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Jean Cordelle, en séjour à Madrid exceptionnellement,  à Jean Hausermann à Rosario, Brouillon de lettre

 

Février 1942, (entre le 1er et le 16 probablement)

 

Mon cher Jean,

 

Ton télégramme parvenu hier à Madrid me dit que la maladie de Jean-Paul suit son cours normal. Inutile de dire combien nous pensons à vous  et combien nous serions heureux de savoir que la convalescence est commencée. Je pense que tu envoie au Blanc des nouvelles régulières, et j’ai demandé qu’elles soient retransmises aussitôt à nous et à la famille Saillard. Quand cette lettre t’arrivera, ce ne sera plus je pense qu’un mauvais souvenir, mais quand aurons-nous vos nouvelles écrites ? Depuis que la ligne italienne ( ? ligne de bateaux ??) ne marche plus, plus de la moitié des lettres manquent, mises au panier. Ta dernière lettre, si je ne me trompe est du 12 décembre (1941).

La dernière que je t’ai écrite est de la semaine de Noël que nous avons passée, Simone et moi partie à Toulon, partie à Lyon (des laissez passer interzones étaient donc donnés pour raisons familiales à cette époque). A Toulon, Michel s’épanouit dans le métier qu’il a choisi, dans un milieu extrêmement sympathique. Nous avons vu toute la famille de Germaine, si accueillante, et nous l’avons trouvée en excellent état physique et moral. Vautrin est au tableau d’avancement pour Capitaine de Corvette. A Lyon François avait la scarlatine depuis le milieu décembre, c’est terminé maintenant, après avoir passé une dizaine de jours de convalescence chez les Matuszek à Toulouse. Nous comptons les voir tous les 2 à Paris pendant les vacances de Pâques (ici encore des laissez passer nécessaires).

Les Chedal vont bien, Georges a fait un séjour d’une quinzaine à Dakar (supposant donc des autorisations pour ce voyage vers la zone libre puis vers l’Afrique, probablement par bateau depuis Marseille, un accord discret Vichy – Alliés autorisait ces liaisons France – Afrique du Nord et Afrique de l’Ouest via Gibraltar, pour approvisionner la zone libre en marchandises coloniales, les Allemands laissaient faire, y trouvant eux aussi leur compte) pour études de travaux. Jean-Pierre continue ses études à Centrale et Philippe est toujours à Vierville ; en décembre, il a attrapé la rougeole ce qui n’est pas du tout indiqué pour lui ; il lui reste un point de pleurite qu’il soigne énergiquement par le repos. Il faut longtemps avant d’être débarrassé des suites d’une pleurésie. Yves continue sa classe de 4ème sans incidents ;

quand à moi c’est le dernier séjour que je fais à Madrid ; une huitaine de jours en janvier quand je t’ai demandé ce transfert, et une vingtaine cette fois-ci(je me souviens que Papa nous avait rapporté à Paris des vêtements introuvables en France, par la valise diplomatique). C’est pour la liquidation si possible des travaux de Ténériffe, un désastre car la loi espagnole très stricte ne prévoit pas la variation des prix avec la hausse des matériaux et salaires.
Pendant mon séjour ici, Simon a dû aller à Vierville une quinzaine ( ? peu lisible). Elle s’y trouvera pour l’anniversaire de ta chère maman (le 17 février). Rien de nouveau là-bas, toujours bonne impression du nouveau ménage de gardes. Nous avons toujours une dizaine de chevaux à l’écurie et tout est fort calme.

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Tu nous a écrit une fois que nous n’étions pas renseignés. Sois bien certain que vous ne l’êtes pas plus. La TSF et les agences télégraphiques de presse avec lesquelles on manœuvre les peuples sont des armes de guerre. Les 2 parties en font le plus large emploi, et mentent avec la même intensité, les journaux USA et la BBC autant que les autres. Nous avons l’avantage, si l’on peut dire, d’entendre tous les jours la radio des 2 bords(je me souviens avoir entendu souvent à Paris la radio anglaise malgré le brouillage allemand et aussi la radio Suisse, la plus intéressante car essayant de trouver la vérité au milieu de communiqués Alliés, Russes et Allemands parfaitement contradictoires) . Une simple statistique des faits…… (????)   ….. confirmés par la suite, ne laisse aucun doute sur leur .. (???… illisible).

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