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MES VACANCES

A

AGON

 

AVANT LE DEPART



Début Juillet, 6 H du matin Quelques années après 1945.

Debout, réveillez-vous !

Notre mère voulait que ses 7 enfants soient prêts pour partir à 8 H.
Nous l'appelions Maman, plutôt "MANMAN", ce qui a fait sourire quelques pièces "rapportées" ou non, greffées à notre famille.
Plus tard, certains gendres ou belles-sœurs l'appelaient tout simplement par son prénom " GILLETTE ". La génération suivante ne la connaissait que sous le nom de " MAMILETTE " et cela convenait à tout le monde.

Il était inutile de nous réveiller, depuis plusieurs jours déjà, nous attendions ce moment... retrouver le sable, la mer, parfois le soleil.(je dois confesser que je n'ai que très peu de souvenirs de pluie), les instruments de pêche et les raquettes de tennis, sans oublier les copains que nous n'avions pas vu depuis une petite année.

 

Depuis plusieurs jours donc, nous comptions les heures qui nous séparaient de cet instant magique où PAPA ayant chargé la BERLIET de tout ce qui est nécessaire pour une famille de 7 enfants pendant 2 mois de vacances, faisait les ultimes vérifications d'usage pneus, niveau d'huile, boite à outils, la roue de secours fixée dans l'aile gauche. La BERLIET était une conduite à droite, avec trois strapontins qui regardaient vers l'arrière et un gros coffre spécialement conçu pour recevoir deux grosses malles en cuir marron, qui contenaient l'essentiel de notre déménagement. Une ou deux autres malles en osier et les vélos des grands étaient partis par le train et nous attendaient peut-être déjà en gare de COUTANCES ou d'AGON.

Tout est maintenant prêt pour le départ : volets, gaz, électricité, portes sont fermés pour deux mois, enfin presque car PAPA fera un aller-retour pour nous conduire ; il prendra ses vacances en Août.
Le démarreur fait sa mauvaise tête. Ce n'est qu'une question d'habitude : quelques tours de manivelle en évitant les dangereux retours.

Nous sommes tous volontaires pour ouvrir la grosse grille noire du "120" qui sépare la BERLIET de la route vers la rue d'AGON. Tout le monde embarque, sans éviter quelques chamailleries pour le choix des places, les strapontins étant très convoités !



 

L’EXPEDITION
 
 

La grille s'étant fermée sur dix mois d'activité scolaire sanctionnée par des résultats variables selon chacun, la BERLIET et son équipage peuvent enfin prendre la route de l'Ouest, synonyme pour nous de soleil qui se couche plus tard, de mer qui disparaît sur quelques kilomètres au gré des marées et permet de merveilleuses pêches à pied, les odeurs si caractéristiques de la mer, du varech chargé d'iode et que la mer, en se retirant, laissait sur le sable en grande quantité,(varech récolté et chargé sur des charrettes tirées par de braves et solides chevaux, pour être utilisé en pharmacie ou en engrais) le tennis, les copains et bien d'autres choses encore. >

Cette migration était traditionnellement organisée en deux étapes principales

  • du 120 jusqu'à BOURTH 
  • de BOURTH jusqu'à la rue d'AGON. 

  •  

     

La route choisie était le "120" - Dreux - Verneuil - Bourth - L'Aigle - Argentan - Flers - Vire - Villedieu-les-Poëles - Coutances - AGON point final de notre expédition, ce qui représente environ 350 kilomètres. A l'époque, les autoroutes n'existaient pas et les crevaisons étaient fréquente.



 

Pourquoi BOURTH, petite bourgade qui ne figure que sur certaines cartes IGN à fort grossissement ?!..

Parce que c'est à BOURTH qu'ANTOINETTE, demi-soeur de "MANMAN" et Pierre MARGOTTAT, son mari, exploitaient un domaine voué à la culture et à l'élevage.

JACQUES, le deuxième de la fratrie y a fait des stages et des moissons, l'été.

Là, c'était déjà un avant-goût des vacances :
maison avec cheminée, cheval, campagne, odeur du blé coupé, mottes de beurre barattées sur place avec grande attention et beaucoup d'amour, trompe de chasse que Pierre sonnait, juste et bien. Un de ses fils a pris la relève avec autant de talent et sonne de la trompe dans des endroits prestigieux.

Sa fille aînée élevée dans ce milieu a consacré sa vie aux chevaux. Il est sans doute difficile de s'évader de l'ambiance qui a baigne nos premiers pas.

