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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Dakar   

 Paris – Mercredi 25 janvier 1939   (EXTRAITS)

 

…….Il a fait sur nos côtes une tempête affreuse qui a fort éprouvé les pêcheurs bretons ou normands, du côté de Concarneau un véritable cyclone  a déraciné des centaines d’arbres (je ne sais rien de Stang ar Lin-la maison de Flondrois ou Tio Mio en Bretagne). Pourvu qu’en sortant de Gibraltar vous n’ayez pas attrapé la queue de ce vilain vent.

….. je vous fais suivre une carte de Mme Ygouf qui vous remercie au nom du bureau de bienfaisance, grâce à votre générosité, la cantine qu’il était fortement question de fermer, pourra continuer jusqu’aux beaux jours. Le bien que cela va faire aux petits qui vont en profiter portera chance à vos 2 fils, j’en suis sûre.

 

……Et notre chauffage est en panne, inutile de vous dire si je fulmine au téléphone. Le vieux Raguet (le propriétaire) doit en être affolé. On nous promet du feu pour ce soir.. et pendant ce temps là vous grillez !

 

……dites moi vite comment vous êtes installés à bord ? si la cuisine est confortable et l’Etat Major moins distant que sur le Massilia ?

 

……Au revoir mes chéris, que votre cher père vous protége. Pour moi je vais faire mon possible pour remplir ma promesse à votre prochain voyage : aller vous chercher en vélo à Marseille… et vous ne direz pas que je n’aurai pas fait quelqu’effort…..

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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Dakar   

 Paris – Samedi 28 janvier 1939   (EXTRAITS)

 

….. mais je vous ai promis d’aller à Marseille à bicyclette à votre prochain voyage pour être au devant de vous… il ne suffit donc pas de se laisser aller, j’ai l’intention de commencer mon entraînement dès les beaux jours. Pour ce faire Artaud m’a ordonné des piqûres, au jaune d’œuf !!  qui paraissent me réussir, quoiqu’elles soient italiennes. C’est autant de pris à ce Mussolini de malheur. Dans une dizaine de jours on commencera les rayons violets ou rayons X, selon ce que la radio que l’on doit faire donnera, et peut-être verrai-je la fin de mes ennuis.

 

…. J’espère que la traversée de l’Atlantique aura été bonne, et que le marin raté que tu fus, mon Jean, n’a pas menti à sa réputation ancienne.

Où est le temps où tu nous échappais pour aller dans les machines trinquer avec les mécaniciens….

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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Rio    

 Paris – Samedi 4 février 1939   (EXTRAITS)

 

…. Et je commence à croire qu’Artaud a trouvé ma fontaine de jouvence en certaines piqûres… italiennes ( !!) au jaune d’œuf !!! qui me remontent chaque jour un peu plus, à tel point que j’ai repris des sorties journalières, et même seule, parce que je m’en sens la force (j’ai même fait d’abord une petite escapade sans en avertir personne, que Marthe, qui me croyait avec Suzon. Je ne souffre même plus d’entérocolite, et je ne sais pourquoi car je n’ai rien changé à mon régime. J’en suis à ma 10ème piqûre et vais encore en faire autant, avant que l’on ne décide si les fameux rayons violets sont encore indispensables. Quel dommage que le Dr n’ait pas fait cette trouvaille avant votre arrivée, mes chéris, j’aurais été plus vaillante, et cela aurait tellement changé notre réunion que j’ai attristée, malgré moi.

 

…..Ici (chez Hersent, rue de Londres) on rate au fur et à mesure tous les projets présentés, il y en a qui sont navrés, mais Robinet d’eau tiède ( ? Bénézeth ??) conclut toujours par « Je leur en souhaite de faire des travaux à ce prix-là ». Est-ce assez raisonner comme un tambour, à ce compte-là on ne reforme plus d’équipe, on laisse son matériel à l’abandon, et tout à l’avenant. Sagne disait à Georges ces jours-ci qu’ils ont eu toutes les peines du monde avec le personnel qui ne restait pas. Et pour cause, on ne fait pas du dévouement en 15 jours. Mais cela c’est façon Marcel et Challon.

