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LETTRES de NANY à JEAN HAUSERMANN,  1929, extraits , adressées au Verdon où s'installent les Hausermann

Pour mémoire, 1 franc de 1929 vaut environ 0,49 Euros ou 3,2 Francs de 2003 - il y a inflation de 6,1%


Paris vendredi matin   (début janvier 1929, les Jean H viennent de s’installer au Verdon)

……..J’ai eu la visite des Sauzé qui se sont éternisés ; les pauvres gens sont accablés de soucis en ce moment ; l’usine de leur gendre sera vendue mardi , et le chantier du Homet se confondra dorénavant avec la société des Affrètements qui en prend la direction ; c’est ma mise à pied de Sauzé qui en est atterré. Et je m’en serais voulu de troubler leur visite trop longue, si de raconter leurs malheur a pu  leur en adoucir un peu l’amertume. Je n’oublie rien de leur amitié fidèle à toutes nos épreuves !   ….

et j’oubliais ! A. Gervais est venu m’apporter ses vœux… et un gros paquet d’excellents marrons glacés de chez Marquis !!!!!

….Piprel a écrit qu’il ferait le nécessaire…

Paris  vendredi 19 janvier 29,    (envoyée au Verdon)

…Pas de nouvelles encore de Rosario, et je trouve cela bien long, il y aura bientôt 3 semaines que je n’ai rien reçu… 

……….J’ai reçu une bonne lettre de Mme de Mons m’avisant affectueusement que le dénommé Gallois a l’intention d’acheter la gare du petit train et le terrain attenant, aussitôt que celui ci ne marchera plus. Etant donné le goût habituel du dit Le G., la chose voudrait que l’on s’en préoccupe. J’achèterais volontiers ce petit coin si les exigences de la Cie ne sont pas exagérées. Je m’en occupe dès maintenant pour ne pas me laisser distancer…si ce n’est déjà fait. Il paraît que Legallois édifie sur le terrain de la municipalité acquis par lui une maison de 3 étages sur 15 m de façade. Les Ygouf et autres ne verront plus rien, et le Casino lui-même ne verra plus grand chose de la mer qu’il voyait déjà si mal.

A propos de Piprel, celui-ci dans sa lettre en réponse à la tienne dit qu’il va faire construire un petit mur de soutènement où tu sais, mais il ajoute qu’il demandera probablement qu’on élargisse la barrière fermant le chemin pour y faire passer les voitures de matériaux ; il ne faut pas laisser passer aucune voiture de chargement, d’après le contrat, il a seulement droit de passer dans le chemin avec une voiture légère à 2 roues et à ressorts (ce qui n’est pas le cas des banneaux) à charge, encore, d’aider à entretenir le chemin, d’accord avec nous. Il connaît mieux ses droits que ses devoirs, c’est à lui rappeler le cas échéant…..

….Vu les Sauzé et Brassel. Les vieux me font pitié, l’usine a dû être vendue ces jours-ci, ils auraient bien voulu la racheter, avec quoi ? Sauzé a mis là dedans  tout ce qu’il avait, il doit même vendre Fermanville pour régler toutes  ses dettes, et la société doit 900.000F  à Pourtalet, du château de Martinvast ! Avec cela le pauvre Sauzé venait d’apprendre  que le Homet fermait ou du moins était repris par la Société d’Affrètement qui y plaçait sont personnel. Mers Hersent ont offert à Sauzé de partir à Fedalah, il ne voudrait plus s’éloigner, il a maintenant 65 ans. Et pendant ce temps là Marguerite attend son 8ème enfant….

Paris jeudi soir 24 janvier 1929

 …J’ai eu la visite  …. de Gaby, ….sa résignation triste fait peine, et je n’ai pu trouver que bien peu de choses à dire pour réconforter ce malheureux si averti, on fait suivre un nouveau traitement à Suzannette et cela lui donne un regain de fièvre. Elle ne reçoit pas du tout en ce moment. Triste !…

….Simone est à Colonia avec les petits. L’hôtel est presque désert, cela manque évidemment de distractions mondaines pour les sud-américains, mais Simon saura très bien se suffire à elle même, du reste Mme Stévenin est allée là bas pour qq jours. Jean et Stévenin y avaient passé les 3 jours du pont du 1er de l’an, et Jean a eu la bonne pensée de m’écrire en revenant content de ce court séjour dans un petit coin agréable. L’hôtel est à 3 ou 400 m de la mer, et à 3km de Colonia, dans un beau parc ombragé, les petits étaient ravis et tout le monde avait attrapé des coups de soleil. Jean avait pris 2 bains. Il est revenu sur le bateau avec Rambourg qui rentrait à Rosario – pour une fois – Il paraît que le dit Rambourg paraît s’humaniser mais cela n’arrange rien des travaux, la situation de l’entreprise est toujours très précaire et le matériel dans un état ! Il est grand temps que G. H.  y aille faire un tour. ….

…..Il paraît que le chef carrier du Riachuelo se plaint qu’on lui aie bourré le crâne sur la situation qu’on lui a offerte et qu’il ne veut pas rester plus des 2 ans de son contrat

………….Piprel m’a prévenu qu’il commençait le mur et prié de faire enlever la vieille clôture, il va en mettre une autre à ses frais. Il ne parle pas de faire passer des voitures de matériaux. Il fait bien 

Paris  1er février 29  vendredi

…. J’ai reçu hier venant de Marrakech ( ??) une lettre de Simone datée du 22 décembre ! J’en avais déjà reçu du 29 et même du 3 janvier ? Qu’a donc été faire cette lettre au Maroc ? On s’apprêtait aux jours de Noël. Le journal d'hier parlait d’un cyclone à BA que certainement on aura ressent à Colonia, et Briand (le président du Conseil des Ministres) s’est plu à inaugurer la radiotéléphonie avec l’Argentine. J’aurais bien pris sa place, moi, au prix que cela lui est revenu. Quand je voudrais le faire on me réclamera 772 F les 3 premières minutes !

J’ai vu lundi Mme Georges Hersent, elle se chargera de toutes mes commissions le plus aimablement du monde. Ils partent le 6 pour Lisbonne et s’embarquent le 11 pour BA, 13 jours de mer, (elle a très mauvaise mine) Ils partent pour 1mois, 2, 3ou 6 mois, que sais-je ! Ce qu’il faudra pour liquider bien des litiges pendants, mais l’on parle sérieusement du rachat du Port de Rosario par l’Etat Argentin et le Président Irigoyen veut en entretenir lui

même Georges Hersent (gardez cela pour vous) Les actions ont fait un bond et valaient hier 39000 F. Flondrois que j’ai vu hier voudrait que je vende les miennes. C’est une grosse décision à prendre et j’ai besoin d’y réfléchir,

 

…..il n’est pas encore bien brillant  le vieux « Tio Mio » (Flondrois) ses doigts sont encore très engourdis, et son état général se ressent maintenant du contrecoup d’un pareil accident ? Il a dû partir aujourd’hui pour Concarneau, il en ramènera un marin pour repartir avec son yacht décidément acheté

…. Jacques de Mons est arrivé, et je suis encore toute étonnée de ce qu’il venait m’apprendre. Il a pris une situation stable avec Koenig ce réparateur d’orgues avec lequel il travaillait de temps en temps depuis qq années, et le jeune ménage va se fixer à Paris, pour le moment en pension de famille. Jacques travaille à la réfection de l’orgue de St Pierre du Mont… Jacques a été très confiant en me racontant qu’il avait besoin d’arrondir ses rentes, qu’il ne lui suffisait plus de s’occuper de planter qq clous ou de réparer qq serrures à St Sever, que de plus sa jeune femme n’y était pas chez elle… tout cela  est parfaitement rationnel.

…Enfin j’ai eu la visite de Mr et Mme de la Heudrie qui ont regretté de ne pas vous voir, nous avons causé longuement de tant de choses. Son livre sur le Bessin va être édité et il m’a appris qu’un nouveau livre du chanoine Guérin sur l’histoire de notre petit coin va paraître dans quelques jours…..

Paris 8 février 1929

 ….Bonnes nouvelles aussi de Simon qui m’écrivait à l’ombre de beaux arbres où volètent tourterelles, cardinaux, oiseaux-mouches « que c’est comme une illumination » prétend François. Michel a cru intéressant de se payer aussi un 39° de fièvre un jour on ne sait pourquoi et sans suite heureusement. Je t’envoie la carte qui te renseignera sur les alentours de son installation, mais cela ne renseignera qu’à ce point de vue, car le parc est splendide paraît il. En somme c’est situé avant Colonia alors que le Riachuelo vient après la pointe de Colonia. C’est somptueusement arrangé, car on avait tablé sur une réussite qui a paru réalisable pendant qq mois à 2km de là, un casino, avec jeux, plaza de toros, etc, amenant tous les jours pleins bateaux d’Argentins qui y jouaient des fortunes. Le Gouvt Argentin y a mis le holà en frappant d’une amende de 10000 pesos oros tout bateau faisant escale à Colonia, l’hôtel est donc désert, le casino aussi ; Simone n’a comme voisins qu’une famille d’allemands, naturellement trop aimables et qq anglais de passage, mais de sud américains point. Elle ne s’en plaint pas , elle lit, écrit, s ‘occupe de ses petits et la tente que tu sais se retrouve plantée sur la plage après avoir changé d’hémisphère bien inutilement. Les Georges Hersent ont dû partir mercredi et Jean C. les attend avec impatience….

….le métier d’ingénieur n’est pas toujours une sinécure quand il est actif, Gaby Dessus doit en savoir qq chose avec l’accident arrivé mercredi à leur usine de St-Ouen, une grande partie de Paris était dans l’obscurité. Mme Batiffol que sa bonne amitié amenait par ici me disait que la rue de Rivoli était lugubre. Je me demande ce que sont devenues les parisiennes qui devaient s’arracher à cette heure aux Galeries Lafayette  les bas de soies  vendues ce jour là 10F les 3 paires, vous lisez bien ! On avait dû, paraît-il, organiser un service d’ordre avec des agents, tout Paris sera, je le suppose, bientôt jambé  (??) de soie, à ce prix là ! et je m’imagine la bataille autour des comptoirs….

