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Nany à Jean et Germaine  Hausermann en mai 1940

 

Vierville - mardi  8 mai 1940 –

 

……..  Pendant que je vous écrit (il est 10h du matin, je suis dans mon lit) on sonne le glas du pauvre Piprel qui s’est tué en auto vendredi dernier ; je lisais justement ta lettre mon Jean avec les détails de l’accident de ton ami Lantier, quand Jeanne est venue m’avertir que  Piprel revenant de Formigny où il avait été conduire son fils à l’autobus venait de se tuer en se rencontrant avec un camion venant de Port, au carrefour de la Poste. Il a survécu de quelques minutes à cet affreux accident, le temps de chercher sa femme. Il a succombé à une crise cardiaque, car il n’était pas blessé dangereusement. Et voilà une famille dans la désolation, la brave mère Piprel est bien dans l’impossibilité de finir d’élever ses fils dont l’un du reste va partir incessamment aux armées, et l’autre est encore au lycée. Le Casino est encore mobilisé et donne asile à une trentaine de petits parisiens et à leurs institutrices. Moralité, beaucoup, beaucoup de prudence, mon Jean, en admettant qu’on soit prudent, on rencontre beaucoup de fous sur les routes, ne jamais hésiter à attendre 1 ou 2 ‘ aux carrefours après avoir corné simplement.

 

Georges n’envoie pas de nouvelles sensationnelles, Jean est toujours à MB et doit retrouver sa femme à Paris aujourd’hui, il y est appelé comme je vous l’ai dit chaque semaine. Et comme il n’y a rien de moins sûr pour qu’il puisse venir voir les siens pendant les 2 jours de Pentecôte, Simon est allée passer  quelques jours avec lui.

 

Nous n’attendons plus guère notre caporal pour ce moment là non plus, il m’écrit cette semaine qu’il a dû veiller  « comme une mère » après ses bleus qui avaient été piqués contre la typhoïde et qui devaient rester couchés 24h et à jeun (à part une orange) . Je vois d’ici notre Phil dans cet emploi. Il m’écrit aussi qu’il s’époumone à dresser ses soldats, je suis très heureuse de lui voir autant d’allant pour sa besogne.

 

Bonnes nouvelles de Coutances où les boys travaillent bien, les notes sont bonnes et cela donne de l’espoir. Je ne pense pas avoir personne de ma colonie à la Pentecôte et c’est dommage car i fait un temps superbe et il y a 4 jours de congé, mais les boys veulent en profiter pour repasser leurs programmes et les mères resteront pour ne pas trop leur faire regretter ces vacances manquées. Je dois du reste les avoir tous les 3 quelques jours avant les examens afin de leur permettre de secouer au grand air les chiffres et équations dont ils seront saturés.

 

Je verrai les sœurs et les 2 petits jeudi pour le goûter, même pas pour le déjeuner ! La fille va pouvoir s’en donner à cœur joie pour cueillir des monceaux de fleurs, le bois est magnifique en ce moment. J’ai grand plaisir à en faire le tour en m’appuyant sur ma 3ème jambe car j’ai quelque mal à marcher, où est le temps où je parcourais les chemins de mes grands pas d’anglaise. Je suis punie par où j’ai péché, on m’a assez reproché cette allure britannique ! si peu féminine !  Je me sens plus forte malgré tout , ma petite Doctoresse  soutient ce cœur défaillant et ma foi je commence (sans souffrir) à faire quelques  variations de menus qui m’enchantent ; j’en avait par moment bien assez  de ces viandes grillées et rouges et du reste cuit à l’eau !

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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Rosario 

 

 Vierville - mardi - 14 mai  1940 -

 

Mes enfants chéris

Avant de commencer à vous écrire j’ai tourné le bouton de ma TSF qui depuis quelques jours nous donne le bulletin des opérations, toutes les heures. C’est vous dire si nous sommes angoissés des nouvelles de l’Est et du Nord et combien nous pensons à ceux qui s’y battent. Vos frères y ont la première place ma petite Maine qui doivent être en pleine bagarre car l’on se bat de la Mer du Nord à la Suisse.

Le petit Georges Victoire qui se trouvait avec les chars sur la frontière belge a dû lui aussi entrer en Belgique ; tous nos permissionnaires sont repartis laissant des femmes courageuses mais en larmes et depuis hier soir nous voyons arriver des petits réfugiés du Nord et même de Paris qu’on installe dans les maisons déjà réquisitionnées. Le Sous-Préfet a prévenu Dubois qu’on nous enverra sans doute une centaine d’autres réfugiés (familles) et s’informant où les mettre, ai-je besoin de vous dire que j’ai offert tout ce que j’ai de disponible dans la vieille maison. Nous nous cantonnerons dans le petit coin Ouest, je garderai cependant ma grande chambre, mais la chambre des Chedal et celle de Brigitte, celle du 2ème, la chambre de l’Evêque peuvent être occupées. J’ai déjà pensé à faire installer une cuisine dans la buanderie en y faisant mettre le petit fourneau de la cuisine, la salle de billard servant de salle commune, avec des lits on peut faire une chambre habitable où se trouve le fruitier seulement ! (et il y a un seulement), mes Coutançais m’ont emporté 6 lits avec matelas et couvertures, tables de toilette et autres sièges qui manquent bien dans l’habitat de la maison. Ils doivent ramener tout cela fin juin, mais nous n’y sommes pas encore ! De toutes façons il faudra s’arranger pour les malheureux qui vont encore se trouver chassés de chez eux.

