Suzanne et Maurice ROUGIER ,
  parents de Claude

Années de guerre de novembre 42 (invasion de la zone libre) à septembre 44 (Libération)
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Souvenirs de Claude:

" ....Et après la drôle de guerre, ce fut alors une drôle d'armée, dite d'armistice. Elle résidait en zone libre - une ligne de démarcation indiquait l'avancée allemande et partageait en deux la France dans le sens Est-Ouest. Une garnison s'installa à Bourg-en-Bresse (Lieutenant-Colonel en 1942). Nous y sommes restés de 1940 à 1945.
Lors du débarquement des Américains en Afrique du Nord  (7-11-42), l'armée d'armistice fut faite prisonnière prête à partir dans des trains préparés ( 11-11-42 ) . Après 4 jours de négociations, le Maréchal Pétain obtint leur libération. Ce fut alors plus que jamais une drôle d'armée dont les officiers étaient relégués dans des rôles secondaires ( service social etc.).
La Libération n'accepta pas ces militaires qui n'avaient pas été du côté des gagnants. ....."



 


(détails) juillet 43, Grand Père amaigri par les restrictions


(détails) Grand Père et ses 2 filles, à Bourg vers 1943/44


(détails) Claude


Les tickets de rationnement, ils ont duré jusqu'en 1949 pour le pain notamment


tickets de rationnement


Portrait peu ressemblant de Granie


Grand mère Rougier et ses petites filles Fanny et Claude


(détails)



Claude et son père Maurice Rougier, 1943 à Bourg


hiver, Grand-Père et ses filles, vers 1943/44












Treffort, 5 juin 44

Les Guides


(détails)


(détails)

lettres écrites par Claude lors de camps de guides:
13 août 42
1942 ou 43 ?
31 juillet 1943


16 février 43


(détails)


(détails)
















En forêt de Seillan, 1943, près de Bourg, on y trouvait des fraises et des cerises, avant qu'elle ne soit transformée en dépôt de munitions Allemand et interdite aux civils





(détails)


(détails) Fanny et Claude, Forêt de Seillan, 1943


Forêt de Seillan, 1943




Forêt de Seillan, 1943

 

 

 


(détails) Forêt de Seillan, 1943



 

 

Carte ouverte (donc contrôlée par la censure allemande) de Granie aux "Dames de Sceaux" le 12 nov 42, alors que Grand père est prisonnier des Allemands depuis la veille, espèrant être libéré très prochainement sur intervention de Pétain. (une phrase à mots couverts):
"12 novembre - Chères dames, nous allons bien, les enfants font honneur à la cuisine de leur mère et engraissent Claude a pris 1 kg, fanny plus mais ne s'est pas pesée. La dernière radio de Maurice était en amélioration, espèrons qu'il ne sera pas obligé d'aller à la montagne, hier il a été voir monsieur Cervelin. Le ravitaillement n'est pas pénible car on tient les promesses, nous avons 2 stères de bois et de la tourbe, mais la cuisinière ne chauffe guère que la cuisine. Nous voici à la même sauce que vous !

baisers Suzanne

Nouvelle carte ouverte de Granie, le 26 déc 42:

"26 décembre . Chères dames, avez vous reçu mon paquet envoyé le 21 et devant arriver le 22? J'ai regretté d'avoir mentionné les cigarettes. J'ai eu 60kg de p. de t. volés par le train.
Avez vous passé un bon Noël malgré la tristesse des temps. Ici brouillard sans interruption, nous avons fait un arbre de Noël, nous avons eu la visite de Marguerite, elle était en état d'alerte ! depuis Etienne nous a envoyé de ta part un superbe mandat dont nous te remercions bien vivement tous. Fanny reste à la maison ayant un rhume-bronchite et Claude a une ampoule au pied. J'ai oublié de joindre à mon paquet la carte de p. de t., mais il n'y en avait plus à prendre, on a distribué les rations d'hiver, êtes vous géné pour les légumes? par rapport à l'an dernier, ici il n'a pas encore gelé, ou très peu. Baisers, M.
bonne année et bonne santé à toutes les dames, misères ou soulagement?