Après un excellent repas, il faut repartir, toujours vers l'Ouest. Il est environ quinze heures.

Tout notre petit monde retrouve cette bonne BERLIET et ses surprises

Tristes de quitter BOURTH, mais heureux de retrouver le cap à l'Ouest vers "la rue d'AGON " 
 
 

 

Les villes suivantes sont traversées gentiment. Il faut surveiller l'huile, l'eau du radiateur et calmer les rebellions qui commencent à se manifester à l'arrière. 

Au bout d'environ une demi-heure "Papa, quand est-ce qu'on arrive" ou encore "Papa, pipi" et cela durait jusqu'à Coutances, dans le soleil presque couchant de Villedieu-les-Poëles, étincelante de ses cuivres éblouissants. 

COUTANCES ! J'y suis né en novembre, deux mois environ après la déclaration de guerre impliquant la France et l'Allemagne. Je n'ai, bien entendu pas de souvenirs de mes premières semaines ou premiers mois ; on dit que l'hiver 1939-1940 fut particulièrement rude, que 50 centimètres de neige recouvraient le jardin de la "rue d'AGON" et que la chambre où dormait "MANMAN", tout en surveillant mes premiers jours ne dépassait que rarement 7°c.. 

On raconte dans la famille que mon frère aîné YVES, un soupçon somnambule, de dix ans mon aîné, avait coutume, lorsque la nuit était bien noire et le sol bien blanc de neige, d'ouvrir la porte de la cuisine, de faire un petit tour dans le jardin et de se recoucher comme s'il ne s'était rien passé, avec un étonnant naturel, événement dont il dit n'avoir conservé aucun souvenir. 

Au soleil bientôt couchant, la BERLIET et son équipage arrivent en vue de Coutances, visible de loin, comme de nombreuses villes de notre beau pays de France, grâce au clocher de sa cathédrale qui a survécu, comme par miracle, aux nombreux bombardements de la dernière guerre mondiale. 

Il ne reste alors qu'une dizaine de kilomètres avant d'atteindre notre destination finale :
"LA RUE D'AGON",

Ce sont sans doute les plus difficiles: la côte de Delas était redoutable et même en première, notre fidèle BERLIET refusait son ascension. 
Une vapeur d'eau suspecte s'échappait du radiateur et il était grand temps d'agir.

Alors PAPA faisait descendre les "grands" qui poussaient jusqu'en haut de la côte.
Là enfin, le moteur pouvait se reposer.
Quelques kilomètres plus loin, cris de joie de tous LA MER !

Cela faisait plusieurs mois que nous attendions ce moment !



 

LA MAISON d'AGON

Quelques instants plus tard, nous passons devant la statue de l'Amiral TOURVILLE et prenons la rue d'AGON, sur la gauche; nous reviendrons plus tard chez le père RAOUL y chercher pommes de terre, fruits, cidre... et calvados. 

Enfin, c'est la "RUE D'AGON"

Nous sommes impatients de grimper l'escalier extérieur, d'y retrouver le terrain où nous faisions de sanglantes parties de croquet, les odeurs de la marée, des marais salants, la maison dont nous connaissions les moindres recoins:
Au rez-de-chaussée,
Cuisine sommaire, salon-salle à manger où nous passions l'essentiel de notre temps en dehors de nos activités extérieures. (Il me semble que cette pièce comportait une cheminée que je n'ai jamais vu fonctionner; évidemment car c'était l'été). La table pouvait accueillir une vingtaine de personnes, ce qui était très souvent le cas. 
Quatre chambres dont celles de MEME, mère de "MANMAN" la seule équipée d'eau courante.

 

 

Un escalier menait à l'étage qui comportait deux chambres et un grenier qui me semble immense et sommairement coupé en deux: 
Un dortoir de filles et un dortoir de garçons : les batailles de polochon y furent redoutables ; c'est dans ce dortoir que, contre vents et marées, nous devions obligatoirement faire une sieste après le déjeuner.

Le mur de la maison d'Agon était notre destination finale.

Sa cuisine était construite sur un rocher très caractéristique qui était le but de notre expédition, de nos souvenirs passés et de ceux futurs.

Les commodités étaient constituées d'un appendice attenant à la maison. Cet endroit était sommaire, sans eau courante, et nous étions souventes fois vingt et plus à vivre dans la maison... c'est peut-être à cette époque que naquirent les "bouchons" rendus plus tard tristement célèbres par Bison Futé.

