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Simone, à Brest, à Jean Cordelle, à Paris,8 septembre 1945
(Simone est à Brest, à peu près du 8 au 15 septembre, pour être au chevet de Christiane, gravement malade, alors que Michel navigue dans les parages sur le chasseur CH106. Ce qui suit n’est que quelques extraits de lettres qui rappellent les difficultés matérielles de la vie immédiatement après la guerre)
…………………..Je vais maintenant aller te mettre un télégramme, mon Jean, et poster cette lettre………………….Je mets aussi à la poste à l’adresse de Suzon, un paquet contenant 2 camemberts et 1/2 port-salut. Je vous en renverrai, ne vous privez pas, cela vous remplacera la viande. J’aurai un port-salut entier mardi. Que Suzon m’envoie au plus vite des emballages, si possible des boites, car les camemberts n’en ont pas. La brave marchande m’a donné boite, papier et ficelle. Michel va essayer de vous expédier des pommes de terre, c’est l’emballage qui manque. Il y a ici de tout à profusion , viande, poisson, légumes, fruits, pommes de terre-tout sans tickets. Les pommes de terre sont à 6f le kg. Si tu vas à condé, tu pourrais peut-être en rapporter, cela aiderait bien pour les menus. J’essayerai lundi de trouver de la charcuterie à vous envoyer, mais vite des emballages ! …………………….
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Simone Cordelle, à Brest, à Jean Cordelle, à Paris,12 septembre 1945
Mercredi matin 12 septembre
……………………………….Si Suzon pouvait m’envoyer quelques gâteaux secs, tout ce qui est gâteau est introuvable ici, et les boulangers ne veulent rien faire. Ceux qu’elle m’avait donnés font bien plaisir à Christiane…………………………Je vous envoie aujourd’hui 4 petits saucissons d’Arles qui se mangent crus, à partager avec le 4ème (les Chedal) . Je n’ai pas encore le port-salut promis, je n’ai pas beaucoup de temps pour courir, sans quoi je trouverais sûrement mieux à vous envoyer……………..
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Simone Cordelle, à Brest, à Suzanne Chedal, à Paris13 septembre 1945
Jeudi 13 septembre (1945)
………………………………J’ai
bien reçu ta bonne lettre, ma Suzon, ainsi que celles de Jean des
10 et 11 septembre, et son paquet…………………………….Je mets seulement
à la poste les petits saucissons dont j’ai parlé à Jean hier, je n’ai
pas pu hier, car je n’ai pas quitté Christiane une minute. Pas trouvé
de charcuterie aujourd’hui, et mon port-salut ne m’a pas attendu,
car je n’ai pas eu le temps de m’en occuper…J’espère en avoir un autre
demain, je rage en pensant à l’abondance d’ici, et à notre pénurie.
On se demande à quoi pense notre ministre d’empêcher les départements
trop riches de ravitailler les autres.
Pourrais-tu, ma Suzon, m’envoyer quelques gâteaux secs, c’est introuvable
ici, et me serait bien précieux pour ma malade. Ceux que je lui avait
apporté de ta part lui ont fait bien plaisir.
Veux tu être gentille de donner cette lettre à Jean si par hasard
il est là, et de donner des nouvelles à François, je n’écris pas au
7ème (c’est à dire à Jean Cordelle qui est en semaine
très souvent à Condé-sur-Noireau)…………………..
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Simone Cordelle, à Brest, à Cordelle, à Paris14 septembre 1945
Vendredi 14 septembre
……………………….c’est vraiment désespérant
ces hauts et ces bas continuels. Michel qui n’avait pu avoir de pénicilline
hier, va courir ce matin pour cela, le pauvre gosse est débordé avec
le désarmement de son bateau et toutes les courses, malgré la gentillesse
du Commandant. Ce matin il avait une mission pressée…….. ………………
j’espère qu’il aura pu s’arranger avec le Commandant. Je ne peux moi-même
courir après cette pénicilline, c’est à la Marine que cela se passe……………..Nous
aurons toujours la ressource si Michel n’obtient rien, de prendre une
ambulance et d’aller au Centre de Pénicilline de Rennes, mais Michel
doit obtenir quelque chose, car ils en ont à la Marine……..
