|
Lettres de guerre de Maurice
Rougier
du 29 juillet 1945 à l'été 1946
5023
Retour
accueil
(Maurice Rougier était en permission à Bourg du 10 au 20
juillet 1945)
Extrait de la lettre écrite
de Germersheim le 29 juillet 1945, adressée à Granie
à Bourg:
"..... Voila 8 jours que je suis rentré
et il me semble qu'il y a longtemps longtemps.... 10 jours de permission
passent vraiment vite sans qu'on s'en aperçoive......J'ai trouvé
un point d'atterrissage... .....Je suis affecté comme adjoint au
chef d'état major du Gouvernement militaire Palatinat-Hesse...
Je suis content. Le G.M. est installé dans une petite ville peu
démolie (probablement Neustadt)
en bordure de la montagne. J'y pars lundi matin pour m'y installer....
Cette situation nouvelle a été
régularisée avec effet du 17 août 1945, date de sa
mise à disposition du Gouvernement Militaire des Territores Occupés
en Allemagne.
lettre
écrite de Neustadt le 5 août 1945
Extrait de la lettre
écrite de Neustadt le 7 août 1945, adressée à
Granie à Bourg:
"....la popote ici n'est pas comme celle de Germersheim, il
y a environ 50 pensionnaires, 2 salles: 1 pour les officiers supérieurs
(une douzaine) et 1 pour les autres. On commence à sentir les restrictions.....Il
parait qu'il va y avoir des remaniements ici et que je pourrais déménager
bientôt. Le Général est là aujourd'hui et en
parle. Avez vous vu les adieux de De Lattre à la 1ère Armée
(il en était le Cdt depuis le débarquement de Provence),
ça s'est passé à Stasbourg Kehl il parait que c'était
superbe.....
Extrait de la lettre
écrite d'Alzey (probablement) le 29 août 1945, adressée
à Granie à Bourg:
"..... j'ai beaucoup de travail dans mon fief pour me mettre au courant
de toutes les activités administratives, économiques, judiciaires,
etc.. Le Landhat (?) que je contrôle est un homme
d'une quarantaine d'années qui me parait bien, il ne parle pas
français et je ne parle pas assez couramment allemand pour me passer
du truchement d'interprétes. Mais cela va bien. Nous sommes installés
dans les locaux d'une banque, j'ai une chambre et une salle de bain personnelle.
Notre cuisinière est une allemande, mais qui nous fait tout de
même bien manger.
J'ai avec moi 4 officiers....
je vais lancer une demande de permission d'1 mois pour vous et les enfants
sans pouvoir vous dire encore si j'aurai l'installation nécessaire
à votre venue. D'autre part le pays n'est pas bien joli et j'ai
peur que vous vous embêtiez seules à longueur de journée,
qu'en pensez vous? (en fait ce n'est qu'à Pâques
46 que la famille pourra venir quelques semaines en Allemagne, et ce sera
dans une autre petite ville, voisine, Rockhausen) Il y a ici aussi
des troupes mais elles frayent peu avec le "gouvernement militaire"
et ne sont pas très accueillantes. Nous nous opposons à
leurs "réquisitions" intempestives et elles nous accusent
de protéger les boches...Voyez qu'il faut de la diplomatie, mon
prédecesseur s'est fait renvoyer à cause de ça.
Où êtes vous? A Paris (Sceaux plus exactement)
sans doute car vous m'avez écrit que vous ne resteriez qu'une semaine
à Dampierre.....
Un menu de repas
de fête le 29 septembre 1945
Extrait de la lettre
écrite d'Alzey le 30 septembre 1945, adressée à
Granie à Bourg:
"..... Vous devez avoir réintégré Bourg pour
la rentrée des classes. Ici elles vont ouvrir à partir de
demain, j'ai réussi à faire évacuer par les troupes
les locaux nécessaires 1 grande école pour l'enseignement
primaire et 1 autre pour les lycées de garçons et de filles
qui existaient ici. Comme cela ne fait pas encore beaucoup de places les
classes auront lieu par mi-temps (filles le matin, garçons le soir).
A cette occasion j'ai assisté il y a quelques jours à la
1ère séance d'un congrès pédagogique qui réunissait
les instituteurs et institutrices des 2 Kreis et je leur ai lu un petit
morceau d'ouverture pas mal balancé (voir un
article de journal - en allemand - qui relatent l'évènement,
je n'ai pu les traduire encore) Demain il y a ouverture des écoles
secondaires, services religieux catholiques et protestants auxquels 2
officiers me représenteront, et soirée solennelle d'ouverture
avec professeurs, parents et élèves où je reprendrai
encore la parole. La question de l'enseignement et de la formation des
jeunes est primordiale et nous devons nous en occuper au premier chef.
Je lis mes discours en allemand....
Extrait de la lettre
écrite d'Alzey le 4 octobre 1945, adressée à
Granie à Bourg:
"...Ce matin grande cérémonie à Mayence où
passait le Général de Gaulle. J'y étais invité.
