L'Entreprise Hersent et Eugène Hausermann

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Hildevert Hersent


"H.Hersent a le plaisir de mettre 10.000F
(200.000F actuels)
à la disposition de M.Hausermann 
et le prie de lui dire où il voudra les toucher
ou s'il désire acheter des valeurs ?
et lesquelles?" (début 1901)


Georges Hersent, vers 1910

 

L'entreprise de Travaux Publics Hersent a été fondée dans les années 1870-1880, par Hildevert Hersent, qui a commencé sa carrière, parait-il, en poussant la brouette sur des chantiers. Son dynamisme et son savoir-faire ont rapidement hissé son entreprise au rang des grandes maisons françaises de travaux publics et maritimes, se développant ensuite dans le monde entier. 

Elle a été dirigée successivement par son fondateur (mort en 1904), ses 2 fils, Jean et Georges Hersent (de 1904 à 1925 environ), puis par les 2 petits-fils, Gilbert et Marcel Hersent (jusque dans les années 50), ensuite par un arrière petit-fils, Claude Hersent.

C'est donc cette entreprise familiale qui a embauché 4 personnes de ma famille proche, mon grand-père, son fils et ses 2 gendres:
           Daddy, mon grand-père, embauché en 1891, a eu affaire surtout à Hildevert puis Jean et Georges Hersent. 
           Mon père, Jean Cordelle, embauché vers 1923, a surtout connu Gilbert Hersent. 
           Mon oncle, Geoges Chedal-Anglay (qui a notamment été longtemps au port du Pirée en Grèce pour les Hersent, autour des années 1925 à 1935), connaissait plutôt Marcel Hersent.
           Enfin, mon oncle Jean Hausermann (Toutouni) a aussi travaillé pour Hersent entre 1927 et 1946 (à Bizerte, en 1927, puis au Verdon 1928/31, puis en Argentine, à Rosario 1931-41, et enfin à Buenos-Aires 1942-46).

Cette entreprise a connu sa plus grande activité entre les 2 guerres. Elle a ensuite été lourdement handicapée par la guerre de 1939-45, qui a rompu ses liens avec les activités à l'étranger, et qui lui a fait perdre ses activités françaises, n'ayant pas voulu travailler pour les Allemends. Elle n'a pas licencié ses principaux collaborateurs et a vécu sur son capital. Après la Libération, malgré les travaux de reconstruction puis ceux liés au développement économique des "Trente Glorieuses", elle n'a pas retrouvé sa place ancienne dans les travaux publics,  se convertissant progressivement en société de gestion de capitaux (notamment Financière du Port du Rosario, Brasseries Quilmès, etc...).
Voir une étude faite par l'Ecole Centrale sur les Hersent.

Daddy y a travaillé 33 ans de 1891 à 1924, liant des liens d'amitié fort avec la famille Hersent. Ces liens des avec la famille se sont poursuivis sans nuages avec mon père, Jean Cordelle, légèrement plus difficilement avec mon oncle Georges Chedal-Anglay qui y a néanmoins fait toute sa carrière, et liens qui se sont rompus avec mon oncle Jean Hausermann qui a  quitté la maison Hersent après la guerre et les difficultés inévitables d'une séparation de 5 ans entre la direction française et ses représentants en Argentine.

On a conservé une partie de la correspondance essentielle entre les Hersent et Daddy, entre 1904 et 1911. Pour bien la comprendre il faut se rappeler que la valeur du franc (que l'on appelait franc-or) de l'époque était stable depuis des générations, sinon des siécles et n'a commencé à se dévaluer qu'à partir de la guerre 14-18. A cette époque 1 Franc-or de 1910 valait 20 F actuels de 1999, pour autant que ces rapports aient une signification, il s'agit d'ordres de grandeur.

Il faut aussi se rendre compte des distances et des délais pour les voyages et le courrier: 3 à 4 semaines de bateau entre la France et l'Argentine, des communications exceptionnelles par cablegramme. L'avion n'existait pas commercialement avant l'après guerre 1945, sauf exceptionnellement. Le courrier avion a commencé à passer régulièrement dans les années 30.

Ci contre une carte de visite de daddy:

"EUGENE HAUSERMANN
Ingénieur de M.M. Hersent"

On a conservé ainsi: 

       -- Une carte de Hildevert Hersent, (ci-contre) remettant 10.000F (donc 200.000F actuels), acompte sur résultats Tunisie, (ci-contre), datant du début de 1901.