L’envahissement des Pays-Bas et de la Belgique a été comme un coup de foudre ; certes on pouvait s’attendre à tout avec les chiens enragés de l’Est, mais on pouvait tout de même espérer qu’ils respecteraient leurs promesses, il n’en paraît rien et nous suivons d’heure en heure le progrès de ces hordes qui rappellent les Huns. Naturellement ils ont fait tomber des bombes sur nos grandes villes, Lyon, Nancy ont été particulièrement visés  147 morts 376 blessés ; Longwy ce matin, près de la frontière Luxembourgeoise, est entouré (pauvre Beaujon).

J’ai aussi pensé aux Collard qui doivent être dans l’impossibilité de s’en aller loin, qu’on m’envoie au moins ma vieille Tantine… Tout cela par un temps splendide, clair, ensoleillé à souhait ; on ne peux croire dans cette belle paix et cette campagne luxuriante , que j’ai moi-même rarement vue aussi riche, que l’on se bat, s’entredéchire, pleure et souffre ! Cela a dû être une bien triste séparation que celle d’Henry avec tous les vôtres ! que Dieu les garde tous.

Nous prions pour eux, pour la France, notre curé a organisé chaque soir à la sortie de l’école la prière des enfants.

 J’ai cédé hier au maire qui se trouvait avec un seul bourricot pour aller à Bayeux notre vieille Pépita qui lui aidera bien à toutes les courses – pour 1500F – ce n’est pas cher mais d’autre part je n’allais pas faire ce qu’on appelle une affaire dans l’occasion présente. On n’imagine pas ce que peut réclamer l’administration d’une commune – fût-elle petite comme la nôtre – en ces temps actuels ; l’institutrice qui sert de secrétaire est sur les dents, et l’adjoint Piprel qui se prêtait lui et sa voiture à tout ce dont on avait besoin, ayant disparu (lui et sa voiture en miettes) ne peut être remplacé, les élections ne pouvant se faire en France par temps de guerre. Il s’agit donc de s’entraider et je me suis offerte pour servir de secrétaire à la secrétaire qui ploie sous une masse de cartes de rationnement qu’on lui expédie. Je regrette bien que mon activité soit enrayée et que je ne puisse aider d’une façon plus effective !

 

Ainsi que je vous l’ai dit je n’ai pas eu mes Coutançais à la Pentecôte et je le regrette bien, car cela leur aurait fait du bien à tous. La paix de notre campagne agit sur les nerfs et vos sœurs ont de quoi sentir les leurs. Je les verrai peut-être demain pour le goûter. Je ne sais plus si j’aurai le deux grands boys, 2 ou 3 jours avant l’examen de l’X qui a lieu la semaine prochaine à Coutances, quant à celui de Centrale, il aura lieu au Mans, Paris étant indésirable par ces temps d’alerte (il y en a plusieurs par 24h) . Simon se prépare à les y conduire en auto, cela lui permettrait de voir son mari, j’insiste pour qu’elle emmène Suzon, cela lui changerait un peu les idées, la pauvre fille a toujours de bonnes nouvelles de Georges mais il faut nous attendre à ce que les communications soient sinon coupées complètement peut-être bien troublées. L’Italie est bien suspecte en ce moment ; et je me demande ce que vont décider vos parents ; il ne peut être certainement pas question que Marg. aille rejoindre son mari, ni que Paulette aille s’installer à Moussy ( ??) pour 3 mois, ce n’est pas le moment de se rapprocher de la bouche du diable. Nous vivons des temps bien troublés ! J’ai donc vu vos sœurs et les 2 petits que Madame Cordelle accompagnait  jeudi dernier pour le goûter seulement, on m’a souhaité mes 66 ans(heureux âge !!) et j’ai pu embrasser mon petit Yves à qui j’ai offert un trapèze qu’on accrochera où vous savez ; bien dommage que les 2 camarades ne soient pas là, y compris le brèche dent ( ???) qui va recevoir sinon des pièces neuves au moins les bonbons d’usage ; mais a-t-il mis sa dent pendant une nuit sous son traversin ?? Je vois encore le postérieur du Phil (car on ne voyait que cela !) s’agitant pour découvrir l’aubaine de ce jour béni dans son lit. ( ???) Bonnes nouvelles du Phil qui ne s’attend guère à avoir de permission. Voilà bientôt 5 mois que le pauvre gosse en est privé.

