Maurice
ROUGIER
de septembre 1939 à septembre 1944
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Suite des souvenirs de Claude:
"En Sept. 39, à la déclaration de guerre, il fut décidé
que les meubles seraient en garde-meubles (à
Dijon) et que,
nous les enfants, irions nous "réfugier" avec Maman chez Tante
Cécile qui habitait à Cancon
(Lot-et-Garonne) - oncle Marcel était ingénieur entrepreneur
pour une société qui posait des poteaux de lignes électriques
- c'était un univers de femmes - puisque ma grand-mère maternelle
y était aussi - Tandrée mobilisée comme infirmière,
et l'atmosphère était souvent pleine de nervosité…Après
la drôle de guerre (entre le 10 mai et le 25 juin 40) mon père
revint désespéré par ce désastre où
les soldats fuyaient et désertaient en masse".
Souvenirs de Marguerite
MAILLET, la grand-mère de Claude:
" fin Août 1939 -
A peine rentrée de Dampierre
où nous avons passé les vacances en famille: Etienne et
ses enfants, Suzanne et Maurice, Fanny et Claude, tous très gaiement,
mais l'orage monte et Maurice est parti rejoindre son régiment.
La guerre menace et malgré
cela Marcel arrive à Sceaux avec sa femme et sa petite Colette.
Lui n'y croit pas, bien entendu. Mais j'entends des échos de
TSF et sur la place de l'église en particulier, un discours de
DALADIER qui ne laisse guère d'espoir.
Il est décidé que je pars avec eux à Cancon.
Andrée est appelée comme infirmière et je ne me
sens pas le courage de vivre seule ici dans un moment pareil. Encore
une guerre…Celle de 14 n'est pas loin pourtant!
Nous faisons un voyage très
fatigant, train bondé et parti à 9 heures du soir de Paris,
nous ne sommes à Villeneuve
que le lendemain soir vers 7 heures. Les CERENOZ nous offrent à
dîner, je n'en puis plus…
Inquiétudes, soucis, Marcel
part au bout de quelques jours et nous voilà seules, Cécile
et moi, pour longtemps.
La bonne petite Colette est le rayon de soleil, son charme d'enfant
me console bien des fois.
Je pense à Andrée,
perdue seule dans un hôpital. Sa santé résistera-t-elle?
Et Suzanne, seule aussi
vient nous retrouver avec ses deux filles. Quelle minute émouvante
que cette arrivée. Elle a mis ses meubles en garde-meuble et
donné congé de son appartement, son mari exposé…
Que de chagrins.
Le temps passe cependant: les trois
petites filles vont à l'école du village et nous nous
occupons de la maison, cuisine, tricot, lettres aux absents.
J'ai appris que ma maison (celle
de Dampierre) est occupée
par des officiers et une popote, mais c'est l'indifférence, il
y a tant d'autres sujets de peine."
Dès la mobilisation, le Cdt d'Infanterie Maurice Rougier, breveté
Etat-Major, a été nommé Chef du 2ème
Bureau de l'EM du 10ème Corps d'Armée, (poste
qu'il a gardé jusqu'au 10/7/40)
Ce nouveau Corps était en formation à Rennes. Maurice
a donc été envoyé à Rennes du 4 au 14 sept
39, pius avec son Etat-Major, quelque part au Sud de Sedan du
16 sept 39 au 14 mai 40, sur l'Aisne (Rethel) les 15/19 mai 40,
sur la Somme (sud d'Amiens) du 20 mai au 8 juin 40, à
Beaumont s/Oise les 9 et 10 juin, à Poissy s/Seine
les 11 et 12 juin, entre Seine et Loire du 12 au 17 juin, sur la Loire
les 18 et 19 juin (Tours), sur le Cher 20 juin, sur la Creuse
22 juin, dans l'Est de la Charente, à Angoulème
les 23 et 24 juin.
