Les Rougier à Bourg-en-Bresse en 1940-44
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Après l'Armistice de juin 1940, (voir
chapitre 501, histoire de Maurice Rougier de 1940 à 1944) le
Commandant Rougier, ayant échappé à la captivité,
s'était retrouvé en zone non occupée, à Pamiers
(Ariège). Après s'être occupé de la démobilisation
des troupes, il a étéaffecté à l'automne 1940
à la 7ème Division Militaire à Bourg en Bresse, dans
une armée qui attendait une éventuelle reprise des combats
ou un traité de paix.
Granie a alors pu le rejoindre à Bourg avec ses filles qui ont
été au lycée public de Bourg d'octobre 1940 jusqu'en
juillet 1946.
Les Rougier se sont d'abord installés
en meublé dans un appartement appartenant à Madame Sala,
qui avait une fille Ginette.
Adresse : "2 rue de la République, chez Madame Sala".
Par la suite, vers 1942, ils ont pu louer un appartement et faire venir
leur mobilier resté à Dijon en garde-meuble.
Souvenirs de Claude:
".... Et après la drôle
de guerre, ce fut alors une drôle d'armée, dite d'armistice.
Elle résidait en zone libre - une ligne de démarcation indiquait
l'avancée allemande et partageait en deux la France dans le sens
Est-Ouest. Une garnison s'installa à Bourg-en-Bresse
(Lieutenant-Colonel en 1942).
Nous y sommes restés de 1940 à 1945.
....."

Carte du Maréchal, Noël 1940, adressée à
Claude Rougier, qui avait dû envoyer un dessin fait en classe
au Maréchal
(détails)
un grand portrait du Maréchal, comme il y en avait partout
à cette époque troublée.
Extrait de la lettre adressée de Paris par
son parrain Francis Scola à Claude (à Cancon) le 16
janvier 40, il la conseille pour les engelures:
"....le froid qui sévit en ce moment
partout et même à Paris où la neige tombe pour
la 2ème fois depuis le début de l'hiver. Il faudra
pour guérir tes menottes les tremper alternativement dans
l'eau froide et dans l'eau chaude plusieurs fois par jour et les
badigeonner avec de la glycérine avant de te coucher, quitte
à mettre de vieux gants pour ne pas salir le linge. C'est
un moyen qui réussit souvent, et s'il était sans effet,
tu pourras essayer celui que m'a indiqué un pharmacien de
Bagnères et qui consiste à tremper les mains plusieurs
fois par jour dans une décoction de "céleri"
- (voici une ordonnance qui ne doit pas rapporter
beaucoup à ce brave apothicaire) - J'espère qu'ainsi,
tu seras débarrassée de tes bobos, mais qui
n'en sont pas moinsdouloureux et qui le seraient plus encore et
plus difficiles à guérir si les engelures venaient
à percer....
Lucie a de la chance d'avoir trouvé si bien à s'arranger avec sa propriétaire, elle est comme chez elle, cette dame n'étant pas du tout génante et leur donne la jouissance de bien des pièces. Il est bien regrettable qu'il n'y ait pas eu une chambre pour moi. Dans ce cas elle ne cherche plus d'appartement meublé pour nous trois et trouve naturel que je paie bien cher la pension de famille. Il y a naturellement le général Gouraud avec sa soeur et belle-soeur.
Quant à Fanny je la plains d'être durant les grands froids à St Pierre de Chartreuse (voir lettre suivante) qui n'est pas tout près de Grenoble. Il ne faut pas s'inquiéter ce qui arrive assez souvent chez certains enfants qui ...??... un peu plus tard des autres. Quant à moi je ne vous ai jamais mesuré ni pesés, ce n'était pas l'usage de cette époque et tout le monde est bien venu.
En effet nous avons le plaisir de voir tous les jours Louis durant son congé, il a bonne mine et est gai. Ses parents doivent être navrés de n'être plus ici pour le voir.
Quant au renseignement que tu m'as ..??.. il dit qu'il ne concerne pas sa promotion et qu'il doit retourner à St-Cyr.
Jacqueline a changé de bureau, elle est toujours à la Préfecture. Son bureau a eu bien de la chance de recevoir la visite du Maréchal Pétain. Grandes acclamations par toute la ville avec réception très simple.
..??.. une messe a été dite pour l'anniversaire de ton pauvre père, déjà 30 ans. Nous y avons ajoutés nos prières pour le pauvre Fredy dont je ne peux me résoudre à penser qu'il n'est plus. Je viens d'écrire à Madeleine et à ses enfants qu'il ne faut pas oublier dans leur grand chagrin.
