datées du 7 mars 1906 et du 25 avril 1906
4945
Transcription:
(1franc de l'époque vaut environ 20 francs de 1995)
"Personnelle
Rosario 7 mars 1906
Chers messieurs Hersent, à Paris
Lorsque vous m'avez demandé de venir au Rosario, j'ignorais
la situation qui m'y était réservée.
J'étais à ce moment à Dakar où vous
m'aviez chargé de la direction du chantier par lettre du
21 déc. 1904. Les conditions de mon engagement étaient
les suivantes: 2000F par mois au Sénégal, 1000F
en Europe, 2 mois de congé annuel et 7% sur les bénéfices
réels du chantier.
Malgré ces avantages je n'ai pas hésité,
comme je l'ai toujours fait jusqu'à présent et comme
je le ferai encore le cas échéant à me conformer
à vos instructions et à abandonner brusquement le
chantier de Dakar que j'avais à coeur d'achever après
avoir contribué à le remettre sur pied. J'avais
d'ailleurs quitté Bizerte de la même façon
au moment où les travaux promettais d'être achevés
dans de bonnes conditions.
Je suis donc venu au Rosario et, verbalement, au bout de quelques
jours, vous avez bien voulu me faire connaître quelles étaient
les conditions que vous comptiez m'y réserver: 1500pesos
(soit 3300F) mensuels et 2000pesos d'indemnités
logement annuelle- plus 10% sur les bénéfices
des travaux.
Vous m'avez en outre assuré à diverses reprises
que les comptes de Bizerte seraient réglés en ce
qui concerne ma gratification et que je recevrai ce qui peut me
revenir de ce chef. Vous avez également promis de me tenir
compte de ce que j'ai fait à Dakar. Il n'a été
donné aucune suite à ces promesses.
Et cependant tous les déplacements que j'ai dû faire
depuis le début de 1904 n'ont pas été sans
m'occasionner des dépenses très importantes que
je n'ai pas fait intervenir dans mes comptes de frais de voyage
: frais d'installation à Dakar où je comptais séjourner
plusieurs années, location d'une maison en France, nouvelle
installation à Rosario, etc..
Depuis que je suis à Rosario j'ai pu me rendre compte des
conditions dans lesquelles nous travaillons ici. A fin décembre,
le découvert dépassai 3.500.000F, et le bilan du
mois de janvier ainsi que l'étude des prix de revient ne
permettent malheureusement pas d'espérer une grande amélioration
de cette situation compromise par la mauvaise administration du
début et aussi par l'accroissement continu du prix des
matériaux et de la main d'oeuvre.
Je me suis efforcé de poursuivre les réformes ébauchées
par M. G. Hersent pendant son dernier séjour et j'ai moi-même
apporté des améliorations sensibles dans la production
économique du chantier. S'il reste encore à faire
dans cet ordre d'idées on peut considérer que le
principal est fait et malgré cela l'avenir ne s'annonce
pas bien brillant: je crois qu'il sera inutile de parler
de la prime de 10% sur les bénéfices.
Il ne me reste donc que mes appointements et les conditions d'existence
devenant chaque jour plus coûteuses, je m'aperçois
qu'il me sera impossible de réaliser les économies
sur lesquelles je comptais.
Il en résulte que ma situation est inférieure à
celle que j'avais à Dakar où j'espérais parvenir
à un résultat satisfaisant.
Mon prédécesseur a pu se maintenir en cherchant
du ....... par ailleurs, comme vous le savez et en mettant sur
le compte du chantier une grande partie de ses frais de maison,
ainsi que j'en ai eu la preuve. Il ne me convient pas de suivre
la même voie et j'ai tenu énergiquement la main à
ce que ces pratiques fussent complétement abandonnées
par les employés qui s'y livraient.
En dehors de la situation financière, je déplore
beaucoup d'être attaché à une affaire qui
donnera certainement des résultats négatifs, malgré
tout ce que je pourrai faire, et j'ai songé à diverses
reprises à vous demander de me faire remplacer au Rosario,
ne me sentant pas le courage d'endosser plus longtemps la responsabilité
d'une situation que je n'ai pas créée.
La tâche que vous m'avez confiée est difficile et
lourde; il faudrait être soutenu par un personnel dévoué
à vos intérêts ce qui n'est pas le cas : je
dois perpétuellement lutter pour faire admettre et appliquer
les idées d'ordre et d'économies sans lesquelles
on n'arrive à rien. Les mauvaises habitudes sont prises
et l'organisation du chantier est telle qu'elles sont bien difficiles
à déraciner.
Bref, j'ai pensé, étant donné que la clause
de 10% n'existe pas en réalité, à vous demander
de vouloir bien porter mes appointements mensuels à 2000pesos,
indépendamment de l'indemnité de logement.
Je n'ai pas l'habitude de poser des conditions, vous le savez
bien, aussi ne sont-ce pas des conditions que je vous soumets.
Si vous ne me donnez pas satisfaction, je n'en continuerai pas
moins mon service comme par le passé; mais je crois bien
qu'il ne me sera pas profitable de rester à Rosario tout
le temps que vous comptiez m'y laisser, et je vous demanderai
de me remplacer en vous laissant le soin de fixer le moment.
Je vous prie de croire, chers Messieurs Hersent, à mes
sentiments les plus affectueusement dévoués.
E.Hausermann"
Lettre E.Hausermann du 25 avril 1906, expédiée
après réception des lettres
Hersent du 27 mars (elles-même expédiées
avant réception de la lettre E.Hausermann du 7 mars) et
du télégramme des Hersent du 4 avril expédié
rapidement à la réception de la lettre du 7 mears
transcription :
"Rosario, le 25(? date peu lisible) avril
1906
Chers messieurs Hersent
J'ai bien reçu vos lettres du 27 mars et je vous remercie
vivement de leur contenu. Je crois bien aussi que notre situation
si peu brillante à l'heure actuelle s'améliorerait
dans une certaine mesure, s'il nous était possible d'augmenter
notre production et de mettre en oeuvre tous les moyens dont nous
disposons ici.
Mais les circonstances ne nous favorisent pas : le rio se maintient
toujours entre 5,50 et 5,60 , tantôt plus haut, tantôt
plus bas, mais sans tendance à la baisse. Nous sommes ainsi
complétement paralysés pour beaucoup de travaux
d'achèvement que nous pourrions faire et qui se traduiraient
par une augmentation sensible de nos situations mensuelles. Pour
le moment nous sommes réduit aux quais en maçonnerie
dont la marche est satisfaisante et dont........(6 lignes
illisibles)
...... D'autre part je m'occupe de réunir les éléments
qui vous permettront d'étayer la demande de révision
dont vous m'avez parlé.
Je vous remercie également pour la somme de 25.000F que
vous avez bien voulu mettre à ma disposition et que je
prendrai ici si vous n'y voyez pas d'inconvénient, ainsi
que pour l'autorisation que vous m'avez donnée télégraphiquement
d'augmenter mon prélévement mensuel.
Je vous suis reconnaissant de ces marques de satisfaction et de
vos encouragements et je vous prie d'agréer, cher Monsieur
Hersent, l'assurance de mes sentiments les plus dévoués
E.Hausermann
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