Les lettres de Maurice Rougier à Grannie pendant leur séparation
de 1939-40, permettent de le suivre pendant toute cette période:
1 - lettres de fin août
39 au 14 sept 39
Lorsque la guerre menace, fin août 1914, Granie était en
vacances avec ses filles à la campagne, dans le village de Reulle-Vergy
à 20 km au sud de Dijon. De son côté Grand-Père
était à Dijon jusqu'à la mobilisation du
2 septembre qui l'a envoyé à Rennes, où il a
été affecté comme chef du 2ème bureau (renseignement
et contre-espionnage) du 10ème Corps d'Armée en cours
de constitution pour prendre en charge les mobilisés. Grand-Père
a donc daté ses lettres de Dijon puis de Rennes, jusqu'au 14
septembre:
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lettre
de fin août 39, de MR à Dijon à SR à
Reulle (une petite ville au sud de Dijon, lieu de vacances
provisoire, pour éviter la grande ville risquant d'être
bombardée si la guerre commençait brutalement);
la lettre évoque Hitler, ses exigences et le pacte germano-soviétique.
lettre du 30/8/39, MR à Dijon à SR à Reulle
lettre du 2/9/39,
MR à Dijon à SR à Reulle, la mobilisation
est lancée et le plan envoie le Cdt Rougier à Rennes,
il prévoit de partir le 3 pour arriver le 4
lettre du 3/9/39,
MR à Dijon à SR à Reulle, MR est sur
le point de partir à Rennes
lettre du 4/9/39,
MR à Rennes (mobilisation, MR rejoint le 10ème
CA, son affectation prévue par le Plan de Mobilisation)
à SR à Reulle.
lettre du 7/9/39,
MR à Rennes à SR à Reulle, MR envisage
diverses solutions de repli pour sa famille pendant l'année
scolaire à venir, hors de Dijon.
Carte postale à
Fanny et Claude, le 10/9/39, de Rennes
lettre du 14/9/39,
MR à Rennes à SR à Reulle, avec des commentaires
sur la résistance polonaise
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Pendant la "drôle de guerre" 39-40, près
de Sedan
Commandant Rougier, 1940

Maurice Rougier à gauche ?
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(détails)
Maurice Rougier (Grand-Père) est au milieu

(détails)
septembre 39 en Lorraine, au sud de Sedan

(détails)
le 3ème à partir de la droite?
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2 - lettres
du 17 septembre 39 à fin novembre 39 et
lettres du 17 déc
39 au 3 avril 40
Le 17 septembre Grand-Père est arrivé
en Lorraine avec l'EM du 10ème CA. Jusqu'au 12 octobre,
le 10ème CA a été affecté à la
réserve de la 2ème armée, et le PC était
un peu en arrière à Dun sur Meuse, semble-t-il.
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lettre
du 17/9/39, MR dans le secteur de Sedan, à SR à
Reulle
lettre du 20/9/39,
Carte postale adressée à Grannie, montrant la
ville de Dun sur Meuse, donc probablement proche du séjour
de Grand-Père, entre le 17 septembre et le 12 octobre.
lettre du 6/10/39,
MR à SR
lettre du 8/10/39,
MR à SR
A partir du 12 octobre, le 10ème CA est
chargé de la défense de la Meuse et de la Chiers,
en gros de Sedan inclus à Carignan inclus. Le PC, où
se trouve le Cdt Rougier, est à La Berlière
(20km au sud de Sedan). C'est à ce PC que se trouvait Maurice
Rougier jusquau 14 mai 1940
lettre du 25/10/39,
MR à SR
lettre du 27/10/39,
MR à SR
lettre du 3/11/39,
MR à SR
lettre du 10/11/39,
MR à SR
Menu du 11 nov 39
Musique et paroles
de "Y'a du bromure"
lettre du 12/11/39,
MR à SR
lettre du Menu du
dimanche 26/11/39
lettre du 13/11/39,
MR à SR
lettre du 24/11/39,
MR à SR
lettre du 17/12/39,
MR à SR
lettre du 25/12/39,
MR à SR
lettre du 16/1/40,
MR à SR
lettre du 28/1/40,
MR à SR
lettre du 4/2/40,
lettres MR à Fanny et Claude
lettre du 13/2/40,
MR à SR
lettre du 21/2/40,
MR à SR
lettre du 4/3/40,
MR à SR
lettre du 8/3/40,
MR à SR
lettre du 13/3/40,
MR à SR
lettre du 3/4/40,
MR à SR
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(détails)
Grand-Père venu en permission fin mars 1940,
à Cancon
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3 - A partir du 10 avril les Allemands
ont envahi la Norvège, les lettres montraient les espoirs
des Alliés au début et la désillusion progressive
devant le succès final des Allemands.