Vendredi 15 février 29

 ….Pendant ce temps Jean C. est entre 36° et 39° ! Simone même a chaud mais la vie qu’elle mène à Colonia n’est pas la même, elle descend à la plage avec les petits et ils passent leur temps en costume de bain. Suivis par les 4 chiens de l’hôtel 4 superbes bêtes : 2 colleys, 1 setter et un policier qui les suivent même au bain. Le petit François m’écrit qu’il y a un nid d’oiseaux-mouches dans le jardin et que la maman est verte et grosse comme un gland avec un bec rouge. Ce petit a une admiration pour la campagne et il veut être ingénieur de vaches à Vierville, avec moi. On regrette beaucoup d’avoir manqué la représentation de Zig et Puce….

…. Le vieux Flondrois m’écrit qu’il est gelé en Bretagne, il revient à la fin de cette semaine.

Le vieux Tonton va bien malgré le froid, et les affaires avec le notaire se règlent au mieux, nous avons eu affaire avec un homme intelligent. Tonton Robert m’écrit qu’il vient d’être frappé d’une amende de 185F  + 141 F de droits au sujet de la vente d’un champ effectuée en 1900 ! en Lorraine Française, vente s’élevant à 500F et provenant d’un petit héritage fait en Alsace annexée, et qu’il avait oublié de déclarer dans la succession de Mara, vous voyez qu’il faut se méfier du fisc. Le vieux Tonton va être bien content de vous revoir. Je l’ai engagé à venir  les 2 jours de Pâques à Vierville s’il le peut, et il en est tout content le pauvre homme. Son frère lui écrit qu’il se promène sans pardessus à Nice !!… mais ma boulangère (parfaitement !) qui rentre d’y passer un mois, me disait hier qu’il y faisait un froid de canard.

….Vous ai je dit que le petit Georges est très grippé à V. ? Je leur ai écrit de faire venir le Dr, ils n’en ont rien fait naturellement, malgré que je leur ai dit que je paierais Dr et médicaments, mais l’an dernier lorsque Pompon s’est trouvé malade ils ont fait venir le vétérinaire, même avant de me prévenir. Tous les mêmes à la campagne !    .

Vendredi 22 février Paris

 …. Rien de nouveau de Colonia où Jean a dû aller passer la semaine du Carnaval. Il a parait-il reçu de bonnes lettres des gens du bureau de Paris, entre autres une de Gilbert H. lui disant que son oncle Georges H.  avait l’intention de régler avec lui la question appointements.

A propos du bureau de Paris, j’ai parlé longuement avec Hébert, car ils sont venus déjeuner tous les 2 dimanche et se sont attardés toute l’après midi devant un bon feu de bois qui brûlait dans le bureau de Père.
Il parait qu’il y a peu de temps on avait télégraphié à Rosario et que l’on n’a eu de réponse qu’au bout  de 12 jours, par dépêche également. Au bout de 4 ou 5 jours comme l’on s’étonnait de ce retard (chaque dépêche coûte de 800 à 1000 F ) Hébert a dit « ce n’est pas étonnant Rambourg ne doit pas être là et je sais que lui absent, lettres et télégrammes restent sur la table, non ouverts » . Bénézeth avait protesté… mais il a dû s’incliner après la longue attente. Je bénis ce hasard, il serait tout de même malheureux que ce manque de devoir soit ignoré, je ne m’étonne plus que Rambourg ait pu rester en Argentine depuis si longtemps. . En prenant 3 mois de congé par an tout le monde y tiendrait….

…. J’ai été voir Tantine mercredi et l’ai trouvée bien vieillie, bien changée, encore très pâle de cet a-coup (une forte grippe, à 75 ans) la petite Claude ne la quitte pas et l’entoure de beaucoup de soins et d’affection, elle s’ingénie à lui faire des petits plats qui mettent la convalescente en appétit, et lui réchauffe le cœur très tendre qu’elle a gardé.

…. Dois je vous redire toute la joie que je ressens à vous revoir bientôt (Toutouni semble convoqué pour une période militaire au 43ème, à Cherbourg, à une date, en avril, où Nany sera à Vierville avec les « cocotins », Philou et JP, elle espère donc que Tante Maine accompagnera et qu’ils passeront les voir). J’ai consulté le vieil indicateur que je possède. Il vous faudrait prendre le train de 13h58 au Verdon afin d’être à Bordeaux St-L à 17h11 et à Bordeaux St-Jean à 18h19. Le train pour Mézidon Rouen en repart à 18h45 et arrive à Mézidon le lendemain à 6h43, départ Mézidon 6h54 arr. Bayeux 8h06, où je vous ferai prendre en auto.. Ce sont de bonnes heures en perspectives, les Cocotins ne sont pas les moins ravis ! …….

Paris 28 février jeudi matin

……Bonnes nouvelles aussi de Colonia, mais Simone me rapporte qu’ils subi le fameux cyclone dont a parlé Le Matin. Il était d’une violence extrême, a emporté une partie de la toiture de l’hôtel qui est venue s’écraser sur  la véranda devant la chambre occupée par Simone et les boys.. ceux ci ne se sont pas réveillés !! c’était en pleine nuit, l’électricité a manqué tout d’un coup affolant un peu plus clients et personnels de l’hôtel qui s’étaient réfugiés dans le couloir central prêts à tout évènements ; Le ciel était sillonné d’éclairs. Il y avait là , m ‘écrit Simone, toutes les races rapprochées par le risque couru et depuis on s’est un peu serré mes coudes. Ils doivent avoir regagné Rosario maintenant.

Les Georges H. sont arrivés lundi à BA. Je l’ai su par Mme Jean H. qui avait consigné sa porte, mais qui m’a gentiment reçus comme de coutume. ….
….G Thomas est à Fedalah où il vient d’enlever l’autorisation d’y faire un port pétrolier ; de ce coup, les actions qui n’étaient pas cotées sont grimpées à 2500 F , mystères de la Bourse ! On dit que Littardi aurait été pressenti pour les faire, mais qu’il veut les faire comme tâcheron. Simone m’écrit à propos de ce dernier, qu’il avait proposé à tout ces Messieurs une affaire de carrières à exploiter au Maroc. Les Messieurs ayant refusé un syndicat s’est formé dont Littardi fait partie, et cela se trouve être une affaire magnifique…Le bureau de Paris est furieux, mais à qui la faute ? (encore un petit cancan de chantier, hein , mon Jean ?)

……Il n’y a qu’un train avec wagon direct Bordeaux – Mézidon et c’est celui de 18h45. Le train du matin qui part à 8h05 de Bordeaux n’a pas de wagon direct, il faut changer 4 ou 5 fois. On arrive le soir à 20h43 à Bayeux. Je ne sais trop si les correspondances sont assurées en route……

Vendredi matin 8 mars 29

 …. Bonnes nouvelles aussi de Rosario. Ils étaient tous réunis à Colonia pour les jours gras, avec les Stévenin et profitaient bien de leurs vacances. Il faisait presque froid matin et soir. A ce régime Jean a trouvé très bonne mine à smalah. Ce qui ne m’étonne guère. Avant de partir de Rosario, il avait dû télégraphier à Rambourg toujours pêchant à la ligne au Riachuelo, pour le rappeler car il y avait 8 télégrammes qui l’attendaient. Cette petite histoire doit coïncider avec celle que m’avait conté Hébert. Il paraît que las d’attendre une réponse le bureau avait télégraphié plusieurs fois, à la grande rage de G. H. puisque ce petit manège a duré 12 jours ! et que chaque dépêche coûte  de 6 à 800 F. Hébert ne s’était du reste pas gêné pour dire à Bénézeth (qui le sait par ma lettre qu’il a lue) que Rambourg n’était sûrement pas là. Il paraît que Bénézeth l’avait d’abord défendu, mais qu’il s’était incliné par la suite. Cela mettra peut-être G.H. en défiance.

…. Ainsi que je vous le disais je suis peu sortie, j’ai pourtant été chez Tantine. J’ai failli décrocher le cordon de sonnette (il faut reconnaître qu’il ne tient plus que par quelques fils)  tant je mettais d’insistance à croire qu’elle était chez elle.  Mais non  elle était aller déjeuner chez Robert qui était venu la chercher en auto, il est vrai, mais une auto-torpédo, d’où l’air filtre partout, et il faisait un froid de canard. Elle paraît s’être bien tirée de cette imprudence, c’est de la chance à son âge surtout.

mais j’ai eu une lettre du vieil ami Flondrois qui m’a fait peine. Il est mal en point, a passé 3 semaines à Stang Ar Lin tout malade et comme il se refuse à voir un médecin, il traîne ainsi une grippe ou un malaise général depuis plusieurs semaines sans mieux réel. Je vais lui faire signe, le gronder et tâcher d’obtenir qu’il se soigne. Cela sera bien difficile je le crains…

….la question domestique étant bien difficile au Verdon comme ailleurs. Ma cuisinière me quitte elle repart à Cherbourg, sa cuisine n’était pas mauvaise, mais elle a un tempérament de feu, cette pauvre fille et la solitude de son lit lui pèse !..

….J’ai trouvé un électricien qui finira mon installation à Vierville, il m’a été recommandé par Compère le Directeur du secteur qui connaissait bien votre cher père, il doit venir me voir…..On doit poser le câble cette semaine.

Paris vendredi 16 mars 1929

….Idem de Colonia où Simone refait du cheval à sa grande joie. Elle s’apprêtait à quitter le campo avec ses 2 petits. Le temps se rafraîchit du reste, et la campagne uruguayenne se paraît des plus jolies fleurs que tu sais, entre autres ces jolies vervérines écarlates qui semaient tant de gaieté sur l’herbe verte des champs……… 

….J’ai toujours l’intention de partir d’aujourd’hui en 8 par Bayeux, où je commanderai une auto qui nous mettra très vite à Vierville…..

Le vieux Flondrois est venu passer 2 heures avec moi mercredi, il n’est pas encore bien brillant, il a maigri de 9 kilos et cela se voit. Il a passé 3 semaines à Stang Ar Lin sous la neige, tout seul je suis sûre qu’il s’est ennuyé à périr, en tout cas il n’y était pas en forme. Il va y repartir sous peu et avec son yacht qui l’attend à Meulan, prêt à partir.
Tantine est arrivée hier plus jeune que jamais, elle ne se ressent plus de rien, c’est miraculeux à son age.

Au courrier peu de choses si ce n’est la nouvelle de la mort du père de Costey. C’est vraiment épouvantable pour ce pauvre garçon et je ne savait plus quoi lui écrire en lui envoyant mon affection.