Pour mémoire, une lettre de Francis Scola à sa filleule Claude, le 16 janvier 43

Carte de Tandrée, août 43, adressée à Fanny et Claude, qui sont en colonie de vacances à Ruffey, en Saône et Loire:

" 4 août 43
Mes chéries, Vous amusez vous bien à la colonie? je suis très contente de mes montagnes, car je suis dans un vallon très beau avec des bois, des prés, des fleurs. J'ai déja fait 3 grandes promenades aussi aujourd'hui je me lève à midi. Il fait beau malgré quelques orages le soir. J'attends de vos nouvelles, mais on devient bien paresseux en vacances. Je pars le 12 à La Bruyère. Je n'ai pas de nouvelles de votre Maman, je vous embrasse bien tendrement
Tandrée

Chalet des Pins, Le Chatelard par La Garde en Oisans (Isère)"



carte de Grand Père à ses filles en colonie de vacances à Ruffey, août 43

Grand-Père écrivait d'un centre de repos de l'armée, car il est en traitement pour une périarthrite qui le faisait beaucoup souffrir

 

"Mesdemoiselles Rougier
Colonie de vacances de Ruffey
Sennecey le Grand
Saône et Loire

Aix les Bains, 7 août
Centre de Repos du Service Social de l'Armée

Je continue mon traitement sans incident - bains de vapeur à l'épaule et douche massage - ça ne doit pas faire grossir. Encore rien reçu de vous, si vous m'avez écrit jeudi j'aurai ça demain. Affectueux baisers de votre
M Rougier"

 


lettre de Granie à ses filles, 14 août 43

Granie est aussi en traitement médical du côté d'Evian


"14 août 1943, Hôtel Beaulieu, Tholon s/Evian Hte Savoie
Mes filles chéries
J'espère que vous avez fini par recevoir de mes nouvelles, vos lettres sont aussi très longues à me parvenir, mais j'ai bien reçu hier vos voeux de fête qui sont montés jusqu'ici. J'ai quitté Evian jeudi 12 bien aise d'être débarassée de mon traitement, je suis bien ici, l'hôtel est tenu par d'anciennes élèves de tante Jeanne de son orphelinat.
Je vais vous raconter l'orage épouvantable qui a eu lieu hier à Evian la veille de mon départ. Je couchais dans une chambre mansardée sous le toit, la fenêtre garnde ouverte. J'ai été réveillée par 200 grélons gros comme des noix qui étaient proje tés dans ma chambre et roulaient sur le parquet avec quelques seaux d'eau, la fenêtre n'était qu'un brasier avec les éclairs. le toit sur lequel tombait des milliers de grélons me semblait arraché par le vent. J'ai cru que la foudre était tombée sur le toit ou dans ma chambre et que j'allais mourir dans cette catastrophe. Vous pensez comme j'ai été étonnée en trouvant ces 200 grélons dans tous les coins, quand j'ai osé sortir de mon lit le tumulte s'atténuant, j'avais eu tellement peur que j'avais caché ma tête sous mon drap, heureusement mon lit était dans un coin et je n'ai pas reçu de projectiles, mais, bien qu'au 3ème, le vent avait entraîné de l'herbe et des branches. Je n'ai jamais vu d'orages pareils, celui de l'an dernier chez Mme Dupont n'était rien du tout. Je vais bien, je voudrais bien engraisser, c'est très copieux, je laisse de bonnes pommes de terre rôties luisantes de beurre que je voudrais bien mettre de côté pour vous, je vous embrasse toutes deux tendrement
votre Maman"

"Mlles Fanny et Claude Rougier
colonie de vacances de Ruffey
Sennecey le Grand (Saône et Loire)

17 août Chéries, je reçois la lettre de Fanny du 13, il faut 4 jours pour nous joindre.
Cela va bien, toujours très beau temps, je vous écris d'une prairie qu'on voit sur ma carte, je n'ai pas pu aller grimper sur ces rochers, c'est dommage, on doit voir le Mt Blanc et la Suisse!
La prochaine fois que vous m'écrivez donnez moi donc le nom de la femme de ménage qui est sur l'image de ..??..
Je m'ennuie un peu étant seule, Papa aussi je crois. Les noisettes commencent à être bonnes, il y a quelques rares framboises. A bientôt je vous embrasse tendrement
votre maman"


Carte de Granie, août 1943, qui écrit à ses filles en colonie à Ruffey

 


Lettre de Claude à Bonne-Maman et Tandrée (qui sont à Sceaux), de Bourg, septembre 43

