5 mai 1987 - Mamie nous quitte
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Les 4 dernières lettres que Mamie nous a adressée à Versailles après son dernier séjour d'été à Saint-Laurent
Lettre de Mamie (au Brûlat) à Claude et Yves (à Versailles)
23-9-86
Mes chéris,
Un petit mot pour vous dire que
la vie a repris son cours ici, après un bon voyage et quelques difficultés
avec Lydia qui n’était pasvenue
avant mon arrivée demander à Simone (pas très en forme) à faire
les nettoyages à la maison, et que je comptais trouver à la maison
le soir de mon arrivée. Je l’ai vue seulement le mardi suivant,
sans avoir aucune nouvelle d’elle. Enfin Régine a pu rester avec
moi jusqu’à son arrivée, et après quelques explications tout est
rentré dans l’ordre. Il faut se mettre dans la tête que c’est une
femme fantasque, mais brave fille quand même.
Je reprends peu à peu contact avec mes amis, par téléphone, car
je préfère rester un peu au calme, mais tout va bien. Les Florent
commencent les vendanges lundi prochain, Flor. se réjouissait de
voir la vigne prospérer avec un beau soleil mais cette nuit gros
orage et grosse pluie, et le pauvre doit déchanter !
Le courrierrecommence un
peu à arriver, hier 4 enveloppes du Trésor Public, pour les
taxes foncières, habitation, etc.., et tout cela pas bon marché,
le champ de Longueville à lui seul 2345,00, l’avenue Balfourier
2640… les 2 autres plus modestes heureusement. J’ai jusqu’au 15-10
pour régler. Je viensaussi de régler Loiselet, l’appel de fonds
a paraît-il baissé, je te joins mon grand un papier joint à cet
appel de fonds qui te parlera des soucis de Loiseletpour que chacun paye ce qu’il doit, ils en arrivent à faire
une procédure pour vendre l’appartement d’un client récalcitrant !
Je pense que tu peux jeter ce papier que je t’envoie pour que tu
sois au courant.
Je me réjouis de vous savoir à Vierville dans votre jolie maison
de la plage, j’espère que vous y avez beau temps, ici cela a été
un temps magnifique à part quelques heures de chaleur au milieu
de la journée, l’orage de cette nuit vient bien mal de démolir tout !
J’espère que cette lettre vous arrivera à temps en Normandie, je
vous embrasse fort,votre
Mamie
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Lettre de Mamie (au Brûlat) à Claude (à Versailles)
15 nov 86
Ma petite Claude
Je suis bien en retard pour vous remercier de votre lettre et des
photocopies envoyées sur ce fameux sous-marin ECA, qui m’ont fait
plaisir. Mais je viens d’avoir des jours bien occupés, avec joie,
par la petite famille Michel, séjour utile et agréable, mais bien
fatigant pour mes 88 ans, hélas, j’ai eu des petits… ( ??)…souvent
dans les repas, et dans la journée ils sont sages et très mignons,
mais sont jeunes..J’ai
eu aussi souvent les Michel, déjeuner ou dîner, et le 1er
m’a bien aidé ..( ??) mis au point la question fuite
d’eau dans le grenier, sans compter ces 3 fameux compteurs d’eau,
dont on a rendu 2 à la Cie des Eaux. Facchini va faire les fossés
pour mettre les tuyaux neufs, en décembre Michel reviendra, les
vieux ont trop souffert de ces 2 hivers de gelées. Et puis Michel
a remis en ordre la question domestique, c’est organisé maintenant,
et personne n’a bronché devant son autorité. Lydia a renoncé à commencer
son WE le vendredi après midi pour rentrer le lundi matin. Régine
est plus facile à convaincre, et toujours prête à ne jamais me laisser
seule. Mais quelle affaire à mettre d’accord un espagnol, Florent,
un italien, Facchini, une italienne, Lydia, tout ce monde se mange
le nez, assurant que le voisin ne fait rien ! Enfin tout est
calmé, les sourires sont revenus, et j’espère que je vais reprendre
mes forces et mon énergie. Excusez cette lettre mal écrite et sûrement
pleine de fautes, ce sera mieux la semaine prochaine.
