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UNIVERSITE
LUMIERE LYON II
ECOLE
DOCTORALE SCIENCES SOCIALES
Doctorat
d’histoire VASQUEZ Jean-Michel
UNE
CARTOGRAPHIE MISSIONNAIRE.L’Afrique de l’exploration à l’appropriation,au nom du Christ et de la science(1870 – années 1930).
Thèse
dirigée par M. Claude Prudhomme. Soutenue le 21 décembre 2007
Remerciements
« Parmi les nombreux archivistes et documentalistes que cette recherche
m’a invité à rencontrer, je tiens à remercier particulièrement le personnel
des Œuvres Pontificales Missionnaires de Lyon, l’archiviste Mme Odile
Lolom, la documentaliste Mme Laurence Broglie et les bénévoles.
Tous ont contribué par leur professionalisme
et leur gentillesse à faciliter mes recherches.
Lors de mes séjours à la maison des Spiritains de Chevilly-la-rue,
le Père Vieira, archiviste de la congrégation, a toujours manifesté
un intérêt pour le sujet, et encouragé mon travail en plaçant à ma disposition
des documents essentiels. J’adresse toute ma sympathie à la communauté
de Chevilly qui réserve toujours un accueil chaleureux et bienveillant
au chercheur. Merci aux nombreux missionnaires qui ont bien voulu témoigner
de leur expérience : les Pères Bernard (missionnaire au Cameroun),
Bertrand (Haïti), Ernout (Congo-Brazzaville), Sillard
(Gabon), Wauters (Congo). »
« Graveurs et imprimeurs
Le
recours aux spécialistes que sont les graveurs et les imprimeurs pose
la question des modifications apportées au document d’origine :
la carte est-elle retouchée avant sa publication ? La réponse est
sans doute négative. Dans tous les cas, les cartes ne subissent pas
le même traitement que les dessins. Comme l’a montré J.L. Burlats, des
dessins originaux pouvaient être retouchés, au siège des Missions catholiques
à Lyon, dans un souci de dramatisation150. Ce n’est apparemment pas
le cas des cartes pour lesquelles ne sont admises que des améliorations
de figuration. C’est du moins ce qu’ont montré, après consultation des
différents fonds d’archives, la comparaison entre les cartes originales
encore détenues par les congrégations et leur version imprimée151. De plus, le recours à des
graveurs attitrés, parfois renommés, est gage pour certains de sérieux.
Pour les cartes habituelles, la principale difficulté reste la superposition
des toponymes : il s’agit de rendre le document suffisamment clair,
mais sans masquer les nombreux renseignements qu’il est souvent le seul
à proposer à cette échelle. Pour les cartes-primes en couleurs, la représentation
du relief ainsi que l’utilisation polychrome constituent les points
les plus délicats. Mais la revue préfère s’adresser dans ce cas au spécialiste.
L’absence
d’archives concernant les publications de la revue occulte deux aspects
de nos cartes : leur coût exact de gravure et d’impression et le
rôle qu’ont pu jouer certains graveurs dans la valorisation de ces documents.
Il faut donc s’en tenir dans un premier temps aux indications fournies
par les cartes elles-mêmes au pied desquelles figurent quelques noms.
En général, les cartes les plus intéressantes sont gravées, les autres
simplement redessinées, mais le même spécialiste assure souvent les
deux activités. Le terme de graveur fait sans doute davantage référence
au savoir-faire technique ; celui de dessinateur, doublé de géographe,
implique des connaissances scientifiques rassurantes. Wuhrer
est le graveur le plus souvent cité dans les premières années de la
revue. Il y est aussi question d’un certain Roux. Mais surtout, et dès
1879, la revue prend soin de recourir à la même personne, le dessinateur-géographe
Rémi Hausermann. Chargé en 1879 de graver
la carte de l’Afrique équatoriale transmise par le RP Charmetant, Hausermann accomplit
un travail rigoureux qui lui vaut de devenir le dessinateur attitré
pour produire tous les documents qui représentent une certaine valeur.
C’est lui qui reprend la carte du RP Carrie sur la route du Loango à
l’Oubangui en 1888 ; c’est aussi lui qui représente le voyage insolite
du RP Le Roy au Kilimandjaro et au Zanguebar
anglais en 1892, ou bien les environs de Madagascar d’après le RP Roblet
en 1895.