 

J’ai écrit à Georges qui m’a affectueusement télégraphié pour le 10 mai de tâcher de venir pendant la permission (s’il en a une !) de son aîné. Il ne l’aurait pas volée non plus et je ne peux pas croire que on la lui refuserait, surtout que Sagne est maintenant à pied d’œuvre.

 

J’ai eu de bonnes nouvelles de mon Phil qui est toujours à Poissy ; j’avais aussi écrit à ( ??? Truss ??Bousquet ??) pour lui demander des nouvelles de Hollande, elle n’en a aucune et s’inquiète beaucoup naturellement ; où est le temps où elle se déclarait internationale. Peta (Bousquet)est mobilisé et s’attend à partir en Hollande ; ils ne doivent pas être nombreux ceux qui causent la langue ! Sa femme attend un baby à la fin de l’année, et supporte très mal ces premiers mois de grossesse. Ils sont ravis de ce nouveau petit.

 

B. a dû repartir pour la Tunisie et le mari de Yo qui venait d’arriver en permission a dû repartir au bout de 48h pour regagner son poste très près de la ligne Maginot. La pauvre Yo en est aussi bien désolée. Que d’angoisse, mes bons enfants pour tous ! Je vais écrire de nouveau à la Villa Bleue pour savoir ce que l’on devient et avoir des nouvelles des soldats.

 

On voudrait avoir une lettre chaque jour. Jean C. voit s’achever l’une de ses usines ; dans l’une l’on doit au 1er juin charger le premier obus, s’il pouvait seulement bousiller l’un de la bande à Hitler ! Nous avons été avisés par TSF de ne pas nous approcher d’une bombe non éclatée, il y en a à retardement pendant plusieurs heures ; à signaler tout personnage suspect ou inconnu ; les Boches se servent beaucoup de leurs parachutistes pour semer partout des espions. Je voudrais bien qu’il m’en dégringole un sur la pelouse, je ne crois pas qu’il arriverait en bon état dans les mains des gendarmes. Ils ont aussi des affiches dans le Nord sur les poteaux télégraphiques dont l’envers est rempli de notes pour eux ; on est prié de les détruire, ils avaient déjà usé de cela avec les affiches de Liebig  en 1914.

 

Hier en voulant téléphoner avec Trévières j’ai été interrompue par le bureau « téléphone interrompu, alerte » , sur Cherbourg probablement. Notre grand port doit être surveillé par ces … cochons-là. Comme je cherchais à avoir hier la communication de Radio Paris j’ai eu la surprise d’entendre un Thorez quelconque, conseiller de ne pas se battre contre les Boches, que ceux-ci nous protégeraient, etc. La communication s’est continuée en boche. Plusieurs fois ils ont pu capter les longueurs d’onde de nos postes et nous sommes ainsi privées de vraies nouvelles. Ce sont des bandits qui usent de tous les moyens pour faire du mal. Comment nous débarrasseront nous de cette race, car tous chefs et valets  ne valent pas mieux. Je les hais, mon Jean, et il faut le dire à tes deux petits.

 

Mercredi (15 mai)

La TSF ce matin nous apprend que la Hollande a lâché…. Il ne fallait pas s’attendre à une défense héroïque de la part d’un pays mal armé et à moitié boche, mais c’est tout de même regrettable pour nous, le peu de résistance qu’ils apportaient soutenait les héroïques soldats belges et les nôtres qui combattent paraît-il comme des lions.

J’ai encore vu hier soir le brave Maillet et Laronche qui repartaient … gais ! les bons enfants, le 1er marié et père de famille, est dans un régiment d’artillerie qui dépend du 43ème. J’ai appris hier avec surprise que la reine-mère de Belgique est réfugiée non loin d’ici avec ses 3 petits enfants dans un petit château que tu connais bien entre Mosles et Bayeux ; les villas de St-Laurent se louent à des personnes de la Cour arrivant avec quelques malles.

Les autos recommencent à passer chargées de valises, on voit même des cars entiers venant de Paris ou de plus loin, et la guerre se poursuit hélas ! avec la même acuité.

Le discours de votre Président est agréable à entendre  « Neutralité, dit-il, ne veut pas dire insensibilité » et il veut protester de cette ( ???) dernière. Roosevelt qui se croit toujours le grand arbitre mettra peut-être lui aussi son mot, rien que pour ne pas laisser les Sud-Américains parler seuls.  Bravo pour les Argentins et que Dieu nous protège ! Nous en avons besoin.