…..On a posé le câble électrique, nous aurons donc l’électricité dans la maison à V. et grâce à Compèré qui m’avait donné une adresse je dois voir un bonhomme d’Isigny qu’il me recommande pour terminer l’installation restée en panne. J’aimerai bien que tu vois le bonhomme en question, mon Jean…

Vendredi soir 22 mars 1929  Paris

……J’ai vu hier Mme Jean Hersent qui venait me demander si j’avais des commissions pour Rosario.. Gilbert y part avec sa femme. Les affaires sont là bas en plein imbroglio, mais gardez cela pour vous, je vous en reparlerai. Pour Jean C. la venue de Gilbert est un excellent appoint. 

……Je viens de boucler nos bagages…….
…….Je vous envoie ci-joint une feuille d’indicateur  - c’est le dernier indicateur - qui vous renseignera sur votre voyage au long cours de Bordeaux à Mézidon, la nuit, la voiture est rattachée aux trains de correspondance mais vous devez prendre soin de monter ans le wagon portant le nom de Mézidon-Rouen. Vous changez seulement à Mézidon. J’espère que l’on ne vous jouera pas le mauvais tour de vous laisser en panne à Château du Loir…. ou ailleurs. Vous devez être à Bayeux à 8h06 le dimanche matin. Plateu sera prévenu, et une auto vous attendra pour vous amener à V.  Si le vieux Tonton ne pouvait prendre le train du samedi soir, il est possible que vous le trouviez à Bayeux où il serait arrivé avant vous à 7h50….

………Je rouvre ma lettre prête à partir, où voulez-vous que je vous mette à Vierville ? Dans votre chambre de ½ étage ? il va y faire bien froid, voulez vous l’ancienne chambre de Simone, où couchaient Georges et Suzon l’été dernier ? …..répondez moi de  suite SVP….

Vierville 25 mars 1929

 ….un petit mot pour te dire que l’auto est commandée et qu’elle vous attendra à la gare, et que vous serez gentils de m’apporter des fruits, pommes, bananes et oranges que vous m’achèterez à Bayeux, et puis que j’ai commandé un gâteau chez Dumonteil,  7 rue St-Martin, pour notre jour de Pâques et pour les 9 ans de JP et que vous devrez prendre en passant – il faudra payer – nous sommes arrivés samedi tout content de nous retrouver au bon air
………..La chère tombe est toute fleurie de laurier bénit au milieu duquel j’ai posé un beau bouquet de violettes de parme.

Le vieux Tonton m’écrit que son frère vient d’être très malade d’une crise rhumatismale avec fièvre et il m’envoie un mot de celui ci (écriture très tremblée)  qui évidemment est plutôt triste. Le voici donc seul et souffrant, il comprendra peut-être la situation de son aîné seul à Cherbourg.

………J’ai été hier à St-Sever voir Madeleine de Mons qui est souffrante….et Denise m’a paru bien préoccupée. Celle-ci est ici pour les vacances avec ses 4 petiots, naturellement les boys fusionnent….

7 avril 1929 (de Vierville, aux Hausermann à Cherbourg)

Je viens de boucler les valises nous partons demain sans aucun entrain….
…..Dis donc mon Jean, je viens d’apprendre qu’Henry Desmoulins qui est chauffeur va avoir terminé à Grandcamp où il était employé à l’entreprise du port qui clôt ses portes, je ne sais pourquoi. Il rentre de Paris où il a été porter une partie du matériel en camionnette, est-ce qu’il ne ferait pas l’affaire pour vous accompagner avec la Brasier. Il y a 3 ans qu’il est qu’il est chauffeur et à Cherbourg il était sur un taxi. Réponds moi de suite, je lui écrirais et si Plateu t’écrit, attends avant de lui répondre . (je  passerai demain pour voir s’il a les accus)…

Paris 9 avril 1929

 …Je rentre de voir Mme Jean Hersent à qui j’ai été porter des petites commissions que Gilbert emportera demain. J’ai même vu celui ci toujours aussi charmant et charmeur. Les choses sont à cran là bas et il s’apprête à y rester qq 6 mois. Simon m’écrit que le Gouvt argentin a donné 48h au port de Rosario pour diminuer de moitié les taxes prélevées, et devant les réclamations justifiées par le contrat de la Société, on répond qu’il n’y a pas de contrat qui tienne devant l’intérêt général d’un pays.….

Un mot…… pour te dire, mon Jean, que je suis hier passée chez Plateu. Les accus n’y étaient pas encore et l’on m’a promis que l’on s’en occuperait….(reste à savoir !) J’ai vu Plateu lui-même qui a paru très étonné de ce qui est arrivé avec Banguet et m’a dit n’avoir personne d’autre à te recommander. Il n’est pas l’obligeance même et a tout du « mécano », il ajoute ce qui me rend rêveuse, et c’est aussi pour cela que je t’écris, qu’il serait bien étonné que les pneus de la grosse auto n’ayant pas roulé depuis 3 ans puisse faire le voyage de Paris et qu’il craint que tu ne sois obligé de les remplacer en route… voilà une économie toute trouvée ! En y ajoutant les frais d’essence, d’huile et de chauffeur, il y aurait peut-être avantage à ce que tu vois à Cherbourg si tu trouvais à la vendre ?  De toutes façons Plateu ne pouvant te procurer un chauffeur, le plus simple serait de t’arranger avec Henry Desmoulins qui est un brave garçon sérieux. Plateu me conseillant de la mettre sur plate-forme et de l’envoyer par chemin de fer, voilà encore une solution économique ! J’aimerais bien savoir ce que tu penses de tout cela. ….

Paris vendredi

… ci-joint la lettre que je viens de recevoir, voilà donc une piste qui ne vaut rien, je ne sais vraiment où m’adresser dans notre petit coin. Veux-tu voir si tu trouverais qq un à Ch.  pour vous accompagner, j’y tiens essentiellement, ou bien alors je préviens Feutry  de Trévières, et il vendra l’auto comme il le pourra. Il faut absolument que je m’en débarrasse.

Vendredi

Mon Jean, je viens de recevoir ton petit mot et je suis tout à fait d’accord pour tout ce que tu as décidé. Aussitôt que votre départ sera une chose bien au point, préviens moi pour que je fasse le nécessaire près de la maison Brasier ou d’un garage, selon que nous essayerons de vendre la voiture ici ou là. J’ai les papiers et te les enverrai demain par lettre recommandée.
Préviens Pauthou pour qu’il vous prépare vos repas, et qu’il prenne le chauffeur en pension, je préfère qu’il ne couche pas à la maison moi absente.
Demande à Maingot de vous envoyer une auto à la gare lorsque vous arriverez à Bayeux et paie-là, je te rembourserai cela ici, avec les frais Pauthou…

Paris 18 avril 1929

 ……J’ai eu une lettre de Jean C. par avion – qui a mis 9 jours à me parvenir, un record, il me semble que mes américains sont moins loin.

hier sur la prière même d’Adolphe Gervais qui m’avait écrit  je suis allée le voir à St-Mandé, il m’a vraiment impressionné, il est d’une maigreur effrayante et fait tous les soirs 39° de fièvre, ….les cousins Manca étaient là…. Le Dr n’a pas voulu leur dire ce qu’avait son malade. Je reste persuadé que celui-ci fait de la tuberculose et qu’il est bien mal. Je viens d’écrire au vieux Tonton, sans lui donner cette dernière appréciation, il faut qu’il vienne voir son frère à la Pentecôte….

…As tu trouvé quelqu’un pour vous accompagner en auto, mon Jean ? Sinon abandonnons l’idée d’emmener la pauvre voiture que je vendrai au plus offrant. Il ne faut pas risquer la panne en route, qui te retiendrai hors de propos et de date, ton retour étant plus nécessaire que jamais…

….J’aurais une cuisinière demain, ouf !

 

Paris 25 avril 29

….je suis pleinement d’accord avec toi ; la seule chose : es tu couvert vis à vis des tiers avec cette assurance de 20F. Il vaut mieux payer un peu plus et être tranquille de ce côté. J’avais vu Roger (Busson) hier soir, prêt à m’établir qq chose, mais c’est bien plus simple ainsi. D’un autre côté, Roger voudrait que son beau-père achète l’auto, et connaît aussi quelqu’un à qui elle plaira sans doute. Flondrois au cas où je ne la vendrais pas s’offre à s’occuper de la faire vendre à l’hôtel Drouot, enfin de Courcelles doit me donner l’adresse d’un garage rue de la Pompe et la faire voir à un ami. Je te donnerai l’adresse de ce garage à votre arrivée ici. Je vous attendrai avec joie et bien de l’impatience dimanche après midi.


Je viens d’écrire à Léon pour qu’on vous allume du feu, que vous trouviez aussi pain, beurre, lait. Il y a du sucre, du thé du chocolat à la maison, soit dans le buffet de la petite salle à manger, soit dans les boites de la cheminée ou du buffet de la cuisine. Les clefs sont dans l’armoire de la lingerie dans une petite corbeille et la clef de cette armoire dans le placard de ma grande chambre à sa place habituelle. Faites attention de ne pas attraper froid dans la vieille maison, surtout et quand vous partirez emportez ma pèlerine qui se trouve dans l’armoire à glace de la chambre où je couchais à Pâques et la couverture de voiture qui est dans le bas du buffet de la petite salle à manger. Soignez vous bien c’est Nany qui paie tous les frais.  Petite Maine emportez un brin de saucisson et de pâté pour le petit déjeuner de votre Jean à Vierville. Avez-vous écrit à Pauthou ?
Mon Jean, tu vas te trouver à V. le jour des élections municipales, il me semble difficile que tu n’ailles pas voter, cela ferait très mauvais effet ! Vous partirez un peu plus tard, voilà tout. 

PS  Je vois que les élections sont seulement le 5 mai  Y a bon !

Paris samedi 4 mai

….. Je t’envoie la liste des conseillers à élire à V. , tu pourrais peut-être écrire un mot de regret de ne pouvoir aller donner ta voix dans notre petit village, soit à Mr de Mons, soit au vieux Lebastard dont je reconnais l’écriture sur l’enveloppe à ton adresse.

Paris lundi 13 mai

….. A Rosario les Georges H. ont été charmants pour tes frères et sœurs et j’ai bon espoir que tout s’arrangera au mieux. Mr G. H. est particulièrement raide pour Rambourg qui est parait il très affecté. Simon souffre encore du foie, c’est ennuyeux…..