Mais
son rôle est essentiel dans la réalisation des grandes cartes-primes
offertes aux abonnés. Hausermann a représenté les missions sur tous les continents,
en privilégiant une image claire, soignée et surtout en couleur. De
grand format, sa carte est destinée à être montrée, exposée. Hausermann travaille dans des conditions confortables. Il
ne connaît pas la concurrence car peu de travaux portent sur la représentation
des missions et de la hiérarchie ecclésiastique. Les seules commandes
proviennent des publications de l’Œuvre de la Propagation de la Foi
qui exercent un véritable monopole. Ainsi, ses cartes parce qu’elles
traitent d’un sujet relativement statique, ne subissent pas la pression
éditoriale et ne craignent pas d’être trop vite dépassées par les plus
récentes découvertes. Rémi Hausermann est
intimement associé au projet initial de la revue qui était de couvrir
toutes les missions du monde. Son nom apparaît dans le corpus général
à 42 reprises dont une trentaine pour les cartes-primes ; sur l’Afrique,
il signe 22 documents dont une dizaine pour les grandes cartes. Les
conseils de l’Œuvre parlent de lui dans la correspondance qu’ils échangent
entre Paris et Lyon152. Hausermann
s’est de son côté spécialisé dans les publications scolaires avec de
nombreux Cahiers muets de géographie ou des manuels de cartographie
élémentaire. Ses recherches sur les vertus pédagogiques de la carte
en géographie se retrouvent facilement dans les documents qu’il destinait
aux Missions catholiques : simples d’aspects, riches d’information
et pratiques de consultation153. Il donne aux cartes de
la revue un style inimitable qu’il reproduira sur l’ensemble du corpus
des années 1880 à 1915. En reprenant pour chaque carte les mêmes
modalités de représentation, de couleurs comme de calligraphie, il donne
une unité au corpus des cartes-primes. Son travail incarne le désir
de collection que poursuivait la revue154.
Les
techniques de représentation connaissent chaque jour des améliorations
dans la seconde moitié du XIXè. Le seul Bulletin
de la Société de géographie consacre déjà dans les années 1840 une centaine
de pages sur les progrès de la science parmi lesquels les procédés de
cartographie. La gravure consiste en une plaque de support variable
sur lequel est gravé au burin le dessin de la carte. Cette maquette
reçoit ensuite de l’encre puis du papier et sert à de nombreux tirages.
La recherche de nouveaux supports inspire les inventeurs. L’ancienne
xylographie est remplacée par la gravure sur cuivre qui offre la plus
grande précision. C’est la technique de l’eau forte ou bain d’acide :
l’acide « mord » le cuivre qui a été incisé avant d’être nettoyé
et coloré. L’artiste qui utilise un crayon est plutôt un peintre-graveur.
Cette pratique est indétronable jusque vers
1850. Elle est ensuite remise en cause par de nouveaux procédés, comme
la lithographie, qui a permis les premières cartes en couleur et à moindre
frais dès 1852155. D’autres procédés prometteurs
attirent l’attention :
«Un
peintre à Montpellier a dressé à l’Académie des sciences un mémoire
sur la gravure diaphane. Par ce procédé, tout dessinateur pourrait graver
comme il dessine, diriger la pointe avec la même facilité que son crayon.
Il s’agit de tracer les figures avec la pointe aiguë d’un corps dur
sur une glace préparée, comme on les tracerait avec le crayon sur une
feuille de papier, et l’on tire, quand l’œuvre est terminée, autant
d’épreuves qu’on le désire »156.
L’héliogravure
utilise aussi une plaque de cuivre qui, recouverte d’un vernis à base
de bitume de Judée et exposée au soleil, laisse apparaître une image
précise et fidèle à l’original. La photozincographie
suit la même démarche mais avec de la gélatine et du bichronate
de potassium. Le problème de la couleur est plus économique que technique.
Depuis les premières cartes apparues à l’exposition cartographique de
1867 produites par la Belgique et la Hollande, le recours à la couleur
est plus simple et plus rapide. Mais il représente encore un certain
coût et seuls quelques éditeurs disposant de moyens modernes peuvent
en faire bénéficier leurs publications. L’Année géographique, l’Année
cartographique ou le Tour du Monde éditées par Hachette en sont des
exemples157. Les Missions catholiques
réservent la couleur à leur carte-prime annuelle. En 1893, la chromozincographie
propose plusieurs tirages d’un même objet sur des zincs encrés de couleurs
différentes : un bleu pour la mer et les rivières, un bistre pour le
relief, un autre en noir pour les localités. La superposition des maquettes
sur une même feuille de report aboutit à une carte en couleur158. Le seul défaut tient
au papier qui reçoit les trois décalques car certaines feuilles sont
parfois allongées par l’humidité. Le repérage n’est pas exactement le
même.
Ces
différents procédés prouvent que la technique de reproduction d’illustration
est suffisamment élaborée dans la deuxième moitié du XIXè
pour produire des images à faible coût, ce qui convient aux publications
de l’Œuvre. Au XXè, les techniques s’améliorent
et produisent des cartes encore plus rapidement pour un coût moindre159(cf :
Environs de
Moyamba , V.A. du Loango , Togo). L’autre intérêt
réside dans la provenance des cartes. Parce qu’elles sont d’origine
missionnaire et qu’elles n’engagent pas l’autorité scientifique d’un
géographe, elles sont rapidement traitées par la publication qui grave
aussitôt les plus intéressantes, sans qu’il soit nécessaire d’en soumettre
les épreuves à l’auteur. Ce soin apporté à la réalisation finale pour
la rendre conforme à l’original ne se retrouve que pour les publications
importantes, comme les atlas. Une seule planche fait alors l’objet de
plusieurs maquettes : elles sont renvoyées à l’auteur qui les corrige
avant de les retourner à l’éditeur, soit une correspondance longue et
précise, souvent tatillonne, qui pointe en détail les erreurs commises
de part et d’autre160.