(détails)
A Buzency, un avion allemand abattu
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lettre
du 11/4/40,
MR à SR
lettre du 15/4/40,
MR à SR
lettre du 18/4/40,
MR à SR
lettre du 29/4/40,
MR à SR
lettre du 1/5/40,
MR à SR
Programme
de concert aux Armées, le 3 mai 1940
lettre du 4/5,
MR à SR
lettre du 5/5/40,
MR à SR
lettre du 8/5/40,
MR à SR |
4 - Avant même le rembarquement de
toutes troupes alliées envoyées en Norvège, les
Allemands ont attaqué le 10 mai
par la Belgique. Les lettres indiquaient progressivement
la fin des espérances françaises de victoire. Le Cdt
Rougier a été profondément marqué par les
images de déroute et de panique de plusieurs des unités
du 10ème CA les 12 et 13 mai 1940, complètement
démoralisées par les attaques de bombardiers en piqué,
puis de blindés.
Un gros document historique, établi par l'état-major
du 10ème Corps d'Armée, relate en détail la campagne
de France vue par le 10ème CA, établi entre le 25 juin
et le 10 juillet 1940 et signé du Général Grandsard,
Cdt ce CA. Ce document qui comprend de nombreuses cartes et croquis,
pourrait servir à ceux qui s'intéressent aux détails
de cette campagne et à en comprendre certains aspects. Etant
donné son volume il ne peut être joint au présent
dossier.
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lettre du
10/5/40,
MR à SR
lettre du 11/5/40,
MR à SR
lettre du 12/5/40,
MR à SR
A partir du 14 mai ce qui reste du 10ème CA a été
relevé et a pris position sur l'Aisne du côté
de Rethel avec de nouvelles troupes. Le nouveau PC était
à Machault (20 km au SE de Rethel). Il a eu quelques
jours de calme, car les Allemands foncaient vers l'ouest et la
Manche au lieu d'attaquer vers le sud.
lettre du 15/5/40,
Carte postale militaire MR à SR
lettre du 17/5/40,
MR à SR
5 - Le 19 mai, le 10ème CA a été transféré
au sud d'Amiens pour tenter de reconstituer un front sur la
Somme bordée par les Allemands jusqu'à la mer. Le
nouveau PC a été installé à Beauvais
le soir, le trajet ayant été fait en voiture, passant
par Meaux et Creil. Les troupes, elles, n'ont pas suivi et ce
sont de nouvelles unités déjà dans la région,
qui ont formé le gros du CA. Le PC a été
transféré à Conty (20 km au SSO d'Amiens)
le 23 mai, dans une manufacture de feutre dont parle le Cdt Rougier
dans ses lettres, notamment les lettres à ses filles du
4 juin.
6 - Le 5 juin les Allemands, qui avaient
terminé depuis la veille la réduction de la poche
de Dunkerque, ont attaqué sur la Somme à l'ouest
d'Amiens et ont foncé sur Rouen. Le 10ème
CA a été bousculé et a dû se replier
en menant des combats d'arrière garde en direction
de Beaumont sur Oise (9 juin) puis Poissy sur Seine
(13 juin), (pm Paris a été occupé le 14 juin),
puis sur la Loire (17 juin), puis successivement sur le
Cher, l'Indre, la Creuse, puis près d'Angoulême
(24 juin). L'armistice est entré en vigueur le 25 juin
alors que le Cdt Rougier était toujours avec l'EM du 10èmeCA,
EM à peu près sans ses troupes amenuisées
au fils des combats et des retraites. Maurice Rougier s'est trouvé
alors ainsi par hasard non loin de Cancon où sa famille
était restée, et le 25 juin en fin de journée,
Maurice Rougier est venu passer 2 heures à Cancon à
la surprise de tous.
