Le fonds Cordelle · Document familial

Vierville 1942

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Vierville, 1942-43

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Pendant les années de 1941 et 1942, nous avons pu aller passer les vacances à Vierville, malgré l'interdiction théorique pour les non résidents d'entrer dans la zone côtière "interdite". Bayeux était en dehors, donc nous pouvions descendre du train sans difficultés et prendre car ou vélo ensuite. La limite était à Vaucelles, je ne me souviens d'aucun contrôle, et nous avions des cartes d'identités de Vierville. Les Allemands locaux n'étaient pas dupes à Vierville, mais ils nous ont toujours laissé tranquilles. Nous nous procurions du ravitaillement, avec toutefois certaines limites dépendant de la plus ou moins bonne complaisance des fermiers, le pays était riche en produits agricoles divers (sauf le pain et la farine) et les paysans trouvaient toujours le moyen de se réserver de la nourriture et d'en faire profiter leurs amis à des prix raisonnables. Nous n'aurions pas pu payer les prix du marché noir, qui exigeaient des revenus considérables, donc innaccessibles pour nous. Je me souviens aller régulièrement en vélo chercher du lait (chaque jour), et des oeufs (à la semaine) chez Leterrier, Blin ou Dubois (nos fermiers de Vierville). Plus irrégulièrement nous allions avec mes parents chez les Jean à Longueville (fermier de Papa), pour en rapporter des quantités parfois importantes de beurre. On y allait en vélo, 14 km.
Pas de chasse au fusil, bien sûr, mais je me souviens de pose de collet pour lapins (efficacité peu convaincante) et de chasse au furet, et une fois, une chasse au lièvre avec un lévrier, très efficace et impressionnant. L'animal a été levé dans le bois, et rattrapé en 100m de course folle dans l'herbage du Fossé Gras. La plage était libre d'accès, pas de défenses ni de barrages. Nous allions régulièrement nous baigner.
La situation a progressivement changé après le raid "Aquatint" à St-Laurent le 12 septembre 1942. Les Allemands ont pris conscience de leur vulnérabilité, et en été 43 nous ne pouvions plus aller à la mer. Je ne me souviens pas du blockhaus du canon de 88 de Vierville, mais seulement du mur antichar avec sa chicane que j'ai dû franchir plusieurs fois, peut-être à Pâques 43. Nous sommes encore allé à Vierville à Noël 43. A partir de l'automne, les destructions systématiques des maisons sur la plage ont commencé et n'étaient pas terminées en juin 44, les Allemands laissant les propriétaires présents récupérer des matériaux, eux-mêmes prenant les poutres pour leurs propres ouvrages.

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