       -- Une lettre de Hildevert Hersent du 11 juin 1901 (page 4941), portant ses appointements mensuels de 500F à 1000F à compter du 1er juin, et lui annonçant une participation aux bénéfices.( Daddy est directeur à Bizerte depuis novembre 1897).

A titre indicatif (une petite note manuscrite de Daddy) on sait aussi que ses appointements ont varié ainsi:
  Nov. 1891,  Bordeaux, Paris, Lison: 200F par mois
  Août 1897, Toulon                          350F par mois
  Nov. 1897,  Bizerte                         500F par mois
  Juin 1901,  Bizerte                        1000F par mois
  Juin 1904,  Dakar                          2000F par mois
  Juill.1905,  Rosario 1500 pesos ou 3300F par mois       +4400F annuel pour logt.
  Avril 1906, Rosario 2000 pesos ou 4400F par mois        +4400F annuel pour logt.
                congé en France, 6 mois en 1912  : 2200F par mois
  Début 1913, à Paris,                    1960F par mois
  Ensuite, à Paris                                ????


           -- Une lettre de Hildevert Hersent du 1er oct. 1903, remettant 25.000F , nouvel acompte sur résultats  Bizerte.

           -- Une lettre de Jean Hersent du 21 décembre 1904 (page 4942), servant de contrat pour les conditions de travail à Dakar (Daddy y a été directeur à partir de juin 1904). Cette lettre est bordée de noir en signe de deuil, car Hildevert Hersent est décédé peu auparavant. La lettre précise ses appointements et sa participation aux bénéfices de 7%.

           -- Une lettre de Georges Hersent du 29 avril 1905 (page 4943), il envisage de lui confier des travaux à Rosario en Argentine, conditions un peu délicates, mais situation pleine de promesses d'avenir. Il part pour l'Argentine le 28 juin et lui propose de prendre (éventuellement avec sa famille) le même bateau qui fait escale à Dakar début juillet.

          -- Le 9 mai 1905, Eugène Hausermann confirme par lettre (page 4944) l'accord de principe télégraphique, indique qu'il embarquera à Dakar, mais que sa famille ne rejoindrait que dans quelques mois, ayant des affaires à régler en France avant une absence de plusieurs années.

         -- le 27 mai 1905, par lettre,  Georges Hersent accuse réception de l'accord de Daddy.

Le 20 juillet 1905, Georges Hersent et Eugène Hausermann sont arrivés à Rosario et les Hausermann s'y sont installé pour plusieurs années, sans prévisions de retour. Eugène Hausermann était interessé aux bénéfices pour 10%.

         -- Le 7 mars 1906, Eugène Hausermann a écrit aux deux frères Hersent (page 4945), exposant la situation difficile du chantier, et également sa situation personnelle. Il souhaite son amélioration ou envisage de ne pouvoir rester en Argentine. Il fera le maximum en tout état de cause pour que le chantier avance dans les meilleures conditions possibles. La lettre est très pessimiste et arrive vers le 4 avril 1905 à Paris.

         -- Entre temps, les Hersent avaient écrit le 27 mars 1906 une lettre (page 4946) qui n'est arrivée que vers le 24 avril 1906. Les Hersent se disaient satisfaits des efforts faits à Rosario, et remettaient à Daddy 25.000F à titre d'acompte sur les résultats Bizerte, Dakar et Rosario.

         -- Le 4 avril, ayant reçu la lettre inquiéte de Daddy du 7 mars, les Hersent envoyaient un télégramme chiffré  à  Rosario, donnant accord à Daddy et annonçant leur lettre du 27 mars qui n'était pas encore arrivée à Rosario.

         -- Les 9 et 12 avril 1906, Georges puis Jean Hersent écrivent (page 4946) personnellement à Daddy avec l'objectif de le rassurer complétement en faisant valoir les raisons pour lesquelles les travaux en cours devraient avoir un fin satisfaisante à tous les points de vue. L'avenir a montré qu'ils avaient raison.

         -- Le 25 avril 1906, Daddy répond (page 4945)aux courriers des 27 mars et 4 avril en remerciant des marques de confiance qui lui ont été manifestées.