Voici les lettres de cette période:
lettre du 7/6/40,
MR à SR le PC a été replié à
Villers-Vicomte (30km au sud d'Amiens) le 6 juin et le
8 juin à Bonvillers, où il a failli être
surpris par un raid d'automitrailleuses, ils ont échappé
au dernier moment en se repliant à Fay-Saint-Quentin.
lettre du 9/6/40,
MR à SR Après la rupture du front de la Somme,
le PC a été replié à Montmorency
au nord de Paris, le CA étant chargé de barrer la
ligne de l'Oise au Nord de Paris. Le 11 juin le PC a été
transféré à Ecouen, puis Septeuil;
la nouvelle ligne de défense étant la Seine aux
environs de Poissy. Le 12 juin le PC était à Saint-Hubert,
puis le 13 juin à Maintenon.
lettre du 13/6/40,
MR à SR Paris n'ayant pas été défendu,
la retraite s'est poursuivie vers la Loire et le PC a été
déplacé à Chateaudun dans la nuit
du 14 au 15 juin.
lettre du 15/6/40,
MR à SR
lettre du 17/6/40,
MR à SR, Ce jour là, le PC a été
transféré au sud de la Loire à Bourré
sur Cher, puis le 19 juin près de Loches (Chanceaux),
le 20 juin à Barrou, le soir du 21 juin à
Vouneuil, la nuit du 22 au 23 juin à Bioussac.
Il était alors au sud d'Angoulème. Le 23 juin le
PC était au château du Breuil près de Dignac,
puis l'après midi du 24 juin à Issigeac.
Or le plus extraordinaire est que
Issigeac était à 50 km au nord de Villeneuve-sur-Lot
et à seulement 30 km au Nord de Cancon où était
Granie et ses enfants !!!
Le 25 à 0h30 a vu le cessez le feu, le PC est resté
à Issigeac, ce qui a permis à Maurice Rougier de
passer 2 heures à Cancon en famille le soir du 25 juin.
lettre du 24/6/40,
MR à SR le 25, le PC a été transféré
à Lauzun, à 25km au NO de Cancon. Il semble
que le PC du 10ème CA y soit resté jusqu'à
sa dissolution le 10 juillet.
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L'absence de lettres entre le 25 juin et la fin août
montre bien que Maurice Rougier a bien repris des contacts au moins sporadiques
avec Cancon en juillet 40. Pour illustrer cet évènement
voici :
la suite des souvenirs de Marguerite Maillet::
(voir les
souvenirs
de l'été 1940 à Cancon avec le retour de Maurice
Rougier et de Marcel Maillet, écrits par Marguerite Maillet (juin
à septembre 1940)
"Le lundi 17
juin 1940, nous déjeunions dans le grand vestibule de Cancon, au
nombre de 21 personnes, puisque la famille de Cécile était
arrivée le samedi précédent, 14 personnes, et qu'André
de Lille nous était
tombé du ciel le dimanche - quand on entend la TSF chez nos voisines
- Suzanne et Ray. MALET vont écouter et nous restons à nos
places. Mais ils reviennent la figure bouleversée, nous disant
que le Maréchal Pétain demande l'armistice ?.. Nous n'y
croyions pas tant cette nouvelle était inattendue. On nous avait
dit tant et tant de fois que la victoire était à nous!..
Le soir, malheureusement, nous avions
la confirmation de cette terrible nouvelle et l'angoisse a commencé.
Les jours se succédant sans nouvelles des nôtres, les postes
et les trains étant arrêtés, et l'avance allemande
continuant. Nous avions La Petite Gironde comme journal et les émissions
de la TSF plusieurs fois par jour.
Quelle tristesse et cette attente énervante avec tous les faux
bruits qui circulent. Pour comble de malheur, il pleut, il pleut - brume
à l'horizon et rien de consolant, car on s'attend au pire.
