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Lettres de guerre de Maurice Rougier, du 29 août
au 14 septembre 1939
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Extrait de la lettre de Maurice
Rougier du mardi
(22 ou plutôt 29 août) 1939, adressée de Dijon
à Granie qui est à la campagne avec ses filles à
Reulle 15 km au sud-ouest de Dijon
Mardi,
Ma chérie
Mon voyage de retour s'est bien passé. Je suis arrivé
ici à 8h5 en 1h10 car j'ai bien marché (je
suppose qu'il était en vélo). Je me suis changé
et suis allé dîner au Chapeau (le restaurant de
Dijon proche du domicile des Rougier), puis j'ai téléphoné
à l'EM pour savoir si je devais y aller ou si je pouvais attendre
ce matin. Milleman qui était de service, et Caubet qui était
là, m'ont répondu qu'il n'y avait rien d'urgent. Ce matin
donc je suis revenu à Dampierre (la Caserne Dampierre
ou Dompierre à Dijon) à 9h. On a repris hier des
mesures de .....petit ? rappel des permissionnaires et de certaines
catégories mais moins bruyamment et sans affiche ce qui fait
que les populations sont plus calmes. La situation est très tendue:
Hitler clame sur tous les tons qu'il veut en finir avec cette affaire
(il réclame la restitution de Dantzig et du corridor
d'accès à la mer attribué à la Pologne en
1919) et pousse les préparatifs contre la Pologne. L'Italie
suit en convoquant à nouveau de nombreux réservistes,
et fait capital qui malheureusement peut faire pencher la balance, les
Soviets viennent ou vont signer avec l'Allemagne un pacte de non agression,
c'est à dire qu'elles se mettent du coté de l'Allemagne.
C'est un coup de poignard dans le dos de la Pologne et une nouvelle
trahison à notre égard après que les missions militaires
anglo françaises ont dû raconter beaucoup de choses sur
notre état de préparation. Il est à craindre qu'Hitler
marche maintenant à fond : c'est la guerre ou un nouveau Munich.
Je ne pense pas pouvoir venir vous voir dimanche, si ça doit
durer et si je suis toujours ici, ce sera à vous de venir me
rendre quelques visites seule ou avec les enfants. Préparez le
renvoi de mes affaires dans la valise, je n'en suis pas pressé
évidemment, mais profitez d'une occasion, n'oubliez pas d'y mettre
mes boutons de manchettes oubliés sur la cheminée de votre
chambre. Ça ne va pas mal, ces 3 jours m'ont tout de même
bien reposé. Baisers aux cocottes et tendrement à vous,
votre Maurice
N° de téléphone de l'EM : 37 40 . Nous venons de remporter
un succès sensationnel avec ..?... en faisant arrêter
à Alger un espion de marque après lequel nous étions
depuis 6 mois (celui pour lequel H. était venu me voir un soir
mystérieusement).
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Extrait de la lettre
de Maurice Rougier du 30 août 1939, adressée de Dijon
à Granie à Reulle
"Mercredi 30
Ma chérie
Ma nuit de service sans apporter de graves nouvelles ne m'a pas permis
de me repmoser beaucoup, seulement un peu de 5h à 7h; je suis
rentré à la maison et j'ai dormi jusqu'à midi.
Les conversations continuent, aujourd'hui c'est la nouvelle réponse
d'Hitler qui va arriver aux Anglais, il hésite mais on ne sait
jamais s'il ne déclenchera pas les opérations brusquement.
Le Rgt du jeune Hodot part demain, je ne sais s'il y est encore.
Toujours beaucoup de travail, ça va à peu près.
Quel ....? ... ce matin! Peu de choses pour votre rentrée
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Extrait de la lettre
de Maurice Rougier du 2 sept1939, adressée de Dijon à
Granie à Reulle
Le plan de mobilisation semble en cours, le cdt Rougier est affecté
à Rennes, dans un EM de Corps d'Armée en formation, il
est remplacé à Dijon.
"Dijon 2 sept
Ma chèrie
J'ai été très heureux de recevoir votre petit mot
ce matin au bureau. Je l'ai été aussi hier de vous voir
et regrette que vous ne soyez pas encore auprès de moi aujourd'hui.
Mais il valait mieux rentrer près des enfants.