Le Général a vu les officiers et nous a serré la
main, il a ensuite vu les notables allemands (j'en avais amené
38 de mon Kreis) et leur a dit quelques mots. Ci-joint un extrait
d'un canard local parlant de mon speach à la semaine pédagogique.
Que Fannette traduise ça. Tout à l'heure je vais à
la prestation de serment des juges allemands que nous avons réinstallés.
Extrait de la lettre
écrite d'Alzey le 7 octobre 1945, adressée à
Granie à Bourg:
"......la visite du Général de Gaulle à Mayence.Les
Allemands ont été très impressionnés par son
calme et par ses paroles "ne parlons pas du passé mais du
présent et de l'avenir" "la tâche de reconstruction
de votre ville et de votre province sera dure" "vous aurez notre
appui et notre bienveillance" "dans cette tâche vous avez
notre estime et notre considération" "dans le monde nouveau
qui se construit vous faites partie de l'Europe Occidentale". En
somme la main tendue aux Allemands de bonne volonté. Il y avait
avec lui le Général de Lattre que j'ai salué et qui
m'a serré la main, m'a demandé ce que je faisais et m'a
souhaité bonne chance et aussi Mr Diethelm (un ministre
je crois). Le Burgmeister de Mayence a aussi souhaité la
bienvenue au Général de Gaulle l'a assuré de son
loyalisme et lui a offert un livre imprimé par Gutenberg lui même
et .. 30 bouteilles de son meilleur vin.
Nous avons eu quelques mutations par ici, les uns sont partis à
Berlin - la moitié du régiment qui était ici - les
autres vont partir dans quelques jours en France. Aussi suis-je en réceptions
continuelles, gueuletons par ci, gueuletons par là, ici ou dans
les cantonnements voisins dans mon Kreis. Il y a 8 jours j'ai voulu rendre
toutes les politesses et j'ai fait un dîner de 20 couverts où
j'avais réussi à rassembler 5 ou 6 femmes d'officiers et
assistantes sociales.......Il ne manquait que vous comme maitresse de
maison. C'est tout de même ennuyeux que vous ne puissiez venir,
nous ne pourrons tout de même pas rester ainsi continuellement séparés.
Enfin beaucoup de camarades de la 1ère armée le sont depuis
3 ou 4 ans et je puis attendre encore un peu.
Témoignage
de reconnaissance pour services rendus au 1X Air Defense Command, US army,
28 octobre 45
Entre fin novembre et début décembre 45, Maurice Rougier
est venu quelques jours à Sceaux (mission à Paris au ministère,
où il a fait diverses démarches concernant son avenir dans
l'armée, qui s'avèrait difficile avec la réduction
drastique prévue des effectifs. Il a revu sa belle-mère
Marguerite Maillet, sa belle-soeur Tandrée qui était malade,
et son beau-frère Etienne qui se cherchait un travail, ainsi que
Tante Notte et sa fille Vonnette (la marrainede Claude) qui habitaient
non loin, à Sceaux également.
lettre du 29 novembre 1945
lettre du 2 décembre
1945
De retour à Alzey: Extrait
de la lettre écrite d'Alzey le 9 décembre 1945, adressée
à Granie à Bourg:
"....le froid qui vient d'arriver -11° hier -7°
aujourd'hui ici..... Je suis allé hier à Mayence et ai eu
1h 1/2 de panne sur la route, radiateur gelé, les voyages en auto
l'hiver ne sont pas sûrs et je crois que malgré tout mon
désir de vous voir à Noël il vaut mieux s'en tenir
à nos prévisions.... ce sera pour Pâques si je suis
encore là ! J'ai vu à Mayence 2 camarades de l'armée
comme moi qui sont assez pessimistes. Ils sont à la retraite et
sont depuis au GM comme tels. Ils craignent d'être mis dehors car
il y a actuellement une campagne qui tend à éliminer tous
les militaires du GM. Et ils disent que les retraites sont encore bien
misérables et qu'en France on ne peut trouver que des situations
d'appoint subalternes et mal payées. ....
Début janvier 46 Maurice
Rougier a de nouveau passé quelques jours à Sceaux. De ses
visites au ministère, il en retire à nouveau des impressions
pessimistes sur son avenir.
Extrait de la lettre écrite
d'Alzey le 6 janvier 1946, adressée à Granie à
Bourg:
".....J'ai quitté Paris vendredi soir....
J'ai été heureux d'entendre votre voix au téléphone
l'autre jour....Je vais demander et vous envoyer sous peu les papiers
pour demander à venir ici à Pâques, mais y serai-je
encore? ..... on va diminuer incessamment les troupes d'occupation et
ramener nos effectifs à 15.000 en Autriche, 105.000 en Allemagne,
120.000 en tout. Il va donc y avoir beaucoup de rentrées en France.
Vous savez que le projet de De Lattre prévoit 500.000 hommes, 120.000
en occupation, 100.000 aux colonies, 100.000 en Afrique du Nord, 100.000
en France, et 600.000 gendarmes et gardes (gardes
mobiles, il n'y avait pas encore de CRS).
.....