 

Je prends ta dernière lettre, mon Jean, je comprends parfaitement la mutation de G.H. (Gilbert Hersent ?) et me réjouis pour toi de la reprise plus facile de vos communications. J’enverrai ta lettre à Jean C. qu’elle intéressera beaucoup. Le Blanc est au dessous de tout, et j’aimerai que les jeunes comprennent l’inutilité de ces vieux birbes ! Quant à la GTM si Le Blanc t’avait renseigné il est probable que celle-ci n’aurait pas abusé par son directeur de sa situation. Je suis vraiment contente que tu puisses enfin communiquer avec G.H.  As-tu pu le mettre au courant de ceci ? La croix qu’il a posée sur le cher Yo montre qu’il vous porte de l’affection. Je vais écrire à Mme J.H. (Jean Hersent) pour lui exprimer ma reconnaissance, ce sera sûrement transmis à qui de droit. Vous avez joliment bien fait de racheter quelques souvenirs de la (Forbue ??) et je  comprends fort bien le chagrin de tous de voir ainsi partir lamentablement cette vieille maison familiale ; le cas s’est hélas trouvé ici fréquemment. Moralité : travailler, travailler à force pour garder sa place, sinon d’autres la prendront.

 

Je dois donc voir mes Coutançais pour le goûter cette après midi, et il ,pleut à verse alors que nous avions depuis quelques jours un temps radieux, je passais toutes mes après midi dans le potager avec mon ouvrage, mais cela va faire pousser nos légumes, nous en aurons besoin, la vie augmente de jour en jour, et je n’ai jamais vu payer un chou 3F dans ce pays où cela pousse comme du chiendent.

 

J’ai eu la visite de Mme Moncek ( ?) la femme du secrétaire de la légation de Tchécoslovaquie, qui m’a apporté de la part de son mari un carton de 15 jolies estampes et gravures (1er tirage et toutes signées des artistes) et représentant des paysages de la Tchéco-Slov., je te les garde. Les braves gens me sont toujours reconnaissants des quelques attentions que j’ai eu pour eux cet hiver. Elle m’a raconté bien des choses qui sont navrantes de l’invasion de son pays ; un de ses fils qui a 12 ans qu’elle avait emmené là-bas pour être opéré par son beau-frère chirurgien y est resté, il était à peine convalescent quand ils ont été pris par les Boches ; ils sont du reste, elle et son mari été menacés de la potence s’ils sont pris là-bas. Charmants que ces Boches !

 

Je ma sauve, je n’en finirait pas, mes enfants chéris pour décharger mon cœur bien lourd. Bonne santé ! Je vous embrasse tendrement pour tous

Votre vieille Nany

 

(PS)  On doit poser cette semaine la clôture neuve. Il y a des moments où je me demande pourquoi faire tout cela. Le courage de la vieille Nany s’en va !

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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Rosario 

 

 Vierville  21 mai  1940 - mardi

 

Mon Jean, j’ai reçu encore ta lettre habituelle hier matin lundi ; j’étais pourtant bien anxieuse de te lire et d’avoir de vos nouvelles. Cela m’apporte toujours du réconfort et nous en avons besoin en ces jours d’angoisses et d’inquiétudes, que, je le sais bien, vous vivez intensément aussi. Depuis 2 jours surtout un défilé d’autos se poursuit sur nos routes, transportant des gens qui fuient. Hier soir j’ai donné asile à l’une d’elle dont le propriétaire était en panne sur la route de Grandcamp avec 2 autres voitures. Ils arrivaient du Nord, d’Avesnes, les pauvres gens et le récit succinct de ce Mr. donnait une idée bien affreuse de ce qui s’y passe.

Nos troupes défilant nombreuses, bien armées, avaient d’abord apporté la confiance, puis ce fût la retraite et surtout l’attaque d’une aviation formidable boche qui ne respecte rien. Avant d’arriver ici, cette famille était partie au Tréport où elle espérait trouver à louer quelque chose, mais les avions boches bombardaient sans pitié, surtout un grand hôpital anglais qui y est installé, et ils ont repris la route pour arriver ici. Combien c’est triste !

 

J’ai écrit à votre sœur No, dès le 1er jour, ma petite Maine, lui offrant le gîte pour toute la nichée qu’il a fallu sans doute penser  ( ???) évacuer même avant la grande ruée. Je n’ai pas de réponse, mais quoiqu’il en soit ils seront les bienvenus s’ils arrivent.
Robert Collard m’écrit que le cas échéant ils viendront ici, il faut s’entraider.