Notes
150. BURLATS, op. cit . Voir PRUDHOMME Claude, « la représentation de
l’autre dans l’iconographie des Missions catholiques »,
pp.36-39, in CREDIC, Iconographie, catéchisme et missions, colloque
des 5-8 septembre 1984, Lyon, 1984, 125 p.
151. L’exemple de la carte du RP Augouard,
portant sur le « Congo
»,
MC-1882-HT, est caractéristique du traitement appliqué à l’original,
retrouvé aux archives spiritaines à Chevilly-la-rue sous la côte 3J2.1a1: chaque toponyme est
rigoureusement indiqué à sa place, avec les lettres utilisées par l’auteur.
Les villages sont tous notés, comme les ethnies et les cours d’eau traversés.
La carte est reproduite à l’identique. La seule nuance concerne la représentation
du relief : là où le RP Augouard avait
identifié des collines à l’aide d’un geste rapide qui symbolisait vaguement
une région, le graveur prend soin de dessiner un véritable système montagneux
avec versant et ligne de crêtes qui traverse toute la carte et encadre
le Congo. Esthétiquement, le relief est beaucoup mieux représenté, ce
qui confère à la carte un caractère sérieux. Mais un regard plus attentif
constatera que le même relief est totalement dépourvu d’altitudes, c’est-à-dire
conforme à son original qui le localise de manière très fantaisiste.
De plus, une ligne de crêtes est dessinée avec précision délimitant
deux versants. Or, l’original d’Augouard ne représentait vaguement que du relief qu’il appréciait
de loin et dont il ne savait pas l’étendue, faute de l’avoir franchi.
Cette pratique ne peut être considérée comme un détournement du sens
de la carte ; elle vise plutôt à la rendre plus sérieuse et plus
performante. C’est précisément à ce niveau qu’intervient l’expérience
du graveur Rémi Hausermann. Au lecteur à ne
pas exagérer les connaissances topographiques finalement limitées du
document.
152. Une lettre du 5 février 1889 de l’abbé Morel, responsable
lyonnais des publications, sans doute à propos de la carte des missions
en Indochine, prie un membre du bureau parisien « d’aller envoyer
prendre la carte des missions chez M. Hausermann,
graveur géographe au 71 rue du cherche midi. C’est une vraie merveille.
Comme mes 1900 francs seraient bien employés à une autre œuvre semblables ».
Une autre lettre de Morel, datée du 21 mars 1894, demande à ce que le
conseil parisien « dresse la facture de 3041 francs à Hausermann ».
Archives OPM, Fonds Paris, A4 Correspondance à propos du Bulletin des
Missions catholiques.
153. Rémi Hausermann est l’auteur de plusieurs
atlas de géographie pour les classes primaires et supérieures de l’enseignement
secondaire durant les années 1890-1894.
154. Un autre graveur-dessinateur-cartographe, le lyonnais Leroy,
intervient dans les années 1934 à 1939. Outre la signature, sa technique
est reconnaissable à deux faits : tous ses documents sont signés
par un code et un carton rappelle le pays d’où est extraite la mission.
155. Carte de la Grèce du Dépôt de la Marine, 1852.
156. « Procédé de gravure » in Bulletin de la société de géographie,
4è série, 1853, tome V, p.4
157. Hachette mobilise précisément pour la géographie les moyens d’édition les
plus modernes. L’éditeur crée un Bureau cartographique qui permet à
Vivien de Saint Martin et Franz Schrader de
« rivaliser de talent avec les cartographes allemands ». BERDOULAY
Vincent, La formation de l’école française de géographie, Paris,
éd. du CTHS, p.144.
158. La chromolithographie emploie le même procédé sur un support en pierre.
159. Archives OPM. Quelques originaux de l’entre-deux guerres prouvent que la
reproduction est devenue simple et rapide ; ils correspondent aux
versions publiées suivantes : « Afrique occidentale »,
MC-1922-118 ; « Environs
de Moyamba », MC-1922-322 ;
« Ethiopie », MC-1935-491 ;
« V.A. du Loango »,
MC-1939-281 ; « Pays des Schiens »,
MC-1940-168 ; « Togo
»,
MC-1943-7.
160. Un Atlas de Chine Asie B Chine.2 de 1934
avec les épreuves des 19 provinces est consultable aux OPM. Dossier
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