1954, départ pour Mostaganem
et notre installation06
Lettre de Claude, de Port-Vendres, fin octobre 1954, pendant notre voyage vers l'Algérie. Nous étions dans notre 4CV Renault et devions embarquer à Port-Vendres pour Oran sur l’ « El Djezaïr ».
Adressée
àLt Colonel et Madame Rougier, Mademoiselle Fanny
Rougier, 6 rue Hardy VersaillesS et Oise
Cher tous
Après arrêt prévu à Toulouse où nous avons déjeuné et trouvé
Tante Lucie et grand-mère (Pauline Rougier) en bonne
forme, nous sommes repartis en auto pour Port-Vendres. Le
bateau que nous prenons demain a l'air magnifique, il est
tout neuf et illuminé dans le port. Ci-joint une vue de Carcassonne
où nous nous sommes arrêtés 1 heure. C'est un décor qui conviendrait
très bien pour le cinéma.
Affectueux baisersClaude

(détails) le paquebot "El Djézaïr" qui nous a transporté de Port-Vendres à Oran.

La carte envoyée fin octobre 54 de Port-Vendres, avant d'embarquer pour Oran,
Lettre de Claude, adressée de Mostaganem, Royal Hôtel, avenue Raynal, où nous logions en attendant l'achèvement des travaux du bâtiment des Ponts et Chaussées en achèvement, et où nous devions être logés définitivement.
Datée de fin octobre 54, tout de suite après notre arrivée
Adressée àLt Colonel et Madame Rougier, Mademoiselle Fanny Rougier, 6 rue Hardy VersaillesS et Oise
Chère famille
Je vous écris de l'hôtel et de ma fenêtre je vois sous un
soleil sans nuage, la mer, des collines un peu pelées et des
maisons blanches. Je suis tout à fait séduite par l'Algérie
et tout spécialement par notre nouvelle résidence. Il ya donc
50 mille habitants (dont 20 européens paraît-il, ce qui me
semble beaucoup car on rencontre surtout des arabes) et la
ville est très gaie,ça n'a rien à voir avec les petites villes
de province où il n'y a pas un chat dans les rues et où l'on
sue l'ennui -ici les arabes palabrent toute la journée au
coin des rues et sur les trottoirs ; les femmes sont
voilées, on leur voit seulement un petit triangle qui est
leur fenêtre sur le monde. Les arabes ont l'air très sympathiques,
affables et pacifiques et fort paresseux.
Je commence à bien connaître la ville, il
y a un marché à faire pâlir toutes les maîtresses de maison.
marché à poisson (des crevettes grosses comme la moitié de
la main), à volailles (de 300 à 450 le kg) et oeufs (15fr),
à légumes , des légumes croquants et tendres, que c'est un
délice, pour rien.-
J'ai commencé à faire des recherches pour mon matelas (600 à 700 fr. le kg de laine), mais je suis un peu inquiète sur la qualité, car les fibres restent très grasses, je pense qu'elles ne sont pas très bien lavées, sinon c'est de la belle qualité ; y a-t-il un inconvénient à ce que la laine soit grasse ?
Pendant ce temps là, Yves va au bureau de
8h à midi et de 2h30 à 6h30, l'auto de service vient le chercher,
aussi est-il exact comme une pendule. C’est le grand
patron, il a une dizaine de subdivisions territoriales sous
ses ordres et son domaine va à plus de 300km à l’intérieur
pour 150 à 200 km de long ; ainsi il a un morceau de
désert – si ce n'était pas si loin, je l'accompagnerai
dans ses tournées et j'en verrai sûrement de quoi me réjouir
l'oeil.
L'ingénieur en chef d'Oran qu'on dit un peu toqué, nous a
reçu à déjeuner chez lui très aimablement, c’est un
homme jovial et accueillant.
La traversée s'est passée sans l'ombre de mal de mer. Le temps
a passé très vite, avec cinéma l'après midi, thé, courses
de bateau, et une bonne nuit par dessus le marché.
Nous avons déjeuné à Toulouse, où nous avons vu grand-mère
(toujours en bon état) et tante Lucie, et ça m'a fait grand
plaisir de les revoir. Je suis repartie avec Yves en auto.
Aujourd'hui nous allons aller pique niquer. Nous avons visité
notre futur appartement qui n'a pas déçu mes espérances. Je
signale à Fanny qu'il y a une vue magnifique, et que quand
elle viendra nous voir, elle amène sa boite de peinture (voir