Le bout du jardin était maraîcher. MANMAN avait fait semer plusieurs planches de haricots verts, prêts à cueillir pour notre arrivée. Cela donnait lieu à de nombreux rassemblements autour de la table de salle à manger pour équeutage. Je ne pense pas avoir jamais retrouvé de tels haricots verts, sans fil, et qui fondaient si agréablement en bouche.

MANMAN faisait le marché deux fois par semaine. Les autres courses étaient faites à l'épicerie d'AGON. Le lait et les œufs tous les jours à la ferme proche de la maison.
 
 

 

    CŒUR ET VIE DE LA MAISON D'AGON

Lors de ces deux mois, voire plus, où MANMAN vécut dans cette maison d'AGON, nous n'étions pas seuls : Ont vécu avec nous tante YVONNE, (dite tante VOVO) soeur aimée de MANMAN, mon oncle André LIEBAUT, son mari, Jean-François et Jean-Yves, nos cousins, leurs deux enfants. (Une pensée pour Jean-Yves qui vient de nous quitter) et bien sûr MEME qui habitait la chambre du bas, celle qui avait l'eau courante. 

Y venaient de temps en temps Pierre et Antoinette MARGOTTAT qui venaient de BOURTH, et Jean DUPUIS, demi-frère maternel de MANMAN. 

Le père de MANMAN, né BIDEL,; polytechnicien et ingénieur des Mines, disparut dans un coup de grisou, à la tête de ses gueules noires au fond, à l'âge de 27 ans : MANMAN avait alors deux ans. 

Venaient alors souvent "rue d'Agon" tonton CHRISTIAN, frère de PAPA, l'avant-bras gauche plus rouge qu'un homard bien cuit, le bras droit restant d'un blanc nancéen: Il était le passager de notre bonne vieille BERLIET (conduite à droite). 

 

J'oublie bien entendu les copains de mes frères et sœurs, les correspondants en langues étrangères et les familles de mes parents qui pouvaient séjourner rue d'Agon un jour ou deux, voire davantage. 

Bref, la table, à midi et surtout le soir était, la plupart du temps, pleine.

Le 15 août, nous avions le traditionnel gigot de prés salés. Il était cuit avec amour et précaution chez notre boulanger d'AGON, non loin de la maison. Il venait de la célèbre boucherie Lombardi. Il est vrai que ce gigot ne pouvait être comparé par le goût, la saveur, l'odeur, la tendresse, avec les autres gigots "de terre" que j'ai pu manger ailleurs. (MANMAN excellait aussi dans le foie de veau entier aux carottes, un réel délice des papilles, une ou deux fois par été). 
Le dessert était alors fait de nougatine, délicieux petit gâteau en forme de barque au goût et à l'onctuosité incomparables. 

Bien entendu, les machines automatiques à laver le linge et la vaisselle n'existaient pas et la solidarité faisait le reste, dans une sympathique bonne humeur. 

 

LA VUE

 

La maison d'AGON tournait le dos à la Manche. 

Compte-tenu de la topographie elle eut de toute façon été invisible, mais je me souviens avoir passé de longs et paisibles moments à observer le flux et le reflux qui donnaient vie à la Sienne, bras de mer qui se jetait dans la Manche à la pointe d'AGON, bien connue des navigateurs qui ne devaient rien ignorer des heures et hauteurs des marées. 
La sanction pouvait en être de passer une nuit très inconfortable, le bateau couché attendant que la prochaine marée haute le remette à flots. 
Les Anglais qui venaient ici nombreux avaient largement adopté le sloop biquille. 

De l'autre côté de ce bras de mer, on distinguait très nettement Heugueville, Régnéville, Montmartin, Hauteville; on pouvait deviner Granville. Cet endroit était à moins de 100km à vol d'oiseau du Mont-Saint-Michel, ce qui explique les très fortes amplitudes des marées et donc la force des courants. 

A marée haute, la Sienne sortait de son lit et envahissait le "marais" auquel on accédait par un petit chemin de terre et de graviers qui partait de la maison. Aux grandes marées, nous descendions ce chemin pour aller voir le marais plein d'eau. Bien entendu, les moutons étaient rentrés avec précaution, en évitant que hommes et bêtes ne tombent dans les trous parfois difficiles à discerner.

 

Ce mouvement perpétuel dû aux marées favorisait le développement de plantes grasses très prisées des moutons et des agneaux, naturellement appelés "de prés salés".