 

…..Rien de nouveau si ce n’est les inquiétudes de guerre renouvelées avec les rodomontades des Italiens. Les Américains avec Roosevelt ont tapé un coup fort avec leurs « frontières de l’Amérique reculées jusqu’au Rhin » et leur fourniture de quelques 800 avions à notre avantage. Les journaux Boches fulminent, et Mussolini qui a répondu par le Giornale d’Italia que les frontières d’Italie et d’Allemagne se trouvaient le long du Canal de Panama.

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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Rosario   

 Paris – Samedi 11 février 1939   (EXTRAITS)

 

…..J’ai envoyé un beau bouquet de violettes de Parme pour être mis sur la chère tombe (Daddy décédé le 6 février 1924)

 

…..Mais la vilaine grippe nous a tous fauchés comme un château de cartes, c’est Suzon qui a commencé, puis Georges (ils ont été 2 jours couchés côte à côte), puis Bison, puis moi !, grippe sans gravité, mais moi moins que personne je n’ai le droit de traiter cela à la légère. Artaud est venu, et me voici encore une fois débarrassée, mais cependant encore au lit par précaution. Cela allait si bien ! Il me faudra recommencer et voilà tout ; ces fameuses piqûres merveilleuses qui m’avaient ragaillardie en si peu de temps.  Suzon sort de nouveau, Georges a repris le bureau, la fille est encore à la maison, les boys sont indemnes, et j’ai consigné notre porte à mes 2 autres grands garçons bien entendu (François et Michel, qui sont chez Bonne Maman Cordelle avenue Dode), ils n’ont vraiment pas le temps d’être malades…

 

……Le bon Tio Mio m’a écrit qu’il n’est guère vaillant  et pour cause. Artaud nous a dit qu’il faisait de l’ataxie, que cela pouvait aller longtemps ou casser tout de suite, cela vaudrait mieux pour lui, le pauvre homme.

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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Rosario

Paris – 18 février 1939   (EXTRAITS)

 

….me voici de nouveau vaillante et j’ai pu reprendre mes pérégrinations dans le proche bois que je gagne en voiture pour en revenir à pied – parfaitement ! –

 

…… Toute la smalah va bien également, et Suzon se démène ce matin pour expédier à Vierville nos 4 garçons qui vont pouvoir profiter du bon air pendant 5 jours que leur a octroyé notre ministre de l’Ed. Nat. Selon la nouvelle méthode que vous lirez dans les journaux. Il y avait bien 2 invitations à danser (dont une chez l’aînée des Procop, mariée à un médecin) mais le plaisir de tourner en rond n’a pas tenu devant la joie de se trouver à V. et seuls, SVP !  J’ai alerté les 2 Jeanne (Jeanne de Léon, la garde, et Jeanne Coliboeuf, la cuisinière, qui vivait à la gare de Vierville) et je ne doute pas que ces braves filles ne soignent au mieux notre quatuor.  Ils sont maintenant assez grands et raisonnables pour se débrouiller, et je crois que l’agrément de notre vieille maison se doublera de celui de s’y trouver sans parents. Cela va leur faire le plus grand bien, il est bien difficile d’occuper à de saines distractions de grands garçons pendant 5 jours de vacances à Paris.