"Ma chère Bonne Maman et ma chère Tandrée
C'est dans 2 jours que nous allons rentrer en classe. Je ne sais pas si je suis contente ou pas de cette grande nouvelle. Je rentre en 3ème cette année, je crois qu'il va falloir travailler sérieusement. Quant à Fanny, elle rentre en 4ème. Nous avons réfléchi pour savoir quelle serait la langue qu'elle étudierait. Papa et Maman aynt vu la Directrice on décidé qu'elle ferait de l'allemand.
Jeudi nous reprendrons nos réunions guides. nous allons dimanche avec les cheftaines et les chefs d'Equipes au coeur parlé très bien au théatre je crois. C'est une histoire qui se passe au Moyen Age "La complainte du Cornouailler".
Jeudi, Maman a reçu les femmes des camarades de papa. C'est nous qui avons servi le thé, nous nous en sommes très bien tirées. Papa a été conduire Mémé à Toulouse, car Tante Lucie a trouvé une pension de famille pour elle.
J'espère que vous allez bien.
Bons baisers de Claude
PS Je porte des lunettes car je suis myope, heureusement que ça ne me va pas trop mal et je ne les mets pas tout le temps.


Lettre de Granie aux dames de Sceaux, novembre 1943

 

"samedi 27 novembre (43)
Chères dames
Le pauvre Francis est mort jeudi, nous nous attendions à ce dénouement car il semblait bien malade des complications de toutes sortes et surtout une plaie à la jambe qui nécessitait l'amputation. Louise ne nous avait pas écrit depuis le bombardement de Cannes, elle a envoyé un télégramme à Maurice d'arriver immédiatement ce qui n'est pas facile par ces temps troublés, la ligne entre Marseille et Cannes est bien abîmée, le viaduc ne marche plus, il faut faire des transbordements.
Louise était déja dans le 3-ème dessous, et voila son budget réduit de moitié!

Toutes ces dames, Jacqueline, Louise, Lucie et mère devraient bien vivre ensemble, mais on a bien du mal de s'entendre en famille, Lucie qui a pourtant loué un appartement parle de passer l'hiver à la campagne. J'espère que Maurice nous reviendra sans incident.
Malgré ces tristes évènements, j'ai emmené au cinéma les enfants voir "Les visiteurs d'un soir" . Je leur avais promis, nous avions, Maurice et moi, été contents la semaine dernière de Mr des Lourdines.
Pour ce qui est du bruit dont tu parles, le pauvre a seulement des difficultés avec ses hôtes. Depuis que je vois tout le monde avoir si peur, je pense que c'est le commencement de la sagesse pour ne pas choir dans le communisme. A part les matières grasses réduites cavalièrement à 100g ce mois, le ravitaillement ne marche pas trop mal, en ce moment il n'a pas encore gelé, seulement un brouillard glacial et tenace.
Baisers Suzanne"

A noter aussi une lettre de Louise Scola, veuve depuis 2 mois, adressée le 2 janvier 44, de Cannes, à son frère Maurice, elle a des difficultés financières et de ravitaillement,

Extrait de lettre de Madeleine Rougier (veuve de Fredy Rougier) à ses beaux-frère et belle-soeur Maurice et Suzanne, hiver 44? (ou 43?). Madeleine Rougier était à Nice. A comparer avec celle enovée en 1941, au chapitre Bourg 40-42

..............Puis ici, la situation devient très sérieuse, on manque de tout, et depuis 15 jours nous n'avons guère mangé que des topinambours et des raves. Il commence à y avoir du tapage un peu partout et il est difficile de raisonner des gens qui ont faim. La Préfecture a décidé aujourd'hui de donner un supplément de 100g de pâtes et de riz par personne, cela n'ira pas loin! C'est lamentable de voir faire la queue pour avoir 100g de carottes gelées ou d'attendre 1h 45 comme je l'ai fait mercredi pour 6 oeufs! Je crois que dans votre région on est un peu mieux ravitaillés et je souhaite que vous, Suzanne et les enfants n'en souffriez pas trop.

Nous vous embrassons tous affectueusement
Madeleine
Je vous envoie ci-joint les étrennes de Fanny et de Claude


lettre de Granie à aux 2 dames de Sceaux, avril 44
C'est l'époque des bombardements nombreux sur les ponts et les voies ferrées, pour préparer le Débarquement

