Suzanne
MAILLET-ROUGIER ,
née le 2 mai 1900 à Reims, décédée
en 2005 à Mantes
mère de Claude
Enfance 1900-1914
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Souvenir de Marguerite
Maillet, sa mère :
" Suzanne -
née le 2 mai 1900 - fit ses études à la pension Lacourt-Gily
à Reims;
la guerre l'ayant surprise en Normandie avec son oncle
THIRION, elle entra au lycée de Cherbourg
jusqu'en mars 1915. Revenue auprès de ses parents à
Epernay, elle prépara
son brevet élémentaire qu'elle passa à Châlons
un jour de bombardement.
Elle se consacra ensuite plus particulièrement
à l'étude du dessin et suivit à Tours les cours de
l'école des Arts.
Elle s'est mariée avec le Capitaine
ROUGIER et elle a eu deux filles, Fanny et Claude"
Souvenirs
de Granie par elle-même:
"Au 19°siécle
les bourgeois pouvaient faire fortune, mais âgés de 45 ans,
épuisés, mes grands-parents ont pris leur retraite, l'un
s'est donné corps et âme à sa ville, l'autre s'occupait
de ses finances et nous plantait des hectares de pins noirs et de peupliers.
Les mariages se préparaient
par les notaires, ils connaissaient les dots et les fortunes. Mon grand-père
a prospecté chez eux les maris possibles, il a choisi Georges MAILLET,
mon père, un ingénieur des Ponts, les jeunes gens ont été
présentés une fois, les parents MAILLET sont venus de Chalons
à Dampierre en voiture avec une énorme gerbe de fleurs dans
son coffre et, furieux d'ailleurs, le futur a dû l'offrir à
ma mère.
Le mariage a eu lieu en Novembre,
la vie était facile, ils furent très heureux. A Paris ils
se rendent en taxi chez Mercier et en deux heures le mobilier: salon,
salle à manger, chambre, fut choisi, coût 25000F (
soit environ 500000 F d'aujourd'hui )
A Reims, ma grand-mère
avait prospecté les petites maisons: deux au choix, une domestique
était retenue et le tapissier arrivait avec ses rideaux.
Ma mère eut 5 enfants en 9 ans, mais alors le malheur arriva, mon
père tomba malade d'une paralysie douloureuse, qui s'accentua et
dura 23 ans. J'avais 4 ans, ma grand-mère me pris à Dampierre.
J'ai vécu 4 ans chez elle, choyée par elle et ses deux bonnes,
mais on ne sortait pas du jardin et du village. Il y avait la messe, parfois
une visite à Monsieur FLAMAIN, à la couturière, et
la venue de Vonnette, nous étions comme deux sœurs.
Un événement pour moi était la mort du cochon. Les
femmes du village se réunissaient en face de la charcuterie, l'animal
battu devait sortir, et devant le caniveau, le charcutier lui plantait
dans la gorge un énorme coutelas, c'était une corrida avec
hurlements de la bête, sang répandu, applaudissement des
femmes.
Elles se confiaient leurs difficultés:
leur homme buvait, "et toi, Suzanne, que feras-tu à ton tour?",
"J'irai à Venise et le ferais passer par-dessus la gondole pour
le noyer". Elles s'amusaient à me le faire répéter
chaque fois. Je profitais des deux histoires que me contait ma grand-mère:
un voyage à Venise et le Déluge.
J'avais été à
l'école et m'y amusais, ma grand-mère me retira, j'avais
attrapé des poux! L'instituteur vint deux fois par semaine à
la maison pour m'apprendre à lire et à compter.
A 9 ans, je rentrai à la maison
et Andrée me remplaça à Dampierre.
Comme les filles de la bourgeoisie,
on m'envoya comme externe dans une pension dite "libre". Quelques femmes
sans ressources, munies d'un brevet élémentaire (niveau
3ème) dispensaient leur savoir. Selon le nombre des élèves,
on restait plusieurs années dans la même classe, on travaillait
beaucoup, mais on n'apprenait rien, excepté l'histoire, cependant
elle s'arrêtait en 1789, et on commençait au baptême
de Clovis, la France chrétienne. Par contre, il fallait savoir
les partages de la France de Clovis entre ses 4 fils, ensuite des 4 petits-fils
avec leurs disputes et leur assassinats.
Mes compagnes étaient gentilles
et il y avait de bonnes amitiés.
Remplaçant
les couvents exilés (depuis 1905, tous les couvents
avaient été chassés de France par l'Etat )
on nous formait à la domination de soi et à la résignation)"""".
"""Nous
arrivions à Dampierre pour toutes les vacances, accueillis
avec grande bonté et gentillesse par nos grands-parents. Nous
étions ivres de liberté et faisions mille imprudences.
Nous grimpions aux arbres, une voisine arriva un jour vers ma grand-mère
" René est en haut du grand peuplier", malgré
son anxiété elle arriva se dominant, en donnant des conseils
à l'imprudent: " Viens, descend sagement, fais attention…".
