 7501)
lettres de
Jean H. des 12 et 26 avril 46 (page 7501)
lettres de Sim. C.des
15 au 18/4/46 (page 7502)
lettres de Sim. C.
des 19 au 22/8/46 (page 7503)
1947
En 1947, les parents Cordelle
ont commencé toute une série de séjours
à Buenos-Aires (page 761), séjours
de six mois par an, à Buenos Aires, pour s'occuper
des affaires Hersent d'Argentine qui marchaient moins bien
qu'avant guerre. La dictature de Peron et sa démagogie
avaient ruiné un pays enrichi pendant les années
de guerre par des exportations agricoles. Ils
ont retrouvé les Hausermann à Buenos-Aires.
Yves était donc souvent seul avenue de Lamballe. Il
n'a pas de très bons souvenirs de ses années
d'étudiants, des souvenirs d'un stress permanent: la
Taupe, l'Ecole Polytechnique, le service militaire à
Salon (Ecole de l'Air) et à Toul (15ème Régiment
du Génie de l'Air) et l'Ecole des Ponts.
A 23 ans, il a rencontré
Claude Rougier et s'est marié en 1954. Cela a changé
complètement sa vie. Trente quatre ans plus tard, Claude,
sur le point de mourir, a dit "un immense bouquet de fleurs". Claude
est maintenant dans le cimetière de Vierville.
lettre de Jean
C. , 22 août 1947 et 21/11/47 (page 760)
lettre de Jean
H. du 30 août 1947 (page 760)
Pendant ce temps, en
France, en 1947, les petits enfants grandissaient (page 762)
et allaient encore en été
au château de Vierville(page 763), qui appartenaient
maintenant aux Hausermann, en attendant de s'installer à
St-Laurent pour les Cordelle et à Colleville pour les
Chedal. Ce sera fait en 1948 et 49.
1948
En
été 1948, (page 771), quelques vues de la
famille encore à Vierville, et les premières
photos du Prieuré à St Laurent, qui venait d'être
acheté par les parents Cordelle.
En 1948, à Paris (page 772), quelques vues des
petits enfants sur la terrasse de l'avenue de Lamballe.
Mariage d'Antoinette Dupuis avec Pierre Margottat et de Jean
Dupuis avec Bernadette.
Cette même année
48, les Hausermann étaient toujours en Argentine, (page
773), où Jean et Simone Cordelle les retrouvaient
à l'occasion de leurs voyages là-bas.
1948, (page 774) voyages des
Cordelle aux USA (mission à Peoria, usines Caterpillar),
au Maroc (visite aux Emile Hausermann), en Uruguay (retour
au Riachuelo).
1949
Pour Yves,
concours de l'X, puis début de sa 1ère
année à l'école Polytechnique
1949 à Paris
(page 781), Jean-Paul est revenu en France pour ses études,
photos de famille diverses, premières photos d'Yves
en polytechnicien.
1949, Michel était en Indochine, page 782.
1949, été à Vierville, (page 783),
famille, première vache de Jean-Paul, excursion à
Cherbourg (le "Missouri").
1950 et 1951
Pour Yves,
à partir d'octobre 50, 2ème année
de Polytechnique
1950, Paris,
(page 791), Yves à Polytechnique, Paris, voyage
en Belgique, Ecole Royale Militaire, Bruxelles, Journée
Sportive Polytechnicienne.
Fin 1949-début 1950, Yves en Autriche, (page 792),
ski avec des polytechniciens en Autriche, Zell-am-See, Zwiezelstein.
1950, à Saint Laurent, (page 793), photos familliales,
mariage de la fille d'Edmond Jean, pointe du Hoc.
mars 1950, voyage en Algérie,
(page 794), Alger, Kabylie, chantier EGA de l'oued Agrioun.
1950-51, famille François (page 795), Alger, Valcros.
1950-51, famille Michel, (page
796), baptême d'Agnès à Paris, Oran.
1950-51, Argentine, (page
797), Jean et Simone Cordelle à Buenos-Aires, les
Hausermann.
1951, Yves à Polytechnique,
(page 801), Paris, pélérinage de Chartres,
Bourges (Ecole du Matériel Militaire).
Achat par Yves d'une motobécane 125cc au début
de 1951, avec ses premières payes.
(les polytechniciens n'étaient payé réellement
qu'à partir de la fin de la durée légale
du service militaire, c'est à dire pour Yves en octobre
50)
Fin 50-début 1951,
sports d'hiver en Autriche, Sölden (ou Saalbach?) (page
802), avec des élèves de Polytechnique.
Hiver 1951, voyage d'Yves en Allemagne (page 803), encore
en ruine depuis la guerre, Munich, Nuremberg, Mayence, Berlin
1951, voyage d'Yves en Allemagne,
(page 804), Ecole d'Application de l'Artillerie, à
Idar-Oberstein.
Printemps 1951, voyage d'Yves en Bretagne (page 805).
Eté 1951, voyage d'Yves en Alsace, (page 806) Strasbourg,
les Vosges.
Eté 1951, voyage
d'Yves en Norvège, Kristiansand, (page 807), la
Mission Universitaire Française.
Eté 1951, suite voyage à travers la Norvège,
(page 808), Oslo, les fjords, retour par Copenhague
Automne 1951, et années 52 et 53, pour Yves
A partir d'octobre 51, 1
an de service militaire: sous-lieutennant du corps
des officiers des Bases de l'Air (en fait du Génie).
D'abord 2 mois à l'école de l'Air de Salon-de-Provence,
puis 10 mois à Toul:
1951-52,
Séjour à Toul, (page 811), au 15ème
génie, logé en ville
Noël 1951, vacances
à Toulon, (page 812)
1952, tourisme en
Lorraine et Alsace, (page 813)
A partir d'octobre 52, pour Yves, 2 ans
à l'Ecole des Ponts et Chaussées,
(jusqu'en juin 54).
Etés
1952 et 53 en Normandie, (page 814)
1952 et 53 à Paris
(page 815)
Automne 1952, (page 816),
tourisme en Champagne et en Belgique (Ardennes, Bruxelles,
Gand)
Années 1952-53, (page
817), première année d'Yves à l'école
des Ponts et Chaussées
Argentine 1952-53, (page 818)
Le chanoine Weill (page 819)
Décembre 1952, (page 820), ski à Gunzesried
en Forêt Noire, rencontre Franco-Allemande
Eté 1953, (page 821),
rencontre Franco-Allemande à Vézelay
En automne 1953, Yves a fait la connaissance de Claude Rougier
dans les réunions de la MUF (Mission Universitaire
Française), une association qui organisait des voyages
culturels d'étudiants à l'étranger.