Hiver 57 à Mostaganem et Paris
Odile, née le 9 janvier 57 et morte le 9 mars 5722
…Claude souffre un peu aujourd’hui et j’espère que le bébé
va nous arriver sans trop de soucis. Il y aura demain 2 semaines
que j’ai quitté Versailles et j’ai hâte de cette délivrance afin
de me rendre utile en temps voulu.
Yves est là aujourd’hui toute la journée à son bureau, mais demain
il part en tournée à Aflou avec l’ingénieur en chef. Et la petite
bonne de 15 ans s’est blessé le pied et nous a envoyé sa sœur 13
ans qui d’ailleurs pour son âge est serviable.
Le temps est toujours resplendissant, nous sommes allés plusieurs
fois à la plage. Claude conduit bien cette énorme voiture (nous avions acheté une 403 pour remplacer la
4CV Renault), et Frédéric est adorable. Il parle un charabia qui ressemble
à l’arabe, a l’air de faire des phrases et des réponses. Il joue
seul sagement dans sa chambre une partie de la journée avec ses
joujoux et on l’entend parler et rire.
…hier Yves nous a amené à déjeuner le directeur de l’urbanisme pour
le département d’Oran. Il est bien….…. Voulant dire quelque chose d’aimable il a admiré « la
belle nature morte » (une
huile de Fanny , avec des pommes), qu’il a trouvé très bien composée…
Mosta le 9-1-57 (en fin de journée)
La naissance d’Odile a été particulièrement facile, je vous
écrivais ce matin que Claude ressentait quelques petits pincements,
elle est arrivée à la clinique à 4h, à 5h elle a pensé que c’était
cela, 1/2 h de douleurs de 6h1/2 à 7h et la fille est arrivée vraiment
très facilement, je trouve que c’est encore une Cordelle, j’ai cru
voir Mme Chedal, châtain foncé, 2k990. Demain après midi on va présenter
le frère à la sœur !
Claude était en bonne forme, elle n’a pas eu le temps de dépérir.
A 7h1/2 on lui offrait à dîner, elle a demandé le temps de souffler
une ½ heure. Quant à son pauvre docteur, ila une mine affreuse avec des coliques néphrétiques.
…on a touché un Préfet(le 1er Préfet de Mostaganem),mais ce ne sont pas des postes faciles….
Je pense que Mme cordelle a pu vous téléphoner à 8h ce soir. Tout
va vite dans ces temps modernes et on téléphone avec des ondesje ne sais comment par la Corse et Bône, en 10 minutes….
Lettre de
Claude à son père et à Fanny
Mostaganem le 12 (janvier 57)…Je vous écris de la clinique où comme de bien entendu on mène
la vie de château. Rien à faire si ce n’est d’allaiter son avorton,
se régaler avec le volumineux courrier qu’on reçoit, et recevoir
des visites de circonstances, et cadeaux de circonstance, ce qui
n’est pas désagréable !
(le
17 janvier)Je suis rentrée de la clinique jeudi un peu ennuyée avec 39°
et un commencement d’abcès au sein. Mais les médicaments à la
mode m’ont guéris, seulement je les trouve fatigants à supporter,
et je n’ai pas bonne mine. Pour en revenir à Odile, je la trouve
plutôt plus jolie que Frédéric, mais elle a tout à fait l’allure
d’une chenille avec son lange, ses 2 pattes de devant en l’air.
Elle est très dormeuse et pour boire c’est un peu toute une histoire,
car comme de bien entendu elle n’aime pas beaucoup le sein maternel
qui est très inconfortable et la téterelle l’étrangle. En plus
de cela pendant la 1ère semaine elle devenait violette
dès qu’on la changeait de position et j’étais très inquiète… mais
maintenant cette infirmité lui a à peu près passé….
Lettre de Grannie à Grand Père, de Mostaganem,
vers le 19 janvier
…la petite Odile n’est pas vorace comme son frère….on pense
la baptiser vendredi, avec les Muller, les Pen et les Géli. Le
temps est beau et frais. Frédéric costaud et facile, mais turbulent
tout de même.
Cette fois on nous promet la grève pour la semaine prochaine,
et j’ai fait des provisions ce matin…
…Je reviens de me rôtir au soleil avec Frédéric, et il joue en
ce moment sur le tapis à enfiler ses perles, sa maman a retrouvé
un bon appétit et elle se promène un peu dans son appartement.
