Yves & Claude · après 1954

Page 62: 1967-68 à Strasbourg

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1967-68, Strasbourg

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Carte de Claude à mes parents
Strasbourg, vers le 30/8/67

Nous découvrons les Vosges, les enfants marchent bien et Renaud s’habitue gentiment à la vie de communauté. La première semaine de Strasbourga étéla semaine de l’installation et du tourisme, et tout était beau et amusant. La salle de jeu d’en bas (en fait le box-garage transformé) est une merveille, paraît-il,pour les aînés (ils y ont installé le train, cela va aussi faire le bonheur de Renaud qui ira y jouer pendant que les frères sont à l’école), et l’Orangerie pleine de séduction pour Renaud…

Lettre de Frédéric à Granie
Strasbourgle lundi 4/9/67

A la messe à la cathédrale de Strasbourg, la messe est dite en latin, en français et en allemand. L’épître a été dite en Allemand et l’évangile en français.
Hier j’ai vu atterrir des dizaines deDC8 d’UTA . Près de chez nous il y a un aéroclub, je regarde les parachutistes qui sont lâchés d’un Dragon, et le largage des planeurs…

Lettre de Claude à ses parents
Strasbourg, vers mi septembre 1967

…le merveilleux été plein de soleil a continué en Alsace jusqu’à aujourd’hui…aussi bien nous sommes allés avec notre pique nique à la piscine du Rhin – c’est une très joli piscine avec beaucoup d’espaces verts.
La maison commence à être installée, Renaud et Martin vont au parc tout seuls la main dans la main. Mais Frédéric et Christophe n’ont pas un regard pour l’Orangerie, mais sont une grande partie de leur temps dans cette salle de jeu du bas qui est assez agréable…

Lettre de Claude à ses parents
Strasbourg, automne 67

…Ici cela va, pas de « perle » pour m’aider mais je suis un champion de l’organisation, heureusement sinon je succomberais. Chacun commence à avoir sa vie bien en place. Yves en voyage d’affaires terriblement souvent. Cette semaine lundi à Paris (part le matin, rentre le soir)et mardi soir départ pour Cadarache près de Marseille d’où il revient samedi. Il va presque chaque semaine à Chooz. C’est la « conférencite » maladie du siècle des cadres, cela absorbe une partie de leurs forces vives. Mais il paraît que cela se calmera…
Pour moi, je mets Renaud à la « halte des enfants » , garderie de 8h à midi ou de 2h à 6h, une ou 2 fois par semaine et pendant ce temps je fais mes courses et par la suite je ferai sport ou mondanités en employant ce moyen. J’ai repéré un cours de yoga, je crois que je vais m’y inscrire.
A ma grande surprise j’ai vu que le cours de Mlle Erb existait toujours !
Il faut que je fasse de la gymnastique.
Nous avons aussi repéré des équipes de jeunes ménages patronnées par des Dominicains. Samedi nous avons rendez vous avec un Père pour prendre contact. Je crois que ce doit être intéressant.
Quant aux enfants, Frédéric a la chance de se trouver dans la même classe (lycée Kléber) et à côté d’un certain Alain Raynal (le fils du patron direct d’Yves)un garçon bavard et dynamique qui entraîne Frédéric à la piscine et au tennis. Ainsi ce matin Frédéric partait à 8 h avec le chauffeur de service de l’EDF et allait faire du sport avec son camarade. J’ai vu aussi s’il y avait des scouts à la paroisse, mais les troupes ont l’air très pleines et c’est en attente.
Et j’ai inscrit Frédéric et Christophe à une école de musique qui les prendra tous lundi en sortant de classe. La méthode est assez curieuse. Ils apprennent à lire la musique en utilisant uneespèce d’instrument de musique d’étude (c’est une flûte avec des touches de piano) et au bout de 6 mois ils choisissent leur instrument (apparemment ce sera de la guitare ou de la flûte). Tous les instruments leurs sont prêtés la première année., aussi s’ils n’ont aucune disposition, il n’y a aucun remord à ce qu’ils abandonnent.
Christophe et Martin iront sans doute aux Louveteaux du collège (collège Saint Etienne, Strasbourg)
Vous voyez j’ai la fringale d ‘une bonne intégration dans la vie strasbourgeoise.
Ma vie matérielle est très simplifiée par le parc en face de la maison (j’y amène Renaud en moyenne 1 heure le matin et 1 heure l’après midi, et je lis des romans sur un banc ou je marche tranquillement avec le poulet qui trotte à côté, par mon auto, par les fournisseurs (boucher et épicier) qui peuvent livrer à domicile, par les navettes EDF scolaires qui emmènent les enfants à l’école.
J’espère tout de même trouver bientôt une aide. J’ai alerté en vain plusieurs offices de placement. Quand nous connaîtrons qq personnes à Strasbourg, ce sera aussi plus facile, par amis d’amis.
Renaud est très gentil, toujours enthousiaste quand il voit des trains. Il joue au parc dans le sable avec seau et pelle, et il est très heureux quand je l’emmène à la halte d’enfants, il ne pleure pas et joue avec les autres enfants. Je suis contente de le voir si sociable….

