Printemps 1955 à Mostaganem,
naissance de Frédéric11
Lettre
de Tandrée à la famille Rougier, mars 1955, Tandrée est en
visite chez nous à Mostaganem :
Mostaganemlundi
Chère Famille,
Je pense que vous aimeriez être à ma place, et je vais essayer
de vous raconter tout ce que je vois.
Yves est venu me chercher à Oran, Claude circule en auto,
mais cela fait 180km aller et retour, et c'est beaucoup. Il va très bien, pas engraissé mais visage aéré – ce n'est
pas comme son épouse qui a très bonne mine et a surtout grossi
localement – elle dévore et cela pourrait bien continuer.
Très gais tous les deux et entrain. Claude est très épanouie,
maîtresse de maison avant tout, à ne pas la reconnaître –
d'ailleurs je fais des photos et j'espère que la plus belle
sera prise dans la cuisine.
Dimanche nous avons passé la journée dehors, déjeuner dans
les dunes, bain de pieds dans la mer, pas un chat, et retour
par la campagne et la vallée du Chéliff, très verte et très
riche, vignes en quantité, villages de colons très cossus.
On ne peut pas en dire autant de ceux des arabes dans une
misère affreuse – mais ils sont habitués ( ?) -
La fille habite la plus belle maison de Mostaganem et d'ailleurs,
sur place très vivante et un peu bruyante, mais cela ne les
gène pas du tout, l'appartement est superbe, la chambre d'amis
fort agréable : balcon, cabinet de toilette avec douche,
etc..
Samedi
prochain, grande réception, heureusement les chaises (les
chaises en fer) viennent d'arriver, il n'y a plus qu'à
les peindre, et je vais revoir Marie Poisson (l'amie
de Vonette, cad l'amirale Géli).
On parle beaucoup de ma future petite nièce (Claude s'attendait
à avoir une fille), son lit est commandé, elle a des
couches et des pointes, mais pour le prénom c'est plus compliqué,
on peut donner des suggestions, pour l'instant Marie-Laure
et Frédéric, mais on ne demande qu'à changer – et
le calendrier ne donne pas beaucoup d'idées
Lettre
de Granie à Grand-Père, vers le 4 juin 55, peu après la naissance
de Frédéric, Claude est toujours à la clinique Lamur de Mostaganem
(extraits)
...Frédéric
est un amour de bébé et sa mère une excellente nourrice, qui
l'eût cru ? En ce moment je contemple sa petite tête
toute noire qui fait des efforts persévérants pour se passer
d'un tire-lait qu'on vient de casser.
Il a un peu de jaunisse, mais il mange si bien sa maman qu'il
a repris ses bonnes joues rondes. A force de le regarder nous
trouvons qu'il a choisi Mme Cordelle sa grand mère pour ressembler
à quelqu'un, avec les mains et la bouche de son papa.
Il dort très bien, fait la conversation avec sa maman, il
prend déjà 40g par tétée dans sa 4ème journée,
qu'en pense la puéricultrice ? (il s'agit de Fanny)
Ici la puéricultrice est très bien, le Dr aussi. (l'ennui
c'est que je pense qu'elle a gardé encore un petit morceau
de délivrance)Elle a mis le pied par terre ce matin.
Les visites commencent à venir. J'ai fait la re connaissance
de l'amie de Vonette (je pense qu'il s'agit de Marie Poisson,
épouse de l'amiral Géli, qui était à Oran).
....il fait un temps magnifique, mais on ne souffre pas de la chaleur. Le matin je travaille au berceau puisque la mère et l'enfant rentrent jeudi…
…...Je m'entends très bien avec mon gendre, qui comme vous le pensez est très facile à vivre, j'ai sucré la mayonnaise ce matin, c'est un bon public, il l'a trouvée bonne...

(détails) Claude et Frédéric avec les Delaporte
Tout le monde admire le prodige, les Delaporte attendent leur premier et regardent comment c'est fait

Les courbes de poids comparées de nos enfants

(détails)
probablement Yamina, une petite bonne arabe, la fille de
Zora, qui nous a rendu bien des services
Lettre de Granie à Grand-Père , vers le 18 juin 55
…....la
mère et l'enfant se portent toujours bien, Claude commence
à se remettre debout pas trop fatiguée, mais elle a moins
de lait depuis 2 jours qu'elle trotteet Frédéric n'est pas bien content, il va falloir compléter
ses biberons autrement que par de l'eau sucrée.
Il a bien pris puisque le 17ème jour il était
passé de 3kg 440 à 3k 680. Hier c'était le grand événement
de son baptême, vêtues des vêtements du mariage, (Claude
parte la robe de Tandrée), sans invité autre que le sacristain
qui remplaçait le parrain (Jean-Paul Hausermann) et
moi la marraine (Fanny) , il a reçu le sel, l'eau
et les saintes huiles avec sérénité.
Je trouve que la température est délicieuse ici, on est
en robe d'été sans sueur ni frisson et je regarde avec étonnement
les Algériennes à la messe jouer de l'éventail.
Aujourd'hui dimanche, nous attendons l'ingénieur en chef
d'Oran et sa femme qui viennent voir Frédéric. Claude connaît
beaucoup de monde, dames bonnes oeuvres, qui sont ici jeunes,
délurées, pas province du tout et joliment aimables. Je
trouve la ville tout à fait pittoresque avec ces arabes
qui ont de l'allure et palabrent, pendant que leurs épouses
filent dans la rue comme des fantômes, des enfants et des
sacs à provision sur les bras. Il y a des bidonvilles qui
feraient l'indignation de l'abbé Pierre. On ne se connaît
pas et la propagande doit faire son mal habituel chez ces
gens simples et coléreux.
....Je termine ma lettre sur la terrasse très agréable mais
très éventée, Frédéric est à mes côtés dans son sac portatif,
nous avons bien l'intention de l'emmener à Oran un de ces
jours. On ne le baigne pas encore, son nombril n'est pas
encore cicatrisé. Je n'arrive pas à vous écrire, Claude
me parle sans arrêt : "Si c'est pas un malheur,
cet enfant te ressemble, il a ta bouche, ton menton en casse
noisette, les yeux bleus (en fait ils seront marrons),
la race des Maillet n'est donc pas finie, heureusement,
il a de grandes mains, ce sera un efficace etc.."
Vous voyez que nous radotons toujours, mais je vais partir
faire un tour et visiter la ville que je ne
connais qu'avec un cabas sous le bras, ou pour aller à la
messe....

