croquis sur la lettre, avec indications : notre maison,
ville arabe dans le lointain, square, hôtel de ville, jardin)[renvoi : sauf sur un côté de la
maison où nous avons en face de nous un Prisunic qui a trouvé
moyen d'installer à notre hauteur au dessus de sa maison,
à 50 m de distance de nous, des lettres grosses et voyantes
de 1 m de haut, aussi je prévois un rideau opaque de ce côté].
Nous l'attendons pour le trimestre prochain, car notre nouvelle
maison sera bien organisée.
L'adresse à Paris de la Cie de Navigation est 1 rue Scribe
(et j'ai vu que l'aller et retour dans les 3ème
classe qui existe seulement sur certains bateau valait seulement
dans les 12000Fr – et classe touriste dans les 15000
– et en plus de cela hors de la saison, il y a 20% de
réduction je crois.
J'espère que tout cela va allécher ma petite soeur.
Yves se joint à moi pour
vous embrasser tous bien affectueusementClaude
Lettre de Claude, adressée de Mostaganem, à ses parents
Datée de début décembre 54,
Mon
cher Papa, ma chère Maman,
Merci mon cher Papa de ta longue lettre. Je vois que vous
devenez tout à fait de la race des grands-parents (la naissance de notre 1er enfant a été annoncée).
J'espère que Jacqueline va envoyer son mioche à la montagne,
car Tante Louise est bien assez surmenée pour s'en occuper
– d'autant plus qu'il y sera sans doute mieux et que
en plus ça lui coûtera moins cher, puisque la SS s'en chargera.
Cette fois ci, nous voilà installés. Le déménagement est
arrivé mardi matin – tout en bon état sauf l'abat-jour
de la lampe des Trois-Quartiers qui a été enfoncé et que
je pense qu'on nous remboursera.
J'ai une cuisine magnifique, et si je m'écoutais j'y passerais
la moitié de mon temps à faire des bons petits plats.
Hier nous sommes allés au cinéma voir Les Temps Modernes
de Charlie Chaplin et nous avons bien ri – c'était
très spirituel.
Demain, nous allons à un dîner de l'X à Oran. Yves y a 3
ou 4 camarades de promotion et il y a bien une quarantaine
d'Xdans cette capitale. Ici c'est la province, mais je ne m'en
plains pas, surtout maintenant que j'ai une maison. Les
amis des H. nous ont gentiment reçus à prendre l'apéritif
– car j'avais déposé un mot, n'ayant pas trouvé la
dame en question 2 après-midi de suite
Je vais bien mais je suis dans les ennuis de dents. J’ai
mal à presque toute la mâchoire. Le dentiste me dévitalise
une dent – il me l'a bouchée définitivement mais il
va falloir qu'il la débouche car j'ai toujours mal. Dans
l'ensemble je vais très bien sauf certains jours ou je suis
souffrante et où je suis obligée de rester couchée, mais
ce n'est pas bien fréquent, et je ne peux pour ainsi dire
pas aller en auto. Yves est au petit soin pour moi, il m'apporte
mon petit déjeuner dans mon lit. Maintenant nous sommes
plus loin de la mer. J'adore la promenade de la digue. La
dernière fois que nous y sommes allés, nous avons reçu une
énorme lame de mer qui est passée par dessus la digue, ça
a été une bonne douche ! et il a fallu ensuite dessaler
tous ses vêtements, c'était épatant.
Nous avons reçu nos permis de voyages gratuitement sur la
SNCF (moi, seulement 8 voyages à l'oeil et de 75 à 90% de
réduction) et je crois que nous profiterons jusqu'à la fin
de nos jours d'un certain nombre de parcours gratuits…
et que même vous, vous avez le droit à un permis par an
(on a l'esprit de famille à la SNCF).
Je vous embrasse affectueusement et Yves se joint à moiClaude

(détails)
Au milieu, l'immeuble des ponts et Chaussées terminé.
Les 2 premiers niveaux sont les bureaux, notre appartement
est au 2ème étage, avec un terrasse à
gauche.
Ci-dessous le première lettre adressée de
Mostaganem à Versailles, début novembre 54
(transcription ci-contre)

Ci dessous lettre de Claude
de début déc 54 (transcription ci-contre)

Ci dessous les 2 cartes et la photo du centre
de Mostaganem, envoyées vers le 10 novembre 54, avec
description de la ville
transcription ci-contre