Tous ici se joignent à moi pour vous embrasser et avec l'espoir que vous pourrez vous installer chez vous bientôt
P Rougier "
"Mercredi 20 novembre (1940)
Ma chère Fanny
J'espère que tu vas très bien à Saint Pierre de Chartreuse
Moi je me porte très bien
Je travaille beaucoup au lycée. Je suis très contente parceque j'ai fait la composition d'anglais est que je suis 7ème sur 45. Nous avons également fait les compositions d'histoire, de dessin et de (gyma) gymnastique que j'ai très bien réussi. Nous avons déja changé 3 fois de professeur d'histoire et géographie, celle que nous avons maintenant est très rigolotte et je n'es fait que de rire parceque quand elle cause elle avance le cou comme un canard. Nous en sommes à la chaldé et, en géographie, aux cartes. En latin je ne m'en tire pas trop mal, si cela t'intéresse j'en suis à la 3ème déclinaison. En catéchisme nous sommes entrain d'apprendre l'Eucharistie.
Lundi maman a été derrière la moto de Madame Sala se faire une grande promenade.
Pendant que Maman était avec toi, Mme Sala m'a emmené dans une ferme et j'ai mangé des crêpes, c'est dommage car elle n'était pas sucré cette après midi là. J'ai fait 36 km, je me suis énormément amusé, quand nous sommes revenu il faisait tout noir.
Ginette (la fille de madame Sala) qui a de l'art pour la coiffure ma frisée avec un fer, elle m'a fait des tire bouchons avec un petit chignon, cela me va très bien, je laisse pousser mes cheveux. Ginette et Mme sala m'ont appris à valser et maintenant je sais tout à fait.
A Noël j'irai te voir, ce sera très amusant, car toi sans doute tu apprendras à skier et moi aussi.
Ginette est très gentille nous nous amusons toutes deux comme des folles.
La maîtresse de français nous a dit qu'à la fin de l'année nous ferions des poésies, je suis sur que tu seras 1ère. Mercredi nous composons en latin, j'ai une belle peur.
Il est 9h1/2 du soir aussi je vais aller me coucher, j'ai profité de t'écrire une très longue lettre car Madame Sala est au cinéma. Je suis bien contente que tu t'amuses beaucoup avec tes petites amies. Je t'écrirai tous les jeudi parceque j'ai beaucoup de travail et même je travaille après dîner. enfin je te quitte parceque j'ai très sommeil en t'embrassant très fort fort
Ta soeur Claude
Mon cher Marcel
Que j'ai été contente de recevoir ta lettre, et aussi celle de Suzanne que tu me communiques. Elle n'écrit pas souvent, mais j'ai reçu plusieurs cartes de Fanny très gentilles.
Donc nous (elle est avec Tandrée) ne sommes pas trop malheureuses, la vie est très possible. Le ravitaillement est plutôt juste mais on y arrive. Ce qui manque le plus c'est la boucherie et les matières grasses, pour lesquelles on faisait la queue pendant des heures, mais on vient d'inaugurer un système de numéros qui donnera, je crois, de bons résultats. Les légumes manquaient pendant les froids, et les pommes de terre ne sont pas encore revenues. tu penses si je regrette les 50kg de Sarry qui ont été réquisitionnées en gare de Sceaux !..
Je vous remercie encore des 2 colis qui viennent s'ajouter à notre ordinaire, et Etienne du sien si bien composé. Mais ne vous privez pas pour nous, vous devez être aussi rationnés. J'achète tout ce que je trouve et une chose remplace l'autre. Dame on ne fait pas des festins, nous avons même découvert les rutabagas!...
Nous avons eu un froid sérieux pendant 3 semaines, et comme on ménage le charbon, nous n'avions que la salamandre, le calorifère étant l'exception. Mais nous ne sommes pas enrhumés, même avec le temps humide (ô combien!) qui dure actuellement.
J'ai demandé à la gare pour te renvoyer tes bottes, mais on ne s'engage pas à expédier un colis (un colis entre les 2 zones, cela ne devait pas être possible), achète ce qu'il faut, on n'en trouvera plus de longtemps, et tu retrouveras tes affaires ici.
Les étoffes sont hors de prix - 300f le mètre pour avoir de la laine, et la simple toile de Vichy pour tablier d'enfant 22f le mètre!.. Moi qui l'ai payée 1F50...
