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Jean Cordelle (à Paris), à Jean Hausermann (à Buenos-Aires),    22 août 1947,          brouillon de lettre

 

Paris, le 22 août 1947

Mon cher Jean

Comme tu le sait par Simone qui t’a écrit au mois de juillet, nous avons passé quelques bons jours à Vierville, à cheval sur juillet et août, favorisés  par du beau temps. La famille Cordelle s’y est même trouvée pendant 2 ou 3 jours au grand complet, depuis l’arrière grand mère jusque’aux arrières petits enfants. Moi-même j’y suis resté environ 3 semaines pendant lesquelles je me suis occupé de tes affaires.

L’herbage du Bois reprend peu à peu tournure. L’Allemand (un prisonnier de guerre mis à notre disposition, logé et nourri par nous) a nivelé les trous de la partie haute (le déminage est terminé, une partie de cette zone était minée) et réuni pas mal de pierres qui étaient parsemées un peu partout. La partie basse est toujours en assez piteux état, cependant il y pousse du petit trèfle que les animaux viennent paître volontiers ; les chardons y ont été coupés en temps voulu. J’ai touché de Louis Leterrier le fermage correspondant au 1er semestre et comme convenu, il a été fait une déduction de 1 ha sur la surface totale de l’herbage ; il n’y a vraiment rien à dire et l’on s’entend facilement avec Louis.

Le Brixard et le Fossé Gras sont en bon état mais je n’ai pas eu le moindre succès dans mes conversations avec le père Leterrier tant sur les surfaces à compter que sur une modification éventuelle du taux à l’hectare pour le prochain renouvellement. Il est toujours fort aimable mais beaucoup moins facile que son fils. Il reste indéracinable sur les 40kg à l’hectare et il ne veut compter que 4 ha utiles ce qui fait 160kg au lieu des 182 du bail ; il dit que d’une part il est obligé de porter de l’eau dans le Brixard et qu’une certaine surface du Fossé Gras est abîmée, ce qui est en partie exact. Il ajoute que ta maman lui avait toujours loué ces 2 herbages pour 4 hectares, il y a en effet un bail écrit de sa main qui porte cette mention. Bref j’ai totalement échoué. Etant donné la situation de Leterrier dans le pays et le fait qu’il est conscient des services qu’il peut te rendre je ne vois pas que, moi, je puisse faire plus pour l’instant. Les risques de réquisition dont Simone t’a parlé dans sa lettre, apaisés pour l’instant, peuvent renaître à tout moment.

Les vignets sont dans l’état où tu les as laissé au point de vue haies et clôtures, mais l’herbe y pousse bien. Blin a payé son fermage sans observation et de fort bonne grâce. Il paraît y avoir une récolte de pommes convenable que j’ai laissé à Blin, comme tu me l’avais dit, nous traiterons le prix lorsqu’il sera connu.

Au sujet des pommiers, il en manque 15 dans le grand vignet et 4 ou 5 dans les autres ; je sais que tu avais l’intention d’en replanter plus, mais Blin pourra tout au plus en planter 20, j’espère qu’il tiendra parole cette fois-ci.
Le foin de l’année dernière a été vendu à Louis Leterrier. Celui de cette année représente environ 400 bottes de qualité moyenne ; il vaut mieux attendre pour le vendre.

Au portail d’entrée, j’ai fait mettre une barrière en bois à 2 battants ; fabriquée à Bayeux chez Godfroy nous l’avons posé nous-mêmes avec Yves et l’Allemand, une chaîne et un cadenas permettent de fermer, le serrure de la porte pour piétons a été réparée et reposée par François. J’ai l’impression que l’on pourra au printemps prochain entreprendre la réparation des brèches du mur du parc et la reconstruction des maçonneries du portail.

Un ouvrier plombier amené par moi de Condé a réparé la distribution d’eau et remis les robinets manquants pour remettre en service l’eau froide. La crépine a été remise dans le puits. Turenne va me remettre incessamment tout ce qu’il faut pour rhabiller le réservoir, et l’électropompe a dû être révisée. J’espère que tout cela pourra être mis en marche pour le séjour des Chedal.

Pour la peinture des grilles, j’ai retenu le peintre, mais viendra-t-il ? Il est absorbé par les présents : Ygouf, Leterrier, etc.., il faudrait être là.

Je n’ai pas encore touché le reste des dommages d’occupation, j’ai été voir l’administration et écrit 2 lettres recommandées, on devrait toucher sans tarder.

J’ai ton exemplaire du partage, je te l’apporterai. Ton abonnement au journal « Le Monde »  est fait à partir du 15 juillet date à laquelle se terminait le précédent. L’abonnement à Rustica est fait mais il ne partira que du 1er septembre. …………………………………

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Jean Hausermann  (à Buenos-Aires), à Jean Cordelle (à Paris)   30 août 1947

 

Buenos-Aires, le 30 août 1947

Mon cher Jean,

J’ai bien reçu ta lettre du 22 août et t’en remercie. Bien reçu aussi………………

…………………………Vous étiez donc tous réunis dans la vieille maison et nous espérons que nous aurons le plaisir de renouveler cela……………….

Tout ce que tu as fait pour Vierville est très bien et je pensais bien que notre brave Leterrier allait se visser sur son siège. Laisse donc tout comme cela ; je sais bien que vous emploierez tous les moyens pour éviter des habitants non invités, la solution Coliboeuf ne me sourit guère, j’aimerais mieux celle de Marthe. Mais avec quelles conditions ? Sinon ce sera au petit bonheur la chance, la vieille maison en a vu d’autres et …en verra peut-être d’autres au train où vont les nouvelles (les inquiétudes recommençaient à monter en France, grèves insurrectionnelles communistes, et en Europe, rideau de fer…). Il y a des moments où je me demande si je lâcherai Jean-Paul l’année prochaine. Veremos.

Pour terminer le sujet Vierville, si tu y retournes comme tu me l’indiques, insiste bien pour que les pommiers soient plantés cette année par Blin, le maximum possible.

Avez-vous pu faire quelque chose pour la tourelle sinistrée, qui me préoccupe en tant que toiture et charpente ? Le peintre viendra ou ne viendra pas évidemment pour la grille, veux-tu lui recommander les 2 marquises. Enfin dernière question, que devient le champ du cheval ? Blin a-t-il bouilli et nous a-t-il réservé un peu de calvados ?
Merci pour les abonnements. Jean-Louis reçoit son « Scout » qui le remplit d’aise.
La bonne nouvelle est celle de vos places retenues pour le 21 prochain, ce qui indique que notre Simon va bien………………….

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Jean Cordelle à Gabriel Dessus, Buenos-Aires le 21 novembre 1947

Mon cher Gabriel

.....Quant à notre vie ici, mieux vaut n'en pas parler à côté des difficultés de la vôtre. On voudrait vous envoyer et vous envoyer rapidement de tout ce que l'on trouve ici et qui manque chez vous. Malheureusement il faut de la patience. Les premiers paquets que nous avons envoyé viennent tout juste de quitter l'Argentine; si vous les avez pour le Jour de l'An, il faudra s'estimer heureux; espérons qu'un fois le démarrage fait, les arrivages se feront régulièrement. Tout cela est subordonné à des réglementations et à des démarches longues qui découragent beaucoup d?? (illisible) sans compter le prix du fret. Nous sommes maintenant réincorporés à la vie d'ici; l'été commence à se faire sentir, mais nous n'en souffrons pas, au contraire. Je pense que les affaires pour lesquelles je suis venu donneront un résultat, et je ne peux pas rentrer avant avril prochain.....

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