Nous pataugions dans la rivière, nous promenant sur les toits,
on jouait dans la grange entre foin et bottes de paille, et mon grand-père
apparaissait "petits malheureux, sortez de là…", je crois
l'entendre…
A la maison, l'atmosphère était nerveuse, ironique, c'était
leur façon de réagir, mon père voulait vivre et
ma mère voulait qu'il vive, elle s'y consacra entièrement.
Un pénible
drame arriva : ce fut la Grande Guerre, la plus grande catastrophe des
temps modernes. Les hommes durent vivre dans des trous creusés
dans la terre, se jeter les uns contre les autres à la baïonnette,
cela dura 4 années, interrompues par l'arrivée des américains.
On était patriote, mon frère
René s'engagea à 18 ans dans l'artillerie, canons
de 75, la préparation de 4 mois le laissa épuisé,
en octobre , il était à Verdun,
il eut la charge d'un 75 avec quelques territoriaux. Il parvint à
se faire muter pour être observateur dans l'aviation.
L'entrée en guerre me trouva
à Asnelles (près
d'Arromanches, en Normandie) chez
les THIRION pour quelques jours, (voir
le "journal"
tenu par Suzanne pendant qelques jours à partir du 3 août),
ils me gardèrent 8 mois. En Octobre nous suivions mon oncle,
officier interprète à
Cherbourg. On nous mis au lycée de filles, mon prof était
agrégé. En 5 mois, l'horizon intellectuel changea.
"""
"J'ai rejoint
mes parents à Epernay
où mon père retrouvait ses routes du front. Il prit sa retraite
en Octobre 1916, en Touraine.
Nous nous installâmes dans un
petit château,(la
maison des Trois Tonneaux, à Saint-Cyr-sur-Loire)
une petite merveille avec son jardin. La guerre nous tourmentait avec
l'isolement, la grippe espagnole, cela devint sinistre.
Pour m'occuper, après les soins
à mon père, je tirais l'aiguille ou m'occupais de dessin
à l'école des Beaux-arts, le prof était un vieux
graveur.
En 1920, mon père voulut se
rapprocher de Paris et il acheta une maison à Sceaux, mes frères
faisaient leurs études à Paris, ils venaient le dimanche.
Un ami de mon père qui s'occupait de dessin me fit connaître
un atelier, j'y travaillais plusieurs années, parfois c'était
très gai, les anglais y vinrent.
Je me rappelle la chute du franc
en 23. Avant la guerre, il fallait 25 francs pour une livre; les anglais,
la spéculation, la panique la fit monter à 350 francs. L'indignation
était telle que le professeur refusa de corriger les anglais, massés
dans un coin, l'un d'eux, âgé, la main sur le cœur s'approcha
de moi "chacun a deux patries, la sienne et la France"!
On appela Poincaré, en quelques
jours la livre baissa de 100F.
A près la guerre, ce furent
des années folles, scandales financiers, émancipation des
femmes.
Ma santé était mauvaise,
je me plaignais en vain, sans radio on ne vit pas que je faisait de la
tuberculose, un docteur ordonna des vacances, 4 mois à
Luchon, son air et son soufre me rétablirent.
Les THIRION étaient eux aussi
éprouvés, ma tante acheta une maison elle aussi à
Sceaux et Vonnette et moi avons retrouvé notre vieille amitié
fraternelle, grâce à quoi la vie fut plus gaie avec Andrée
qui avait 20 ans.
Nous étions d'âge à
nous marier, mais il manquait un tiers des épouseurs, les notaires
ne s'en occupaient plus, c'était les bonnes amies des familles
qui imaginaient les mariages.
" le garçon choisit, disait
mon père, les parents jugent et la fille obéit"
Ma tante, elle, voulait le luxe pour
sa Vonnette, à la regarder: jolie, intelligente, mondaine et riche,
elle faisait des rêves et se remuait. Elle fit choisir à
sa fille un financier qui était de bonne famille et semblait gentil,
malgré l'opposition de Vonnette, le mariage eut lieu.
A 27 ans, je me décidai dès
la première entrevue pour un officier qui me sembla calme, simple,
bien élevé, bon physique. Mon père s'opposa: les
soldes des officiers étaient si minimes qu'on ne pouvait vivre,
cette fois je m'entêtais, le mariage se fit.
J'avais deux bébés au
2ème anniversaire de notre mariage, il fallut quitter Sceaux
pour Strasbourg.
Triste période, le divorce de
Vonnette, la mort de René, ratage de Marcel à Dampierre
(décès de sa
première femme, élevage de poulets).
Après le départ
des Français en 70, des Allemands en18, les Alsaciens étaient
"autonomistes", disaient-ils, demandant "une barrière"
autour de l'Alsace. Ceux des Strasbourgeois qui étaient plus patriotes
que nous-mêmes disaient " ils vous la referont la guerre, si
au lieu de diplomates cultivés et pleins de diplômes ( Briand:
"je viens à vous la main tendue") vous choisissiez un simple alsacien,