J’ai eu aussi à dîner les Fredl’autre jour et nous avons bien bavardé. Ils sont en pleine
forme, bien retapés après 4 jours de novembre libres. Ils ont été
à des régates à ( ??) la semaine dernière, et s’y sont
retrouvés par hasard en famille, les Yann, les Christophe, enfin
une vraie fête de famille. Laurent était à Hyères même but, et toute
cette jeunesse s’est ( ??)
Je suis bien contente de vous voir arriver, mes chéris, en principe
le vendredi 21, de toutes façons quand vous voudrez ce sera toujours
une joie.
Le beau temps est fini, un gros orage est venu, mais il aurait fallu
arroser, donc tout va pour le mieux. L’état sanitaire autour de
nos amis n’est pas brillant, grippes, cancers, Colette Lion qui
passe son temps à tomber parce qu’elle ne veut pas porter de talons
bas, et comme elle a une maladie de cœur, cela n’arrange pas ses
affaires. Dire qu’on est déjà à souhaiter le printemps ! Là
dessus je m’arrête, mes chéris, car je deviens ( ??)
Bons baiser à tous autour de vous
tous
votre Mamie
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Lettre de Mamie (au Brûlat)
à Claude (à Versailles)
4 février 1987
Ma chère Claude
Je viens seulement répondre à votre longue lettre qui me parle du
mariage de notre Martin et de tous les préparatifs que vous faites,
cela me fait plaisir et vous êtes gentille de me parler de tout
cela, d’autant plus que je sais que vous n’aimez pas beaucoup écrire.
Merci, ma chérie, je pense à cette belle journée qui se prépare
sans beaucoup d’espoir d’y participer, ce qui me navre, mais il
faut bien se rendre compte de la réalité, et que je ne suis plus
bonne à rien. Mais j’ai eu une si belle vie entourée de mon Jean,
et de vous tous, mes chéris, et de voir cette belle jeunesse est
pour moi une belle fin de vie.
Si Frédérique et Martin peuvent un jour venir jusqu’à moi avant
leur mariage, ce sera une vraie joie – et je pense déjà à ce 13
juin qui est bien proche – je suis contente que Martin ait trouvé
à déménager pour s’installer à leur goût, contente qu’un prêtre
ami puisse venir les assister, vous avez déjà retenu tout le détail,
et si Yves peut venir un peu jusqu’à moi, il me racontera tout cela
que je vivrai avec vous tous du fond du cœur.
T. Maine est avec moi depuis quelques jours, mais elle n’est pas
gâtée par le temps, et nous voyons de longues journées de crachin
normand, pas très froid, mais bien désagréable. Elle est aujourd’hui
chez sa sœur Guitte, dont c’est l’anniversaire. Je suis contente
de sa présence et j’espère que son neveu Marc ne restera pas trop
chez sa mère en permission, car alors Maine partira prendre son
lit !
Je reprends ma lettre interrompue par un coup de fil de Brigitte,
qui me dit la si bonne nouvelle prévue fin septembre, quelle joie
mes chéris, j’ai du mal à croire à tant de bonheur ! Espérons
que tout va bien aller, et que j’aurai le bonheur de voir arriver
ce bébé tant désiré. Je ne réalise pas… et je vous embrasse, toute
ma chère famille, que le Seigneur veille sur ce petit. J’espère
que les Frédéric vont pouvoir venir me voir un jour. Ma petite Claude,
si vous saviez comme je suis heureuse, je crois que je vais écourter
ma lettre, parce que ma machine est fatiguée et au fond je ne sais
plus ce que j’écris. Je viens d’avoir un coup de fil d’Yves qui
m’a fait bien plaisir, et je vous embrasse tous les deux tendrement,
T. Maine vient de rentrer et se joint à moi. Excusez cette fin de
lettre,
votre Mamie
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Lettre de Mamie (au Brûlat)
à Claude et Yves (à Versailles)
13-2-87vendredi
Mes chéris
Un petit mot bien mal écrit, mais pour vous dire que nous avons
eu Fred et Brigitte à dîner hier soir, et qu’ils étaient resplendissant
de bonheur ! C’était une vraie joie de les voir vraiment transformés.
Brigitte nous avait amené les photos des échographies faites dans
l’après midi, votre petit bébé a déjà 2cm ½ de long, un cœur qui
bat magnifiquement, enfin c’est une belle promesse envoyée par le
Seigneur et j’en étais bien émue.
Les bavardages et les projets sont allés bon train. Puis ils ont
emporté leur jolie commode, souvenir de Tandrée, et en échange Fred
a laissé son gros pull de Guernesey… ce qui n’est pas grave.