Paris mardi 14 mai 29

….et le Dr me laisse espérer que nous pourrons partir samedi pour V. Je le voudrais bien (JP à la rubéole)…

Ci-joint une lettre et une carte reçues ce matin, te voilà donc élu, mon Jean, et tu as raison de me dire que tout le mérite en reviens à ton cher père, mais il y a aussi un peu qui t’en revient, car tu as su te rendre sympathique à nos gens. Et maintenant ???  Voilà le hic et je conçois qu’il serait au moins utile que tu viennes une fois voir tes administrés, si tu en vois la possibilité pour la Pentecôte, fais-le. ….(Nany explique qu’elle prendra le voyage à sa charge) ….Tu pourrais à la rigueur voyager 2 nuits de suite, la nuit avant la Pentecôte et la nuit du dimanche au lundi. Cela n’enlèverai rien à ton travail. Commande les autos nécessaires à Bayeux, car la séance aura certainement lieu le matin du dimanche, tu repartirais le soir. Fais ressortir à Bertard que ce n’est qu’une exception mais que tu te dois de remercier les gens de leur attitude. Il te faudra tôt ou tard donner ta démission, mais cela ne peut être tout de suite.


J’ai de plus en plus envie de me trouver à V. pour ces jours de fête si tu dois y être, mais y seras-tu ?

Paris mercredi 15 mai

…………….Mais notre voyage à V.  est absolument impossible (JP est toujours malade, quoique mieux) et je le regrette doublement, si tu y vas ! ne fût ce que pour quelques heures. Ci-joint la convocation reçue ce matin, iras-tu oui ou non ? Ainsi que je te l’ai dit hier, ce serait peut-être faire acte de bonne volonté au moins une fois, et cela plairait à nos gens qui ont su t’affirmer leur attachement…….

Mardi  (le 21 mai ?, de Paris)

…..à Rosario le grand patron (Georges H.)est arrivé sans crier gare un lundi pendant une absence de Rambourg qui est rentré le jeudi absolument affolé. Jean a donc pu causer longuement avec lui, ainsi que Drillon et il a promis d’arranger tout. Depuis son retour il a eu plusieurs entretiens avec Rambourg qui est de plus en plus sombre. Gilbert déteste celui-ci et ne s’en cache nullement, parait il, ne lui parlant qu’avec une sécheresse inaccoutumée de la part de ce brave garçon. J’ai donc aussi bon espoir de ce côté. Mme Georges a été charmante pour tes frère et sœur, elle est bien fatiguée et très nerveuse, il y a de quoi. 

Mon Jean, je rentre de la poste où j’ai été te télégraphier après avoir reçu la lettre ci-jointe. Il me semble difficile que tu acceptes un mandat pareil, mais tu sera comme moi, je suis sûre, très touchée de la marque d’affection donnée par nos braves gens, tu feras bien d’écrire à Mr de Mons et de lui exprimer tes sentiments reconnaissants, j’écris dès aujourd’hui à Mme de Mons (ainsi que tu le vois Mr de Mons n’est pas brillant, pourvu que cela n’aille pas à la catastrophe !) et je lui exprime de mon côté combien je suis sensible à ce qui viens de se passer. Le souvenir des bontés de ton cher père n’est pas perdu, comme tu le vois, il se transmet sur toi, mon Jean, et je sais bien que tu auras à cœur de le mériter. Ecris donc pour remercier…..

Paris, vers le 23 mai

….Rien de nouveau pour l’auto qui est toujours à sa place, où elle ne me gène pas.
Rien de nouveau de Vierville ce matin, es-tu ou n’est tu pas élu ? A ta place j’aurais refusé, mais tu es assez grand pour savoir ce que tu veux, mon Jean…

Paris vendredi 25 mai 29

 … J’ai eu aussi des nouvelles de François par une lettre de Simone datée du 9 mai et apportée par avion. Elle me confirmait un mieux sensible, ils allaient enfin quitter la clinique. J’ai passé de cruelles heures en pensant à ce petit et aux angoisses de Simone et de Jean et vendredi, le lendemain de la communion de Philou, n’y tenant plus je suis allée demander à Mr Jean H.  de bien vouloir télégraphier à l’aide de la grille de la maison. Je n’ai pu voir Mr Jean H. absent , mais j’ai vu Bénézeth qui très affectueusement a fait télégraphier de suite ; j’ai eu la réponse dans la journée « François très bien » , voilà qui va bien…... Voilà qui est beaucoup pour un vieux cœur de nany….

(JP va mieux) et j’espère partir avec lui mardi à Vierville où j’ai affaire et cela lui fera du bien….
.

Je vais……aller dire au revoir au vieux Tonton à la gare, il repart ce soir pour Cherbourg, laissant son frère très malade. Il a vu le Dr qui ne lui a donné aucun espoir ? le malheureux garçon est atteint du mal de Pott (tuberculose osseuse) et condamné ! Il est maintenant allongé sur une planche, cela le soulage d’affreuses tortures, mais sans aucun espoir de guérison……. Quelle triste fin, il m’a réclamé paraît-il, j’irai dès que je pourrai. Le vieux Tonton va bien mais il part très préoccupé, il y a de quoi.

… Vu la bonne Tantine plus vaillante que jamais…

…. Je viens de recevoir une lettre de Léon, Mr de Mons est réélu maire avec Lebastard comme adjoint. C’est parfait,

Paris, 5 juin, mercredi

…..je reçois à l’instant une longue lettre de Simon, ils venaient de rentrer at home bien heureux tous, le petit avec encore de l’adénite ne peut pas marcher mais il est maintenant hors de danger et l’on avoue qu’il l’a échappé bel… et nous aussi. Que Dieu soit loué et votre cher Père aussi qui nous a aidé de sa protection.
Jean vient de décrocher un travail sans l’aide de Rambourg que Mr G. H. ne veut plus voir. L’état des carrières du Riachuelo est tel qu’on aurait plus de bénéfices à les fermer….

…..Les poiriers, les pommiers donneront par boisseaux, et les normands ont le sourire, car le remplissage des tonneaux est déjà assuré. J’ai vu notre maire et notre curé, le premier bien mieux portant, le second rubicond ; c’est cette semaine la 1ère communion et les petits retraitants s’ébattent à leur grande joie chez nous….

Mme de Mons est venue également, très alerte mais la pauvre Mme de Cauvigny s’éteint lentement et sur sa demande on l’a ramenée à St Sever où elle a le plus grand désir de mourir.

J’ai vu aussi des tas de bonnes gens de notre village dont le vieux Lebastard que j’ai eu plaisir à féliciter…

Paris 15 juin 1929

…Bonnes nouvelles de Rosario où notre petit François reprend des forces – mais bien lentement à mon gré. Les affaires de Jean C. paraissent s’arranger au mieux, Gilbert a dû aller à Rosario.

J’ai vu Mme Cordelle, l’état de la petite Suzon est bien inquiétant, le cœur a flanché il y a 15 jours – Claude de Combettes qui était avec elle à Cambo est morte – Quant à Gaby, on lui a conseillé de rester le moins possible auprès de sa femme. Il passera ses vacances en montagne et la pauvre Mme Cordelle restera l’infirmière auprès de sa fille. Je crois que nous ne la verrons pas cet été à Vierville comme cela avait été convenu, cela lui aurait pourtant fait du bien. T’ai-je dis que Dupuis est nommé à Calais avec avancement, ils sont contents.

J’ai fait une tournée des malades cette semaine – Adolphe Gervais que j’ai trouvé bien amaigri mais souffrant moins - ….

La petite Micheline commence à sortir, elle est donc hors de danger immédiat, mais c’est l’opération d’ici qq semaines.

Bonnes nouvelles de Tonton Robert qui après une quinzaine de régime se trouve assez bien pour que l’on ne parle plus d’opération. J’aime mieux cela, l’opération de la prostate est grosse d’aléas à l’âge du vieux Tonton.

….Léon m’écrit de Vierville que le vieux Coulmain a été gravement blessé par une auto.. et Madeleine de Mons m’a écrit pour me demander le prix d’un drapeau que les conseillers de Vierville veulent offrir à la commune. J’ai fait le nécessaire et noté que le benjamin du conseil versera…sa quote-part

Mme de Cauvigny est beaucoup mieux, mais Mme Létienne est mourante…

Je vous remercie petite Maine, de ne pas avoir oublié de m’envoyer la lettre de Marthe Feuillebois. Elle ira rejoindre un dossier pas bien volumineux, mais expressif, en rangeant cette semaine un tiroir du bureau de votre cher père j’ai retrouvé une lettre d’elle pleine de renseignements sur eux tous et qui se termine par qq mots de félicitations à son frère aîné à propos de sa nominations de Chevalier de la Légion d’Honneur. On ne peut pas manquer plus de cœur et d’affection, la dernière phrase qu’elle t’adresse  mon Jean, est monstrueuse « Et puis veux-tu me dire qu’est ce qui t’a manqué à la mort de ton père.. ? », mon Dieu ! ni l’argent ni la tendresse d’une mère ne pouvaient remplacer Celui qui nous avait quittés. Je souhaite à ses fils de ne pas connaître  avant de longues années le déchirement que tu as éprouvé à 20 ans, mon Jean ! Laissons cela mais faisons en notre profit. Il y a des cœurs qui ne s’embarrassent pas de reconnaissance, et d’aucuns ont la mémoire courte. Aimez–vous mes bons enfants et embrassez vous en pensant à votre vieille Nany,    Marguerite

Baisers des  cocotins

Paris 22 juin 29  samedi

J’ai vu cette semaine la croix d’autel qui perpétuera la date de votre mariage, mes bons enfants, et pour terminer la garniture je vais faire redorer les 6 chandeliers bien mal en point par la faute d’un nettoyage avec une pâte à cuivre quelconque. Notre vieux curé est tout content de cet arrangement, il me l’écrit en me faisant part de la mort de Mme Létienne qu’on inhume décidément à Vierville, malgré ce qu’en avait dit autrefois le Docteur……

Paris 29 juin 1929  samedi

 …Nous avons aussi revu Mme Jean Hersent qui est venue embrasser Suzon et la petiote. Ils ont de bien gros ennuis pour le port de Rosario, qu’il serait trop long de vous conter ici. Gilbert est allé à Rosario passer 4 jours, cela va de mal en pis avec Rambourg, et Jean C. au contraire ne l’a pas quitté, ils ont même épluché la comptabilité ensemble ; mais comme on ne sait pas encore sur quel pied danser avec le gouvt argentin et qu’il se peut que le quai A ne se fasse pas, Mr Jean H. parle de ramener en France tout son monde dont il a besoin, et même tout de suite Jean C…. seulement….. il y a toujours un seulement, Beaujon prétend que Mr Georges H. n’y consentira pas. Je n’ose donc pas me réjouir encore de la rentrée de mes 4 chéris !