Il était tout de même des jours de pluie: c'était le bon et pénétrant crachin normand. Alors nous restions à la maison avec des occupations variées: Monopoly interminable au cours duquel les prédateurs étaient vite démasqués. Ils voulaient tous les terrains pour pouvoir construire maisons et hôtels, mais refusaient de se séparer de l'avenue Mozart ou de l'avenue Foch qui intéressaient fortement l'un de nous.

MANMAN excellait au jeu de la crapette, surtout si elle était enragée (les jeux de carte finissaient rarement l'été intacts), sans oublier toutes sortes de réussite.

Quand le ciel se dégageait mais qu'il était trop tard pour aller à la plage ou au tennis, nous installions le croquet et organisions de petits tournois; la cloche était redoutable.



 

L'EXPEDITION AGON-COUTAINVILLE 
 
 

Cela représentait environ trois kilomètres. PAPA étant reparti au "120", nous étions livrés à nous-mêmes, et pour aller de la rue d'AGON à la plage ou au tennis à Coutainville, nous disposions de vélos pour les plus grands et de poussettes pour les plus petites, tirées par les uns ou poussées par les autres. Nous passions alors par la Mare de Lessay, sur un chemin sablonneux où les poussettes s'embourbaient plus que nécessaire. Mais c'était le jeu pour arriver à la route bitumée de la Mare Vallée qui nous amenait à la plage ou au tennis. 

Bien entendu, l'expédition se mettait en route dans la matinée, avec les provisions nécessaires à un pique-nique sur la plage. Pour les plus grands, les sandwiches étaient dégustés à l'abri théorique des paillottes. Il arrivait, qu'à la suite de changement de vent, nous mangions autant de sable que de pain et de jambon 

Les paillottes étaient, semble-t-il, une spécialité de Coutainville; je n'en ai jamais vu ailleurs.
Une paillotte était constituée d'une lourde et solide armature en bois, rectangulaire; entre ces bois, de la paille dont le rôle était d'arrêter le vent et le sable. Cette pièce reposait sur deux triangles isocèles de composition identique. 
On orientait alors la paillotte en fonction de la direction du vent.

Cela permettait également aux plus grands de se croire à l'abri de regards indiscrets lors d'amourettes estivales. 


 
 
                LA MER 

Elle était, grâce aux marées, vivante.
Elle s'en allait loin, sans doute à plus d'un kilomètre, laissant le sable mouillé et les pêcheries.
A marée haute, elle remontait à grande vitesse sur un sable réchauffé et nous offrait de splendides bains de vague en milieu d'après-midi:, ce furent de bien bons moments. 
Aux grandes marées, et par vents de secteur Ouest, qui étaient les plus fréquents, il fallait remonter les paillottes. La mer allait alors se briser sur la digue. 
C'était aussi l'occasion de façonner des châteaux de sable, plus beaux les uns que les autres. L'imagination était au pouvoir quant à leur architecture. Les heures nécessaires à l'édification de ces châteaux-forts étaient anéanties en quelques minutes par la force tranquille de la marée montante. 
Il en était de même des circuits réservés aux courses de billes, comportant tunnels et autres difficultés, sur lesquels nous avions passé de longues heures. 
La marée haute nous obligeait à tout reconstruire le lendemain.

Les jours de fête ou simplement de grande envie, nous faisions la traditionnelle promenade sur la digue qui longeait les maisons situées en première ligne et dont la vue était imprenable entre le phare de Sénéquet et les Iles Chausey, et même davantage. 
Par temps clair, on pouvait voir les lumières de Saint-Hélier ou de Saint-Clément sur Jersey

Bien entendu, les maisons "en deuxième ligne" ne pouvaient bénéficier de ces privilèges ! 
Ma soeur BLANDINE épousa Jacques KUCZER, dit "JACQUOT", fidèle de la Jeune France, club concurrent du T.C.C.
Ils sont les seuls à passer une partie de leurs vacances à Coutainville.. en première ligne. 

Cette promenade était l'occasion de retrouver les copains et d'aller ensemble déguster ces fameuses sucettes chaudes colorées aux mille parfums, confectionnées devant nos yeux émerveillés.

A marée haute, nous "apprenions" la mer sur le Doris de Maurice ROUELLE, ami de la famille.

Là, nous faisions connaissance avec ses forces, ses sursauts, ses vagues entremêlées, ses calmes plats, les mises à l'eau et les accostages parfois délicats.