Les réfugiés continuent
et l'armée s'y ajoute. Quel branle-bas dans ce pauvre Cancon, si
calme d'ordinaire…
25 Juin
- On annonce que les conditions de paix seront connues dans 48 heures
- toujours attendre - Mais à la poste, j'ai deux cartes d'Andrée,
dont la dernière du 20 Juin, et elle est à Castres
- donc elle est sauvée - et se dit en bonne santé, et
à midi, Maurice nous arrive en surprise.
Il est tout près d'ici et passe 2 heures avec nous!.. Il va bien,
mais qu'il est malheureux de cet échec…Il a fait toute la campagne
depuis Sedan, l'Oise, Amiens
et la Loire, et nous ne le savions pas…
Les nouvelles de Marcel arrivent les
dernières, il a fait plus de 600 Km. en retraite, - et quelques
jours après il arrive en surprise aussi, très bruni
et maigri. Les voilà donc sauvés tous les trois et j'en
remercie le Bon Dieu, mais notre chère France! Quelle tristesse
profonde et comment s'en relever."
Avant sa réaffectation, Maurice Rougier
a reçu le 30/6/40
un Témoignage de Satisfaction du Général
Cdt le 10ème CA.
Le 10/7/40 il a été rayé des Cadres du 10ème
CA dissous, et affecté à Foix, Département
de l'Ariège. Il semble avoir résidé un moment
à Pamiers, non loin de Foix.
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une carte de Granie à ses
filles, elle était à Toulouse avec Grand-père
vers le 30 juillet 1940

"dimanche, chères
grosses filles, je pars tout à l'heure à 5h, en ce
moment je suis avec papa le long du canal, nous avons vu tout le
monde, mémé, tante Lucie, Paulette et même Louis,
ils vont bien, je crois qu'ils ne vous ont pas oublié et
vous envoient un petit paquet, quel beau temps, surement vous êtes
parties vous promener avec tante Cécile, nous vous embrassons
tous quatre - Maman
gros baisers - Papa
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Voici une carte envoyée par
Grand-père à Granie, et datée de Pamiers le
31 juillet 1940

"Mercredi 31 juillet
Voici une vue de ce beau pays. Avez vous appris que mon pauvre frère
(Freddy Rougier, père de Madette, et de Pierre et
Jacques Rougier) était décédé,
les obséques ont eu lieu hier, je n'ai malheureusement pas
pu y aller.
Rien de neuf ici, toujours beaucoup de travail pressé avec
tous ces démobilisables ayant mauvais esprit et qu'on ne
peut renvoyer.
On m'a demandé hier si je voulais être Sous-Préfet,
j'ai répondu non, j'ai peut-être eu tort.
Baisers à toutes trois "
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Une lettre de Grand-Père à Granie,
de Pamiers, le 5 août 40

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"Mardi 5 août
(1940, de Pamiers)
Ma Chérie
J'ai reçu avec grand bonheur votre lettre de samedi
ainsi que le petit mot de mon Claudet.
On m'a téléphoné avant-hier pour me demander
si je voulais aller comme adjoint au colonel au Régiment
de Haute-Garonne et Ariège à Toulouse, connaissant
votre peu de goût pour la grande ville et n'étant
pas d'autre part rès emballé par cet emploi
j'ai répondu non, je suis donc toujours ici à
faire et refaire des états , nous ne sommes que 3 pour
administrer et gérere 9000 hommes, c'est vraiment peu!
J'ai vu aujourd'hui le Col Lafontaine (??) qui ne m'a rien
dit pour une affectation, je crois que je vais finir par rester
ici jusqu'à la liquidation de la démobilisation
et de l'organisation nouvelle car la mutation à la
7ème Région a dû être étouffée
à la 17ème Région à Toulouse.
|
Mon seul plaisir de la journée est de
marcher un peu après dîner; je monte les coteaux de la
rive gauche de l'Ariège et m'étend dans les prés
face à la vallée et aux Pyrénées qu'on
devine au loin jusqu'à la nuit, c'est vraiment reposant de
mes sales journées, je regrette que vous ne soyez pas avec
moi avec les cocottes. J'ai écrit un mot à Marcel pour
lui demander poliment de vous héberger encore jusqu'à
ce que ma situation soit plus stable.