Lettre
écrite d'Alzey le 10 janvier 1946, adressée à
Claude à Bourg
Lettre
écrite d'Alzey le 1er février 1946, adressée
à Granie à Bourg
Extrait de la lettre
écrite d'Alzey ou Rockenhausen le 17 février 1946, adressée
à Granie à Bourg:
"....beaucoup de réunions publiques des différents
partis (Allemands, en vue des premières élections
en Allemagne ?) qu'il faut contrôler, les communistes et socialistes
font une grosse propagande, hier matin nous avons comparu devant la commission
parlementaire de Neustadt, beaucoup de chefs de service ont eu à
plancher mais le temps a manqué pour faire parler les délégués
de Cercle. ....
Au point de vue situation, j'ai reçu hier une dépêche
ministérielle qui dit que tous les officiers sauf quelques exceptions
seront mis à la retraite d'office. On avertira chacun individuellement,
et 30 jours après il devra être parti ! ....
Etienne a trouvé une place
à la Reconstruction (à Valence semble-t-il). Granie et ses
filles envisagaient un moment de venir en mars 46 (pour Mardi-Gras) en
Allemagne, mais c'est finalement Maurice qui est venu en permission et
c'est en avril 46 que Granie et ses filles sont venues en Allemagne, à
Rockenhausen, petite ville voisine d'Alzey, sans que je puisse
déterminer
quand le Lt-Colonel
Rougier a changé de position, passant de délégué
du Cercle d'Alzey à délégué du Cercle de Rockenhausen.
Extrait de la lettre
écrite du 3 mars 1946, adressée à Granie à
Bourg:
"......Grande nouveauté, nous avons - tous les officiers
d'active du G.M. - été convoqués à Neustadt
jeudi pour apprendre qu'il fallait se faire hara-kiri. Il faut 12.000
victimes et on cherche des volontaires. (les solutions de maintien
au GM ou dans l'armée étaient manifestement barrées),
......il ne me restait que la solution 1. - (partir en demandant
le bénéfice de la loi de dégagement des cadres)
-
- Il parait que le G.M. va d'ailleurs faire des difficultés à
prendre les anciens militaires, dans ce cas il ne me restera plus qu'à
rentrer dans mes foyers (ce qui n'est peut-être pas la plus mauvaise
solution). ....
.... Je pense partir dans une huitaine en permission, je passerai par
Paris pour prendre le vent au passage et serai sans doute à Bourg
vers le 13 ou 14. Enfin il parait que l'on doit être fixé
dans le courant du mois ! J'ai regretté que vous ne soyez pas là
pour parler avec moi de tout ça, c'est bien embêtant de se
décider tout seul. .....
Le
14 mars 1946, le Lt-Colonel Maurice Rougier a cessé d'être
"Assimilé Spécial pour les Territoires Occupés",
avec effet du 10 avril 46, et il a fait l'objet d'une proposition comme
Administrateur dans le cadre temporaire, afin de régulariser temporairement
sa situation.
Le 4 avril
1946 Maurice Rougier a été avisé qu'il pourra
être informé à partir du 10 avril 1946 de sa situation
définitive et à partir du 25 mai 1946 qu'il pourra recevoir
l'ordre d'application de la loi de dégagement des cadres.
Le
7 juin 1946, il a été mis à disposition du nouvel
organisme qui remplace le Gouvernement Militaire des Territoires Occupés
(GM): le Commissariat Général aux Affaires Allemandes et
Autrichiennes (CGAAA) comme administrateur, délégué
de Cercle, avec rang du 1er avril 1946. Mais ce n'a été
que tempoaraire.
pm lettre
écrite le 10 juin 1946, adressée à Granie à
Bourg
Curriculum
vitae en date du 26 juin 1946 établi par Maurice Rougier en
vue de son prochain dégagement des cadres.
Par arrêté
ministériel du 28 mai 1946, notifié le 28 juin 1946
par le Ministre au Cdt en Chef Français en Allemagne, le Lt-Colonel
Rougier a été dégagé des cadres de l'Armée,
avec effet 1 mois après la notification personnelle. Cette notification
semble avoir été effective
le 22 juillet 1946, car il a été rayé des cadres
avec effet du 22 août 1946, ayant déclaré se retirer
à Bourg (Ain) au 3 rue du Colonel Logerot (cf Etat des Services).
Par arrêté
en date du 29 août 1946, Le Lt-Colonel Rougier a été
radié de son poste d'Administrateur, délégué
du Cercle de Rockenhausen. La notification a été faite le
17 septembre 1946 avec effet immédiat, mais un nouvel arrêté
(du 2 novembre 1946) a reporté la date d'effet au 1er octobre
1946. Cette radiation s'est faite contre
l'avis de ses supérieurs et semblait être la conséquence
de la volonté des bureaux du ministère de placer de manière
urgente des personnes protégées dans les postes civils du
Gouvernement Militaire, en profitant de la loi de dégagement des
cadres militaires.
Cette fois il était non seulement mis à la retraite de l'armée
depuis le 22 août 46, mais il était aussi radié de
son poste au CGAAA le 1er octobre 194, il ne lui restait plus qu'à
rentrer en France et à se chercher une situation civile.
Retour
accueil
|