10h Michel vient de nous apporter 300.000 unités de pénicilline, nous
sommes donc sauvés……………J’avoue que je préfère ne pas avoir à aller à
Rennes. Michel a dû aller jusqu’au médecin général, qui est le seul
dispensateur.
…………………Hier pour
le (Michel) remettre de ses émotions, je lui avais acheté un beau
homard que la cuisinière de la clinique a bien voulu me cuire. Il
a dévoré, heureux de voir sa femme sans fièvre.
…………………Je vais vous envoyer aujourd’hui 4 Pont-l’Evêque, mon Jean,
et mettrai dans le paquet 4 rouleaux de photos à développer pour Michel.
Il y tient beaucoup…………et il voudrait que cela soit bien développé.
Peut-être Michaud ferait mieux que Jousseaume ? Fais au mieux…………………..
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Simone Cordelle, à Brest, à Jean Cordelle, à Paris19 septembre 1945
Mercredi 19 septembre
………………………….Christiane fait une petite sieste, elle va tout à fait bien……………………..
Michel revient ce soir, il aura eu meilleur
temps pour revenir que pour partir. Il y a eu une très grosse tempête
hier, et je n’étais guère rassurée de le savoir en mer sur sa coquille
de noix. D’autant plus que le bateau qui fait le service d’Ouessant
est revenu hier sans avoir pu atteindre l’île, ayant failli chavirer
à la Pointe St-Mathieu. Une bonne femme qui était dessus est arrivée
hier à la clinique, elle en sortait, trempée jusqu’aux os, et ayant
perdu ses sabots. Enfin je pense que le 106 doit mieux tenir la mer………….Michel
qui souhaitait voir une tempête aura été servi………………………
………………………..Et nous avons eu ce matin un paquet de petits beurre de Suzon
et la bande Velpeau. Il semble que dans l’autre sens ce soit plus rapide,
mais tu ne m’as jamais dit si mes paquets étaient arrivés ? 1 de
fromage, 1 de saucissons.
…………………………pour notre petit rab de séjour à Vierville, mon Jean, je n’ai aucune préférences………..Mais soit que nous y allions de suite, soit que tu ailles chercher Yves, tu devrais écrire un mot à Edmond Jean pour lui annoncer notre visite….(Ed. Jean était notre fermier pour 7 ha de terres à Longueville, dans le marais ; pendant toute la période des restrictions, pendant et après la guerre, il nous a fourni du beurre, au prix de la taxe, enquantités parfoisinespérées, des mottes de 20kg, que maman partageait en petits paquets de 1 livre, qu’elle salait et distribuait à la ronde dans toute la famille à Paris. Je me souviens que la 402 a senti le beurre rance pendant des années après ces transports, on mettait le beurre sous les sièges.)
…………..La seule chose qui pourrait m’inciter
à y aller de suite serait la question des fenêtres, mais tu pourrais
sans doute t’en occuper en allant chercher Yves.
…………..Je pense toujours partir vendredi matin, et vais aller tout à
l’heure retenir ma place. En principe ce n’est pas nécessaire, mais
je serai plus tranquille et pourrai arriver moins tôt au train (toujours
bondés y compris les couloirs)……………
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Simone, (à Paris) à Jean Cordelle, (à Vierville),lundi 17 décembre 1945
………………..Veux-tu, mon Jean, me rapporter les petites coloquintes jaunes et vertes, Marthe sait ce que c’est. ( ?)
J’espère que tu auras pu aller à Longueville et rapporter quelque chose d’intéressant. (du beurre, bien sûr).
Si tu repasses par Condé (sur Noireau), veux tu nous rapporter à) eu près la liste ci-jointe, si tu peux bien entendu, c’est seulement pour te donner une idée.
As-tu pu faire quelque chose pour le ressemelage de tes souliers ? (il semble que les possibilités de ressemelage étaient plus grande en Normandie, probablement parce que le cuir y était produit sur place)……………
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