 

J’ai du reste encore confiance que la poche créée au Nord de Sedan et de St-Quentin arrivera à se colmater  à force d’énergie et de vaillance ; mais cela nous saigne le cœur de penser à quel prix ! et nous prions, nous prions ; il n’est pas possible que Dieu n’ait pas pitié de nous, de la France. Vous avez dû suivre dans vos journaux le changement qui est survenu dans le Ht Commandement. (limogeage de Gamelin, appel à Weygand). Sans vouloir s’ériger en arbitre, il est permis de se demander comment il se fait que nous nous soyons laissés enfoncer de cette façon. Que la Hollande ait lâché au bout de 2 jours, cela n’a étonné personne, ce ne sont pas des soldats, et les 3/4 sont ou boches ou alliés avec des boches ; la Belgique a donné et donne tout ce qu’elle peut, mais la ligne Maginot que l’on disait s’ériger nouvellement depuis les Vosges à Calais ? Voilà 9 mois que nos troupes se morfondaient , inactives devant nos frontières… on ne sait plus! mais on a bien fait de reprendre un commandement plus énergique et un gouvernement ad hoc ! Mandel, un juif ! mais quelle volonté, a déjà  sacqué comme ministre de l’Intérieur qu’il est depuis hier des Préfets du Nord incapables. Le Maréchal Pétain et Weyghan (sic) nous sont revenus avec leur expérience et leur énergie. Je veux avoir confiance mais il n’empêche que nous passons des heures bien tristes et bien angoissantes.

 

Pendant ce temps, ce matin même Jean-Pierre et François abordent à Coutances le concours de l’X. Les pauvres enfants le font dans de tristes conditions, ils suivent avec émotion les événements tragiques qui se succèdent, ce n’est pas pour leur assurer leurs pleins moyens. Ils en ont pour 2j1/2 puis je les verrai arriver avec Simon vendredi jusqu’à lundi. Le mardi (28 mai) ils partent pour Le Mans où ils passeront l’écrit de Centrale. Les quelques heures à passer dans notre superbe campagne si calme leur feront du bien ; il est difficile de croire à tant d’horreurs alors que nous sommes si tranquilles ici.

 

Naturellement tout le village est plein partout, et j’ai mis la vieille maison à la disposition de ceux qui en auront besoin. Dubois (maire) met beaucoup de discrétion à en user. Je crois vous avoir dit que je lui ait vendu Pépita, non sans quelques regrets, mais on a besoin de tous les véhicules en ce moment.

La poste marche très mal, et les lettres du front n’arrivent pas. De tous côtés j’entends les plaintes des parents anxieux. La pauvre Jeanne et Léon sont sans nouvelles de Georges depuis bientôt 15 jours il en est de même pour tous, et c’est ce qui laisse un espoir aux malheureux parents inquiets.

 

Je voudrais bien avoir des nouvelles de la villa bleue. Aussi, ma petite Maine, et je comprends tout ce que vous pouvez souffrir. J’ai vu hier Leterrier dont les 2 fils et le gendre sont au front, le pauvre homme, écrasé de labeur car on pousse nos agriculteurs à une production intensive et il mène de front sa ferme et celle de son gendre, pleurait de fatigue et de soucis devant moi. Il me faisait pitié vraiment, et il a été cependant un très brave artilleur à la guerre de 1914-1918.

 

Pendant ce temps j’ai Emély le maçon qui répare bien des méfaits (petits et grands) de la de la gelée de cet hiver, et l’on pose dans le Brixard la clôture dont je vous ai parlé. J’ai de la peine à prendre sur moi de faire faire les réparations nécessaires. J’aurais bien besoin , mon Jean, de te sentir plus près pour surveiller la vieille maison.

 

Toutes les santés sont bonnes, heureusement, naturellement  il n’est pas question de permission pour personne. Phil est versé dans un corps « antiparachutistes », je ne saurais vous dire en quoi cela consiste.

 

Jean Cordelle attend 2.500 prisonniers boches comme ouvriers (c’est déjà un joli chiffre).

Georges n’a rien de nouveau  dans son front d’outremer. J’aurais pourtant bien voulu qu’il vienne, ne serait-ce que 8 jours, près de Suzon afin de voir Phil avant son départ pour le front.

 

Marcel (Hersent) est encore en France. J’espère, mais je n’en suis pas sûre, qu’il remue Le Blanc qui en aurait besoin. L’avertissement de Bénéz. (Bénézeth ?) sur ton virement en Belgique laisse tout voir de ces pauvres êtres qui croient travailler pour la grandeur de la maison. J’espère que les jeunes patrons remédieront à cela après la guerre.

 

Vos sœurs suivent courageusement à leur tâche, elles se sont fait inscrire à la mairie de Coutances où l’on attend plusieurs milliers de réfugiés, afin d’aider ces malheureux. Phil a vu des trains entiers de ces pauvres gens avec des enfants, les mères aux visages hâves et fatigués, les petits pleurant, tout cela au milieu d’invraisemblables colis, car ceux que nous voyons ici avec leurs voitures sont encore des privilégiés.