 

…. Le vieux Tio Mio est aussi venu déjeuner chez vos aînés. Quelle ruine, il marche en titubant, voit ce qu’il fait à peine pour se conduire. Le Dr Art. est bien catégorique, la maladie fait des pas de géant et il entrevoit d’ici peu l’obligation de lui mettre à demeure une infirmière ou un valet de chambre, car la vieille bonne suffit mal aux besoins actuels. Il veut vendre son auto : 30000F, elle a fait 25000 km  et lui a coûté 90000F, et aussi Stang ar Lin où il ne va pour ainsi dire plus, et qui lui coûte cher. Il en veut 1000000F avec tout ce qu’il y a dedans, toiles, bibelots, chinoiseries. Je lui ai dit qu’il aurait bien du mal à s’en débarrasser de cette façon et qu’il vaudrait mieux faire d’abord cet été une vente à l’encan de tout le mobilier en profitant du séjour des nombreux baigneurs. Je lui ai aussi suggéré de donner sa maison à sa nièce qui s’y plait beaucoup, mais il s’y refuse absolument. Le voilà bien avancé d’être obligé de liquider tout cela, c’est la revanche de ceux qui ont une famille. Il a eu une vie facile, mais combien cette fin de vie solitaire est triste. Il m’en a avoué toute sa peine.

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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Rosario

Paris – Samedi 25 février 1939   (EXTRAITS)

 

….. il paraît que votre Titi continue à appeler cousins tous les gosses qu’il rencontre…fussent-ils mal mouchés ! et que si Jean-Paul raconte gentiment ses impressions de voyage, cela se borne pour le Titi au club de la tour de l’Abbé, où il y aura une porte, une fenêtre et 2 clés pour Georges V. et pour lui. Je verrai toujours la figure illuminée de ce petit quand je lui ai dit cela. J’espère bien ne pas manquer à cette promesse sacrée.

 

… . nos boys sont revenus des Vierville ravis de ces 5 jours de liberté, cela leur a fait le plus grand bien. Léon a profité de leur présence pour rentrer les fagots du Vignet, malheureusement il y a encore 2 pommiers par terre. Je les fait replanter dès maintenant. Il y a aussi un grand érable couché dans le bois, c’est une hécatombe. JP que j’avais chargé de compter avec Léon les bottes de foin restant m’a rapporté un compte de 117 bottes ; étant donné qu’à ton séjour là-bas le 13 janvier, Léon t’avait avoué 450 bottes je suis furieuse après lui, il n’y avait pas 450 bottes, car il n’a pas dépensé 330 bottes pour le cheval. Je me dois donc d’acheter foin, paille et son pour faire la soudure, mais j’ai donné immédiatement l’ordre de supprimer tous les lapins ; ne tenant pas à acheter du foin à 3F la botte pour faire leur litière, et désirant refaire le regain en août comme autrefois avec Victoire et Sylvain. Maintenant Léon trouve plus simple de couper chaque jour d’énormes pannerées de foin frais sur la pelouse de derrière pour nourrir la cinquantaine  de lapins dont il tire certainement assez grand profit. Cela a fait un drame m’a dit JP, quand ils ont reçu ma lettre qui découle de source. On voit bien que voici 2 ans que je laisse aller les rênes, j’ai besoin de les serrer, et je compte aller à V. d’ici une quinzaine si ma santé le permet. J’y attendrai ma smalah qui se réjouit d’y venir pour Pâques. Ce sont de  braves gens que les nôtres, mais comme tous les vieux serviteurs, ils deviennent presque plus maître que nous, chez nous, et il faut de temps en temps élever la voix. Cela m’arrive aussi avec Marthe qui a pourtant de solides qualités que j’apprécie fort.

 

……J’ai eu ma bonne Tantine à déjeuner mercredi, elle est complètement remise, elle a une mine superbe, et a organisé un concert à la familiale. Elle vous embrasse ; toujours bonne avec les enfants, elle me rappelait les gentilles manières de votre J Paul qui comme un gentleman lui enlevait son  manteau, lui approchait un petit banc, cher petit !