Les Jacques (??) n'ont sûrement pas dû ???
??? car les boches ne badinent pas à la ligne de démarcation,
je suis encore à me demander si leur patelin n'est pas en zone
interdite (le Nord et NE de la France). J'ai eu des
nouvelles du Corps (??) Colonial où était Gauvin et
de la 1ère MIC (??) où était le fils Marie (??)
, l'EM du CC où était Gauvin a été fait
prisonnier vers le 22 (mai) avec les honneurs de la
guerre dans les sud de Montmédy, quant à la 1ère
MIC elle a été décimée ou faite prisonnière
au ?? de Heroy, 90% de chances que Gauvin soit prisonnier, 50% de
chances que le fils Marie (??) soit tué ou prisonnier. Si vraiment
il ya 2 millions de prisonniers, c'est une veine de ne pas en être.
Je vous embrasse avec toute ma tendresse toutes trois
Votre Maurice
Il fait encore de l'orage aujourd'hui. Il est 10h, je vais me coucher
J'ai réussi à rester à la clinique pour voies
urinaires car on me fait payer ma chambre 10f par jour. Je mange à
l'hôtel de France 12F le repas tout compris.
J'ai touché ma solde, avez vous besoin d'argent? Il fait aussi
chaud qu'au Maroc, on demande des officiers pour l'Afrique du nord,
qu'en dites vous?
Et Mère est-elle partie? et Andrée, quels sont
ses projets? Ecrivez moi
Ma migraine va mieux mais je suis resté qq jours bien abruti" |
Le 23/7/40, il a été affecté à la 7ème
Division Militaire, et il est parti alors pour Bourg-en-Bresse où
le 9/8/40 il a été nommé chef du 2ème bureau
de l'EM de la 7ème Division Militaire.
Il a préparé alors l'installation de sa famille à
Bourg en-Bresse, 2 rue de la République (en meublé chez
Mme Sala) et l'entrée en 6ème au lycée de Fanny
et Claude.
Les lettres de Maurice
Rougier (alors à Bourges) à Suzanne (à Cancon) des
25/8/40 et 27/8/40 montrent les préoccupations des Rougier
au moment du départ de Suzanne, Fanny et Claude Rougier de Cancon
pour Bourg, au tout début de septembre 1940.
Suite des souvenirs de Marguerite Maillet:
Septembre - Nous avons quitté Cancon, Suzanne, les filles
et moi pour aller à Valence
revoir Etienne et ses enfants. - Mais quel voyage! . A
Tarascon, nous trouvons un hôtel où nous nous reposons
- et nous arrivons à Valence dans l'après-midi. Quelle émotion
de revoir les enfants et les parents! . nous passerons un mois avec eux,
car on ne sait plus quand on se reverra. La ligne de démarcation
est au-dessus de Lyon et on ne passe qu'avec des visas compliqués.
Les lettres ne passent pas et je ne puis prévenir ma sœur qui est
à Sceaux, ni rien recevoir d'elle.
Octobre
40 - Nous profitons d'un retour de réfugiés qui nous ramène
à Paris gratis - mais quel voyage! Partis à
8 heures de chez Etienne, le départ n'a lieu qu'à 11 heures;
Nous sommes à Chalon-sur-Saône
à la nuit, et on nous fait attendre jusqu'au lendemain. Par un
détour énorme, Troyes et la suite, nous arrivons à
la gare de l'Est à 9 heures du soir; Je n'en puis plus! Andrée
heureusement nous trouve une chambre, que nous partageons avec une dame
qui a voyagé avec nous, et le lendemain nous arrivons enfin à
Sceaux!.. Quelle émotion, nous avons cru notre maison occupée,
mais les bonnes demoiselles Philippeau nous ont préservé
en ouvrant nos fenêtres et nous voilà chez nous!. Les provisions
sont rares, on ne trouve pas grand chose…Je ne sais comment nous avons
vécu cet hiver-là. Après une quinzaine, on nous permet
les cartes où on met à peine quelques mots."""