Tout semble bien aller. Yves trie ses photos et vous verrez bientôt
notre « chenille », c’est comme cela que l’a surnommée
sa maman !….
Lettre de Claude à ses parents, vers le 24 janvier 57, de Mostaganem
…voici déjà 3 jours que Maman est partie et le beau temps de la réunion familiale est terminé. Nous avons eu un petit coup de cafard après la France, après le départ de Maman. Il est vrai que depuis lundi les gens sont ici pas mal excités avec une grève générale des arabes. Les dockers ont été remplacés sur le port par l’armée, les lycéens de1ère, et des musulmans ramassés dans la grande rue en train de palabrer à ne rien faire comme d ‘habitude. Chez les Muller, les ouvriers agricoles ne sont pas venus. Mais il paraît que cette grève reste localisée dans notre coin et ailleurs elle n’a pas pris. Ici on pense qu’elle ne durera pas.La petite cocotte ouvre l’œil de plus en plus. Je ne crois pas qu’elle grossisse beaucoup (sa maladie cardiaque l’empêchait de se développer normalement) , mais elle a l’air de bien se porter ce qui est l’essentiel. Je pense avoir aujourd’hui le résultat de mon analyse de lait et nous verrons alors ce qu’il y a lieu de faire. Je commence à savoir la changer à toute allure et je fais des efforts pour la changer toutes les fois.
Quant à pauvre de moi avant hier j’ai été reprise d’un commencement d’abcès au sein et j’étais complètement à plat ; le matin j’ai téléphoné à ce brave Deloupy (le docteur homéopathe) qui s’est empressé de me dire du mal de Lamur et de tous ces médicaments passe partout qui apparemment guérissent le mal et le font ressortir sous une autre forme ou 15 jours après . Et après des compresses d’eau chaude et des pilules homéopathiques administrées toute la journée, le lendemain, c’est à dire aujourd’hui, j’étais sans fièvre et à peu près guérie.
Le Toutoune va percer une dent, il tousse mais distribue toujours joyeusement ses « ogué » aussi je ne me fais pas de bile.
Je lutte contre mon instinct maternel qui me le ferai couvrir comme un oignon la nuit à cette occasion.
Tout va bien dans la maison, Josiane fait un effort pour rimer ferme ; elle arrive un peu avant 8h et donne à déjeuner à Frédéric….
En mars 1957, devant l'aggravation de l'état d'Odile
nous sommes allés à Paris pour y rencontrer
des spécialistes.
La maladie cardiaque d'Odile est décrite dans la
note
du Dr Lamur de Mostaganem, et celle du spécialiste
parisien, le Dr
Finas qui l'a vue à Oran. Ci-joint également
l'ordonnance de l'hôpital des Enfants
Malades à Paris.
Odile est morte avenue de Lamballe, d'une crise respiratoire.

A Versailles, Yves et Frédéric

.....Nous avons bien retrouvé la maison ; seule Odile n’y était plus, mais c’est tout à fait apaisant de la savoir maintenant avec Dieu, et quelle leçon d’humilité de se dire que cette toute petite fille connaît maintenant la vraie vie, et une vie que nous ne pouvons imaginer, mais nous sommes sûrs qu’elle est dans la joie. Alors ce n’est pas triste du tout pour des parents de savoir que leur enfant a une destinée si parfaite et qu’elle veille sur tous.
Le gros Toutoune ne veut plus rester seul dans sa chambre, mais moyennant la porte ouverte entre sa chambre et la nôtre, il consent à aller jouer chez lui et à ne pas transporter tout son fourbi dans toute la maison. Je trouve qu’il a fait beaucoup de progrès en 15 jours et je vous remercie de m’avoir rendu un si beau garçon ? J’espère que Maman va biense reposer. Je suis ennuyée de la savoir fatiguée et en période d’insomnie. Il ne faut pas qu’elle se fassede souci pour nous ; tout va bien maintenant. Il ne faut pas non plus qu’elle se fasse du souci pour les questions d’appartement (la prochaine retraite de Grand Père obligera les Rougier à quitter l’appartement de fonction du 6 rue Hardy, à l’école d’ horticulture). Elle en trouvera sûrement un très bien avec des grandes pièces, ensoleillé et calme : il vous reste un an et en 1 an on a le temps de voir beaucoup de choses ; et il ne faut pas se décourager d’avoir manqué le dernier....


