Ci
dessous la photo renseignée

(détails)
Commentaires d' Yves au dessous, transcription ci-contre

Lettres de Claude, et Yves, adressée de Mostaganem,
Datées du 10 novembre 54, avec carte postale montrant la vue aérienne du centre ville
Adressée àLt Colonel et Madame Rougier, Mademoiselle Fanny Rougier, 6 rue Hardy VersaillesS et Oise
Cher tous
Cette fois ci j'ai trouvé une carte postale épatante. Notre
maison qui n'est pas encore construite sur la photo se trouve
à l'emplacement du zig zag à l'encre que j'ai tracé. Devant
est le petit square qui est très mignon et qui est maintenant
achevé. Entre les 2 grosses maisons degauche et se voyant de nos fenêtres, se trouve la ville arabe.
A droite l’Hôtel de Ville et le jardinde l'hôtel de ville qui est public. Ce matin j'ai découvert
qu'il y avait là une bibliothèque municipale très bien montée
et j'en suis très contente.
Nous allons toujours bien et vous embrassons bien affectueusementClaude
Commentaires sur la carte postale
(de Claude) : Je vous envoie dès aujourd'hui ce petit mot d'Yves, pour qu'il vous arrive à la fin de la semaine. Yves se joint à moi pour vous embrasser affectueusementClaude
(de Yves) : Voilà quelques explications
sur cette carte postale qui représente le nouveau centre
de la ville (construit après guerre), à 400m de l'ancien
centre (avec Eglise et Sous-Préfecture) . Il y a donc là
un petit carrefour triangulaire et un square avec bassin
et fontaine à poisson rouge. Le palais avec la tourc'est l'hôtel de ville (couleur jaune) avec derrière,
le parc municipal (kiosque à musique les dimanches spéciaux
comme la Ste Cécile le 21 novembre) . Je viens de regarder
la carte et je constate qu'il a changé, on n'y voit pas
la fontaine. Devant cesquare, il y a un emplacement avec tas de sable.
C'est là que s'élève actuellement l'hôtel des ponts et Chaussées
où nous allons loger. Au nord (le soleil indique l'ouest)
, c'est le Prisunic. A l'est du Prisunic, sur le square,
c'est la Poste. Plus à l'est, en traversant l'avenue (du
1er de Marche) , c'est le palais consulaire,
cad la Chambre de Commerce. Au sudde ce palais, il y a une trouée donnant sur un ravin au delà
duquel il y a Tigditt, la ville arabe. Plus au sud, le 2ème
immeuble est celui de l'EGA, plus au sud, le grand bâtiment
en construction est l'hôtel des finances. La route qui va
au sud mène à Relizane, Tiaret, Aflou, Laghouat, et elle
traverse à 200m le chemin de fer Mosta – Oran, à voie
de 1m, un infâme tortillard qu'on devrait déclasser.
Carte de Claude, adressée de Mostaganem, à ses parents
Datée du 21 décembre 54,
Chère
famille, ci-joint le petit square qui est juste devant mes
fenêtres (notre maison était derrière la palissade qui est
le chantier de construction) . Vu sur la plaque du square
que c'était un « ingénieur horticole » qui était
l'auteur du plan de ce bout de jardin !
Yves est parti 2 jours à Tiaret. Ma maison commence à être
bien montée, et ma cuisine est une vraie cuisine modèle. Un
de ces jours nous enverrons des photos. L'arbre de Noël des
Ponts s'est bien passé samedi dernier. Deux ménages d'ingénieurs
(dont l'ing. en chef) sont venus dîner ce soir là en surprise-party,
et on s'est bien amusé. Très affectueusementClaude
Lettre de Claude,
adressée de Mostaganem, à Vonette
Mostaganem, le 6 janvier
1955
Ma chère Vonette
Merci
de ta longue lettre qui nous a fait très plaisir. J’espère
que cette année sera pour toi une bonne année – nous
te disons tous nos voeux très affectueux.
Ici à Mostaganem, il n’y a pas encore vraiment d'hiver.
En général les arbres n'ont pas perdu encore leurs feuilles
(je pense que le cycle végétatif est plus long)et nous avons une bonne petite température bien douce…
ce qui n'a pas empêché Yves d'attraper une petite grippe et
moi d'être sur la tangente.
Nous sommes allés à Alger pour Noël, qui nous a semblé une
résidence magnifique et je pense que ma belle-soeur qui reste
dans le courant universitaire car elle a passé l'an dernier
je crois un certificat de psychologie et cette année suit
quelques cours aux Sc. Po de l'endroit, sera l'oreille indiscrète
que tu cherches. Je lui ai écrit pour lui demander d'être
assez gentille pour s'occuper de cela – savoir si la
thèse sera soutenue à Alger et quand, et y assister en prenant
des notes, et je lui ai transmis tes questions.
Je
te félicite de ne pas laisser dormir l'estampe japonaise :
quand on s'est donné du mal, c'est trop bête de tout oublier
ensuite.
Notre appartement est toujours magnifique, il est même de
plus en plus magnifique, surtout à mesure que les rideaux