Suite des souvenirs de Claude:
"Ce fut alors une drôle d'armée, dite
d'armistice. Elle résidait en zone libre - une ligne de démarcation
indiquait l'avancée allemande et partageait en deux la France dans
le sens Est-Ouest. Une garnison s'installa à Bourg-en-Bresse.
Nous y sommes restés de 1940 à 1945 (46
en réalité)."
15/11/40, il était "Hors Cadres" à l'EM 7ème
Division Militaire à Bourg en Bresse, chef du 2ème bureau
25/6/42,
il a été promu Lieutenant-Colonel,
maintenu dans ses fonctions et classé
en sept 42 à l'EM particulier de l'Infanterie, Commissariat
Régional de Bourg.
Suite des souvenirs de Claude:
"Lors du débarquement
des Américains en Afrique du Nord (7-11-42), l'armée
d'armistice fut faite prisonnière prête à partir dans
des trains préparés ( 11-11-42 ) . Après 4 jours
de négociations, le Maréchal Pétain obtint leur libération.
Ce fut alors plus que jamais une drôle d'armée dont les officiers
étaient relégués dans des rôles secondaires
( service social etc.)".
11/11/42, Occupation de la Zone Libre
par les Allemands. Maurice Rougier a été quelques
jours fait prisonnier par les Allemands, avec tous les officiers et
soldats de Bourg. Tous semblent avoir été relâchés
assez vite sur intervention des autorités de Vichy et du Maréchal
Pétain ?.
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Carte
ouverte (donc contrôlée par la censure allemande)
de Granie aux "Dames de Sceaux" le 12 nov 42,
alors que Grand père est prisonnier des Allemands depuis
la veille, espèrant être libéré très
prochainement sur intervention de Pétain. (une
phrase à mots couverts):
"12 novembre - Chères dames, nous allons bien,
les enfants font honneur à la cuisine de leur mère
et engraissent Claude a pris 1 kg, fanny plus mais ne
s'est pas pesée. La dernière
radio de Maurice était en amélioration, espèrons
qu'il ne sera pas obligé d'aller à la montagne,
hier il a été voir monsieur Cervelin. Le
ravitaillement n'est pas pénible car on tient les promesses,
nous avons 2 stères de bois et de la tourbe, mais la
cuisinière ne chauffe guère que la cuisine. Nous
voici à la même sauce que vous !
baisers Suzanne
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Nouvelle carte ouverte de Granie, le 26 déc
42:
"26 décembre . Chères
dames, avez vous reçu mon paquet envoyé le 21
et devant arriver le 22? J'ai regretté d'avoir mentionné
les cigarettes. J'ai eu 60kg de p. de t. volés par
le train.
Avez vous passé un bon Noël malgré la tristesse
des temps. Ici brouillard sans interruption, nous avons fait
un arbre de Noël, nous avons eu la visite de Marguerite,
elle était en état d'alerte ! depuis Etienne
nous a envoyé de ta part un superbe mandat dont nous
te remercions bien vivement tous. Fanny reste à la
maison ayant un rhume-bronchite et Claude a une ampoule au
pied. J'ai oublié de joindre à mon paquet la
carte de p. de t., mais il n'y en avait plus à prendre,
on a distribué les rations d'hiver, êtes vous
géné pour les légumes? par rapport à
l'an dernier, ici il n'a pas encore gelé, ou très
peu. Baisers, M.
bonne année et bonne santé à toutes les
dames, misères ou soulagement?
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L'armée ayant disparu au moins juridiquement,
ses cadres ont été recasés plus ou moins discrétement
sous des formes diverses. Dans le cas du Lt-Colonel Rougier, on a trace
des décisions suivantes:
28/11/42, il a été maintenu au Commissariat Régional
à la Guerre de Bourg-en-Bresse
28/2/43, il a été démobilisé, en permission
pendant 3 mois jusqu'au 31/5/43,
puis mis en congé d'Armistice le 1/6/43 (non-disponiblité)
9/4/43,
il a été engagé par contrat spécial et nommé
Chef du Service Social de l'Armée pour la Région de Bourg-en-Bresse
(départements couverts: Ain, Jura, Saône-et-Loire). Voir
la conférence
sur le rôle du Service Social de l'Armée par le Colonel
Rougier
A partir du 2 septembre 43, il a été affecté au
service social de la 14ème Région à Lyon, jusqu'au
22 février 45, mais sa résidence est resté a Bourg.