La petite Suzannette est plus fatiguée en ce moment, à la dernière consultation des 3 professeurs qui la soignent, ceux-ci ont insisté sur la gravité de l’état cardiaque. Le cœur surmené par cette fièvre latente n’en peut plus. J’ai bien peur d’une catastrophe ! Nous irons la voir à la fin de la semaine.

Mme Cordelle viendra peut-être aussi passer qq jours avec nous, la pauvre femme fait pitié, elle a besoin de se reprendre un peu, heureusement encore qu’elle a une si belle santé, je ne sais comment elle peut tenir.

Flondrois a déjeuné avec nous et après déjeuner nous avons été avec son auto voir son yacht, un ravissant bateau au galbe renflé permettant une navigation à la Alain Gerbault. Il possède une cabine à 2 couchettes, tout le confort moderne, un moteur, et ce serait charmant si cela n’avait déjà – pour moi -  une de ces petites odeurs spéciales qui vous donne tout de suite le mal de mer. Flondrois a dû partir hier via Le Havre pour Cherbourg, St Malo et Concarneau. Il comptait une bonne dizaine  de jours de navigation. Il a aussi absolument voulu nous emmener chez lui entendre son nouveau  piano électrique, l’autre  a été envoyé à Stang Ar Lin, et nous avons pu admirer certaines photographies de l’installation intérieure de sa demeure bretonne ; il y a surtout un grand salon chinois qui est une merveille, pas une faute de style, c’est garni de belles choses achetées à l’hôtel Drouot. Il veut absolument que nous voyons cela  cet été ; ce sera probablement dans la 1ère semaine d’août, il viendrait nous chercher en auto…..


Nous avons été, hier, voir Ad. Gervais, il en est toujours au même point, sinon plus mal car  il est affligé depuis dimanche d’un hoquet incoercible fort épuisant, malgré les calmants et les piqûres on n’avait pu encore l’arrêter complètement.. .. Suzon est revenue toute impressionnée de l’avoir vu en tel état.

Tonton Robert va bien, il se propose de venir à Paris en août, et il reviendrait par Vierville, où nous serons content de le voir.

Mme Cordelle viendra peut-être aussi passer qq jours avec nous, la pauvre femme fait pitié, elle a besoin de se reprendre un peu, heureusement encore qu’elle a une si belle santé, je ne sais comment elle peut tenir.

Tantine est à Amsterdam chez Mme Massart, on n’opère pas Micheline maintenant de son appendicite et je n’en suis pas autrement étonnée, c’est un fil que cette pauvre petiote, ils partent tous en auto vers le 12 juillet pour les environs de Marseille où ils passeront l’été…

Paris, dimanche 7 juillet 29

 ….Nous avons été voir Suzannette, elle est descendue bien péniblement au salon, pendant 1 heure, elle est bien amaigrie et sa santé donne les plus vives inquiétudes. Pauvre petite ! elle est toujours aimable et douce, souriante aussi, jolie encore dans de soyeux déshabillés. Mme Cordelle fait pitié, nous la verrons sans doute fin août.  Suzannette changera un peu d’air et ira à Fontainebleau, Gaby ira chez ses parents..

….nous sommes sur le départ, la maison est sens dessus dessous et sens le camphre et la naphtaline à plein nez, les malles se remplissent, nous partons mardi matin pour Vierville. J’avoue que je ne serai pas fâchée d’y être installée, pour bien des raisons, mais surtout pour les 3 petits qui sont un peu pâlots, les boys surtout….

………….Suzon est bien revenue de Vierville où ils ont eu un temps atroce pour l’enterrement de Mme de C. (Cauvigny)… Elle a voyagé avec Mr et Mme de la Heudrie qui ont fini par coucher à la maison après avoir cherché un gîte à Vierville. Mme de Mons m’a écrit un mot bien affectueux depuis. Mr de Mons suivait l’enterrement à pied avec 39° de fièvre. Jacques était là avec sa femme , mais celle-ci a suivi mêlée aux paysans  et aux amis, comme une étrangère à la famille ; ce qui était naturellement très commenté. Les Collières, de Pierres étaient également là. On a dit à Suzon que les Brunville cherchaient à revendre Asnières.

Nous serons à Vierville pour le 14 juillet et je me demande si je ne doit pas cette année mettre le grand drapeau, étant donné que tu fais partie du conseil maintenant ? J’ai été chargée par la municipalité d’en acheter un pour la mairie.

T’ai je dit que la voiture était à Ivry chez Brasier qui s’occupe de la  vendre. On m’en offrait ici 2000 à 2500. Le garagiste lui même m’a conseillé de l’envoyer chez Brasier, me disant que c’était une pitié de la laisser pour ce prix là…

Vierville, samedi 13 juillet 29

 …Rien de nouveau de Rosario depuis que je vous ai écrit, cela dépend des courriers. La dernière lettre était rassurante sur toutes les santé et sur la situation elle-même…

…nous sommes gâtés par le soleil depuis notre arrivée ici, et notre vieux Vierville qui s’était fait beau pour nous recevoir s’est présenté dans toute sa beauté. La verdure est plantureuse, le bois touffu et épais, le jardin regorge de beaux légumes et de fruits, nous nous régalons à chaque repas de superbes fraises, très en retard cette année, pour notre plus grande satisfaction car nous étions toujours trop tard pour en jouir, et les corneilles en faisaient leur dessert ; mais la merveille ce sont les roses.... je pense à vous petite Maine, qui pourriez vous plonger le nez avec délices dans ces calices parfumés, il y en a de toutes sortes, les rosiers grimpants laissent pendre de gros bouquets rouges, entremêlés du jaune des Maréchal Niel, chaque rosier de tige donne l’aspect d’un gros bouquet artistement disposé et c’est un bon repos des yeux du cœur et des membres, que celui que nous prenons à l’ombre du parasol, les doigts occupés …et la langue aussi !

La maison reluit de la cave au grenier, la brave Mélanie y a usé ses poignets, les bibelots y ont repris leur place, les portraits aussi de tous ceux que nous aimons, celui de votre cher Père nous sourit, et tout serait trop beau si j’avais la joie de posséder tous mes chéris absents. J’ai étalé hier dans votre chambre une moisson odorante de tilleul qui sèche pour les tisanes futures…..

Nous avons été à St-Sever, je n’avais pas revu Mad. de Mons depuis la mort de sa mère (Mme de Cauvigny), nous les avons trouvés tous deux tristes mais toujours affectueux, lui a bien mauvaise mine.

Vu aussi notre curé toujours alerte et des tas de bonnes gens du village, tous souriants et demandant des nouvelles des absents.

Tonton Robert a été malade cette semaine, il avait attrapé froid, il a dû garder la chambre, il va mieux et viendra à la fin de la semaine prochaine se reposer qq jours ici, avant de partir pour Paris où il passera le mois d’août chez sa cousine près de son frère. Celui ci va s’affaiblissant de jour en jour et s’alimente fort peu, et souffre énormément, on le soulage à force de piqûres qui une fois l’effet passé enlèvent encore au malade le peu d’allant qui lui reste. Le jeune docteur qui le soigne a enfin lâché le morceau à la vieille cousine : Adolphe souffre de tabès – résultante de ce que tu sais -  et d’un abcès tuberculeux aux vertèbres. Son état est sans espoir, c’est bien triste.

au courrier quelques cartes de Flondrois mise en cours de route de son voyage maritime, la dernière arrivée ce matin est datée de Cherbourg où ils venait d’arriver, non sans peine, à l’aide du petit moteur auxiliaire. Le calme plat qui règne ne permettant pas l’aide  de la voile. Il paraît trouver que cela s’éternise, et je ne m’étonne guère que son activité toujours renaissante trouve insuffisants les qq mètres carrés du pont de son petit yacht. Ils repartent aujourd’hui (lui et son matelot) pour Morlaix « a donde llegaremos, quien sabe ! » m’écrit-il.

…….Nous allons cette après midi à Bayeux pour des courses avec Pépita qui a retrouvé tout son lustre grâce à Suzon et Dagoubert. Nous avons ramené les accus avec nous mardi. Elle ronfle bien paraît-il. Je n’ai aucune nouvelle de la Brasier.

……..Mardi j’ai le jeune électricien pour terminer l’installation, Suzon m’a rapporté une fort belle lampe grecque ancienne qu’ils ont trouvés dans les souks et que Georges m’a fait transformer en lampe électrique à 4 lumières – autant qu’elle avait de becs à huile. Cela orne bien le petit salon, du fait même du changement d’éclairage il y a eu quelques modifications, les braves lampes à pétrole ont perdu tout intérêt, elles sont mises au rancart et c’est bien mal récompenser leur fidélité, il y en a plusieurs qui dataient de notre mariage.

…..Je vous quitte, la cloche sonne, c’est le déjeuner, les jeunes appétits protestent…

Vierville  21 juillet 29

 ….Bonnes nouvelles de Rosario, on ne parle pas de la santé de François, c’est bon signe, mais Simon s’étend sur les incidents du séjour de Gilbert à Rosario. Ils ont été charmants tous deux et aussi simples que père et mère. Ils se sont vus quotidiennement plusieurs fois. Mme Gilbert étant bonne joueuse de bridge et fort gourmande de bons gâteaux, Simon a pu sortir a pu sortir tous ses talents culinaires ou autres, la pâtisserie argentine n’offrant aucune ressource au goût d’une parisienne. Ils ont fait la promenade traditionnelle du Rio – sur la Marie et ont été pris par un coup formidable de pampero devant lequel ils ont dû fuir jusqu’à San Lorenzo, secoués comme des pruniers et réfugiés dans la cabine, le pont étant balayé par les lames, la jeune patronne n’en menait pas large étendue sur une banquette. Ils sont allés visiter le vieux couvent de moines, témoin de la 1ère victoire de la jeune république américaine sur les troupes royales espagnoles. C’est l’un des plus anciens monuments dont l’Argentine peut s’enorgueillir . La coupole de l’église est entièrement recouverte de ces azulejos, naïfs et colorés, bien de leur époque.
Gilbert a beaucoup travaillé avec Jean, il lui a versé 3000 pesos d’acomptes ce qui doit porter à 6000 pesos leurs économies de l’année, environ 65000 F. Les Georges H. ont dû quitter BA le 18, les Gilbert suivront de très près.