 

LA PECHE 



Les ports les plus proches étaient loin. Les pêches étaient la plupart du temps des pêches à pied: crevettes grises, bouquets, crabes de toutes sortes, coques, lançons ......

MANMAN était spécialiste de la crevette. Aux grandes marées, on la voyait partir seule vers les roches de Sénéquet ou ailleurs, avec son filet et aller débusquer les bouquets dans les moindres trous de rocher. Se laissant emporter par son élan ou surprendre par la mer qui remontait, elle revenait souvent trempée jusqu'à la ceinture.

Elle allait parfois à la grise avec son haveneau, mais le bouquet restait son meilleur combat. Le soir, elle comptait, car elle comptait tout : "Il y en a 842". Elle savait le nombre de biberons qui avaient servi à tenter de faire de nous sept des adultes; le nombre de marches d'escaliers montés et descendus ainsi que le nombre de rangs qu'elle avait tricotés au cours de sa vie.

La pêche au lançon restait une de mes préférées. (Le lançon est un poisson long de 20 cm environ, très brillant, très mince, et très vif, délicieux en friture). Nous partions avant la basse mer avec les outils adéquats : pelles, râteaux, charrues, seaux .......

Les grands remuaient le sable avec râteaux et charrues, les lançons étaient alors saisis à la main.

PAPA utilisait sa pelle pour estourbir les lançons qui nous avaient échappés. Malheur à ceux qui laissaient leurs mains sous la pelle !. Malheur aussi à ceux qui, croyant saisir un lançon, prenaient à pleine main une vive, redoutable par le venin qu'elle distille de son arête dorsale. La douleur était très intense et l'urine restait le meilleur remède; encore fallait-il être en mesure de s'exécuter. 

Un jour de morte eau où la pêche était difficile, nous partîmes en trio avec YVES et MARIECLAIRE qui était venue à AGON pour aider MANMAN et donc s'occuper aussi de nous, dans le marais, près de la maison. 

Je devais avoir environ 8 ans. Au bout d'un moment j'ai le souvenir de m'être retrouvé seul et d'avoir cru entendre de lointaines "roucoulades". Elle devint ma belle-soeur et ils eurent deux beaux garçons.

C'est à cette époque que Marie-Claire m'apprit que les enfants ne naissaient ni dans les roses ni dans les choux.

 

LE TENNIS 


Le T.C.C - TENNIS CLUB de Coutainville est en quelque sorte une histoire de famille. Il fut fondé en 1898 par quelques jeunes dynamiques dont notre arrière grand-père BIDEL.

MANMAN était très assidue et bonne joueuse de tennis, elle avait gagné des tournois en simple et en double mixte dans les années 30.

Tous au T.C.C connaissaient Gillette, son sac duquel dépassaient sa raquette et ses aiguilles à tricoter, sa ribambelle d'enfants à qui elle avait transmis le virus du tennis.

Sa caricature figure en bonne place dans le tableau de portraits qui orne toujours la pièce d'honneur du T.C.C.

Dans les premières années, je guettais les moments où MANMAN ne jouait pas pour lui emprunter sa raquette et faire mes premières armes sur le mur contigu des vestiaires,

Les courts étaient en ciment, très rapides et usaient balles et chaussures plus que de raison, au grand dam de MANMAN qui gérait au mieux les dépenses de la famille.

Plus tard, notre équipement nous permettait de jouer en entraînement, et d'obtenir quelques résultats au tournoi des Minimes.
 
 

 

Nous n'avons jamais pris de cours de tennis. Mes petites soeurs étaient cependant devenues bien amies avec Gérard PITON, très doué et pédagogue: jouer avec lui présentait sans doute plus d'attrait qu'avec un professeur inconnu ! 

En dehors de la période des tournois, qui attiraient beaucoup de monde, Coutainvillais ou non, joueurs ou spectateurs, grands ou petits, les meilleurs faisaient une "exhibition" en simple, mais surtout en double. Cela se passait en fin d'après-midi, et le plus souvent les acteurs étaient André Favière, André Pfeiffer, Maurice Rouelle, et Nono Lenoir.... 

Il n'y avait pas de tribune, les spectateurs assidus étaient assis sur des sièges ou des bancs de jardin. Quelques mètres séparaient ce court N°1 du club house. Il y avait là un petit bar où Madame Labetta nous servait un verre d'eau ou de grenadine. 

Il y avait aussi une salle de bridge pour les jours de pluie. Les beaux jours, ces parties de bridge se jouaient sur le gazon et sous les arbres qui entouraient les courts. 