la politique serait mieux faite".
Ma sœur (Andrée)
ne manqua jamais d'arriver vers
moi pour me dépanner, et s'occuper de mes filles qu'elle aimait.
C'était "les filles chéries" qu'elle comblait de jouets,
d'affections et de gentillesse.
Lorsque je voulus reprendre
Dampierre, elle s'allia avec moi et par la suite m'offrit sa part. Andrée
à qui j'avais servi de mère me le rendit au centuple.
Agées de 3 et
4 ans, ma belle-famille exigeait que mes filles aillent en classe. Notre-Dame
de Sion était à 50 mètres, je leur trouvais une jeune
fille de méthode moderne et ces enfants, sans effort, un an après
savaient lire, écrire et tricoter! Un jour l'institutrice manqua,
et je reçus sa lettre d'Allemagne où elle était emprisonnée.
Le consul nous écrivit qu'elle était apatride, d'origine
roumaine et communiste, dès le pont de Kehl, on trouva sur elle
des tracts anti-hitlériens et communistes. Je suis peinée
en pensant qu'elle a fini sa vie dans une chambre à gaz.
J'assistais aux obsèques
de ma grand-mère à Dampierre où j'arrivai en avance,
je trouvais Henriette, la bonne qui nous avait servi pendant 35 ans. Comme
tous les gens du peuple, elle était née pour travailler,
elle travailla pour nous sans compter, gardant la maison en 14, alors
que la famille avait émigré. Je me rendis compte que nous
avions été le but de sa vie et son attachement. Elle me
dit alors, dans la maison si abandonnée et le jardin où
elle avait tant travaillé: "il faut revenir, n'oubliez pas
Dampierre".
J'ai compris que sa vie de travail
pour nous, elle l'avait aimée, et qu'elle ne voudrait pas qu'elle
soit abandonnée. Elle m'a impressionnée et a été
une aide dans ma décision de reprendre Dampierre.
En 36, nous étions
à Dijon, très
bien installés dans un appartement moderne, j'avais fait des achats,
de l'ancien et du moderne, c'était bien.
Obligés, comme à Strasbourg,
à la vie mondaine de l'Armée, je la suivait péniblement,
les réceptions et les visites journalières du 1er trimestre,
bridges, soirées dansantes, je m'habillais avec les soldes des
couturières!.
On dansait sur un volcan, Maurice,
du 2ème Bureau, savait depuis 6 mois le jour de l'entrée
de Hitler en Pologne, on avait cru le calmer à Münich et personne
ne voulait croire à une nouvelle guerre.
Avec le recul, cette nouvelle épreuve fut pour nous Français
moins pénible que la guerre de 14. Bien sûr, deux millions
d'hommes furent prisonniers et travaillaient en Allemagne, la zone Nord
occupée, les arrestations ( mais nous avons eu de la chance qu'arrêté
- en Nov. 42 - Maurice fut relâché ), le manque de nourriture,
la pénurie, les humiliations...
On ne peut oublier la vie des martyrs
des 1 millions1/2 qui périrent en 14 et la grippe espagnole.
J'arrive à 100.000 soldats Mai-Juin 40, 160.000 dans les chambres
à gaz, 50.000? à la Libération dans la guerre civile
de la milice et la résistance ( ceci d'après Raymond ARON
)
La vie continua tant
bien que mal, il fallut se fixer après 9 ans d'errance, Maurice
accepta à Versailles
un poste de surveillance assez varié, pas drôle, qui
dura 10 ans. Mais je m'y plu, nous étions réunis, retrouvions
nos meubles dans un appartement placé devant le Potager du Roi,
à Versailles.
J'aimais cette ville
intéressante, mes filles y finirent leurs études et se
marièrent…
La retraite
arriva, on trouva à se loger, ce fut alors une très bonne
période, une vingtaine d'années, avec des voyages à
l'étranger, des cures thermales et Dampierre que je remettais en
état.
Pendant
de longues années, nous avons goûté le calme, la stabilité,
les joies familiales, celles que nous donnaient nos enfants, les naissances
si bien accueillies.
Maurice
nous quitta (1974),
puis Tandrée (1985),
puis Vonnette (1987).
Nous ne pourrons jamais oublier le drame d'Octobre 88…
Me voici à la
tête d'une longue lignée: 7 petits-enfants que nous donnèrent
mes filles et leurs maris, ils se marièrent à leur tour
et je suis heureuse de voir naître et connaître mes arrières-petits-enfants.
Je souhaite que tout ce petit monde ait santé et courage dans l'Europe
de demain.
Terminerai-je comme
Maupassant? Il fait dire à une vieille femme: "la vie,
voyez-vous, n'est ni aussi bonne, ni aussi mauvaise qu'on le croit"
Granie
- févr 89 - """
Ci-dessous des photos de Suzanne à différentes époques,
voir aussi les pages, 4832
pour les années 1900-1903, 4833
pour les années 1904-1906, 4834
pour les années 1907-10, 4835
pour les années 1911-14