PSJ’ai une superbe machine à laver le linge Philips, une merveille qui lave très bien et n’use pas le linge.

Lettre de Claude à ses parents
Strasbourg, Décembre 1967

Ici tout va bien, je n’arrive pas à trouver de dentiste correct pour l’appareil de Frédéric et cela m’ennuie…

Lettre de Claude à ses parents
Strasbourg, vers mai 1968

…Frédéric a fait un peu de grève (c'est l'époque de mai 68 avec des grèves partout, et peu de classes) de temps en temps pour aller à la Kibbitzenau (c’est la piscine), à vrai dire il est temps de changer l’esprit de l’enseignement – où les enfants sont abrutis par la passivité et où ils n’ont aucun sens du travail en équipe et de la coopération amicale avec leur professeur. Je pense qu’il y a belle lurette que les écoles dites nouvelles auraient pu un peu imposer de leurs méthodes.
Nous sommes à la maison sans Christophe – celui-ci est en classe de plein air avec le collège Saint Etienne. Nous sommes allés le voir dimanche car c’était la journée des parents – ceux-ci bien entendu n’avaient pas le droit d’aller visiter leur rejeton n’importe quel jour et à n’importe quelle heure de peur de troubler la vie des écoliers. . Nous sommes arrivés à 800 m d’altitude dans des Vosges perdues – un grand chalet dans la montagne et les sapins. Christophe avait une angine et était à l’infirmerie. Il avait l’air très joyeux car ils étaient 9 dans une jolie chambre et s’il y avait eu la télévision nous disait Christophe tout le monde se serait fait porter malade tant c’était agréable d’être entre copains et de jouer aux cartes et à 1000 autres jeux, et puis la cheftaine leur lisait des histoires.
Les enfants sont encadrés par leur maîtresse qui leur fait classe de 8 h à midi et de 6 h à 7 h le soir. Le reste du temps de 1 h à 6 hce sont des jeunes filles genre cheftaines qui les amènent promener et organisent les jeux. Un jour sur deux ils font 10 à 15 km l’après midi et Christophe nous a dit que maintenant il aimait marcher, quelle métamorphose. Ceci dit, maintenant Christophe va très bien, il m’a écrit qu’il était guéri.
Pendant ce temps, ce même dimanche Frédéric et Martin étaient de sortie pour toute la journée avec les scouts et les louveteaux. Frédéric nous raconte que pendant leurs sorties on s’amuse ferme. On se couche à 1 h du matin après avoir gratté de la guitare. Il n’y a plus de chef intouchable, les chefs on les élit et les grands chefs on les appelle par leur prénom.
Et chez Martin qui de par son caractère prend toujours tout au drame, c’est aussi la gaieté qui s’impose. Hier jeudi les cheftaines avaient dit « amenez les patins à roulette et ceux qui ne savent pas on leur apprendra » Toute la meute est partie en patin à roulette à 3km de là, les cheftaines poussant et tirant ceux qui ne tenaient guère en équilibre. Quelle expédition…

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