Lettres de guerre de Maurice Rougier
du 10 avril 1945 à juillet 1945

(il était Commandant du camp de prisonniers rapatriés de Germersheim)
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Le 10 avril 1945, le Lt-Colonel Rougier a été détaché au 5ème Bureau de l'EM de la 1ère Armée, comme Cdt du Camp de prisonniers rapatriés de Germersheim (petite ville sur le Rhin, près de Spire).

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 10 avril 1945, adressée à Fannette à Bourg:
"....maintenant que votre courrier commence à bien arriver voilà que je viens de changer de fonction et de secteur postal. Etant donné l'afflux de prisonniers et déportés (Français libérés par l'avance) qui nous arrivent, on fait des centres d'accueil et les officiers de liaison ont été récupérés pour ces fonctions. Je mets donc sur pied sans beaucoup de moyens un de ces centres au bord du Rhin. J'y perds beaucoup en intérêt et en agrément et ce n'est pas la place que je souhaitais. On fait les travaux en réquisitionnant les civils. La petite ville est au 3/4 démolie et les locaux restant sont bien moches....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 12 avril 1945, adressée à Claudet à Bourg:
....Je me débats au milieu des difficultés pour installer mon centre de rapatriés. Ça commence à prendre tournure avec les 200 boches que je fais travailler depuis 3 jours. J'ai reçu ce matin 2 officiers et cette après midi une équipe de 3 infirmières de liaison-secours. Mais je n'ai aucun moyen. Je vais être obligé de me créer une popote avec du personnel allemand et je crains bien que les excellents festins, dont exemple ci-joint, soient terminés. Je pense ouvrir lundi. Il y a une affluence telle qu'on est débordé. Mon camarade D. (De Lattre de Tassigny) devait venir me voir cette après midi mais il a remis sa visite à demain matin, ses visites ne sont en général pas souhaitées car elles se terminent la plupart du temps par un coup de gueule.
Je vis ici sans nouvelles tant de l'intérieur que du front, la guerre serait finie que je n'en saurais rien....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 18 avril 1945, adressée à Granie à Bourg:
....J'ai reçu hier votre 1ère lettre par C. du 5. voici quelques jours déjà que je ne vous ai écrit, j'ai beaucoup de travail avec l'organisation de ce centre, j'ai touché un peu plus de personnel maintenant, 3 officiers 5 s/officiers et
3 dames de liaison-secours...... Tout doit marcher à part ça avec des Boches recrutés sur place, 15 cuisiniers et cuisinières, 4 infirmiers, 10 serveuses réfectoire et 10 femmes de service. Je pense que l'électricité et l'eau remarcheront aujourd'hui car la ville à demi démolie en est privée depuis notre arrivée, l'eau est très mauvaise et beaucoup d'habitants ont la dysenterie aussi ne buvons nous que du vin ou de la bière.
J'envisage de me faire vacciner contre le typhus, il apparaît que c'est prudent étant appelé à recevoir ici des libérés de tout poil. J'espère bien ne recevoir ni Russes ni Polonais car ce sont de vrais sauvages, il y a déjà dans la région un camp de 3000 où il y a des batailles tous les jours, ce serait alors une sacrée corvée.
Je suis aussi commandant d'armes de la ville et ça m'ajoute encore du travail. Enfin je vais bien, un de mes officiers a un appareil photo et on se photographiera un de ces jours pour vous envoyer un spécimen...."

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 21 avril 1945, adressée à Claudet à Bourg:
".... Toujours rien de vous. Rien d'étonnant avec cette organisation improvisée. Je viens de recevoir des clients mais comme je le craignais, ce sont des Russes, des Italiens et des Polonais dont on m'a fait cadeau. 361 Russes, 129 Polonais, 102 Italiens, hommes femmes et enfants mélangés. C'est un vrai fourbi surtout avec les Russes indisciplinés particulièrement. C'est la tour de Babel. enfin j'espère ne pas avoir d'histoires. Nous sommes maintenant pour faire marcher ça, moi, 1 capitaine et 1 Lt anciens du maquis 1 s/lt de 40 ans juif, 3 s/officiers et 2 hommes dont mon chauffeur, également anciens du maquis........
La popote marche bien grâce au Lt qui est propriétaire d'un grand hôtel de Vichy qui lui a été enlevé depuis longtemps par la réquisition. J'oubliais de dire que j'ai aussi 5 femmes de liaison-secours qui ne sont d'ailleurs pas d'un bien grand secours et un médecin. Mon personnel civil comprend 50 cuisiniers, serveuses, infirmières etc......