Comme vous le dîtes espérons encore en quelquechose de
providentiel qui empêchera l'irréparable. C'est vrai que
c'est à un moment commme celui-ci qu'on se rend mieux compte
du calme bonheur que nous avions dans notre ménage.
Tous ceux qui restent ici s'offrent pour vous rendre service en cas
de besoin.
Le Commandant Belhomme qui me remplace au 2ème Bur est aussi
un camarade de la ?.... le (?) Martin de Faucaudray (?) qui est au contrôle
des informations et qui nous offre un refuge dans le centre si besoin
est.
A partir d'aujourd'hui vous ne pouvez pas quitter le département
sans sauf-conduit, c'est au 2ème bureau qu'on les accorde.
Nous partons demain à 14 h et couchons à Orléans
le soir, nous serons à Rennes le 4. Je suis tout étonné
d'aller là-bas, et j'ose à peine le raconter, ça
parait une désertion.
Merci à Claude et Fanny de leurs lettres, embrassez les. Je voudrais
que tous trois ayez l'occasion de vous faire photographier toutes trois
pour m'en envoyer la photo. Je vous embrasse ma petite femme, très
tendrement
votre Maurice"
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Extrait de la lettre
de Maurice Rougier du 3 sept1939, sur papier à l'en-tête
de l'Hôtel du Chapeau Rouge, adressée de Dijon à
Granie à Reulle
"Dijon 3 sept
Ma chèrie
Je pars dans 1/2h et tiens à vous dire "au revoir"
ainsi qu'aux enfants.
J'ai dîné hier avec le Cdt Belhomme, invité par
lui, il doit vous écrire.
....?... à qui j'ai dit au revoir ce matin reste encore ici et
se met aussi à votre disposition.
Caullet envoie sa femme à l'Etang aujourd'hui, tâche de
les voir un peu.
De gros baisers aux cocottes et tendrement à vous.
Reçu une lettre de Mère assez calme et de ...?;..., ,
en cas de guerre ils vont tous chez Tante Henriette.
votre Maurice
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Extrait de la
lettre de Maurice Rougier du 4 sept1939, datée de Rennes,
adressée à Granie à Reulle
" Rennes 4 sept 18h
Ma chèrie
Nous venons d'arriver ici il y a qques heures, le voyage s'est bien
passé les routes n'étaient pas trop encombrées
(il n'était donc pas seul, et en
voiture).
Je me félicite de vous savoir tranquille à Reulle (la
guerre est déclarée depuis la veille) car
ce n'est pas le moment de voyager en chemin de fer (tous
les mobilisés rejoignent leurs affectations de mobilisation prédéterminées
et les réfugiés évacuent en masse les frontières
de l'est et les grandes villes comme Paris),
On ne sait ni quant on part ni quant on arrive et le spectacle de ces
pauvres réfugiés transportés dans des wagons à
bestiaux et couchés dans la paille n'est vraiment pas gai. Hier
d'autre part en arrivant à Orléans, il y avait alerte
aux avions et il vaut sûrement mieux éviter aux enfants
et à vous même ces sirènes lugubres et ces tristesses.
J'espère que vous serez bien là-haut (avec
les 2 filles, elle est à Reulle, un village un peu en altitude
par rapport à Dijon) et surtout que
le ravitaillement ne vous manquera pas. S'il faut changer, on verra
plus tard.
Je suis, comme ...?./.. , tout étonné de cette équipée
vers l'ouest (à Rennes !!)
au moment où ça barde à l'est, enfin nous ne serons
pas trop longtemps ici (il doit maintenant
savoir que sa destination est la Lorraine, avec le nouveau 10ème
CA) . Le pays ici a l'air assez calme si
ce n'est le remue ménage causé par tous les réservistes
qui rappliquent et les convois de chevaux réquisitionnés
sur les routes.
Je suis à l'hôtel très bien installé, je
fais popotte avec le Général, le Chef (d'Etat
Major), les autres chefs de bureau
(1er, 3ème, 4ème, 5ème, lui-même étant
chef du 2ème bureau - renseignement - ).
Nous commençons ce soir. Milleman va nous quitter, il est affecté
à Marseille.
Nous n'avons pas plus de nouvelles que vous, peut-être moins car
vous avez la radio que nous n'avons pas.
Allons, petite chérie, ne vous tracassez pas, c'est difficile
évidemment, mais pensez que ça ne sert à rien.
