Voyage des  Hausermann au Chili,
en 1909

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Il nous reste de nombreux vérascopes de ce voyage, conservés par Jean-Paul: le train, les voitures, les mulets, la grande statue du Christ sur le col, les 3 enfants sur une plage de sable noir (du basalte, souvenir de Simone). Les photos montrent des voitures attellées de 4 mulets de front et une caravane de mulets transportant les voyageurs pour la partie la plus  dure du trajet
 
 
Pour voir ces vérascopes, cliquez sur
Traversée des Andes 1
Traversée des Andes 2
Traversée des Andes 3
Plages du Chili
Le port de Valparaiso

Vous pouvez consulter également un carnet de comptes de Daddy au Chili en 1908

En 1908, le voyage de Buenos-Aires à Santiago du Chili ne pouvait se faire complètement en chemins de fer. Il fallait soit prendre un paquebot et faire le tour par le cap Horn, soit prendre le chemin de fer, mais il fallait le quitter pour passer la col des Andes à dos de mulet, solution qui a été utilisée par Daddy accompagné de Nanny et des 3 enfants Suzanne, Simone et Jean Hausermann.

Le tunnel ferroviare sous les Andes a été mis en service en 1910:


Retour accueil

 

 rédigé par Brigitte Gambier (née Chedal Anglay)
raconté en octobre 1989
 
 

     "Avant de revenir définitivement en France, nos grands-parents Hausermann ont décidé de faire un voyage en famille au Chili. La plus grande difficulté de ce déplacement, presque une expédition pour l'époque, était la traversée des Andes. 
            De l'Argentine au pied de celle-ci, il suffisait de prendre le train, mais ensuite l'ascension puis la descente côté Chili se faisaient en voiture, probablement une espèce de diligence couverte, et attelée de mules. Il me semble me souvenir que ces animaux étaient au nombre de six. Cette partie du voyage, probablement très mouvementée et pittoresque, semble avoir beaucoup frappé Maman (Suzanne Chedal Anglay) et Tante Simone (Simone Cordelle) alors adolescentes. Totony (Jean Hausermann) ne m'en a jamais parlé, mais il était évidemment encore très jeune. 
          Comme de coutume lorsque l'on entend deux versions du même fait, celui-ci semble bien différent selon la personnalité de celui qui s'exprime et les caractères et les intérêts des deux soeurs font apparaître des facettes très diverses de cet événement de leurs jeune vies. Je vais donc essayer de me souvenir des détails qui m'ont le plus frappée et amusée tant par leur pittoresque que par leurs complémentarités. 
           Seuls les voyageurs avaient droit à la voiture, les bagages, nombreux à l'époque, étaient transportés à dos de mulet. On arrimait les charges de chaque coté de l'animal en essayant d'équilibrer les poids. C'est ainsi que la caisse à chapeaux de notre grand-mère avait été surmonté d'un gros caillou peu adapté à son épaisseur. De taille respectable (un cube de 70 cm environ), elle était fort légère ne contenant que des chapeaux (deux ou trois empilés sur chacune des six faces)des écharpes et des gants au milieu.(cette malle à chapeaux a été conservée chez Yves à Vierville)

          Les mulets chargés, on leur donnait un grand coup de fouet, et ils se hissaient à grands coups de reins sans aide ni surveillance. Malheur à celui qui n'avait pas le pied sûr, ou aux bagages qui se détachaient. C'est ainsi que Nany surveillait avec grande inquiétude sa malle à chapeaux à chaque détours du chemin craignant de retrouver ses couvre-chefs écrasés par le fameux caillou. 
Le couvercle a du résister puisque chaque été, même après le débarquement, on profitait d'une journée pluvieuse à Vierville pour ouvrir le grand coffre sous l'escalier et vérifier l'état de certains chapeaux revenus de ce long voyage. On ajoutait de la naphtaline non sans oublier de les essayer à la grande joie des assistants. Tailles plus que respectables, même ceux des fillettes (feutre façon boy-scout beige pour le voyage, tulle blanc et fleuri, pour les dimanches (?). Nany en avait un sur lequel trônait une mouette aux ailes déployées. C'est dire son envergure ! ... 
           Dans la patache (voiture de mauvaise qualité), autre histoire de chapeau,- Maman était assise en face d'un voyageur de commerce, veuf et accompagné de ses deux enfants. Celui-ci, ne disposant pas de malle adéquate et ne pouvant se séparer des chapeaux qu'il possédait car ils étaient, à l'époque, indispensable à son emploi, les avait tout simplement empilés sur son crâne, haut de forme, feutre, canotier enfin pour couronner le tout. Cela devait en effet avoir une allure cocasse… 

          Tante Simone plus attirée par nature vers la gent animale avait remarqué que le muletier était manchot. Il conduisait donc ses bêtes, les rênes entre les dents, le bras valide maniant le fouet avec énergie pour animer ses bêtes tant à la montée qu'à la descente qui lui avait laissé un souvenir impressionnant. On conçoit assez bien que la vitesse combinée aux lacets de la route ouvrant sur des à-pics devaient donner le vertige. 
         Arrivée à Lima (ou plutôt Santiago??), descente dans le palace de la ville où Maman tomba presque aussitôt malade. C'était la typhoïde, maladie très grave et très contagieuse (une des seules dont elle ait jamais souffert avec une grave pleurésie vers la trentaine). Sur les conseils de l'ambassadeur de France peu confiant dans les services de l'hôpital local, Daddy dût louer un étage entier de l'hôtel pour y soigner sa fille pendant 40 jours. 

          Les coutumes du Chili étaient très spéciales et même arriérées, comparées à celles de l'Argentine. Ainsi Nany dut emprunter une de ses longues mantilles à l'ambassadrice pour aller à la messe le dimanche. Honte à la pauvre femme qui apparaissait au service avec un chapeau, c'eut été s'afficher comme une "fille perdue"! 
        Je doute que la maladie de Maman ait vraiment permis à nos grands-parents de visiter la Chili selon leur intention, d'ailleurs aucun autre souvenir, ni du séjour, ni du retour ne m'a été conté, quel malheur que je n'ai pas été plus curieuse…