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Jean Hausermann (à Buenos-Aires) à ses sœurs, 21 décembre 1945
Buenos-Aires, le 21 décembre 1945
Mes biens chères sœurs,
Ces lignes vous arriveront pour la nouvelle année. Nous nous réunissons tous les 4 pour vous apporter nos meilleures affections et tous nos vœux, ainsi que pour tous ceux qui vous entourent. Ce n’est pas je crois se livrer à un optimisme effréné que de penser que le pire est passé et que viennent les jours meilleurs. Il y a évidemment des choses irréparables, mais le passé comptera-t-il …. « El tiempo sigue su marcha » decimos aca y me parece mucha verdad. Tous les jeunes autour de nous paraissent bien vaillants et ont droit à nos félicitations. Et chaleureuses félicitations pour le mariage de la petite Brigitte……………..
……………………………..Nous avons bien reçu vos 2 lettres du 27/10 qui nous ont
fait grand plaisir. Enfin votre câble du 13/12 m’a rassuré sur le compte
de cette valise que je croyais bien perdue ou vidée. J’espère qu’elle
vous aura fait plaisir. Par contre je n’ai pas encore reçu les lettres
annoncées par le dit câble.
Ce que vous me dites de la vieille maison m’a bien navré. Je ne vois pas comment tout cela pourra être remis en état, remeublé et entretenu comme maison de loisir, ou même une semi-industrialisation par l’un de nous. C’est une de mes grandes préoccupations, et Dieu sait si je n’en manque pas, que celle de la répartition équitable des biens de nos chers parents entre nous trois, par suite de la disproportion de Vierville vis à vis du reste. Peut-être une partie des terres pourrait-elle être divisée ? comment sont entrés les frais de remise en état que vous avez fait, afin que les 2 autres tiers soient intacts. J’aimerai bien que le notaire m’écrive son opinion, il me manque ici tous les renseignements qui pourraient m’aider à me faire une opinion. Je sais bien que ma venue est nécessaire absolument pour procéder au partage et que l’inventaire ne peut être bien fait, en valeur, qu’à ce moment, mais il ne m’est pas possible de partir maintenant avec les affaires qui se traitenten ce moment et au milieu des difficultés que traverse le pays d’Argentine. Gilbert (Hersent) est attendu ici, et je dois l’attendre moi aussi. A l’heure actuelle, j’entrevoie d’aller en France pour votre été (1946) (nous avons déjà le nôtre, car je vous écris en transpirant copieusement)avec les miens, mais il n’y a rien de convenu.
…………………………….L’été s’est annoncé bien chaud. J’ai envoyé les miens passer quelques jours au Riachuelo, et les voici revenus pour passer les fêtes avec moi. Je me sens fatigué et prendrai peut-être quelques jours de repos aux lacs du Sud ; j’en ai besoin car j’ai fourni un travail intense et les difficultés n’ont pas manqué. Le pays traverse une crise très grave (la dictature de Peron), il y a des racines de totalitarisme qui font peur… comme si rien ne s’était passé en Europe et dans le monde entier…………
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Jean Cordelle (à Paris) à Jean Hausermann (à Buenos-Aires)brouillon de lettre envoyée le 23 février 1946.
……………………….en ce
qui concerne Vierville nous faisons réparer petit à petit au fur et
à mesure des possibilités qui sont très minces. Après avoir revu le
toit, rendu habitables les petites pièces au dessus de la cuisine,
on procède actuellement à la clôture des herbages afin de pouvoir
les louer normalement.
Les demandes d’indemnités sont faites en majeure partie. Heureusement
il n’y a comme dommage de guerre que le toit (déjà réparé) et la tourelle.
Tout le reste, dégâts intérieurs et dégâts aux terres (sauf les terres
minées) sont dus à l’occupation américaine et nous espérons que l’indemnité
viendra plus vite. Toutes les recettes et dépenses des biens de la
succession sont tenus en ordre et avec caisse et compte en banque
indépendants……..
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Jean Hausermann (à Buenos-Aires) à Simone Cordelle, 12 avril 1946
Buenos-Aires, le 12 avril 1946
Ma chère sœur,
J’ai bien reçu ta lettre du 2 avril,
parvenue aussi en un temps record puisqu’elle était entre mes mains
le 8. Les petites photos ont été admirées. Il reste très peu pour faire
définitivement connaissance avec les figures nouvelles.
Je vous mets au courant de nos projets devoyage qui se sont définis. Après bien des difficultés et en
vue de ne pas retarder notre retour d’un temps qu’il devenait impossible
d’apprécier, j’ai accepté une cabine de 4 couchettes (de seconde, mais
qu’il faut quand même payer comme première) sur le vapeur « Jamaïque »
qui est attendu ici le 26. Départ vers le 8 mai sauf grèves bien entendu,
et il y en a. Je vous ferai câbler ou je la ferai moi-même le jour du
départ. Arrivée par Le Havre. Attendez-vous à nous voir arriver vers
le début de juin, et j’espère que le propriétaire ne sera pas revenu,
ce qui me permettra d’habiter chez maman et de ne point trop vous encombrer .