 

J’ai bien reçu  samedi une belle boite bleue du petit Bernard , dragées excellentes que j’ai goûtées et fait goûter avec parcimonie pour qu’il y en ait pour mes garçons et Coutances. Bien merci mes bons enfants d’avoir pensé à nous, dites bien  aussi au charmant parrain. Je suis presque honteuse d’être aussi gâtée par ces temps de rationnement.

 

La protestation de l’Uruguay et des républiques Sud-Américaines a fait bon effet, c’est aussi un réconfort pour ceux qui sont dans leur droit. Il est probable que Roosevelt qui soigne sa réélection et qui a l’habitude d’imposer son autorité sur tout le nouveau monde en gardera une petite blessure d’amour-propre de s’être  laissé distancer par cette petite république d’Uruguay, mais je lis aussi avec plaisir que  les Argentins appuient aussi sur la chanterelle et que les boches sont vilipendés par chez vous. Ils ne le seront jamais assez. On a bien cru aussi que l’Italie retrouverait son ancien allié.  Notre Pape n’a pas eu peur de donner franchement son avis, et on parait se tenir tranquille de ce côté là. Pourvu que cela dure. Avez-vous lu que Mussolini, réclamé à la fenêtre de son palais et prié de se faire entendre a répondu  ces quelques mots «  Il faudra  vous habituer à ne plus entendre mes discours » … Pas possible !!  Que disent les Tonazzi de tout cela ?

 

Mercredi matin

Et les jours passent mes chéris, plus angoissants que jamais. Hier soir nous apprenions par un court discours de P. Reynaud au Sénat que Amiens, Arras étaient occupés « La patrie est en danger » s’est-il écrié dans une belle et courte allocution et il a aussi donné un bref compte rendu de ce qui s’est passé – une brèche faite à la charnière de la vraie ligne Maginot entre Montmédy et Sedan ; des ponts sur la Meuse oubliés d’être coupés et laissant passer les boches avec leurs canons lourds et leurs tanks, le cours de la Meuse non défendu parce que considéré comme dangereux ?  Et Reynaud de réclamer de lourdes sanctions comme l’ont été les fautes impardonnables de certains chefs.  On n’entend plus parler de Gamelin, je me demande s’il n’est pas à la prison du Cherche-Midi.  La faute d’un chef est plus grave que celle de ses subordonnés.

J’étais atterrée hier soir en regardant la carte de voir tout ce que ces brutes occupent déjà dans notre cher pays privé ainsi d’une partie de ses meilleures usines.

 

Suzon m’a téléphoné qu’un mot mis par Phil (avec un timbre ce qui prouvait qu’il avait dû le faire mettre par un civil) disait qu’il partait au front pour y creuser des tranchées. (on pense qu’il faudra s’y fixer !!)  Sa lettre était pleine d’ardeur paraît-il, il disait à sa mère de ne point se tourmenter s’il ne pouvait écrire, qu’il partait avec une poignée de braves sapeurs courageux et gais… qu’il reviendrait bientôt à Poissy pour y prendre sa permission !!…Cher petit, comme le cœur me saigne de le savoir dans cette bagarre, et comme je plains les parents, Suzon surtout.

 

Reims doit être évacué en partie, la TSF prévenant les habitants partis de se présenter aux mairies de leurs lieux d’asile. Votre sœur n’aura pas eu le temps de recevoir mon offre, c’est certain. Je vais écrire à Toulon pour savoir si ils y sont.

 

Notre village est rempli de réfugiés, de gens du Nord surtout qui presque tous ont pu louer maisonnettes, villas vides ou meublées. Il est bien évident que ceux qui sont arrivés de cette manière avaient encore quelques moyens dans leurs poches, les plus à plaindre sont les ouvriers, les paysans évacués par trains qu’il a fallu souvent aller chercher très loin, le défilé de ces malheureux répétait ce que l’on voyait en 1914. Phil nous écrivait qu’il voyait passer des trains entiers de ces malheureux qui faisaient pitié.

 

J’ai revu notre maire qui passe son temps à courir, il a acheté (d’ordre de la préfecture) de la literie, des ustensiles de ménage, vaisselle, tables et chaises qui sont distribuées. Je regrette bien que ma santé ne me permette pas d’être plus active et d’aller aider à l’installation de toutes ces familles. Il y a beaucoup d’enfants que nos braves institutrices ont accueillis et qu’elles mettent je ne sais où ! Le soir à 4h1/2 tout ce petit monde se rend à l’église accompagnés de la bonne mère Campserveux qui leur aide à dire un chapelet pour la France.

 

Quand je pense que je ne peux même plus aller jusque là. Je vais mieux, mais la marche m’est très fatigante et la Doctoresse m’a naturellement conseillée de m’abstenir d’en faire trop. Je ne peux aller au cimetière que lorsque vos sœurs sont là, et je ne peux songer à aller à la messe qui se dit à 9h le dimanche matin, moi qui me lève à 11h !! Pauvre carcasse  que la mienne !