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 25 avril 1945, adressée à Granie à Bourg:

".....Toujours pas de nouvelles de vous..... Ici ce n'est pas très agréable avec des embêtements continuels avec ma horde russe indisciplinée qui se répand dans la campagne pour voler et piller. Nous sommes trop peu pour faire face à tout ce travail......je suis seul officier de carrière là dedans et assez mal secondé il faut que je veille à tout....
La guerre a l'air tout de même de toucher à sa fin, voilà les Russes à Berlin et la jonction pas loin de se produire....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 30 avril 1945, adressée à Granie à Bourg:

"......le courrier parait d'autre part bien mal marcher.... C'est que l'armée est tellement étirée et que les communications y deviennent difficiles. Demain 1er mai nous organisons la fête nationale russe que mes pensionnaires ont demandé à faire avec cérémonial tôt le matin, meeting à 9h avec discours de quelques tovaritchs qui doivent parler 1 heure d'une estrade que je leur ait fait construire, à midi menu amélioré déjeuner auquel nous sommes invités par le Lt russe et son état major, l'après midi kermesse dans la cour. Vous voyez ça d'ici, vous ririez à me voir dans ce métier.
Le 3 c'est au tour des Polonais de faire leur fête nationale à 9h messe, le soir à 6h séance récréative au foyer. J'ai fini de tuer les punaises de mon établissement. La discipline ne marche pas trop mal, je n'ai des ennuis surtout qu'avec les cabinets qui débordent de ... tous les matins, on va faire des feuillées....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 2 mai 1945, adressée à Granie à Bourg:
"...Hier grande manifestation franco-soviétique au centre pour fêter leur fête nationale. Le matin meeting dans la cour autour d'une estrade décorée de drapeaux français et russes et de portraits de Staline et de Gaulle, discours pendant 1 heure émaillé de hourrah de la foule, moi et tout mon état major sur l'estrade. A midi déjeuner au réfectoire, nous étions invités par les russes mais c'est nous qui payons. L'après midi séance récréative - danses, chants, sketch - au foyer. Tout s'est bien passé, pas de soulographie....
J'ai toujours beaucoup de travail et il doit bientôt m'en arriver 200 de plus. On prétendait hier soir que la guerre était finie, mais c'était une invention des russes pour me soutirer 4 bouteilles d'eau de vie supplémentaires pour fêter le grand jour. De toutes façons je ne crois pas que ça doive durer encore longtemps et que ce sera fini pur la fin de la semaine....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 3 mai 1945, adressée à Granie à Bourg:

"......Je donne cette lettre à un camarade qui part à Paris. Il ira voir Mère et lui portera un paquet de provisions américaines. Je regrette seulement que ce paquet ne puisse vous être destiné. Puisque je vous écris par cette voie, je peux me situer exactement, je suis à Germersheim à 15km au sud de Spire, bien en arrière de l'avant vous voyez....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 6 mai 1945, adressée à Granie à Bourg:
"....Il fait ici depuis huit jours un froid de canard, j'ai dû renfiler mes affaires d'hiver. Mon centre est dans une ancienne prison militaire qui malgré son confort fait toujours prison. Ma fenêtre est haute et ne laisse voir que le ciel et est pourvue de solides barreaux, c'est voûté et les murs ont 1 m de large.....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 8 mai 1945, adressée à Granie à Bourg:
".....Enfin voici la guerre finie en Europe et les boches complètement défaits et vaincus. La radio nous l'a appris hier après midi. Nous l'avons fêté hier soir en invitant quelques russes, et aujourd'hui par une petite prise d'armes où ont défilé les maigres troupes de ma garnison. J'avais fait monter un haut-parleur en plein air pour qu'elles entendent le discours de De Gaulle à 15h. Ce soir réjouissances..? .. bal en plein air (avec les russes et les polonais bien entendu) . Je n'ai jamais tant fumé de cigares de ma vie car il y a dans la région de nombreuses fabriques où nous avons prélevé des stocks. Les Boches réagissent bien, ils ne paraissent pas consternés de leur défaite mais certains presque contents que ça soit fini. L'un d'eux à qui je parlais ce matin, qui travaille au centre, un ancien directeur d'usine m'a cependant dit "ma patrie est perdue" les larmes aux yeux. Beaucoup se prétendent content d'être débarrassés du nazisme, mais il faut se méfier ! Quand à moi je suis toujours là, je reçois chaque jour quelques clients, nous dépassons maintenant 800, les Russes s'assagissent un peu quoique ils pillent encore de temps en temps quelque maison et s'amusent à pêcher à la grenade dans les mares avoisinantes. Aujourd'hui j'ai relâché tous ceux que j'avais mis en prison. Beaucoup de prisonniers et déportés français arrivent aussi - mais pas chez moi - les déportés ont beaucoup souffert et reviennent dans des états lamentables.....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 11 mai 1945, adressée à Granie à Bourg:
"..... Nous avons fêté la reddition allemande par des fêtes populaires dans notre cour: danses , chants, buffet froid......Une grande unité est arrivée ici et je suis dégommé de mes fonctions de Commandant d'Armes....Rien de neuf pour notre relève d'ici, d'ailleurs quoi faire maintenant que la guerre est finie! ...

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 14 mai 1945, adressée à Fannette à Bourg:
" ..... Le bureau auquel je suis rattaché est maintenant à 250 km de moi, c'est dire que les lettres ne m'arrivent guère, j'en suis bien ennuyé et me demande souvent comment vous allez.
Mon centre est à plein maintenant, 700 russes, 300 polonais, 100 italiens. Ça s'organise, les russes se disciplinent un peu et me font moins enrager....De temps en temps j'invite les 3 officiers russes à dîner avec leurs femmes et ces marques d'égard me les ont attachés. Pour la fête de la victoire nous avons dansé jusqu'à 2h du matin avec eux dans la cour avec des lampions. ..... Et vous que faites vous à vos guides? Il y a ici engagée comme conductrice de sanitaires une ancienne cheftaine qui va nous organiser un feu de camp russe ou polonais.....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 17 mai 1945, adressée à Granie à Bourg:
"......Pour qui en définitive avez vous voté? Il me semble d'après les résultats entendus à la radio que ça a été bien à gauche. ...Mon centre marche bien et je m'y suis attaché, mes russes se civilisent.... .... tous les matins les hommes sont même amenés en rang à l'escalier. J'ai maintenant un peu plus de loisirs et je prends avec mon chauffeur 1 leçon de conduite auto par jour et avec un vieil instituteur boche 1 leçon d'allemand également chaque jour..... Mon foyer est terminé, c'est un succès, on y distribue contre tickets 2 1/2 de bière et un cigare par jour.....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 20 mai 1945, adressée à Granie à Bourg:
"..... Grand émoi au centre depuis 2 jours chez les Russes, on parle de les enlever d'ici pour les ramener dans un énorme camp où ils sont déjà plus de 4000. Ils ne veulent pas me quitter trouvant le confort de mon petit centre préférable à celui de cette énorme agglomération. Ils prétendent avoir entendu à la radio de Moscou qu'ils doivent être autorisés à partir à pied s'ils le veulent, mais nous n'en avons aucune confirmation. Ils vont rester provisoirement encore ici en attendant.
.... Ici nous ... ? ... séances récréatives pour distraire nos Russes et Polonais. Hier soir sauterie polonaise. Le chef Polonais tient très bien son monde en main, tous les soirs à 10h1/2 prière et chants religieux devant un autel qu'ils ont monté dans leur quartier, le dimanche tout le monde va à la messe en colonne par trois. Mais ils ne s'aiment pas avec les Russes et on doit toujours faire des manifestations séparées, mais j'agis avec assez de diplomatie et me suis assuré la sympathie des uns comme des autres. Tout à l'heure concert dans le jardin en face du centre par une musique militaire d'un régiment de zouaves, on fait placer des fauteuils et des chaises....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 23 mai 1945, adressée à Granie à Bourg:
".... catastrophe, l'unité à laquelle je m'étais rattaché change de S.P., c'est maintenant le 70482, les lettres vont donc encore voguer de tous cotés. Un de mes lieutenants a reçu d'un coup 32 lettres ! Nouveaux déménagements ici, on parlait de m'enlever les Russes et les Italiens pour les regrouper ailleurs et me donner exclusivement les Polonais, mais on vient de changer d'avis et on va m'enlever les Polonais et Italiens pour me spécialiser avec les Russes que j'ai réussi à apprivoiser. Mon camp a une excellente réputation et tout le monde veut y venir. Je vais monter à 25 km d'ici une annexe pour y mettre mes 500 Polonais qui sont démoralisés de s'en aller, du nouveau travail en perspective.
... Ici mondanités la nuit dernière à S.
(Spire) à une quinzaine de km d'ici. Bal organisé par la Croix Rouge au bénéfice des prisonniers et déportés rapatriés. J'y suis allé avec mes officiers, 3 officiers Russes et 3 jeunes filles Russes. Bien réussi, on a dansé jusqu'à 2h. L'élément féminin était représenté par ces dames et demoiselles de l'armée féminine auxiliaire. Demain cinéma on vient nous prendre en autocar....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 25 mai 1945, adressée à Granie à Bourg:
".....Aujourd'hui grande opération de police que j'ai menée au titre de Commandant d'Armes : arrestation de tous les chefs nazis (15) de la ville. Opération faite à 7h du matin comme ils faisaient chez nous. Les gens ont été pris au saut du lit.....

