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Historique du piano dit "de Nany"

Pleyel, 1/2 queue, longueur environ 2m20

N° 31986, année de construction 1861 (début probablement)
(Voir guide sommaire de datation pour les pianos Pleyel)

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Par qui a-t-il été acheté? et comment est-il arrivé à Vierville?

2 possibilités :

1/ 1ère possibilité, achat par Charles Weill junior, grand père maternel de Nany
Charles Weill junior (1815-1893) est né en Alsace à Bischeim (banlieue de Strasbourg), fils d'un marchand de chevaux juif, nommé lui aussi Charles Weill (senior), né en 1768 à Marmoutier et mort à Malakoff vers 1873, plus que centenaire.

Charles Weill (junior) 1815-1893, était relieur, mais aussi professeur, et catholique converti par son mariage avec la parisienne Augustine Hénos (1812 - 1877), relieuse également.
Charles a effectué des séjours à Vienne (Autriche) comme précepteur d'un prince autrichien (archiduc à la cour de l'Empereur d'Autriche-Hongrie). L'un de ses enfants Isidore-Frédéric est né à Vienne en 1844, les autres sont nés à Paris.
On sait qu'en 1872, Charles Weill (junior) vivait à Malakoff, en banlieue sud de Paris, au 35 rue de la Tour (dans la maison que son père avait fait construire et où il terminait sa vie). Il est mort à Paris.

Charles Weill et Augustine Hénos ont eu 5 enfants:

* Charles-Albert Weill, 1841 - 1853, mort accidentellement à 12 ans.
* Isidore-Frédéric Weill, 1844 - 1918, né à Vienne, relieur brocheur, père de 9 enfants (deux mariages) dont notamment le chanoine Frédéric Weill.
* Auguste Alphonse Weill, né à Paris en 1846, épicier à Paris, marié à Angèle Carré.
* Eugénie Weill, 1848 - 1900, mère de Nany
* Adeline Weill, 1852 - 1944, dite Tantine, mariée à Amédée Collard 1834 - 1909, officier d'Infanterie Coloniale

Les 2 filles Eugénie et Adeline Weill sont nées (à Paris dans le 11ème Arrdt), en 1848 et 1852.
Toutes 2 ont appris le piano. Le Pleyel qui nous est resté ayant été fabriqué en 1861, il aurait alors été destiné aux filles.

Sa destinée aurait alors été la suivante: Eugènie (épouse Georges) en aurait hérité à la mort de ses parents (1877 et 1893) et l'aurait donc fait porter à Cherbourg au plus tard vers 1893.
En 1900, à la mort d'Eugénie, le piano serait passé à la première de ses 2 filles : Jeanne Bastien (dite Mara) qui vivait à Cherbourg avec son mari Robert Gervais (dit Tonton Robert). Mara est décédée en 1928. L'autre héritière possible, la seconde fille et demi-soeur de Mara : Marguerite Georges (Nany, épouse Hausermann), vivait à l'étranger et ne pouvait reprendre le piano.

[Nany et son mari Daddy étaient depuis 1897 à Bizerte, puis à Rosario de 1906 à 1912. A leur retour d'Argentine, en 1912, Daddy et Nany ont loué à Paris un grand appartement au 123 rue de Longchamp]

Le piano serait ensuite passé de Mara (sans enfant) à Nany entre 1912 et les années 20, sans que l'on connaisse les circonstances et la date.
Quoiqu'il en soit, le piano se trouvait
au château de Vierville dans les années 20 - (témoignage de Philippe - né en 1918 - qui s'en souvient bien et l'a toujours vu au château. Il y avait d'après lui un autre piano chez Nany dans son salon rue de Longchamp, c'était un piano droit, qui est allé ensuite en 1933 avenue de Lamballe lors du déménagement de Nany).

On a une première photo du piano au château de Vierville en 1933 (voir ci-dessous).

2/ 2ème possibilité, le piano aurait été acheté d'occasion par les Hausermann à leur retour d'Argentine en 1912. C'est moins vraisemblable car Daddy n'était pas homme à achetrer un piano d'occasion (ce piano avait déjà environ 50 ans).

[Dans cette hypothèse, il faut penser que les Charles Weill Jr ont dû acheter un autre piano dont aurait hérité Tantine. Celle ci avait en effet un piano à Paris dans les années 30, avec lequel elle jouait souvent et quelquefois à 4 mains avec sa nièce Nany de 20 ans plus jeune. Ce piano est certainement resté chez ses enfants et ne peut être celui de Viervillle.]