se suspendent et que les dallages prennent un beau reflet
bien joli. J'ai une fatma qui vient 3 matins par semaine,
et qui travaille comme un ange.. mais je ne croyais pas que
la vie d'une maîtresse de maison était si occupante.
Je deviens une très bonne cuisinière, car je me suis aperçue
que j'étais gourmande (et que Yves l'était aussi)et c'est le secret de la sagesse pour devenir un cordon
bleu.
Il n'y a pas énormément de mondanités à faire à Mostaganem,
mais nous connaissons à Oran des ménages très sympathiques..
et Alger n'est pas loin, surtout quand on y a un beau-frère
et une belle-soeur absolument charmants.
Je prétends me mettre à l'arabe et suivre l'an prochain des
cours.. mais ça n'avance pas très vite et l'arabe m’a
tout l'air d'une langue à coucher dehors.
Ici les esprits sont très pacifiques et les troubles sont
très localisés et à Mostaganem on ignore tout. La reddition
des fellaghas de Tunisie a suscité des mouvements dopinion
très divers et certains milieux ne se gênent pas pour dire
que Boyer de la Tour est un âne. Mais je n'ai pas changé..
je m'intéresse au journal d'assez loin et le mariage ne m'a
pas rendu beaucoup plus forte qu'avant en histoire contemporaine,
bien que je sois une historienne de formation.
Ce
qui m'intéresse beaucoup plus, ce sont les vestiges romains
d'Afr. du Nord, dont je n'ai pas encore vu d'exemplaire. Mais
la prochaine fois que nous irons à Alger, mon beau-frère nous
emmènera à Tipasa.
La campagne est magnifique. Quand on a toujours habité des
pays de l'Est, les paysages méditerranéens semblent un miracle.
Je vais bien, nous attendons notre petit héritier pour le début juin, avec l'espérance que tout ira bien d'ici là. Mais je suis bien désolée de ne pouvoir accompagner Yves dans ses grandes tournées. Yves est très content de son travail qui est très intéressant et varié. Nous t'embrassons bien affectueusement.Claude
______________________
Lettre de Claude,
adressée de Mostaganem, à Vonette
Mostaganem, mardi fin janvier 1955
Ma chère Vonette
Merci
de ta dernière lettre et d'avoir écrit à Madame Géli(observation manuscrite
de Vonette, à l'intention des parents de Claude à qui elle
a fait suivre la lettre : « Mme Géli, ex Marie Poisson,
actuellement Madame la Contre-Amirale à Oran. J'ai pensé que
c'était une relation présentable ! ») .
Par le plus grand des hasards, nous l'avons rencontrée dimanche
dernier. En effet nous étions invités à déjeuner chez des
colons (les Muller)qui habitent les environs de Mostaganem et dont une fille (qui
a épousé un officier de marine) est une amie de ma belle-soeur
(Christiane probablement), - et la tribu Géli (Mme l'Amirale,
2 belle-filles dont celle qui a perdu un bébé et une autre
qui habite justement Mostaganem (il
s'agit de Ginou Géli, qui aura 5 garçons de l'âge de nos enfants) avec qui ils ont l'air très liés,
étaient là aussi. Ainsi nous avons fait connaissance et Madame
Géli me semble une très gentille dame. Je lui ai donné
longuement de tes nouvelles et elle a dit à sa belle-fille
de Mostaganem « Mon amie m'a confié cette jeune femme,
aussi je te la confie » et c'était très justement dit.
Aussi allons nous voisiner avec les Géli de Mostaganem
(Ginou Géli sera une amie très chère de Claude).
Hier nous sommes allés à Oran dîner chez des amis et j'ai fait des emplettes tout l'après-midi – aussi aujourd'hui suis-je tranquillement dans ma maison et j'admire ma belle installation.
Voici
des détails complémentaires (observation
de Vonette : «j'avais écrit : on ne sait même pas
la couleur des murs, lamentable reporter ! ») Les murs sont jaunes dans les 2 pièces dites de réception
et verts dans les 2 autres. Nous sommes en train de nous ruiner
en tissus d'ameublement, mais quand ce sera fait il n'y aura
plus à en reparler.. et je crois que cet été en rentrant à
Versailles, je ferai la salle des ventes (de Versailles)pour ramener de belles vieilleries
de petit meuble car notre grande pièce n'est pas assez remplie
pour faire vraiment « cossu ». (en
fait nous avons acheté plusieurs vieux meubles, mais surtout
chez les antiquaires d’Aix en Provence)
Nous allons bien. Ici il y a toujours le soleil. Nous attendons
le reporter Tandrée (observation
de Vonette : « j'avais dit : il faut qu'on
t'envoie un reporter »)
avec grande impatience et nous t'embrassons bien affectueusement Claude
PSDans quelques jours ce sera l'anniversaire de la mort de Tante Notte (la mère de Vonette et la soeur de la grand-mère de Claude) et soit sûre ma chère Vonette que je serai unie avec toi dans la prière.