" 14 avril
Chères dames
Il ya bien longtemps moi aussi je crois que je ne vous ai écrit, je suis assez fatiguée en ce moment, Maurice me donne 7 jours de congé que je dois prendre à Treffort à l'hôtel de la Gare du 21 au 28, c'est bien dommage je n'ai rien trouvé pendant les vacances et emmène les enfants. Mais il faut être introduit et recommandé dans le moindre bistrot et c'est toute une affaire. Aussi c'est à 13km le long du Jura, je n'ai rien trouvé plus près, il y a un autocar. Impossible de compter sur les trains, sur les petites lignes ils sont bloqués souvent et les pensionnaires ne peuvent rentrer pour le moment au lycée. Maurice est parti à Vichy ce matin, on arrive à appréhender les voyages, il les organise de jour.
Vous allez recevoir la visite d'un officier de gendarmerie qui quitte Bourg pour Sceaux! et dont les enfants connaissent la fille et Maurice le gendarme naturellement!
Et ces bombardements, pauvres Lillois! il est bon d'être installé dans un quartier tranquille et dans une solide maison! c'est bien pénible. Ici on nous a prévenu que nous étions dans la zone du patelin qui doit être é
vacuée si nous entendons l'avion sirène nous avons fait nos plans et filons à ??, mais tant que nous n'entendons pas la 1ère bombe nous restons bien tranquilles.....
Le ravitaillement n'est pas trop pénible, il y a longtemps qu'on a pesé les enfants. Claude mesure 1m60, Fanny 1m55, taille à laquelle je suis réduite, l'âge m'ayant fait perdre 1cm 1/2! mais la graisse est toujours rare et nous ne sommes guère rondes.

Paulette se remet péniblement de ses couches, heureusement elle est choyée et dorlotée dans sa belle famille, son pauvre mari prolonge le plus qu'il peut, il est fatigué par sa vie dure. Lucie ne se bile pas, elle s'est installée commodément dans l'appartement dont ma belle-mère a payé le déménagement et l'installation et trouve des prétextes pour reculer son arrivée, il est certain que cette dernière est souvent pénible.
Pour les gens qui aiment les époques passionnantes, comme Mr. Rougé il y a 25 ans, il y a de quoi se distraire: les jeux sot faits, la partie se joue serrée, il y aura encore de quoi être étonnés et surpris, nos voisins paraissent en mauvaise posture
.
J'ai bien une femme de ménage mais elle ne me visite pas souvent, son ancienne patronne m'avait prévenue "qu'elle l'énervait par ses irrégularités", aussi je ne m'étonnais pas quand elle arrivait 1h ou 2 en retard, maintenant elle n'apparait plus guère qu'une fois par semaine, ni à l'heure, ni au jour dit. Heureusement qu'elle a la qualité d'être travailleuse et vive!"


Lettre de Bonne Maman qui a quitté Sceaux pour s'installer à Cancon chez les Marcel, où Cécile a dû se faire opérer et où la nourriture est plus facile à trouver qu'à Sceaux. Elle écrit aux Rougier
(juillet 44, le débarquement a eu lieu, on ne peut plus guère se déplacer en France)

" 6 juillet 44
Mes chers enfants,
mes chères petites filles,
Vos lettre du 27 m'arrivent et malgré le retard me font grand plaisir car je vois que la situation est acceptable depuis que les envois sont arrêtés vers Lyon.
(cela veut dire que les grandes villes n'étant plus ravitaillées, les denrées restent dans les campagnes et leur prix diminue) C'est aussi ce qui arrive ici où on envoyait bien des colis et voila les oeufs à 24frs quand on les payait encore 40 la semaine dernière. Evidemment à Paris ce n'est pas la même chose, et Andrée n'a pas d'excès de table. Je regrette de ne pouvoir lui venir en aide malgré ce qu'elle vous dit à ce sujet, car maintenant je pourrais quitter Cécile qui va très bien et reprend son ménage comme vous l'avez vu. Il y a juste 1 mois qu'elle est opérée et elle reste seulement étendue l'après midi. Mais les voyages ne sont guère possibles, et me voila bloquée pour un temps indéterminé.
C'est très bien si ces demoiselles aident leur maman. il est amusant de voir Colette épluchant les haricots verts et même lavant la vaisselle avec un grand tablier. Elle est dressée, je vous assure. La classe va moins bien, mais les vacances ne sont que le 31 et cela l'occupe puisqu'elle est seule. le petit réfugié qui était gentil lui manque bien.
Bonnes nouvelles de La Bruyère où les enfants vivent dans les arbres, mais Etienne circule encore et c'est difficile.
Ici, même les bicyclettes sont défendues depuis hier, et il n'est plus question de téléphoner depuis longtemps - on entend encore la TSF quand il y a du courant - et les lettres sont les bienvenues.
Je pense bien à vous et à l'année que nous avons passée ensemble. Que fait Maurice avec son château détruit?
Je vous embrasse tous, mes chers enfants pour tous ici et bien tendrement
M. Maillet"



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