Notre oncle André LIEBAUT était très assidu. Il arrivait toujours en début d'après-midi, en costume, cravate et chapeau. C'était un bon joueur. Il ne changeait pas de tenue quand, par hasard, il venait passer quelques instants sur la plage. 

Cette période du tournoi des grands était pour nous une petite source de revenu. L'organisation du tournoi imposait que tous les matches du premier au dernier tour soient arbitrés. 

Certains d'entre nous étaient sélectionnés pour jouer ce rôle, difficile sur ciment car les balles ne laissent pas de trace, mais surtout à cause de certains joueurs récalcitrants ou de mauvaise foi qui contestaient nombre de décisions que nous, petits jeunots, avions prises en toute bonne foi.

Il fallait alors ne pas se laisser influencer par ces joueurs au fair-play hésitant. 
J'avoue cependant: j'avais sans doute 12 ans, avoir arbitré sur le court n°1, un match entre un 2/6 et un 15. Leur fair play m'a bien facilité les choses, mais que les balles allaient vite le long des lignes .... ! 
Au-delà de ce niveau, l'arbitre de chaise était secondé par des arbitres de ligne qui lui facilitaient bien son métier. 

Les responsables du T.C.C. n'étaient jamais à court d'idées qui se sont heureusement perpétuées. 

L'une de ces initiatives est bien ancienne et existe encore: LA COUPE DIEU LE VEULT. 

Les participants sont tirés au sort en double, les matches étant par élimination directe, 

Il est évident que cela pouvait donner lieu à des parties épiques où un joueur ou une joueuse de 2ème série, ayant "hérité" d'un joueur non classé aux modestes prétentions, était "sorti" par un double formé par le hasard du tirage au sort , mais plus efficace. 

Le T.C.C. organisait aussi un rallye qui avait lieu en Juillet-Aout. Comme tout rallye, il était bon d'embarquer dictionnaires, encyclopédies, cartes détaillées et histoire de la région. 

Le bal du T.C.C. était aussi un événement. Il avait lieu au Casino, près du Grand Hôtel, sur la plage. C'était l'occasion de l'élection de MISS CHARDON BLEU, élue pour son sourire, sa gentillesse, son ouverture aux autres. Le jury était composé de membres éminents du T.C.C. Madame de Fontenay ne faisait pas partie de ce jury, mais je reste persuadé qu'elle avait en tête cette élection de MISS CHARDON BLEU lorsqu'elle initia celle de MISS FRANCE. Ma soeur MONIQUE fut, une année, élue MISS CHARDON BLEU ... ! 
 
 

 

Et tous ces événements se sont reproduits pendant de nombreuses années, au grand bonheur de tous les participants et spectateurs. 

 Depuis ces années et à ce jour, y-a-t'il eu des changements ? 

- La mer s'en va toujours aussi loin. 
- Le varech est toujours ramassé, en moins grande quantité sans doute. 
- Les chevaux ont été remplacés par des tracteurs.
- Les pêcheries ont cédé leur place à des parcs à huîtres, 
- Le bord de mer, de même que l'intérieur sont restés identiques. 
- Pas de béton à la tonne, mêmes villas cossues ou non en première ou en deuxième ligne. 

Seule la digue a été fortement renforcée, pour résister aux assauts de la mer aux grandes marées. Sa force devenait alors irrésistible par grand vent de Noroît ou de Suroît.
- La vue, elle non plus, n'a pas changé. 
- Quant au tennis, si les vieux courts en ciment ont été refaits en quick, plus agréable pour les chevilles, les chaussures et les balles, le club-house n'a pratiquement pas changé en 50 ans et plus. 

Quel charme et que de souvenirs!

 

Il est évident que ces quelques pages ne racontent qu'incomplètement ou avec quelques entorses à la réalité, la façon dont je me souviens avoir vécu MES vacances à AGON, et ce que j'en ai retenu après plus d'un demi siècle.

Chacun apportera les corrections qui lui paraîtront utiles, pour que ce soient SES vacances à AGON.

A tous, bonne fin de siècle.

                       L'Agachon, Août 1999

 
 




 

Cette édition originale a été tirée à 20 exemplaires sur papier velin blanc numérotés de 1 à 20. Il a été tiré en outre, quelques exemplaires hors commerce réservés aux collaborateurs, et aux médias.

Edition tirée sur les presses de l'Agachon Réuni dans les ateliers spéciaux de l'Image Littéraire. Direction Artistique Guy JENNY.

 
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