2 lettres adressées à Vonette, le 6 janvier 55 (ci-dessus) et fin janvier 55 (ci-dessous) voir les transcriptions.


(détails) Yves sur la terrasse

(détails) Claude dans son salon, avec la table de fer forgé, les chaises de fabrication locale, dessinées par Claude, et la commode Régence, qui venait des Puces à St-Ouen (aujourd'hui chez Renaud, après avoir été avenue Balfourier)
Lettre de Claude, adressée de Mostaganem, à ses parents
Datée de fin janvier 1955
Mon cher Papa ma chère Maman,
Voici
bien longtemps que je ne vous ai écrit. C’est que tout
va bien et qu'il n'y a rien d'extraordinaire. Yves est en
tournée pour la journée aujourd'hui, aussi en ai je profité
pour faire la sieste et dormir comme un loir jusqu’à
4h, ce que je n'avais pas fait depuis très longtemps. J'ai
mis de la belle musique, les 4 saisons de Vivaldi, avec nos
« microsillons » et je me régale de musique. Heureusement,
car à Mostaganem il est impossible (comme en général en Afr.
du Nord)d'entendre
de la TSF normale et convenable, aussi ne l'écoutons nous
jamais et le pick-up remplace avantageusement.
Je suis allée voir avant hier le docteur Lamur qui a une clinique
à Mostaganem – qui m'a été recommandé par 3 personnes
différentes, mon docteur, un ami de Tandrée et une dame de
Mostaganem, et qui m'a fait bonne impression. Sa cliniquea l'air d'une vieille maison de province qui date de
la conquête de l'Algérie et cela me plait tout à fait comme
cadre. L'accouchement aura lieu entre le 2 et le 7 juin en
principe. Je pèse 56 kg 500 et je commence à être une grosse
dame.
Ma Zora qui était ma chère fatma ne vient plus car elle est
trop fatiguée et me donne à sa place sa fille de 13/14 ans
que je prendrai un peu plus pour le même prix car elle ne
travaille pas très vite, mais c'est très consciencieux et
cela me rend des services inestimables, car les carrelages,
contrairement à ce qu'on pourrait croire me semblent beaucoup
plus difficiles à entretenir que le parquet.
J’ai
vu en effet par Match cette épidémie de variole qui avait
commencé à Vannes. Dieu merci ça ne ressemble plus aux épidémies
du Moyen Age grâce aux bons vaccins. On va ici peut-être se
faire vacciner.
Notre tapis rouge acheté à Alger – et dont vous nous
offrez un petit morceau avec votre cadeau de Noël –
est très joli. La table blanche (celle de Vierville en fer forgé, achetée aux Puces)
est
remise à neuf, et je fais un « croquis coté »de nos chaises pour le ferronnier. (il
s'agit des 6 chaises blanches en fer qui sont à Vierville)
J'espère que la crise de rhumatismes de Papa va mieux. C’est
une bête maladie mais qui est bien gênante.
Je vois que la maison de Jacqueline est toujours le repaire
d'histoires invraisemblables, les pompiers, il ne manquaient
plus que ça ! J’espère que ses mioches poussent
en beauté et sagesse. Vous avez l'air plein de sollicitude
pour le 3ème.
Nous avons reçu une lettre de Tandrée qui nous annonce sa
visite pour la fin mars, elle sera tout à fait la bienvenue
Je pense que Fanny commence à être dans les préparatifs de
son départ, le journal avait annoncé de la neige en France
pour la seconde quinzaine de février, j'espère que la météo
ne se trompera pas et qu'il y aura aussi du beau soleil.
Les François d’Alger vont peut-être venir nous voir
pour le mardi gras.
Nous vous embrassons bien affectueusement.Claude
