Andrée part à 8h (6h au soleil), et il fait nuit noire, et elle rentre à 7h1/2. Ce sont de longues journées, mais elle supporte ce travail jusqu'ici.
Nous avons pensé à l'anniversaire de la bonne Colette que je serais si heureuse de voir, et tous mes bons petits qui me manquent à déjeuner!. Leurs maîtres et maîtresses ont repris leurs costumes de religieux (les écoles religieuses libres sont de nouveaux autorisées et finançées) - il y avait 30 ans que Mlle Héléna avait quitté le sien. A l'école de Michel ce sont des Frères, mais il n'y a que les plus âgés qui sont des religieux.
Tante Note qui allait très bien, a eu un désordre d'estomac dû au froid ou à l'alimentation et elle est au lit depuis 8 jours. Vonnette est avec elle et l'aide pour les courses.
Chevalier, qui est en zone libre, vous donnera de nos nouvelles aussi, sa femme fatiguée du froid et de son appartement si étroit, est à Tours chez ses parents pendant son absence.
Je suis heureuse que vous ayez tout deux du travail, il y en a tant sans place!. Et Maurice, que je voudrais savoir ce qu'il devient et les santés?...Est-ce que le régime chez la logeuse va continuer, Ne reprendrez vous pas bientôt votre mobilier?
Il parait qu'à Dampierre il reste encore quelque chose - Et les caisses d'Etienne sont chez Gourgouy.
Nous y retrouverons nous jamais, tous autour de la table (il manquera sans doute des chaises!..) Enfin soit ici soit là bas je serais bien contente de vous revoir tous, vous pensez.
Robert Clerc est toujours prisonnier et sa femme a bien du mal avec sa ferme et ses enfants. Gauvin et le gendre des Camuset sont en Allemagne et c'est long!..
Bonne santé à tous, je vous embrasse très tendrement pour Andrée et pour moi
M.M."
Ma petite Claudet,
Merci de ta bonne lettre à laquelle j'aurais répondu plus tôt si nous n'avions dû ta tante et moi changer une fois de plus de résidence. Après plus d'un mois passé à Marseille, nous voici à Bandol, petite localité de 2620 habitants, que nous connaissions déja pour y être venu passer les vacances, il y a 2 ans. Un de mes bons amis a bien voulu mettre sa villa à notre disposition lorsqu'il s'est rendu compte qu'il nous aurait été impossible de trouver à Marseille un appartement meublé et les conditions pénibles dans lesquelles nous aurions encore continué à vivre en logeant à l'hôtel et en allant prendre nos repas au restaurant.
Nous sommes ici jusqu'au début du mois prochain et Louis qui quitte l'Ecole de Saint-Cyr le 28 mars courant, nous y rejoindra pour la durée de la permission qui lui sera accordée à sa sortie.
Jacqueline est toujours à Toulouse et y restera probablement jusqu'à la liquidation du service auquel elle est affectée. Mais peut-être pourrons nous la revoir à Pâques, si elle obtient 7 à 8 jours de congé. Elle nous dit dans sa dernière lettre que Grand-mère, tante et cousine vont bien.
J'ai su par ton papa que vous aviez passé
de bonnes vacances à la montagne et que vous y aviez fait
vos débuts en ski. C'est un sport excellent qui vous fera
à tous le plus grand bien, en attendant que vous puissiez
vous griser de vitesse en dévalant les cîmes. Quant
à moi j'avoue préférer la mer surtout celle
qui baigne la côte d'Azur, et que par atavisme j'aime d'autant
plus qu'elle baigne aussi les côtes de mon pays natal (il
était corse).
J'espère que tu fais des progrès en latin et en anglais,
langue morte comme langue vivante, chacune présente ses difficultés,
mais c'est un effort que tu feras certainement si tu veux plus tard
obtenir ton diplôme de bachelière et à ce titre
rendre ton parrain encore plus fier de toi.
Après une période affreuse de vent, grêle et
pluie, voici le beau temps revenu, et c'est avec délices
que ta tante et moi profitons du bon soleil pour faire des promenades
le long de la mer ou dans les bois de pins. Au revoir ma chérie,
je t'embrasse bien fort avec ta soeur sans oublier papa et maman,
ton oncle Francis"
Une carte de Granie
aux "Dames de Sdeaux": sa mère Bonne Maman de Sceaux
et sa soeur Tandrée, le 24 avril 41
et une autre de Mme
Leneuf, de Dijon, à Granie, le 27 mai 1941

(détails)
Fanny
Lors du repas de 1ère Communion, l'oncle Albert Rougier, professeur d'histoire et normalien, a improvisé un discours. Albert était le père du Docteur Jean Rougier qui vivait à Lyon dans les années 75/80 et que Christophe a connu à l'époque où il était à l'ECAM (Ecole Catholique d'Arts et Métiers
Première
Communion de Fanny et Claude
le 8 juin 1941 à Bourg

(détails)
Fanny et Claude (elle est plus grande)
(détails)
Photo officielle de la première Communion au lycée de Bourg en 1941.