         -- Quelques mois plus tard, le 30 octobre 1906, les Hersent envoient à Daddy le télégramme chiffré suivant:
              " Hersent Rosario - FELICITONS  OMLOMMEREN  ZETIJZER." qui signifie "Félicitations - Nous vous adressons- 20.000F"
Il semble qu'une étape importante du chantier ait motivé cet envoi.
 

         --  en fin d'année 1906 et début 1907, les Hersent font les comptes de Sidi-Abdallah, Bizerte et Dakar (page 4947) et attribuent à Daddy la somme de 40.000F pour solde. Au total Eugène Hausermann aura donc reçu comme gratification et % sur les bénéfices sur ces 3 affaires un total de 117.000F, soit 2,3 millions actuels, se détaillant ainsi selon une note manuscrite de Daddy:
                     nov 1898   12.000F
                     mai 1901   15.000F
                     oct  1903   25.000F
                     mars 1906 25.000F
                     janv  1907  40.000F
Les Hersent eux, comptent au total 119.000F mais ils n'en sont pas sûr...Daddy n'a pas contesté, il ne devait pas en être à 2.000F près.

         -- Le 9 juillet 1907, Georges Hersent écrit (page 4948) à Daddy, lui remettant 100.000F sur compte de sa part bénéficiaire Rosario. Daddy prévoit l'emploi moitié à Rosario, 20.000F en obligations Rosario, le reste en titres d'empunts chinois, japonais ou autres. On peut penser ce que l'on voudra de ce choix, c'était l'époque des emprunts russes!

        -- Le 14 septembre 1908, Georges Hersent écrit (page 4948) à Daddy et lui remet à nouveau 100.000F en avances sur Rosario.Il lui demande de se renseigner sur les projets d'extension du port de Buenos-Aires, et s'il pourrait plus tard le cas échéant s'en charger sur place.
         - Daddy répond le 15 octobre 1908 (page 4948), en détails, racontant la visite prometteuse du ministre des TP argentin et les tentatives infructueuses des Pouvoirs Publics, "entièrement acquis aux anglais", pour remettre en cause le contrat de concession de la Société du Port de Rosario.
Il renseigne aussi sur les projets de Buenos-Aires, mais souhaite ne pas s'engager encore pour de longues années en Argentine et il en donne les raisons.

       -- Le 12 janvier 1909, Jean Hersent écrit (page 49490) pour remercier des félicitations adressées (J. Hersent a dû être décoré). Il demande que Daddy organise un repas à son compte particulier pour arroser sa décoration. Il adresse à Daddy ses compliments pour la bonne marche du chantier.

      -- Le 28 octobre 1909, Georges Hersent adresse ses félicitations pour l'achèvement des fondations des quais amont et lui remet 100.000F en acompte sur sa participation.

      -- Le 29 octobre 1910, Georges Hersent autorise un nouveau prélèvement de 100.000F pour la participation de Daddy qui remercie le 26 novembre, prévoyant de garder 50.000F en Argentine et 50.000F en obligations Rosario. Il semble que, pour Daddy,  les conditions de souscription de ces obligations étaient particulièrement avantageuses par rapport à leur cours en Bourse.

          -- fin 1911, G.Hersent verse un nouvel acompte de 100.000F le 31-10-1911,  Daddy remercie le 30-11-1911 (page 49493), et parle de son prochain retour en France "après 14 ans de pays chauds".

Les Hausermann sont rentrés en France en mars 1912, ont pris 6 mois de congé pour se soigner et se reposer ( Daddy était malade du foie, Nanny avait du paludisme).
Par la suite Eugène Hausermann a travailleé au siège des Hersent, 60 rue de Londres, comme directeur technique jusqu'à sa mort en  février 1924.

On n'a pas d'indications sur ses revenus à partir de 1913. Au titre des gratifications sur les travaux du Port de Rosario, il a apparemment perçu de 1906 à 1911 un total de 520.000Francs-or, soit environ 10 millions de F 1999.
On sait aussi que l'acquisition du château de Vierville lui a coûté 137.000Francs-or en 1910 et 1911, sans compter les travaux et le mobilier.

           - Une carte de Georges Hersent du 31 déc. 1925 adresse à Nanny une somme de 68.000F  gratification pour un chantier qu'il avait dirigé.
 
 
 
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