Le fonds Rougier · Document familial

René Maillet

← Tous les documents Rougier
Lecture
 
René MAILLET  1897-1931


  491

Retour accueil

René MAILLET  1897-1931
 engagé volontaire à 18 ans en 1915, polytechnicien après la guerre, resté célibataire. C'était le préféré de  Grannie.

      Souvenirs de Marguerite Maillet:
"René, né le 14 Janvier 1897. Après avoir terminé ses épreuves de baccalauréat au lycée de Reims, il suivait les cours de Mathématiques Spéciales au Lycée Henri IV (à Paris) quand il s'engagea pour la durée de la guerre au 26° Régiment d'Artillerie à Chartres.
Après 18 mois passés sur le front comme canonnier, puis brigadier, il fut désigné pour l'école de Fontainebleau (Aviation). Sorti avec le grade d'aspirant, il entra dans l'aviation comme observateur et prit part aux combats qui durèrent de Mars à Novembre 1918. Nommé Sous-Lieutenant, il fut décoré de la Croix de Guerre et fut cité deux fois à l'Ordre du Jour.
Après la Guerre, il est entré à Polytechnique, et il est mort en 1931"

Voir des extraist d'un carnet de route (1915) et de Notes de Guerre (1916) transcrits par Marguerite Maillet

Après ces études brillantes, il eut successivement plusieurs situations, qui ne le satisfaisaient guère. La conjoncture économique n'était d'ailleurs pas favorable.

Il alla d'abord dans une banque du côté de Lille, (vers 1923), puis chez Péchiney à St-Jean de Maurienne (1924-25), où il tomba malade, une sorte d'infection rénale qui le reprit par la suite.

Il était à Air France vers 1926-27, puis en 1928 chez René BUREAU, qui venait d'épouser  sa cousine Vonnette. Il n'y resta pas et entra  comme fondé de pouvoir dans une entreprise de commerce coloniale où il fit 2 séjours en Afrique: Dakar, Brazzaville, Fort-Lamy ( N'Djaména) en 1929-30. Sa maladie des reins l'emporta rapidement en 1931. Il ne s'était pas marié.
Ci-dessous des photos de René à différentes époques, voir aussi les pages 4831 pour 1897-99, 4832 pour 1900-1903, 4833 pour 1904-1906, 4834 pour 1907-10, 4835 pour 1911-14



Ci après, 2 extraits des carnets de guerre de René Maillet, transcrits par sa mère