Le Proviseur est au milieu, en habit et guêtres blanches, entre les 2 aumoniers

Derrière
les commnuniantes, on voit Tante Lucie à gauche et grand-mère Rougier
à droite

Fanny et Claude avec leurs parents

de
g à d, derrière les communiantes: Mme Sala (propriétaire
de la maison où habitaient les Rougier), Albert Rougier, ?, ?, Lucie Rougier,
Jeanne Rougier, Grand-Mère Rougier, Granie, Grand-Père, Marguerite
Maillet (épouse d'Etienne)

Le menu de la fête (tenant compte des restrictions de
nourriture de l'époque)
Voir aussi celle envoyée vers 1944, dans le chapitre Bourg 1943-44
" Nice 15 juin (1941)
Mon cher Maurice
Le bac est fixé au 24 juin (celui de son fils aîné Pierre Rougier probablement) et j'ai hâte que ce soit passsé, j'ai tellement peur des étourderies de Pierre, surtout étant donné les mauvaises conditions de la vie actuelle.
Hier j'ai fait la queue à la charcuterie de 3 heures à 5 heures pour 120g de saucisse, et depuis le 1er juin on nous a supprimé la viande pour la réserver aux familles des communiants, nous sommes pourtant, je crois, à la limite des privations, Jacquesà une mine épouvantable et Pierre s'est évanoui dans le car mardi.
J'ai une peur épouvantable de cet hiver (celui de 1942, et il y aura ceux de 1943 et 44, de plus en plus difficiles dans ces régions non productrices) , pourtant j'espère recevoir des colis pour m'aider, beaucoup de personnes cet hiver (celui de 1941) étaient ravitaillées par leurs parents qui habitaient des départements plus riches, mais toute ma famille est en pays occupé, maintenant que les colis circulent entre les deux zones je pourrais peut-être en recevoir.
J'espère que vous avez eu beau (temps) le jour de la première communion (celles de Fanny et Claude le 8 juin 41), et chaud, ici, le mois de mai a été froid et pluvieux, et il n'y a guère que 8 jours qu'il fait enfin un peu plus chaud.
les enfants se joignent à moi pour vous embrasser tous de tout coeur.
Madeleine"
Ma chère Suzanne
Merci des images de ce grand jour écoulé, nous avons reçu également de Valence, les photos qui sont très bien et nous gardons le tout en souvenir.
Le ravitaillement à Paris est en effet très dur, même en légumes parait-il. Ici la viande est très rationnée en boucherie, et les marchès sont presque nuls, aussi les volailles ont disparus espérons qu'à l'automnne on en trouvera! Automatiquement nous mangeons davantage de légumes, qu'on a à profusion, des cerises également mais à des prix assez soutenus.
Mon
élevage de lapins réussit quoique je crains de manquer d'herbe si
le soleil continue à rôtir et impossible de trouver son ou grains.
Nous
venons d'aller voir Mr Gillet rapatrié d'Allemagne, réformé
pour rhumatismes, il a perdu 12kg mais surtout le moral est mauvais, nous pensons
l'avoir à Cancon pour un petit séjour. vous ai-je dit que ma pauvre
amie des Ardennes qui n'avait déja plus de maison a eu son mari tué
à Montmirail, elle l'a su 8 mois après et par un journal, l'officiel
n'est arrivé qu'un mois après, pauvre petite, bien découragée
aussi.
Par contre à Cancon, la jeune Mme Cambus est superbe,
6 kg de plus que l'an dernier, vous voyez si elle a remonté, nous sommes
allés hier soir avec eux cueillir des cerises.
Quant
à moi c'est 6 livres de plus que l'an dernier, allons ne nous plaignons
pas des restrictions.
Mlle Papou est toujours là et en met
un coup, elle a présenté 10 fillettes au certificat d'études,
toutes reçues. la petite Coreng vient d'échouer à la 1ère
partie du baccalauréat, 40 sur 600 sont passés... , quel éliminatoire.