 

Je prends ta bonne lettre, mon Jean, combien ta vieille maman t’est reconnaissante de ne pas la négliger au milieu de tout ton travail qui s’avère important. Quel bonheur que tu n’ait pas viré sur Bruxelles ; et que Bénéz. (Bénézeth), est donc vif en affaires.

 

Je suis contente que vous ayez reçu tous les envois. Avez-vous le Match (depuis le 1-4). Le livre pour ta fête est celui de la Provence. Que vous offrirai-je, ma petite Maine, pour la vôtre ?

 

Depuis hier des avions nombreux sillonnent la mer, pourquoi ?

 

Tendres baisers mes 4 chéris, votre Nany

 

 

(PS) -     Un coup de téléphone de Simon me dit que Phil est à Meaux.

-          Jeanne vient de me montrer une lettre de son fils écrite en pleine bataille, il dit que la guerre c’est épouvantable.

-          Veux-tu ne pas oublier de m’envoyer le maté    1/5    1/6

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Simone à Germaine et Jean Hausermann à Rosario 

 

29 mai 1940 Le Mans

Mon vieux Tony, ma petite Maine

Voici déjà quelques semaines que je voulais vous écrire mais nous avons une vie bien occupée et pleine de préoccupations de toutes sortes, puis je sais que vous avez de nos nouvelles par Nany.

 

C’est surtout à cause d’elle que je vous écrit aujourd’hui, pour te rassurer, mon cher Totoni sur elle au cas où les évènements s’aggraveraient de notre côté. Très franchement, je ne le crois pas, et mon Jean est persuadé aussi que le front est à peu près stabilisé aussi, mais il faut tout prévoir, dit-il, afin de ne pas être pris au dépourvu, nous avons vu ce qu’était l’encombrement des routes quand l’exode se fait au dernier moment ! Encore une fois la confiance reste entière en France, tous ont un moral admirable, chacun travaille double et avec le sourire, notre pays est vraiment magnifique et l’on peut être fier d’être français.

 

Le difficile a été de décider Maman à quitter Vierville, tu comprends bien. Nous ne voulons pas la laisser derrière nous. C’est fait maintenant, et il est entendu que si les boches avancent trop, qu’ils passent la Seine par exemple, laquelle est d’ailleurs un fameux obstacle, l’une de nous va chercher Maman pour l’amener à Coutances, et nous filerons tous vers le Sud-Ouest. Nous avons des autos, de l’essence et de l’argent, nous sommes donc encore parmi les privilégiés. Au cas où nous ne pourrions pas aller jusqu’à Vierville, nous allons alerter Nallais ( ?) qui nous l’amènerait ce serait d’autant plus facile que Nany va loger 3 officiers supérieurs qui lui donneraient certainement un laisser-passer. Sois donc tranquille de ce côté là , mon vieux Tony.

 

Je suis allée hier à Vierville chercher les 2 taupins (Jean-Pierre et François) pour les amener ici au Mans où ils vont passer l’examen de Centrale. Une fameuse complication cette école aurait bien pu faire comme les autres et faire passer l’écrit dans chaque centre de préparation. La circulation est difficile, car les routes sont encore encombrées de grandes charrettes de réfugiés, de caravanes lamentables et qui nous serrent le cœur. On est arrêté à chaque instant par les gendarmes. Le Mans est ville interdite, il a fallu des papiers spéciaux, c’est bourré d’Anglais. Enfin rien de simple. Espérons que le succès récompensera nos efforts. Ils ne sont pas trop mécontents de l’examen de l’X. Veremos.

 

J’ai donc vu notre Nany hier, qui ne va pas mal, mais pourrait aller mieux ; Elle est d’une nervosité extrême, pessimiste au possible, chaque événement (et celui d’hier, la trahison du roi des Belges n’est pas mince) chaque événement la met dans un état épouvantable, contre lequel on a bien du mal à lutter, car elle se met en colère sitôt qu’on la contrarie. Parce qu’un Général a été incapable, tous sont des bons à rien, elle n’a plus ni confiance ni espérance, et je t’assure pourtant que nous l’entourons de notre mieux.

Suzon est auprès d’elle en ce moment pour la dépanner, ma belle-mère garde les gosses qui restent à Coutances avec Clémentine. Tu dois savoir que Tantine, Claudine et son bébé sont arrivées à Vierville, ce qui a mis Maman hors d’elle. Ils est évident qu’elles auraient pu aller ailleurs, mais Maman venait d’écrire à Robert qu’elle se mettait à sa disposition pour lui et les siens ; Tu comprends qu’il n’a pas laissé échapper l’occasion ! Enfin c’est pour peu de temps, heureusement, et Suzon va rester quelques jours encore.

