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Simone (à Vierville), à Jean Cordelle (à Paris),  15 avril 1946

Lundi midi

Mon Jean,

Je t’envoie ci-joint des tickets de pain, que j’ai oublié de te donner, donne les à Jeanne. Je pense que François a dû apporter les siens.
J’espère que tu as fait un bon voyage…………bien désolée que tu sois reparti si vite……………
Il fait toujours un temps splendide………….Yves s’active, il va refaire une partie des portes des clapiers, tout s’en va en miettes, et c’est comme ça que le chat a dévoré 2 belles bêtes de 5 mois qui auraient bien fait dans nos casseroles
Voilà le commencement de la liste des choses à apporter : cigarettes, lime à ongle, eau de Cologne……, du dentifrice, et si tu peux la veste de toile imperméable d’Yves…….

Suzon serait gentille de voir si on trouve de la Phosphatine Fallières, et quels tickets il faut pour en acheter. J’ai rencontré hier la femme Olard, son bébé qui a l’âge de Jean, ne veut prendre absolument que cette farine là, et c’est introuvable ici, je pense que notre pharmacien doit en avoir et qu’il prendrait des tickets découpés. Je crois aussi en avoir vu chez Jean-Pierre………………

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Simone (à Vierville), à Jean Cordelle (à Paris),  16 avril 1946

Mardi 16 avril

Mon Jean,

……………..Aujourd’hui, je pense en fin de journée aller chez les Leterrier, et peut-être avant, descendre à la plage avec Yves. Ce dernier s’occupe, il va faire chaque jour une ballade (il s’agissait d’explorer les environs, plage et intérieur des terres, pour récupérer des objets divers abandonnés par les américains), et travaille à mille petites choses à la maison. Pourrais tu apporter 4 charnières, à la rigueur 2 pour les portes du clapier. Il fait sans charnières pour les petites portes, mais pour les plus grandes la fermeture n’est pas assurée sans cela. ………

Apporte quelques enveloppes, j’ai vu un peu juste.

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Simone (à Vierville), à Jean Cordelle (à Paris),  17 avril 1946

Mercredi 17 avril

Mon Jean,

……………. … autre chose, peux tu écrire de suite à Gabriac (au Verdon ?)  lui demandant s’il peut nous envoyer une vingtaine d’ectons (œilletons ??) d’ artichauts. Il ne nous en faut pas plus, et je pense que ça irait par la poste (on a droit à 3 kg) de façon que cela arrive vite, c’est le moment de les planter, il ne faudrait pas perdre de temps.

…………………nous avons été à la plage avec Yves, et vu Mme Leterrier pêchant, si bien que je n’ai pas été la voir. Elle y passe ses journées en ce moment, car c’est la marée.

Veux-tu apporter si tu as la place un paquet de farine de soja, dans l’armoire à provision……

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Simone (à Vierville), à Jean Cordelle (à Paris),  18 avril 1946


Jeudi 18 avril

Mon Jean,

J’espère que ce petit mot t’arrivera demain, je t’écris au sujet des toits de nos communs qui sont comme des écumoires (il pleut à verse depuis hier soir) . Les Lemoine (peut-être ceux qui logent dans la maison des gardes ?) sont dans l’eau, malgré bâche et bassines dans le grenier. Quant au bûcher, il y pleut comme dehors. J’ai été ce matin voir Lemaître, car tout le monde est hors d’eau dans le village, sauf nous naturellement !

Le brave type est plein de bonne volonté, il est venu voir avec moi les dégâts. Tout le papier goudronné sur les granges (côté mer au moins) est pourri et hors d’usage. Quant au bûcher, les grosses poutres sont couvertes de champignons, et tout cela pourrira si on le laisse dans cet état. Lemaître a un couvreur et est prêt à le mettre sur nos toits, mais il n’a pas d’ardoises. D’un autre côté il se  demande si cela vaut la peine de refaire du définitif avant le déminage du champ. On pourrait remettre du papier neuf, ou même recouvrir en tôle ? Il a un peu de papier, une quinzaine de m2, mais cela ne suffirait pas. J’ai l’impression qu’il a des tôles. A son avis il vaudrait peut-être mieux de refaire du provisoire, et stocker pendant ce temps des ardoises, il pense que l’on doit pouvoir s’en procurer, David à Isigny vient d’en recevoir un gros stock, ce qui lui fait penser qu’on débloque un peu (c’est à dire que l’administration distribue quelques bons-matières pour des ardoises). Vois avec les Chedal, mon Jean, et pense à tes possibilités, soit d’ardoises, soit de papier, j’ai dit à Lemaître que tu serais là samedi. Il n’oublie pas les fenêtres, qu’il nous a promis en carreaux, (on remplaçait couramment les vitres par des feuilles de papier armé translucide) mais n’a pas encore reçu ces derniers.
J’irai cette après-midi voir les Leterrier, je pense que la pêche va chômer avec ce joli temps, et je compte bien dire à Leterrier que nous n’avons pas été très gâtés dans la réparation des toits, les moindres communs de chez tout le monde sont recouverts.

Le brave Lemaître est découragé avec cette affaire Paris (une entreprise ?, mais je ne vois pas de quoi il s’agit), il espère que tu vas ramener une solution…Ce dont Suzon me parle auprès des Américains serait bien intéressant si cela pouvait se faire ( de quoi s’agit-il ???).

J’ai une bonne lettre des enfants de Cherbourg (Michel et Christiane), qui ont l’air tout content de nous voir arriver, et ne veulent pas entendre parler de restaurant, tout au plaisir de nous recevoir. Si tu as quelques œufs de chez les Dessus à leur apporter, je ne pense pas en avoir ici. ………………..

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