Faire-part de naissance de Suzanne, le 2 mai 1900

(détails) 1901,
Suzanne Maillet

(détails) mai
1901, Suzanne
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(détails)
oct 1900, Suzanne et Marguerite

Suzanne Maillet, oct 1900

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Acte de naissance de Suzanne

(détails)
Suzanne, juin 1900

mai 1901, Suzanne dans son bain

(détails) 1902 ou 1903-Suzanne
et Marguerite
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(détails) Suzanne vers
1905

(détails)
Marguerite et Suzanne, vers 1911

(détails)
Georges et Suzanne, vers 1912

(détails)
Suzanne, Tante Clotilde, et oncle André à Blankenberghe,
1912

(détails) Marcel,
Andrée et Suzanne, 1906

(détails) Vonnette,
Jeanne, Suzanne, vers 1913
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(détails)
JCT056 -(détails)-
Vonnette et Suzanne, Dampierre , vers 1909
JCT044 -(détails)-
Suzanne, Vonnette, Marcel et Andrée, Dampierre, vers 1906

(détails)
Vonnette, Suzanne, Marcel et Andrée, mai
1906

(détails) 1906, Dampierre,
Andrée, Vonnette, Marcel, Suzanne
JCT177 -(détails)-
Suzanne vers 1910?, Dampierre
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Suite
de l'histoire de Suzanne Maillet au chapitre 511, pour les années
1914-20,
au chapitre 512, pour les années
1921-27
au chapitre 520 pour les années
1927-39 (famille Rougier) et les chapitres
suivants: 521 à 534 (famille Rougier toutes les années suivantes)
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