M.
Brassier va trop à la bouteille malgré les réprimandes de
sa femme, qui lui représente sa situation l'an dernier; aussi on entend
de temps en temps des pièces de théatre dramatiques. M. Lebrigand
toujours bon pied bon oeil.
Marcel profite de sa tonnelle qui est recouverte
de roses; nous avons mangé des petits pois de notre jardin en attendant
les carottes qui poussent et les pommes de terre;
Nous attendons la visite
d'Andrée avec impatience, pourvu qu'elle puisse nous donner quelques jours
à tous.
Colette toujours en classe fait des progrès en lecture
et en taille aussi. On a fait de jolies processions pour la Fête Dieu et
elle a jeté des fleurs.
J'ai de bonnes nouvelles
de Villers où la vie devient plus facile, grâce à élevage
de lapins, poules, cochons, jardin et arbres fruitiers.
Colette envoie
de gros baisers à ses cousines qu'elle a bien admiré.
Je termine
en vous embrassant tous quatre, affectueusement
Cécile"
"Cannes
ce 2-1-1942
Merci ma chèrie de tes voeux de bonne année, à
mon tour je souhaite que tu progresses en toutes choses et puisque
tu obtiens déja de beaux succès en classe, cela doit t'encourager
à en obtenir d'autres jusqu'à la fin de tes études. Les progrès
pour le reste, te seront d'autant plus faciles à réaliser qu'il
suffira de prendre modèle sur tes parents; tous deux sont cultivés
et aiment le sport: excellentes conditions par conséquent pour développer
tes connaissances et pour te maintenir en bonne forme physiquement.
Tu dis que tu as beaucoup d'appétit. Tant mieux si vous ne souffrez pas trop des restrictions. Il n'en est malheureusement pas de même à Cannes où le ravitaillement est d'autant plus difficile que le pays ne produit rien. Il n'y a pour ainsi dire pas de culture dans la région et celle qui existe est exploitée par les particuliers eux-mêmes et pour leurs besoins propres. Ta tante Louise fait des prodiges pour que cette insuffisance alimentaire dont nous ressentons déja les effets - diminutuion de poids, considérable - ne nlous réduise pas à l'état squelettique.
Nous avons eu la joie de revoir ton papa, mais les 5 jours de permission qu'il nous a consacrés ont passé bien vite hélas!
Toutefois, nous avons pu profiter un peu plus de sa présence en le faisant coucher à la maison dans la chambre qu'occupe Jacqueline en temps ordinaire, tandis qu'il prenait ses repas à la pension de grand mère.
Ta cousine est en effet partie pour une semaine à Chamonix avec des amis, dans l'intention, elle aussi, de faire ses premiers essais en ski. D'après sa dernière lettre, elle prend des leçons le matin et s'exerce ensuit toute la journée sur les pentes les plus faciles, la grande piste n'étant fréquentée que par les personnes "calées" déja rompues à ce sport. Espérons que son séjour se passera sans anicroches et qu'elle nous reviendra les membres au complet.
Bonnes nouvelles de Louis qui, comme tu sais, est au Sénégal, à Popenguine exactement, non loin de Thiès, petite localités habitée uniquement par des indigènes à l'heure actuelle, alors qu'elle était autrefois le siège d'une mission apostolique.... qui reviendra peut-être un peu plus tard - (les pères avaient fui à cause de la maladie du sommeil, la mouche tsé-tsé y avait fait des victimes).
Tu me demandes si nous sommes contents de notre installation. Non pas trop et parceque nous avons eu jusqu'à présent l'espoir de trouver un logement plus spacieux, nous avons hésité à achever notre installation - quantité de meubles et d'objets de toute sorte occupent encore la pièce dont nous voulions faire notre salon. mais à défaut d'une habitation nouvelle à notre convenance, peut-être prendrons nous le parti de cesser de vivre en camp volant et de mettre tout en place afin de profiter au moins des 4 pièces qui composent notre logis actuel.
Au revoir ma petite Claude, car j'espère bien que vous viendrez un jour par ici, ne fut-ce que pour connaître notre région où le soleil brille pour ainsi dire sans cesse et où le ciel et la mer sont toujours bleus.
Tante Louise se joint à moi pour vous embrasser tous les 4 bien affectueuesement et Fanny en particulier, à qui tu diras de ma part et dans le creux de l'oreille, d'être un peu moins "flemme" en classe.
Ton vieux parrain bavard Francis

