Le temps s’est remis au beau après les journées bien grises. Le
ciel est bleu, le vent est absent, et du coup je viens d’aller faire
un petit tour dehors avec T. Maine comme guide. Je voudrais faire
un petit ( ??) chaque jour, avec l’espoir d’améliorer
mon cas.
Deux joyeux évènements en quelques mois, cela vaut bien un effort,
même s’il n’est pas très efficace. Je pense me souvenir que vous
allez faire un saut à Vierville en cette fin de semaine, mes chéris,
je vous souhaite du beau temps et vous embrasse tendrement, T. Maine
se joint à moi, je suis bien contente de l’avoir avec moi. A bientôt
Mamie
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Lettre de Michel (au Brûlat)
à Yves (à Versailles)
Dimanche 26 avril 1987
Mon cher Yves,
Je viens te faire le point de la
situation telle que je la voie maintenant. Je pense qu’il ne m’est
plus possible de m’absenter de Toulon, ni bien souvent, ni bien
longtemps sans que tu assures une certaine présence aussi bien sur
le plan affectif que matériel. L’organisation en place est quand
même assez compliquée : Lydia, Régine, Simone, Florent, Facchini,
infirmière le matin, infirmière le soir.. etc., et il y a toujours
des problèmes mineurs qui ne se posaient pas quand Maman était consciente
ou qu’elle les réglait elle-même. Il faut maintenant les résoudre
au fur et à mesure, absences, chamailleries ou autres. Régine et
Florent seraient sans doute les plus aptes à assumer certaines responsabilités
d’organisation, mais cela indisposerait fortement les autres…
Il me paraît peu probable maintenant que Maman récupère les parties
de son cerveau qui ne sont plus irriguées et elle vit une bonne
partie de son temps dans un monde à elle avec d’anciens souvenirs.
Régine est tantôt Thérèse, tantôt Colette… Sa vue est très imparfaite
et cela contribue à l’isoler du monde qui l’entoure. Elle entend
bien et reconnaît un peu les voix.
Maman se plaint peu, ne semble pas souffrir, mais a des accès de
grande faiblesse. Je viens souvent au Brûlat pour rester un moment
avec elle et pour m’occuper des affaires matérielles.
Pour la croisière, elle sera sûrement annulée si Maman est encore
avec nous cet été. Je déciderai cette annulation au plus tard fin
mai, j’en ai prévenu les diverses équipes qui devaient se succéder
à bord .
Comme je te l’ai dit nous avons prévu de partir de Toulon le 27
mai pour un voyage en Autriche jusqu’au 7 juin, puis nous pensions
rester 4 ou 5 jours chez Agnès pour des bricolages, avant d’aller
au mariage de Martin et rentrer à Toulon le 14 ou 15 juin. Je peux
si nécessaire rentrer à Toulon le 8 juin . Ce serait bien si
tu pouvais aller à Toulon une fois vers le milieu de mon absence.
J’annule d’autre part un voyage chez des amis en Suède que nous
devions faire durant la première quinzaine de juillet, nous devrions
donc être là tout le mois de juillet.
A part ça le temps est beau, les jumelles retournent ce soir chez
leurs parents, mais nous sommes obligés de garder Cédric qui vient
d’avoir une rougeole carabinée et qui a encore beaucoup de fièvre.
A bientôt nous vous embrassons tous les deux bien fortMichel
La maison de Mamie au Brûlat du Castellet, là
ou Mamie est morte de vieillesse dans sa 88ème année.
Elle était fragile des poumons, sujette à
de l'emphysème, mais elle supportait très
bien les nombreux médicaments qui atténuaient
son mal (la cortisone notamment).
Claude et moi étions venus au Brûlat quelques
jours avant, tout de suite après l'enterrement de
la marraine de Claude à Dampierre, car les nouvelles
envoyées par Michel nous inquiétaient.
Nous étions présents avec Michel et Christiane
pour ses derniers instants. Elle était consciente
par moments, calme mais avec des difficultés pour
respirer. "je ne savais pas que
c'était si dur de mourir"
m'a-t-elle dit peu avant.
Elle a été enterrée le 9 mai 1987 dans
le cimetière de Sant-Laurent auprès de Bon
Papa qui est là-bas depuis juillet 1984