Le piano se trouvait à Vierville en 1940 quand les Allemands sont arrivés le 18 ou 19 juin 40. Plusieurs chambres du château ont alors été occupées par des officiers Allemands.
Nany a reçu un Colonel Allemand dans le "salon de musique" (1ère pièce à gauche en montant par le grand escalier, l'actuel "bureau" du château). Les cartes du Colonel étaient déployées sur le piano, Nany expliquait au Colonel qu'elle ne pouvait le loger, ayant toute sa famille à accueillir et lui montrait sur cartes les autres châteaux des environs où il pourrait être logé (témoignage de Marthe, la femme de chambre de Nany, qui a assisté à la scène). Le piano était installé contre le mur, en face de la cheminée, le clavier près de la porte palière.

[finalement les Allemands ont installé à l'autommne 1940 leur Kommandatur au manoir de Than qui était devenu vide, laissé par la famille Poivre repartant à Paris après 1 an de séjour de repli dans le manoir. Le château a ensuite été occupé seulement par 1 ou 2 officiers Allemands jusqu'au 4 mars 1944]

Après la mort de Nany à Vierville en février 1941, le piano est resté dans le petit salon du château (voir photo ci-dessous). Le château était alors le logement permanent de la vielle domestique de Nany, Marthe, et le lieu de séjour en vacances des Cordelle et des Chedal jusqu'au partage de la succession de Nany en 1946.


Au château de Vierville, le petit salon du 1er étage en 1933 avec le piano
en premier plan. La fenêtre est face au sud.

Comment le piano est-il reparti de Vierville ?

Le 29 février 1944, les Allemands, qui n'avaient jusque là que réquisitionné une ou 2 chambres pour des officiers, ont donné un délai de 3 jours pleins à la famille pour déménager. Ce fut fait dans ce délai. George et Suzanne Chedal et Simone Cordelle ont pu arriver de Paris à la fin du 1er jour, le déménagement vers le presbytère (vide depuis la mort de l'Abbé Robert en hiver 1940) étant déjà bien engagé par le maire Fernand Leterrier, Michel Hardelay et les autres habitants (tous, une fourmilière de Viervillais, avec de très nombreuses charrettes et autres banaux attelés à des chevaux).

[En 1944, le maire était Fernand Leterrier, mis en place en janvier 1941 (ou 1942?) par le Préfet du Calvados, pour remplacer le maire élu Hippolyte Dubois que les Allemands ne supportaient plus pour diverses raisons, dont l'une était que le père Dubois parlait couramment l'allemand]

Jean Cordelle a pu trouver un camion de déménagement qui est venu de Paris et a pu y emporter les meubles ayant le plus de valeur, dont le piano, meubles qui ont été mis en dépôt dans l'appartement de Nany avenue de Lamballe au 4ème à droite (appartement meublé mais inoccupé depuis l'été 1939).


Ce qui n'avait pas été déménagé à Paris a été placé au presbytère de Vierville et a donc pas mal souffert suite aux coups de canon de l'US Navy pour détruire le clocher de Vierville où pouvaient se cacher des observateurs de l'artillerie Allemande le 6 juin 1944. Il ne semble donc pas que le piano s'y trouvait car il n'a pas souffert.

Après le partage de la succession (1946), chaque attributaire a emporté ses meubles. Le piano ayant été attribué aux Cordelle, il a été déménagé à Saint-Laurent, au Prieuré (acheté en 1947 par les Cordelle).

Au Prieuré, le piano a été installé dans la salle de séjour du rez de chaussée. Il a été probablement réaccordé par un professionnel à la fin des années 40, mais il a rarement servi effectivement. Voici ce qu'en dit Denis Cordelle (né en 1953 et qui a donc pu y jouer dans les années 70 et 80):

"Oui bien sûr je me souviens très bien du piano du Prieuré. J'y ai moi même joué de nombreuses fois. Et comme il était très désaccordé, je l'ai moi même accordé à plusieurs reprises. Je l'avais ainsi fait passer de casserole à "jouable". Evidemment bien loin d'un accord de professionnel, mais suffisamment acceptable pour en tirer quelques sons agréables. Il faut dire qu'il souffrait beaucoup de l'humidité durant l'hiver. A ma connaissance, personne d'autre n'y touchait, mais je n'étais pas tout le temps là. effectivement il est possible que Jean (né en 1945) en ait joué, mais je crois qu'il était plus flûte et violoncelle que piano. Et je ne crois pas qu'il y avait d'autres pianistes dans la famille

{Après la mort de Jean et Simone Cordelle (1984 et 1987), le piano a été attrbué à François qui l'a déménagé dans la partie du Prieuré dont il avait hérité, puis vers les années 1990 dans sa propriété de Forges (près de Saumur). En 2011 il l'a donné à Jean-Paul Hausermann qui l'a installé à nouveau au château de Vierville, dans le grand salon bibliothèque du 1er étage}

 

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