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Jean Cordelle à Paris , à Jean Hausermann à Rosario, brouillon de lettre, envoyé via ? est-elle arrivée ??

 

3 décembre 1943

 

Mon cher Jean,

 

Nous avons été bien heureux de recevoir ta lettre de fin septembre (1943, arrivée comment ?? et avec des photos) car nous étions depuis 1 an sans nouvelles directes de toi ; les photos ont été beaucoup regardées, Jean-Paul surtout est complètement transformé. Bien entendu nous avons transmis tout cela à la famille Saillard (il n’y plus de ligne de démarcation, les Allemands sont partout en France depuis novembre 42, et donc le courrier circule). J’ai fait aussi le nécessaire pour verser à Marcelle 15000F; elle n’est plus ici, elle s’est installée dans la Mayenne, dans le pays d’une de ses cousines. Bonnes nouvelles de la famille de Germaine, sauf le décès de Madame Noble il y a quelques semaines dans sa petite propriété de Ste Anne.


Je passe maintenant la famille en revue ; les 4 parents ne rajeunissent pas, bien sûr, mais ils ont la prétention de se maintenir encore correctement (ils ont autour de 45 – 49 ans). Yves a maintenant 13 ans ½, 1m70 de taille, il est en seconde cette année et poursuit ses études sans histoire. François sorti de l’école Polytechnique en août, est maintenant ingénieur des PTT ; il est fiancé avec Nicole Le Mée, belle-fille de Dessus. Michel a quitté l’école Supérieure d’Electricité et est content d’avoir été rappelé plus ou moins à ses premières occupations (où est-il ? je ne m’en souviens pas exactement, je fais appel aux souvenirs de François, Michel qui devraient pouvoir apporter des précisions); il est aussi fiancé avec une jeune fille dont nous avons fait la connaissance récemment. Philippe tout à fait remis de sa pleurésie est rentré à Paris fin 1942 et travaille chez Poivre notre voisin de campagne qui a une grosse maison d’alimentation ; il est fiancé avec une jeune fille de Caen, cousine des de Brunville. Jean-Pierre est marié depuis juin dernier avec Thérèse Poivre (je fais aussi appel aux souvenirs de Jean-Pierre et Philippe, ils pourraient nous raconter beaucoup de choses de cette époque compliquée et difficile) ; il vient de sortir de Centrale et travaille avec son beau-père ; un bébé est attendu pour le printemps prochain. Nous avons passé l’été dans la vieille maison, jusqu’ici en ordre bien que nous y ayons en ce moment quelques difficultés ;

 

Le château hébergeait toujours un ou 2 officiers subalternes, notamment le Lieutenant De Vries, professeur de latin en Rhénanie ( ? ), marié à une suissesse, avec 2 jeunes enfants ; mes parents et Tante Suzon avaient tissés quelques liens d’amitiés avec cet officier allemand peu militariste ni nazi et qui ne se faisait aucune illusion sur la fin de l’Allemagne et sa propre mort au combat – il a été tué à Arromanches le 6 juin 1944 - , enterré à St-Come de Fresné.
Je me souviens de cet été, le premier que nous avons passé je crois sans pouvoir aller à la plage, interdite aux civils,

Quoique je me souvienne avoir traversé à pied la chicane du mur antichar, il n’y avait pas de blockhaus encore ; peut-être c’était donc à Pâques 43)

Le système des cartes d’identité délivrées à Vierville tenait la route, en fait je ne me souviens pas de contrôle des allemands, même à la gare de Bayeux à la descente du train de Paris. A Vierville, les allemands étaient assez débonnaires, heureux de ne pas être sur le front de l’Est où le taux de survie était faible.

Marthe (Tatou) était en permanence à Vierville. Je ne me souviens pas des gardes, si ce n’est qu’un jour ils ont mis le feu dans leur cheminée. Les pompiers locaux étaient impuissants, c’est un soldat allemand qui est monté sur l’arête du toit, s’est installé à cheval sur le faîte et a déversé force seaux d’eau (qu’on lui hissait) par l’orifice supérieur de la cheminée.

Je me souviens aussi que, sevré de plage et de mer, nous avons été (quelques grands, lesquels ?, et moi) par les champs de la falaise voir, en cachette, la mer de plus près , au delà de la maison Gambier.

Nous (Philippe, Jean-Pierre, François , Michel , Brigitte, moi) voyions souvent à cette époque les enfants de Brunville, Olivier et Isabelle, tout en ignorant complètement leurs activités clandestines (la famille de Brunville avait notamment aidé un officier commando anglais échappé du coup de main anglais du 12 septembre 42 à St-Laurent, 11 hommes débarqués, 3 tués, 9 pris par les Allemands et 1 recueilli par les de Brunville.

 

 

nous y allons de temps en temps les uns et les autres (en train de Paris, puis bus de Bayeux, parfois en vélo de Bayeux) . Maman va bien. Tantine aussi, toujours à sa maison de retraite d’Auteuil. J’oubliai de te parler de Brigitte, grande jeune fille de 17 ans qui prépare son bachot.
Nous serions heureux de savoir que tu as reçu cette lettre (?) et tous ici nous réunissons pour vous embrasser tous 4 bien affectueusement

Jean Cordelle

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