Les petits travaillent bien, François jongle avec les millions, et même les milliards, les « unités » de l’institutrice faisant partie d’une éducation très américaine, Michel s’intéresse plus aux guerre de Charlemagne et tous deux collent des timbres à profusion.
J’ai souhaité la fête à notre cadette, par avion cette semaine pour qu’elle ait cela le 1er août, le jour de ses 31 ans. Elle m’annonce qq colis par l’intermédiaire des Hersent, et il y a un bout de dentelle bretonne pour petite Maine. ….

….ici… nous jouissons d’une température idéale, ce n’est pas nos 22° d’aujourd’hui qui sont bien effrayants, selon les jours nous changeons l’ouverture des fenêtres, aujourd’hui elles s’ouvrent du côté de la mer et nous déversent une petite brise agréable et fraîche. Nous avons eu un orage hier  qui a arrosé le jardin à profusion, le moteur à plein rendement faisait moins bien, Léon et Jeanne ont le sourire et les fleurs brillent d’un éclat plus merveilleux que jamais. Nous continuons à nous régaler de fraises, le plant ne paraît pas s’épuiser, il en est sort des kilos, quel dommage que je ne puisse pas vous faire partager notre moisson ! Nous comptons ramasser nos cerises demain, elles sont à point, les merles en abusent, les sales bêtes ; après ce sera le tour des pêches qui sont légion dans le contre-espalier, et les framboises et les pommes et les abricots : une récolte extravagante comme je n’en ai jamais vu….

Tonton est avec nous depuis jeudi, il est maintenant tout à fait bien à part le cœur un peu fou par instants ; il est ici pour une quinzaine et ira ensuite à St Mandé où l’état de son frère ne s’améliore pas.

…La petite (Bison) ne quitte pas tonton Abert, et c’est touchant de la voir hier lui confier une de ses poupées (tonton lui en a apporté une très jolie, et des tas de choses pour nous)

….L’électricien a passé la semaine ici, il n’est pas gênant on ne l’entends pas, et l’ouvrage avance cependant. Il a terminé, amélioré toute l’installation du rez-de-chaussée 1er étage, demi étage, escalier et chambre jaune ; il entamera demain l’escalier de service, les chambres de Suzon et celles du 2ème. Il compte se servir du grenier pour celles-ci, ce qui évitera d’ennuyeuses et laides canalisations. Les poutres des plafonds étant des empêcheuses de danser en rond. Je vais maintenant me préoccuper des couvreurs, il y a une assez grosse réparation à faire cette année.

….Point de nouvelles du navigateur, qui, je l’espère, est arrivé à Stang Ar Lin, mais carte postale des Collard qui sont partis pour Marseille en passant …par l’Alsace. Tout chemin mène à Rome. Robert y a trouvé beaucoup de ses camarades de guerre anciens chasseurs comme lui. On ne parle pas de la petite, je suppose qu’elle supporte sans trop de mal un pareil trimballage et la cuisine des hôtels où l’on passe.

Vierville, vendredi 26 juillet 29

le vieux tonton se repose et il va bien, les nouvelles de son frère sont de plus en plus mauvaises, cela m’étonnerait que cela dure longtemps.

Suzon va bien, nous avons entrepris de peinturlurer tous les bancs, chaises, tables, cela avance. La pose de l’électricité se termine, je suis toujours très satisfaite de Lesieur, il est très au courant de son affaire, et travaille avec méthode et calme………J’ai du reste évité autant que possible un éclairage intensif dans cette vieille maison qui réclame la pénombre.

J’ai eu la visite des pompiers de la garnison ; c’est Julien, le mari d’Angèle, la petite fermière de Mme de Goussancourt, qui est Lieutenant !! On venait pour la collecte habituelle, j’ai donné 50 F. Tous m’ont parlé de vous ; on paraît content que tu soit élu, ici, mon Jean.

Les 6 grands chandeliers assortis à la Croix – souvenir de votre mariage – qui vont orner l’église sont arrivés, la croix viendra à la fin du mois et j’espère que notre curé sera content. Le Bon Dieu aussi !….

Vierville dimanche 4 août

 

…. J’attendais presque Flondrois ces jours ci, il devait être à Paris demain pour l’Assemblée Générale de la Société du Port de Rosario. Les Georges Hersent ayant dû débarquer vendredi…….je suppose donc que la réunion  sera remise de qq jours.

Mme Cordelle arrivera  vers le 15.

Je vous envoie les 2 dernières lettres de Simone, mais renvoyez les moi tout de suite, il y a dedans certains renseignements que je veux communiquer à Flondrois fort peu au courant à mon grand étonnement de tout ce qui se passe à Rosario. Il est ravi que Simone bavarde. Vous verrez que Jean C. est tout content et que l’augmentation annoncée en vaut la peine. Cela fait dans les 250.000 F par an et le coût de la vie n’est pas en proportion, tout ce qui touche à la vie matérielle s’exprime encore en pesos d’avant guerre ou à peu près. Il convient d’acheter le moins possible de tout ce qui est usiné en France et ailleurs, quant aux économies, elles se multiplient par 10,75. La séparation que nous avions acceptée  les uns et les autres aura donc un  résultat tangible et je m’en réjouis pour eux.

….le vieux tonton est parti pour Paris hier matin sans aucun enthousiasme, j’ai dû mettre les points sur les i  pour lui faire comprendre qu’il se devait d’entourer un peu son frère et soulager un peu la vieille cousine qui n’en peut mais, depuis 5 mois qu’elle va tous les après midi s’asseoir près d’Adolphe, et qu’elle s’occupe de ses affaires. Le pauvre tonton tout bon qu’il est, n’a jamais eu un seul instant l’idée dans sa vie qu’i y avait certains devoirs à accepter et certaines responsabilités à prendre. Il avait mis dans sa tête qu’il irait 8 jours à St Mandé  et qu’il reviendrait ici finir l’été. Vous ai je dit qu’il a donné sa démission chez Ratti. Il a été un peu souffrant cette semaine et en avait pris figure d’enterrement, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir un excellent appétit et de dormir tout son saoul.  Je plains ma pauvre grande  d’avoir passé sa vie près d’une si pauvre volonté, et je crois qu’il vaut mieux être un peu méchant que trop passif.

Suzon est toujours active, elle l’est presque trop, après les sièges de jardin que nous avons tous repeints, la voilà qui s’excite après les baguettes d’électricité, il y a de quoi faire ! C’est fini cette installation et c’est fort bien. Jeanne prétends « que c’est bi comôde, no met les 2 petites pointes dans 2 trous, et ça fiambe ! » Quant à Léon, il ne se couche jamais sans admirer les fenêtres « que c’est comme un hôtel !!»

Nous avons vu tous les de Mons et les La Heudrie. La petite Miquette est devenue une délicieuse jeune fille, les fils courent les casinos de la côte sans grand succès ; La Heudrie fignole son dernier livre sur la généalogie du Bessin, et Mme pouponne la fille de Françoise qui ne viendra pas cet été pour rester avec son mari, lequel termine son service militaire à St Cloud.

Guillemette de Pierres est arrivée elle a vieilli ; mais elle est toujours aussi gracieuse, elle est à St Sever pour qq jours en attendant de s’aménager un coin à Gruchy où elle vivrait avec son père.

Je suis en délicatesse avec mon contrôleur de Bayeux qui veut imposer le jardin potager et d’agrément sur 3650F de revenus ! J’ai été discuter avec lui ce chiffre ridicule, la maison me coûte et ne me rapporte rien, mais malgré tous les renseignements fournis par Mr de Mons (le maire) sur le cadastre je n’ai rien pu obtenir d’un homme buté et bâté. Le mieux c’est que je suis la seule ici à payer un impôt pareil, les de Mons, La Heudrie, etc, n’en paient pas un liard.

Tous les Collard  sont installés dans le midi après un voyage superbe en auto, Alsace, Lorraine, Jura, Suisse, les Alpes, la Gde Chartreuse et la Provence. La petite va bien.
J’attendais presque Flondrois ces jours ci, il devait être à Paris demain pour l’Assemblée Générale de la Société du Port de Rosario. ….je suppose donc que la réunion  sera remise de qq jours et ainsi aussi l’arrivée du vieil ami. Il est donc bien probable que nous n’irons pas à Stang Ar Lin.

Mme Cordelle arrivera  vers le 15 et le 18 on bénit solennellement le vitrail à la mémoire de votre cher père et la garniture d’autel qui rappellera votre mariage. J’ai presque en vie d’offrir le pain béni.

…nous avons eu un vilain coup de vent qui a abîmé toutes les roses, mais le soleil a reparu et la chaleur avec….

Vierville 19 août lundi

 …. J’ai de bonnes nouvelles du Pirée et de Rosario, là il fait très chaud, ici il fait très froid et Jean a attrapé un peu de grippe, résultat aussi du surmenage de la présence des patrons qui passent leur temps à faire de  nouveaux projets, jamais réalisés, mais dont ils aiment à planter les jalons. .
François est tout à fait bien. Nous verrons du reste dans les 1ers jours de septembre Marie-Louise Stévenin qui gentiment viendra me parler de mes chers américains en venant passer quelques jours chez ses beaux parents tout près de Caen. Elle nous arrivera avec le vieil ami Flondrois en auto ; celui ci la conduira chez les Stévenin et nous reviendra pour qq jours. Il m’écrit qu’il a des foules de choses à nous raconter tant sur les affaires de Rosario que sur son voyage en yacht qui est inénarrable paraît-il.
Nous attendons ce soir Mme Cordelle, la petite Suzon est installée pour qq semaines à Fontainebleau dans une magnifique maison de repos, cela va permettre à sa  pauvre maman d’en faire autant,  elle en a aussi bien besoin !

…. Hier a été bénite dans une pieuse et simple cérémonie après la grand messe, devant une église comble, la croix d’autel qui perpétuera le souvenir de votre mariage (les 2 vitraux de la chapelle St-Jean Baptiste l’ont été également), et j’ai prié de tout mon cœur pour vous deux….

Il  (Flondrois) m’écrit qu’il a des foules de choses à nous raconter tant sur les affaires de Rosario que sur son voyage en yacht qui est inénarrable paraît-il.

….Enfin j’ai eu la pittoresque visite d’un jeune anglais (nous dirons si vous le voulez bien : un compatriote de Snowden !) qui s’est présenté lui-même et m’a dit avec un fort accent d’outremanche : « Je suis Mr de Crespigny de Vierville, je viens voir le château » Il arrivait de Dinard en auto pour voir cette vielle ferme de Crespigny, berceau des siens avant qu’ils ne passent en Angleterre, et où si tu te rappelle, mon Jean, il reste comme seul vestige de sa grandeur d’autrefois une très belle cheminée Renaissance dans une grange ! (c’est à 2 pas d’ici)…. Et l’anglais est reparti ensuite pour Dinard. Il paraît qu’ils étaient 10 de sa famille et du même nom qui ont combattu avec nous dans la Grande Guerre.