Je vous embrasse tendrement ainsi que les enfants"
votre Maurice
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Extrait de la lettre
de Maurice Rougier du 7 sept 1939, datée de Rennes, adressée
à Granie à Reulle
Jeudi 7 sept 39
Ma petite femme chérie
Je reçois aujourd'hui votre lettre de lundi. Ne vous laissez
pas aller au cafard puisque ça n'arrange rien. J'aurais bien
aimé vous voir dimlanche avant mon départ, mais évidemment
vous n'auriez pu faire ce jour là aucune course utile à
Dijon.
Restez tranquillement pour le moment à Reulle, il sera toujours
temps à la fin du mois de prendre une décision concernant
ce que vous ferez.
En tous cas il faudra s'installer dans cette situation et envisager
à ce moment une .... ? .... qui coûtera toujours moins
cher qu'une pension àl'hôtel.
Plusieurs solutions:
- Vous joindre à votre mère pour vivre en commun dans
un patelin tranquille où Claude et Fanny pourront continuer leurs
études.
- Ou vous replier seule quelque part, je vous rappelle à ce point
de vue l'offre du Lt de F....? .... à qui vous pouvez téléphoner,
ou que vous pouvez voir à la Caserne Dampierre. Il vous offre
le logement et la nourriture, en payant votre quote part bien entendu,
dans une petite ville de la Creuse où se trouve une pension religieuse
pouvant amener les études jusqu'au baccalauréat.
Je vous assure que je préférerais la 1ère solution.
Tout cela bien entendu si la vie n'est pas possible à Dijon.
Voyez aussi si vous ne pouvez pas vous arranger avec les Lenoir (probablement
la pension de Reulle) et si la vie vous
serait possible à Reulle en faisant tout votre ménage
et votre cuisine au butagaz.
En tout cas, tout ça n'est pas urgent, mais si la guerre devait
durer autant que la dernière, il faut vous organiser tout de
même pour ne pas trop dépenser.
Nous partons d'ici le 16. Un camarade a loué ici pour sa famille,
mais je trouve que si c'est loin du front, c'est encore une grande ville.
(les grandes villes étaient considérées
comme des cibles de bombardements aériens, à ce titre
Dijon était par exemple aussi une grande base aérienne
militaire)
Adieu mon petit, je vous embrasse tendrement ainsi que les cocottes
Votre Maurice
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Carte de Maurice
Rougier, de Rennes, adressée le
10 septembre 1939 à Fanny et Claude Rougier à Reulle-Vergy
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Extrait de la lettre
de Maurice Rougier du 14 sept 1939, datée de Rennes, adressée
à Granie à Reulle
"Jeudi 14 sept
Ma chérie
Reçu aujourd'hui votre lettre de samedi, ne vous tracassez pas.
La situation n'est pas tellemlent mauvaise: les Polonais, comme nous
en août 14, ont été obligés de reculer, mais
comme nous aussi vont se rétablir le long de la Vistule où
ils pourront tenir le temps nécessaire à notre intervention
décisive. En 15 jours les boches n'en sont pas sortis comme il
le croyait, on les aura.
J'ai écrit à Paris pour mon assurance et je vais recevoir
bientôt je pense un projet d'avenant. En gros 2 solutions: de
payer tout de suite une surprime assez forte, 6000 à 10000 ou
prolonger sans surprime le délai de l'assurance de quelques années
( nous toucherons les 100.000F à 65 ou 67 ans seulement. Si je
dois vous laisser veuve avant, il vaut mieux la 2ème solution,
sinon la 1ère, qu'en pensez vous ?
Pas de nouvelles encore de mère et Maman. Je vous ferez donc
probablement envoyer les 6 photos que vous acheminerez ultérieurement:
2 pour vous (1 sans képi,
une avec) destinées plus tard 1 à Fanny 1 à Claude
2 à Maman (1 sans képi, 1 avec) destinées plus
tard 1 à Louise, 1 à Lucie
1 à Mère
1 à Fredy, qu'est-il devenu?
Il nous reste à ceux qui ont fait la guerre dernière que
nous la reprenons après une longue permission de 21 ans. Mais
ne vous bilez pas je suis mieux placé cette fois que qu'en14.
Je vous embrasse petite femme bien tendrement ainsi que Claude et Fanny
Votre Maurice"
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