Germaine et les enfants suivront assez vite sur Lyon, pendant que j’irai
à Vierville et que j’aurai parlé à Gilbert……….
……………….Je suis
en effet décidé à revenir ici, d’une façon ou d’une autre, mais tu
est dans l’erreur, petite sœur, si tu crois que c’est « renoncer
à la France », comme tu le dis.
A très bientôt, donc, le grand plaisir de vous revoir tous après ces
7 années d’évènements extraordinaires, et ne plus retrouver ma chère
maman me peine infiniment. Je vous embrasse bien affectueusement.
Jean
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Jean Hausermann (à Buenos-Aires) à Jean Cordelle, 26 avril 1946
Buenos-Aires, le 26 avril 1946
Mon cher Jean,
Je t’accuse réception
de ton mot du 18, arrivé le 23. Nous avons bien reçu aussi la lettre
de Simon du 12 et celle de François du 16, du même mois. Merci pour
tout cela. Nous essaierons de vous satisfaire, dans la limite du possible,
mais pour les appareils de photo je crois qu’il faut que vous en fassiez
votre deuil, c’est absolument interdit, je dirai même que ce n’est
pas toléré. Nous aurons bien besoin de tolérance pour des choses plus
utiles et pour tout le fourbi que nous emmenons.
Le Jamaïque est annoncé pour le 30 ici ; en retard de 3 jours
déjà sur son horaire. On parle aussi de réparations ?
Au sujet de l’impôt de solidarité tu as bien fait de déposer les 6000F, bien que ce ne fut pas absolument nécessaire. En ce qui concerne la déclaration et énumération de mes biens, j’ai visité le consulat de B Aires qui m’a donné les indications nécessaires : nanti d’un certificat spécial de résidence à l’étranger, délivré par eux, je ferai moi même ma déclaration pendant mon séjour en France. Ici nous devons attendre l’arrivée des formulaires et à partir de cette date 3 mois franc pour s’exécuter. Le délai du 15 mai ne court donc pas pour les français de l’étranger.
Une question :
nous arrivons par Le Havre. Avons nous intérêt à prendre des billets
directement pour Lyon, étant donné qu’il y a des bagages pour cette
ville. Ceci au point de vue du transfert à Paris, entre gareset av. de Lamballe ; et puis de la sécurité des dits bagages,
notamment des aliments.
Simon ne m’a pas répondu pour les affaires du Riachuelo ?
Nous vous embrassons bien affectueusement,Jean
(PS) Je suis heureux que la caissette 9Kg de chez Harrods,
que je t’ai faite au hasard d’une course dans cet établissement te
soit bien arrivée. Tu vois que je pense à toi et à ton estomac.
Mon messager du « Katiola » était en panne à Pernambouc,
aux dernières nouvelles. Je crains qu’il ne soit trop tard pour les
affaires de Grandjean.
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Jean Cordelle (à Paris) à Jean Hausermann (à Buenos-Aires)brouillon de lettre envoyée le 4 mai 1946.
Mon cher Jean,
Nous avons bien reçu ta lettre du 26 avril qui nous précise votre prochain retour. Je t’ai télégraphié hier, après avoir reçu ta lettre du 20 mars. Merci de t’occuper de tout cela, mais ne te préoccupe pas si le temps te manque pour faire ce qui est demandé. Nous nous rendons compte que tu as beaucoup à faire ces jours-ci.
Au sujet de tes
billets Le Havre – Lyon, il est certainement plus simple et plus économique
de prendre des billets directs, mais il y a le risque de sécurité
des bagages, moins on les abandonne, mieux cela vaut. Il convient
de les assurer.
J’espère si le jour de votre arrivée est suffisamment connu aller
jusqu’au Havre, cela vous simplifierait les chose. Tu demandes dans
la lettre à Suzon si nous avons conservé nos voitures, Georges a vendu
la sienne l’an dernier (une drôle d’idée entre nous et qu’il regrette
amèrement). J’ai encore la mienne, et je m’en sert pour aller sur
les chantiers du Calvados, et accessoirement à Vierville. Si je peux
faire étendre mon autorisation de circuler à la Seine-Inférieure (l’ancien nom du
département de la Seine-Maritime), et si j’ai de l’essence, j’irai
avec au Havre.
(ces autorisations de circuler ne devaient pas exister les premiers mois après la libération de Paris, en 45, mais pour l’essence, la vente n’était pas libre ni en 45 ni en 46, il fallait donc se débrouiller, soit donner un motif accepté, soit le système D)
Vois-tu la possibilité pendant ton séjour en France de donner des instructions sur les affaires de Grandjean
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