Dire que nous n’avons jamais pu décider  Maman à laisser une de nous s’installer auprès d’elle ! Pour ne pas qu’elle recommence un hiver aussi seule, nous faisions des projets pour l’hiver prochain,  mais ce n’est pas commode, on ne peut la décider à rien… nous verrons, je ne sais pas ce que je ferai, nous répond-elle. Nous ne pouvons pourtant pas attendre octobre pour nous décider, et cela nous désespère. Enfin pour l’instant, il n’y plus qu’à patienter, sans qu’il soit question de lâcher nos petites maisons de Coutances, les villes de province sont bondées et nous serons sans doute encore bien heureuses de rester où nous sommes. Nous tâcherons alors de nous organiser mieux, en nous séparant, une trop grande maisonnée fatiguerait Nany, mais il faudra la décider à venir…

Tâche de faire quelque chose dans tes lettres, mon vieux Tony, sans dire ce que je te dis, remonte lui le moral, et dis lui que tu comptes bien qu’elle nous suivra l’an prochain, même si elle a des officiers dans la maison, qu’est-ce que cela peut-faire ! Nous voudrions tant voir cette chère Maman plus calme et plus heureuse. La Doctoresse la trouve beaucoup mieux, mais j’ai l’impression qu’elle trouve que Nany s’écoute beaucoup, elle l’a forcée à sortir dans le jardin chaque jour et cela fait beaucoup de bien à notre Nany qui est devenus très craintive pour sa santé, et non sans raison d’ailleurs. Mais le moral agit beaucoup sur le physique. Tes lettres  de chaque semaine sont une joie pour elle, mon cher Totoni, et petite Maine lui ferait certainement grand plaisir si elle lui écrivait de temps en temps, elle est bien seule à Vierville malgré tous nos efforts.

Enfin la voici ravie d’avoir à loger des soldats et je la comprends, chacun veut faire quelque chose pour la France. Mais nous avons dû calmer un peu hier son ardeur ! Suzon avait passé sa journée de la veille à arranger 3 chambres, il fallait que les couvertures soient assorties aux couvre-pieds et à la couleur de la chambre, vider toutes les armoires… et les pauvres ne doivent avoir qu’une petite cantine ! Elle voulait aussi loger les ordonnances dans les chambres de bonnes, je lui ai persuadé qu’ils seront aussi heureux dans le foin avec leurs camarades, faire nettoyer le garage pour les autos des officiers, que sais-je encore. Tu ne seras pas étonné après cela si elle est fatiguée, rien que de penser à tous ces détails !

En voici bien long sur notre Nany, mon cher Totoni,  mais cela te donnera un peu une idée de sa nervosité, tâche de faire quelque chose dans tes lettres, mais surtout ne dis pas que je t’ai parlé de tout cela !

 

Que devenez-vous pendant ce temps, mes chéris ? Ma pensée va bien souvent vous rejoindre, qu’ils sont loin les jours heureux !

 

On vit maintenant dans l’angoisse, et encore nous sommes privilégiés. Philippe est encore à l’arrière, et Jean travaille de jour et de nuit à son usine, il avait un millier d’Espagnols, et a maintenant en plus à peu près autant de réfugiés, des mineurs, tous très bonne main d’œuvre, et chacun en met un coup.

 

Nous travaillons maintenant pour les réfugiés, les soldats ont besoin de moins de tricots en cette saison. Je pense samedi, à la fin des concours, aller jusqu’à Montreuil-Bellay avec les garçons, je pourrais y voir un peu Jean, il n’y a plus maintenant pour lui ni dimanche ni permission. Et au retour je repars avec Michel à Cherbourg pour Navale…quant aux oraux, ce sera Rennes pour l’X, Angoulême pour Centrale, Brest pour Navale.. c’est à souhaiter qu’ils soient recalés !!

 

Nous avons été bien heureux de la naissance du petit Bernard Rousseau, j’espère ma petite Maine,

que vous avez de bonnes nouvelles de tous, nous n’en avons pas  souvent, mais votre maman doit être bien occupée. Où sont Nono et tous les siens ? Dans le Midi sans doute, car Reims est évacué. Et Guitte est-elle partie à Ajaccio ? Si vous aviez un petit moment pour prendre la plume en pensant à votre vieille sœur, ma petite Maine, quelle joie j’en aurais ! Vous avez sûrement des tas de choses à me raconter sur les petits, auxquels je pense bien souvent, les chers petits.

 

Mon vieux Totoni, voici l’adresse de Jean, au cas où tu ne saurais plus où nous joindre : Lt Cordelle, 38ème Génie, détaché au Ministère de l’Armement, Montreuil-Bellay, Maine-et-Loire. Comme il  n’est pas en secteur, il peut donner son adresse à l’étranger. Bien tendres baiser, nous trois à vous quatre

 

Votre Sim

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