 

…..Georges a été pressenti pour accepter la direction d’un grand barrage à Laigle (Dordogne). Outre toutes les raisons que vous connaissez qui retiennent G. ici, il a eu le loisir d’examiner les prix de ce travail, absolument infimes, il a refusé et les Hersent ont laissé tomber Desplats-et-Lefevre, et La ? qui avaient proposé ce travail. On a su depuis qu’ils ont abandonné l’affaire, il faut croire qu’elle n’était pas si belle. Il fallait aussi m’a dit Georges, refaire tout le personnel, car on n’a rien sous la main !! Depuis G. travaille avec Hébert et Chalon au projet de Mers-el-Kébir qui sera sans doute proposé à Sagne. Celui-ci a refusé Laigle après l’avoir examiné avec G.  Bénézeth comme consolation disait « C’est une affaire de réclamation pour les prix » et Sagne ajoutant «  Merci, j’ai goûté du Verdon ! »

 

…… merci pour le maté (l’argent), mon Jean, je n’ai pas été avisée encore par nos amis de Lyon (le Crédit Lyonnais)

 

…. Je suis ravie de ce que tu me dis de la réception de la Jeanne d’Arc à côté de celle des Italiens. Ceux-ci n’ont que ce qu’ils méritent.

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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Rosario

Paris – Samedi 4 mars 1939   (EXTRAITS)

 

……votre vieille Nany continue à reprendre des forces et le courage de vivre. C’est à votre cher voyage que je dois cela, mes enfants chéris ! Je pense à faire des élégances, au fond bien toujours les mêmes ; rassurez-vous, je n’en suis pas à la robe au genou, ni au petit bibi sur le haut de la tête. Les chapeaux deviennent de plus en plus excentriques…..et affreux, mais des gens mieux informés que moi prétendent que les modistes de la rue  de la Paix deviennent plus raisonnables, allons, tant mieux !

 

….Lu avec intérêt , vos sorties mondaines, bien gentil tout cela mais toujours vide, petite Maine, dans quelque pays que ce soit, croyez en ma vieille expérience, il en faut certes, mais pas trop, et je ne m’étonne pas que le parler jacasse de ces braves gens vous ait un peu abasourdie. Vous devez être très belle, et vos dernières modes vont faire sensation. On fait moins de chichis dans les coiffures, paraît-il, mais de jolies ondes et des torsades dans le cou ; rassurez-vous la vieille Nany qui est une « femme d’âge » ne relèvera pas ses cheveux comme les vôtres, voyez-vous cela ?

 

….. au bureau où Georges pioche  Mers-el-Kébir avec Challon et Hébert. Il n’est pas toujours d’accord avec celui-ci qui cherche à présenter un projet aussi peu coûteux que possible pour l’avoir. On s’aperçoit enfin à la maison que celle-ci se meurt en temps qu’entreprise de travaux, on parle d’un grand port à Alexandrie ; ce serait Bertard qui irait prendre les premiers renseignements (c’est toujours le chou de Zézeth, donc de Marcel H.)

 

….Et Jean-Pierre m’a dit  de te confirmer qu’au printemps il se documenterait pour toi à l’expo nautique et t’enverrai ce qu’il y a d’intéressant.

 

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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Rosario

Paris – Samedi 11 mars 1939   (EXTRAITS)

 

Ici notre maisonnée va bien, mais votre vieille Nany, pour varier sans doute, s’est offert un bel accès de fièvre paludéenne dans la nuit de mercredi à jeudi…..

 

(après la visite du château historique de Grosbois, appartenant aux héritiers de Berthier, prince de Wagram)….Tous ces beaux châteaux sont maintenant ouverts certains jours au public, la redevance qu’on en tire sert à l’entretien. Je pourrais peut-être en faire autant à Vierville, en y installant quelques vieux meubles et en brodant quelques légendes du bon vieux temps, c’est à voir ! et dans ce cas le club de mon Titi aura un succès fou.

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Nany à Germaine et Jean Hausermann à Rosario

Paris – Lundi 13 mars 1939   (EXTRAITS)

 

…. Tout va bien, même moi qui me remet sans peine de ce malencontreux assaut paludéen.

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