…J’ai eu la visite de Mr de Mons qui est venu me dire qu’il t’a envoyé une convocation pour une séance du conseil pour dimanche prochain. Je veux espérer que tu auras quelques heures pour pouvoir t’y rendre, et n’ai pas besoin de te redire toute la joie que nous en ressentons d’avance…


Vierville  29 août 1929   vendredi

…. le thé chez les de Pierres, Guillemette qui est son seul domestique pour tout faire dans cette grande maison, avait su redonner de la vie dans ces belles pièces toujours fermées et elle nous a servi un excellent thé avec des foules de gâteaux de sa composition. C’est une bien charmante fille à qui j’ai présenté mes hommages. Nous y étions avec les de Mons – Collières.

Flondrois nous arrive le 5  et Marie-Louise Stévenin le 8 ou le 9 pour 2 ou 3 jours. Je suppose que le programme est de partir ensuite pour Stang Ar Lin, je m’y refuse – pour moi, et Suzon aussi.

Le vieux tonton est encore à St Mandé où il s’occupe de diverses affaires pour son frère, celui-ci ne va pas mieux, au contraire, c’est une lente agonie, bien triste. J’ai donc renoncé d’aller à Cherbourg où j’ai diverses choses à voir avec tonton, je verrai à son retour s’il rentre avant peu, mais il se pourrait que les choses se précipitent et qu’il soit obligé de prolonger son séjour à Paris…

Vierville 9 sept 1929  lundi

 Mes hôtes sont charmants et avec ML Stévenin nous avons bien parlé de mes américains et remué de vieux souvenirs ; me voici au courant de la vie menée à Rosario où tout le monde va bien, heureusement, François a repris toutes ses couleurs et son poids, Michel est toujours coquin, les parents sont sympathiques. .. mais je tremble en écoutant les détails de la maladie de mon cher petit, mon vieux cœur avait bien raison de s’alarmer comme il l’a fait !! Que Dieu soit loué de ne pas nous avoir plus frappés !

….pour comble de malheur… et de bonheur ma Suzon est partie hier matin pour Paris, Georges y arrivait ce matin par l’Orient Express pour affaires. Nous le verrons ici pour 24 heures seulement….

Vierville 14/9-29

 Je vous ai fait expédier un colis postal de 20 K de poires – en gare – à manger maintenant. Les autres, pour l’hiver suivront plus tard. Réclamez votre colis.

Georges est ici depuis jeudi, il repart demain pour Paris et mardi soir pour Athènes. Tout va bien nous avons toujours un temps splendide, et vous ?

Vierville 15 septembre 1929  dimanche matin

…toute la maisonnée est à la petite messe, je suis encore au lit et la petiote rôde autour de moi s’amusant à la poupée et bavardant comme une pie. ….l’été se prolonge pour la plus grande joie des gens comme nous mais les normands hochent la tête d’un air désespéré, et les herbages jaunissent  pour le plus grand dam des grosses vaches inhabituées d’un tel régime. Tout le monde va bien y compris Georges arrivé jeudi avec Suzon. Il est presque méconnaissable tant il est amaigri et je dois reconnaître que cela lui va admirablement bien…..

……. Le mardi un petit tour pour admirer les vieux manoirs des alentours, Marie-Louise Stévenin trouve notre coin ravissant et ne parle rien moins que de trouver qq vieille maison par ici qu’elle arrangerait à son goût. Le manoir du Than lui aurait beaucoup plu…  mais il est loué pour 18 ans à cette pension de famille qui nous inonde de numéros impossibles. Il y a en ce moment un lot de vieilles dames trop coquettes qui vaut son pesant d’or.

Nous avons été à Bayeux revoir le vieux Tostain qui ne rajeunit pas, mais qui est toujours le même érudit. A ma grande joie il m’a retrouvé les 5 livres de Caumont « Statistique Monumentale du Calvados » c’est un livre plein d’intérêt et qui a sa valeur, car l’édition en est épuisée depuis longtemps…..(ces 5 exemplaires sont maintenant chez moi, et ont été reliés par Claude -  il y a eu une réédition récente)

…….Pendant cette visite à Bayeux j’en ai profité pour aller revoir mon contrôleur avec Georges, grâce à la présence de celui-ci le premier a bien voulu sortir de son mutisme ; j’avais du reste écrit à Paris qui avait écrit à la Direction du Contrôle à Caen qui lui avait écrit pour lui demander des explications. J’ai déjà retrouvé une erreur qu’il a dû reconnaître, et je suis décidée à aller jusqu’au bout, je le lui ai dit en mettant en avant le nom de notre préfet ! ….. il n’a plus bronché. Veremos !

.Jacques (de Mons) est là sans sa femme qui ne reviendra pas ici cette année, lui part jeudi pour Bernay, puis pour Laon pour des réparations d’orgues, il ne se retrouvera à Paris que cet hiver , sa femme l’y rejoindra….

Le vieux tonton est toujours à St Mandé. Adolphe est de plus en plus mal, et sa main droite se paralyse…..

Vierville  lundi 23 septembre 1929

 ……Bonnes nouvelles du Rosario dont j’ai 2 longues lettres de Simon et 1 de Jean. Je vous enverrai celle-ci la semaine prochaine, une fois que j’y aurai répondu, cela vous mettra au courant des travaux là bas. Jean ne garde guère l’espoir d’en faire qq uns, le Gouvt argentin ne semble guère pressé d’avoir recours à la main d’œuvre française, il préfère sans doute attendre que la concession soit terminée pour les faire lui même. Reste à savoir s’il en serait capable, s’il saura entretenir ce qu’il trouvera tout fait.

 Simon me dit que la grève générale a repris, mais que les céréalistes ayant menacé le gouvt  de quitter Rosario et même l’Argentine avec ses (leurs ?) capitaux, celui ci se remue et  qu’on a armé pompiers et « vigilantes ». La vue de qq carabines a rendu les meneurs plus raisonnables et tout rentre dans l’ordre.

 
Nous avons reçus des photos dues à un appareil que l’on vient d’offrir aux petits. Ce n’est pas mal fait, et les divers personnages ont leurs têtes, leurs jambes et leurs bras, cela ne rappelle guère les premiers essais que tu sais, mon Jean, te rappelle-tu ?

Les enfants ont repris les stations à la plage avec leurs amis Collières. Et cependant celle-ci se déserte de plus en plus, tous les Parisiens  sont partis , c’est vraiment délicieux de se retrouver entre normands.

Il faut absolument songer à la rentrée et la vieille maison a des airs délabrés d’abandon, on range, on tape et on frotte de tous les côtés….

Une lettre de Tantine m’apprend son retour à Paris avec Claude et Micheline, le midi se montrant très inclément et presque froid…
Le vieux tonton est encore à St Mandé, la semaine a été moins mauvaise pour le malade, et il pense maintenant à rentrer à Cherbourg. Y restera t-il ?Je ne sais rien de ses projets. L’état de son pauvre frère peut se prolonger encore et on a vu de ces malheureux paralytiques vivre de longs mois et même des années.

….J’ai fait une visite intéressée aux poiriers ce matin et je pense que je pourrais vous expédier une caisse à la fin de la semaine, avant de partir. …. Bien dommage seulement que je ne puisse pas vous envoyer un peu de ces bons légumes, tomates, melons, dont nous nous régalons encore.

(Le 7 octobre,  Nany et Suzon ont été passer 48 heures au Verdon voir les Hausermann qui ont annoncé la naissance prochaine de leur premier bébé)

Paris samedi 19 octobre 1929

 … Bonnes nouvelles de Rosario, les Seroux s’apprêtent à venir en France et Simon les envie, Charles Martin s’est embarqué pour l’Algérie, Tunisie, via Cherbourg, je le verrai sans doute, son père a acheté des mines de plomb e de cuivre en Afr. du Nord…

… la vie a repris son cours comme si de rien n’était (ô sacrée vie !) et l’on va, et l’on marche toujours, vers l’avenir que l’on espère, que l’on souhaite……les petits travaillent avec bonne humeur…..

……Le vieux Tonton est parti pour Cherbourg tout larmoyant. Son frère se refusait à payer son loyer, il se voit forcé de déménager, il va tout m’envoyer à Vierville ; il fait tout l’effet d’une brebis bêlante prête à être tondue, son frère a été odieux et a prévenu sa cousine qu’il pousserait Robert à bout (sic) Comme celui-ci se plaignait devant lui de quitter tout ce qui avait été sa vie, il lui a répondu d’un ton sec « Inutile de revenir là dessus, c’est une affaire réglée » Quel pauvre cœur ! Il a aussi demandé à son frère s’il avait l’intention de reprendre du travail, Robert a répondu  non, et lui « c’est bien » La férocité de l’un égale le manque d’orgueil de l’autre, et je pense à la pauvre Mara qui a dû souffrir de bien des choses, sans se plaindre. Je vais prévenir Léon qui casera tout le mobilier dans les chambres de bonnes et au grenier. Je ne veux pas que l’on passe par le grand escalier et je n’irai pas à Vierville, ils feront au mieux sans moi…..

…. Je ne me rappelle plus si je vous ai dit que j’étais en pourparlers pour acheter un petit bout de terrain suivant le champ de Coulmain, c’est je crois tout ce que l’on peut espérer de ce côté là. Cela peut-être intéressant plus tard, au cas où l’on voudrait tirer parti du Costil.

…..Le patron de l’hôtel de la gare du Molay s’intéresse de nouveau à la Brasier, et comme celle-ci n’est pas vendue, je viens de lui écrire qu’elle est ici. Veremos !

Paris 27 octobre dimanche matin

….Ce qui est encore plus navrant c’est l’état de Suzanne Dessus que je suis allée voir mercredi. La pauvre fille ne se lève plus, elle fait du 39° tous les jours ! elle était pourtant bien jolie encore dans toutes ses dentelles et emmitouflée dans un ravissant manteau de lapin blanc mais quelle maigreur ! et quelle tristesse aussi pour son mari et sa pauvre mère ! J’en suis revenue le cœur bouleversé et je n’ai pas donné les vraies nouvelles à ML Stévenin que j’ai été embrasser au train de 10h vendredi matin. A quoi bon attrister vos frères et sœurs, à Rosario puisque nous ne pouvons rien changer à la situation ?