15/11/43,
mis en "non-disponibilité"
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Lettre de Jean DAVID, ancien ordonnance du
Commandant Rougier, prisonnier en Allemagne, décembre
43

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"27 décembre 43
Mon cher Colonel,
Je viens de recevoir une lettre de mes parents auquel j'ai
été très heureux d'apprendre de vos nouvelles
et de vous savoir en bonne santé. vous avez été
très gentil d'écrire à mes parents. Souvent
j'ai pensé à vous, je me demandais ce que vous
étiez devenu avec tout ce désastre. Je vous
avais envoyé une carte à Cancon, elle n'a pas
dû vous trouver. Au moment de l'invasion de Sedan, je
me trouvais en permission, vu le bombardement de Fismes je
n'ai pu rejoindre. J'ai été envoyé au
Mans, puis sur le dépôt de Cosnes, pour former
le 274ème RI à Rivesaltes, nous avons monté
dans l'Eure, replié dans la Mayenne, fait prisonnier
le 19 juin. Je suis resté 4 mois à Laval, où
j'ai commencé à connaître nos adversaires.
Arrivé en Allemagne, je travaillais dans une usine
à chaux en Bavière, comme j'en avais assez,
j'ai pris la clef des champs, sans avoir eu la chance d'arriver,
car le départ du Général (probablement
la fuite du Général Giraud) nous avais
pas favorisé. J'ai fait Rawa-Ruska, 18 mois de Pologne,
inutile de vous donner des détails, vous devez être
au courant, et c'est ici que j'ai pu me rendre compte de ce
que les hommes étaient capables?... Je
suis rentré en Allemagne du 8 décembre et travaille
dans une fabrique de faïence, je fais ce qu'un prisonnier
français doit faire, souvent des reproches, mais j'y
suis habitué. Malgré tout cela les idées
sont les mêmes, le moral est assez bon. J'ai appris
à connaître la vie.. Hélas où est
la vie de Dijon. Ma lettre n'est pas assez longue. Comment
va Madame et vos petites filles, elles doivent être
grandes maintenant. Mes félicitaions pour votre grade
de Colonel. Recevez mon cher Colonel ainsi que madame et vos
enfants mes affectueuses salutations et mes meilleurs souvenirs.
Meilleurs voeux pour 44. Triste Noël. J
David
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Lettre de Jean DAVID, prisonnier en Allemagne,
16 juillet 44

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"17.7.44
Mon cher Colonel
J'ai l'honneur de vous faire part de mes nouvelles qui sont
toujours en bonne santé et souhaite que vous en soyez
de même. Je continue à voyager et suis encore changé
de Stalag. Je travaille dans une carrière en K° (Kommando)
disciplinaire, mais ça n'abaisse pas le moral, car j'y
suis habitué. Ici je pense à l'avenir et ne reste
pas inactif, comme j'ai déjà plusieurs parents
qui sont employés aux chemins de fer, je suis après
faire des études avec un camarade qui est au service
du contrôle. Ayant été à votre service,
veuillez avoir l'amabilité de me délivrer un certificat
pour joindre à ma demande que je ferai des mon retour,
et s'il vous est possible l'envoyer chez mes parents, auquel
je ne vous serai assez reconnaissant. Vu les évènementsje
ne reçois que des nouvelles très rares, et sommes
éloignés de toute agglomération. veuillez
agréer mon cher Colonel ainsi que Madame et vos enfants
l'expression de mes sincères salutations et souvenirs
les plus affectueux.
Merci d'avance J. David
En cas d'oubli, voici l'adresse de mes parents.
Monsieur et Mme David, à la Diaunerie par Nouic (Haute-Vienne) |
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Pour
la suite de l'histoire de Maurice Rougier, de fin 44 à sa mort
en 1974, voir page 502
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