- Octobre 1915 - Départ de Chartres - Carnet de route
- (par René Maillet, transcrit par Marguerite Maillet)
J'apprends que je pars le dimanche 3 octobre 1915 en rentrant de permission - C'est parfait -
Le lundi je commence mes préparatifs; je ne préviens pas ma famille tout de suite car j'aime mieux être seul pour le départ. J'achète pas mal de choses.
Enfin nous partons du quartier à 7 h du soir en chantant - Isaïe fait merveille - Nous prenons le train d'assaut - Je suis dans un compartiment de 3ème avec Solicaux Leclerc, un ancien et un alsacien qui posséde 2 livrets militaires.
Tout le monde continue à chanter, joie nerveuse qui sent un peu le vin et qui s'apaise vite - Il lui succède une insouciance complète, je suis aussi tranquille que si j'allais en permission. Nous nous installons pour la nuit, les copains cherchent des combinaisons variées, moi je me couche tout simplement par terre et j'en écrase comme une brute.
Réveil à Montargis - Conversation, l'ancien donne des tuyaux. Je mange, bois, fume et dors.
Vers 9 h nous sommes à Châlons, à 10 h à St-Hilaire, je m'endors à minuit, réveil à Mourmelon-le-Petit, tout le monde descend.
Dans le noir, les fils de fer et les rails nous gènent, on butte, nous sommes chargés comme des mulets. A 1h on nous parque dans des hangars, nous couchons sur la terre battue, je gèle malgré ma couverture.
A 5 h on se lève, nous sommes avec des bobosses qui font du café, nous n'avons rien. Je fais chauffer de l'eau dans mon quart et j'emploie mon extrait de café. On casse une croûte et on part. Nous sommes surchargés, nous arrivons à Mourmelon-le-Grand éreintés. On distribue les hommes par batterie, Froment a une idée de génie (qui l'eût cru ?). Nous laissons nos sacs et nos couvertures dans une maison; une corvée viendra les prendre. Nous repartons: nous suivons des espèces d'immenses chemins, de 50 m de large, taillés dans les sapins. De place en place des campements, puis nous arrivons dans les lignes. Remue-ménage formidable, il y a une vie très intense dans ces parages. Camions, attelages de toutes sortes, quand on voit cela on comprend le budget de la guerre! Nous passons près du moulin de Chantereine(?) et nous arrivons à l'échelon. Le chef Yvon qui conduisait notre groupe nous avait fait prendre avec bien du mal une attitude militaire 200 m avant le campement: c'était parfaitement grotesque et inutile. Je suis versé à la 6ème. On me loge dans une tranchée abri longue de 3 m, 80 de large. Je suis complètement ahuri d'être obligé de coucher là dedans: j'allume une bougie et j'arrange un peu mon lit. Puis je regarde, on fait la soupe. Je me couche, le cuistot vient me souhaiter le bonsoir. Au bout de 5 minutes, j'entends des petits cris, ce sont des rats (horreur!), ça crie, ça remue, j'en vois un qui descend près de ma tête, je remue, il s'en va. C'est dégoutant. Enfin je m'endors.
Le lendemain on m'annonce que je suis conducteur non monté. Les chevaux n'ont pas assez à manger: j'en vois un qui après avoir satisfait un besoin naturel se tourne tranquillement et puisqu'il faut que rien ne se perde... et il n'est pas le seul !...
La vie continue tranquille, sauf les rats, sales bêtes! Au bout de 3 jours nous partons, je suis sur un caisson, il est 4h1/2. Vers 8h à la nuit noire, nous arrivons près de Louverey. Nos toiles de tentes ont été prises - je couche à la belle étoile - ma toile de tente en dessous, un peu de paille que j'ai emmenée, je me couche dans mon sac à avoine, je me roule dans ma couverture et bonsoir.
Le lendemain nous changeons un peu de place, je trouve une cagna toute faite, j'ai encore un petit étonnement à me coucher là dedans, mais il n'y a pas de rats.
Je continue à soigner les ours du brigadier et du logis, je fais l'abreuvoir. Le soir longues veillées dans la cagna. Je me fais engueuler parceque je ne fais pas attention. "ce n'est pas pour le sou, disent-ils, c'est pour le jeu" je n'en suis pas bien sûr.
Je couche à côté de Guesdon, vieux type tête de ? bon zigue. Cette vie me plait, c'est calme, nous sommes dans un bois de sapins et le soir cela sent bon la résine et la fumée des pipes. Les vieux en ont plein le dos (ils le disent du moins). quant aux bobosses vus à Mourmelon, ils en ont marre, cela doit être dur pour les faire marcher.
Nous changeons d'emplacement, nous allons à 100m plus loin et la vie continue monotone, mais tranquille dans les sapins. J'étudie Guesdon, il vaut une description. Il habite Goron (andouilles) il a 32 ans, 3 enfants et quoique mécanicien, il a tout du paysan normand. Il a une barbe noire avec 2 taches blanches, 2 yeux phosphorescents (explosifs comme dit Mouret). Quand il a son passe-montagne roulé sur la tête, il ressemble à un bougna. C'est un bon type mais il sait que un sou et un sou font 2 sous et je crois qu'il aime de moi surtout mes conserves. Ces conserves varient l'ordinaire, cassoulet, champagne: on va au moulin chercher du pinard. Je vois Leclerc et Morillon avec lesquels je me ballade tous les soirs en causant.
Puis des bruits de départ courent, finalement nous partons un beau matin pour Dampierre-au-Temple. Il y a du pinard à discrétion, bien des types se soulent, moi ça ne me tente pas. On repars le lendemain pour Longevas, je passe à L'Epine , j'ai fait le trajet en bécane autrefois, c'est bien changé, les routes ont 40 m de large, ou plutôt il n'y a plus de route, on passe dans les champs. Je passe à 3 km de Sarry. A Longèvas nous couchons dans une grange comme partout. Je reçois le soir mon paletot de cuir, j'ai eu de la chance: le lendemain réveil à 3h, il pleut, nous partons à 4h, il pleut et il pleut toujours. mon manteau est comme une éponge, mon paletot me protège heureusement mais j'ai les genoux traversés. Il fait assez froid: je marche à côté des coffres pour me réchauffer. Je bois une goutte dans un petit bidon. Le jour parait, il pleut toujours. Vers 10h nous sommes à Vernancourt (?). Halte, nous sommes au repos pour quelques jours. On nous abrutit de corvées.
Puis nous allons à Possesse, 3 ou 4 jours de repos et on part, Sivry sur Ante, j'ai la veine de pouvoir trouver le capitaine, il m'accorde la permission d'aller à Dampierre. Surprise énorme! Le Chambertin coule à flots, Colin me reconduit en voiture, les copains me souhaitent ma fête (12 nov). On arrose cela dans une ?
Le lendemain départ pour Verrières, où nous sommes tranquilles pendant 2 jours, puis on arrive en position, bois de la Charnesse, à 8 h du soir par la pluie naturellement. Je cherche ma pièce, je la trouve avec bien du mal. Enfin on se case, nous sommes dans une hutte gauloise.