(Flondrois) m’a causé longuement des affaires de Rosario, je crois que Gilbert y a laissé son titre d’administrateur délégué pour lequel il est insuffisamment préparé et avec cela beaucoup trop jeune (n’en parlez pas). Il y a aussi bien d’autre choses dont il m’a fait confidence et que j’hésite à confier à ce papier….

….Philou fait ses premières armes de latin avec un grand diable d’abbé qui est plein de dévouement pour son rôle.

…..(Flondrois) se prépare à repartir en Bretagne pour planter des choux, ceux-ci sont aussi nécessaires que les fleurs jolies et il commence à le sentir. Il avait très fort admiré la tenue de notre jardin à son dernier voyage à Vierville et je ne m’étonne plus maintenant que j’ai su par Truus, qui a entraîné son mari et ses enfants à Concarneau  cet été, que son jardin, à lui, était fort joli mais très mal tenu. La brave Truus ne s’est pas gênée et elle a demandé au garde de visiter – Flondrois était dans les Vosges – elle me vantait la situation, la vue, le jardin joliment dessiné, la rivière,  mais par contre la villa est plus que quelconque, sans style – pire – avec tous les styles, et je m’étonne que Flondrois qui a du goût s’y soit arrêté.

….Le vieux Lebastard me fait part, confidentiellement,  que Feutry s’informe du cadastre de la parcelle de terre qui suit le champ de Coulmain, c’est de moi qu’il s’agit, mais il n’en savait rien, et je lui suis bien reconnaissant de cette marque d’amitié…..

…..Rien de nouveau de Tonton qui réunit dans une malle ses affaires personnelles et un peu de linge de maison… quelle tristesse pour lui, et pour moi aussi je l’avoue. Cela me peine de le voir se séparer de ce qui a été sa vie pendant qq 40 ans, vraiment son frère est inexcusable. Tout le reste partira en camion pour V. par les soins de Noyon. Cela n’aurait pas fait de mal que j’y sois, mais j’ai peur du mauvais temps…..

Paris  2 novembre 1929

…. Bonnes nouvelles de Rosario, où le printemps s’annonce. Jean travaille ferme aux nouveaux quais, et discute lui-même avec le gouvt. Rambourg est toujours à BA ou au Riachuelo, il a tout de même mis de l’eau dans son vin et déclare qu’il a besoin de repos, sa tension artérielle enregistrant 23 – c’est un peu beaucoup trop – Qu’est ce qu’il attend ? Gilbert ne part pas maintenant, Stévenin a le meilleur espoir et la Société continue à appliquer les anciens tarifs malgré le gouvt. Il faut croire que les affaires marchent, car malgré la baisse de la Bourse à Paris, les actions (du Port du Rosario) montent régulièrement.
Toues les santés de nos américains sont bonnes et les petits travaillent bien….

. J’ai chargé le vieux tonton de mettre des fleurs au cimetière, ici, à part la tombe de grand mère Hausermann très bien entretenue, les autres étaient totalement à l’abandon, j’ai dû faire un vrai nettoyage sur celle de l’oncle René….(de qui s’agit-il ??)

Truus avait demandé au garde de visiter la propriété de Flondrois en l’absence de celui-ci…(je me demande ce qu’il en aura pensé) Donc le jardin est plein de jolies fleurs et très bien tracé, mais très mal tenu… plein de mauvaises herbes, les allées également, le jardin potager est un champ embroussaillé, quant à la maison elle est horrible (sic)…..pour la tenue du jardin cela m’étonne moins. Je vois assez lorsqu’il est à la maison, Léon est toujours avec lui pour son auto, il doit occuper son jardinier à mille choses à côté de son ouvrage, il lui faudrait plus de monde autour de lui. Nous l’avons rencontré l’autre jour à l’exposition des chrysanthèmes.

Je comprends que tu n’aies pu aller à V. malgré l’aimable lettre de de Mons, qui t’invitait bien à St Sever. Ce sont de bons amis………Si tu vois un jour la possibilité d’assister à une de ces séances du conseil, écris moi aussitôt, je t’enverrai ce qu’il faut pour ton voyage, mon Jean, il ne serait pas mauvais que tu fasses acte de présence mais vous avez d’autres motifs de dépenser votre budget sans le mettre au service de la République ( !!)

Paris 11 novembre 29

 ….A Rosario Jean espère bien avoir les travaux des voies, il comptait encore sur la venue de Gilbert, mais celui ci n’ira pas maintenant. Rambourg vient d’avoir une double otite, et son médecin de BA réclame pour lui le repos absolu.
Les petits vont très bien, on a dû fêter les 8 ans de mon François ces jours derniers, comme nous avons fêté les 11 ans de mon Philou jeudi…

 

…On a opéré la petite Micheline cette semaine, tout va aussi bien que possible, espérons que les pauvres gens s’en tireront tout à fait bien cette fois ci.

….les nouvelles de Suzannette ne sont toujours pas plus brillantes. 
J’ai été consulter Mr Dessus pour mes impôts …agricoles !!   Il m’a promis d’examiner la chose de très près, et à première vue a découvert des erreurs, à mon détriment bien entendu. Ils ne m’ont pas encore ceux là non plus.

Les meubles du vieux Tonton sont à V. et celui-ci est rentré à Paris, son frère est aussi méchant que malade… et cela pourrait s’éterniser…..

Paris jeudi matin 21 nov. 29

(Les Cordelle ont annoncé leurs espoir de naissance pour mai 1930)

 …Je vous envoie donc une lettre – renvoyez la moi  voulez-vous – reçue par avion, qui me comble de joie, vous en verrez la cause, quelle belle année se prépare pour nous tous avec l’arrivée de ces 2 petits que j’aime déjà si tendrement dans mes rêves, nos américains ont aussi le sourire, voici une petite fille qui sera le bienvenue, mais si c’est un garçon je ne sais vraiment ce qu’on en fera…je le prendrai, c’est la seule solution….Mes 2 garçons sont très excités, en pensant à ces nouveaux venus, on les voit déjà partageant les jeux… Philippe préférerait décidément 2 garçons, les filles c’est bien moins docile qu’on le croirait.. Jean Pierre  hésite…

…voici une fille qui sera le bienvenue, mais si c’est un garçon je ne sais vraiment ce qu’on en fera…je le prendrai, c’est la seule solution.

…pour le vieux tonton rien de changé du côté de son frère, toujours aussi méchant que malade. Le Dr ayant revu tonton qui souffre,  parle très sérieusement de l’opération de la prostate et Adolphe conseille d’aller à l’hôpital prendre une consultation gratuite, je suppose qu’il se contenterais pour son frère de l’hôpital pour l’opération elle-même, quel pauvre être !

Micheline Collard se remet bien, elle est encore rue de la Chaise (où se trouve encore Poincaré) Tantine et Robert étaient près d’elle à ma dernière visite, ce dernier a bonne mine.

…..J’ai décidément gain de cause avec mon contrôleur de Bayeux, Mr Dessus m’a même orientée sur de sérieuses économies l’an prochain sur mes déclarations d’impôts, et… là c’est un succès, on me remboursera ce que j’ai versé en trop cette année. Je dis bien : remboursera, c’est bien la première fois que je verrai l’Etat rendre qq argent, généralement c’était : à valoir, mais Mr Dessus connaît toutes les ruses, j’ai le sourire mais mon contrôleur de Bayeux aura de la peine à digérer cela, le pauvre homme.

……On pile cette semaine à Vierville, grave affaire pour nos gens que cette fabrication du cidre ! J’ai bien envie d’y aller faire un tour. Avez-vous reçu un colis de fruits ?…..

Mercredi  4 décembre 1929,  Paris

……Bonnes nouvelles du Pirée et de Rosario, ils ont froid en Grèce, on transpire en Argentine, mais les santés sont bonnes…

……Le vieux tonton va mieux, et l’opération paraît évitée pour le moment, j’ai vu Adolphe, qui n’est pas plus mal, au contraire il avait insisté pour que j’aille lui parler. Nous avons donc échangé des idées sur l’installation actuelle de Robert, sur son déménagement que je trouve bien prématuré ; je n’ai pas caché ma manière de voir qui n’est certes pas la sienne, il paru plusieurs fois assez songeur, mais il n’a rien dit à Robert, ni à sa cousine de notre entretien. Celle-ci prétend qu’il le rumine. C’est possible. …

Mercredi 18 décembre 1929  Paris

 …Bonnes nouvelles de Rosario où toutes les santés sont excellentes malgré la chaleur qui commence à se faire sentir. Simone ne se plaint de rien et ils ont f^té gaiement les 8 ans de François, leurs 9 années de bonheur et les 7 ans de Michel. Toutes ces dates tombent au même moment, les boys assez gourmands apprécient cela comme il le faut, cela se traduisant par des gâteaux aux bougies crémeux et appétissants…

Mes bons enfants, vous avez dû recevoir mon petit mot mis à Vierville, j’en suis revenue lundi soir après avoir passé qq heures de solitude dans la vieille maison et avoir rempli mon pieux pèlerinage habituel. Le temps qui s’était bien arrangé m’avait permis de me mettre en route, mais en Normandie si j’ai trouvé une température très douce, j’y ai aussi trouvé une bruine serrée qui rendait le paysage gris et triste. Il a fallu arborer le suroît et les sabots pour les qq sorties indispensables, avec cela on est à l’abri des éléments, et je suis rentrée sans dommage à Paris, heureuse de ces quelques moments dans notre chère maison où je retrouve le souvenir de tout ce qui me remplit le cœur.

J’ai vu nos amis de Mons qui m’ont accueillis avec des cris de joie, j’y ai rencontré de Pierres, encore à Gruchy, vu notre curé, qq bonnes gens du village, à tous j’ai annoncé les chers espoirs de l’année qui vient, (les naissances attendues chez les Hausermann et les Cordelle, en 1930) et je suis chargée de vous transmettre les félicitations, les souvenirs, les amitiés, les bonjours de tous.

Chez nous tout était bien, la maison est en état de passer l’hiver et le jardin fin prêt pour aborder les gelées à venir. On émondait les arbres près du mur du bois, à la demande de nos voisins et j’ai vu Le Berruyer pour réparer 2 pans de murs que la tempête passée avait fortement ébranlés….

…je ne sais encore ce que je ferai le jour de Noël, les enfants iront chercher leurs jouets rue du Petit Musc, sans doute irons-nous au cimetière avec le vieux tonton qui aura déjeuné avec nous…

 

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