- 1916, notes de guerre transcrites par Marguerite Maillet, trouvées dans un carnet de René Maillet, brigadier d'artillerie
Départ de Massiges vers le 25 août - Je pars la veille par le fourgon - pluie torrentielle - Je couche dans la cabane Adrian - Le lendemain je retourne chercher mes couvertures oubliées - Nous partons vers 2 h avec le Lieutenant Lauger pour Gizaucourt. A Courtémont, il m'offre d'aller à Dampierre. Nous arrivons à Gizaucourt et je fais le logement avec Gouteau, puis je pars pour Dampierre. Je rentre dans la nuit - A 4 h je vais attendre la colonne - Tout est changé dans le logement et je nage - Le parc est formé sur la place sous les arbres - Je loge avec quelques brigadiers dans une chambre au dessus des écuries du château - Le lendemain ballade dans le parc avec Villars - Nous restons 2 jours -
Nous partons pour Triaucourt dans une ferme entre Triaucourt et Evres - C'est plutôt moche - Dans la traversée de Triaucourt, le Capitaine se fait saluer par les officiers de l'arrière - Le lendemain nous partons pour Souhesme la Grande - Bivouac - On forme le parc - Enfin on dégote une grange pour la batterie de tir - Nous y couchons 2 nuits, puis nous partons pour Verdun - La relève se fait par sections - Nous arrivons dans un boucan formidable, les pièces tirent tout autour de nous. Au passage à niveau du quai St-Michel, le Lieutenant se perd: il appelle, il cherche, et les marmites se mettent à tomber - Enfin un type nous indique la position, nous sommes le long d'une voie ferrée - Les cabanes sont un peu abritées par le talus - les pièces au dessus et à l'air - Il n'y a preque rien sur les cabanes - Les premiers jours nous tirons beaucoup - Je fais fonction de chef de pièce 1 nuit sur 2 - En général nous recevons quelques marmites le soir, mais tout se passe bien, 2 blessés léger en 22 jours.
Nous sommes relevés par du 45ème - La relève se fait à 7h du soir, c'est la meilleure heure. Elle s'effectue sans incident. Je pars avec la 8ème section et nous arrivons au camp Drouot entre Lempire et Niscéville vers 11h du soir. Dès le lendemain astiquage des brides, on voit bien que le danger est passé. Croyet veut me faire faire un cheval, je cède et j'ai bien tort. Nous couchons là 2 nuits dans une cabane Adrian.
Nous partons pour Foucaucourt, quel travail pour monter à cheval. Un peu de pluie au départ, puis ça va, logement superbe, je dégote un chic coin pour ma pièce.

Le lendemain nous partons pour Villotte devant Loupy. Les pièces sont mal logées, les bourins ont la corde - Pour moi, je dégote un beau petit coin chez une brave femme qui nous fait le chocolat tous les matins. Petite séance du Capitaine en entrant avec l'adjudant de la 2ème, finalement ils font leur mess chez nous.
J'ai des difficultés avec mon cheval à cause des sous-officiers, finalement je m'en occupe un peu. Nous mangeons un soir "à l'hôtel".

Le 10 nous repartons pour l'attaque de Verdun.
Nous ne faisons qu'une étape jusqu'à Lempire (38km). Bivouac. Je pilote la colonne de travers à l'arrivée, elle retrouve son chemin, heureusement. Nous sommes dans une clairière, le sol est très sec, nous montons les tentes. Je reste 3 jours à ce bivouac.
Notre position est toute nouvelle, les travailleurs (tous les servants de la batterie) sont partis de Villotte 5 jours avant nous, ils ont faits ce qu'ils ont pu : 2 abris et quelques cabanes terriblement exigües. les pièces sont à l'air naturellement. Nous tendons des filets garnis de raphia pour les camoufler.
Le matin de mon arrivée à la batterie avec 2 canons, je couche dans une cagna où on est tellement serrés qu'il faut rester sur le côté. Un canon reste embourbé sur la côte du fort de Souville, on le dégage avec les servants.
Le lendemain matin, réveil avec mal à la tête. Il faut voir les paysages, on dirait les paysages lunaires, rien que des trous, des débris d'équipements, des batteries démolies, des canons, des caissons tordus, des harnachements et des cadavres, tout un fourbi terrible.




Retour accueil

Une question ou une rectification ? Écrivez à Yohann ou Christophe ↗

Chaque document est une part de notre histoire.Poursuivre l’exploration ↗