pm lettre du 27 mai 1945
pm lettre du 29 mai 1945
Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 1er juin 1945, adressée à Granie à Bourg:
".....et oui comme vous le dites, mon centre est une vrai petite ville de 1500 habitants avec hommes, femmes et enfants (38 en dessous de 6 ans pour lesquels fonctionne une nursery). Mes Polonais vont partir dans un petit camp que je viens d'aménager à 25 km d'ici pour les séparer des Russes.....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 6 juin 1945, adressée à Granie à Bourg:
"...... J'ai repris en effet quelques kilos.... je faisais 69 kg, il ne faut plus que j'augmente ou je redeviendrais le gros monsieur d'autrefois. Mes Polonais m'ont quitté il y a 3 jours, grande réception la veille de leur départ, il ne me reste donc plus que 1150 Russes...... les hommes parlant peu allemand et personne ne parlant français chez eux c'est par l'intermédiaire de 2 jeunes filles déportées qui parlent allemand que nous pouvons nous faire comprendre. C'est assez compliqué car pour dire à mon chef de détachement Russe ce que je veux il faut que ce soit traduit d'abord en allemand par un interpréte allemand-français à une de mes 2 Russes qui traduisent en russe à l'officier. L'une de ces interprétes a été déportée de Leningrad à 16 ans (??) séparée de son père sa mère et sa soeur dont elle n'a jamais eu de nouvelles depuis, elle a travaillé en Allemagne et aussi pendant 2 ans 1/2 à Cherbourg aux fortifications. Et cette situation est celle de la plupart de mes administrés.....son père devait être quelque chose comme conservateur des eaux et forêts et sa mère professeur dans un lycée. ...
pm lettres des 7 et 11 juin 1945, Maurice Rougier a été en voiture à Constance pour voir De Lattre, visite sans résultats.
Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 15 juin 1945, adressée à Granie à Bourg:
"....... beaucoup de travail: un convoi de 1200 Russes que je dois emmener à Chemnitz, 300 de chez moi et 900 d'un camp voisin. Ils devaient partir aujourd'hui mais les camions ont fait défaut au dernier moment et le départ est remis à quelques jours. Le voyage durera 2 jours en camions sans trop savoir où on s'arrêtera en route et assez de vivres froids pour la durée du trajet. A Chemnitz on passe la ligne américano-russe les autorités soviétiques les prennent en compte et les amènent d'abord à Dresde. Si le rapatriement continue à ce rythme je pense que dans 1 mois mon camp sera vidé.
... mon médecin est encore une fois descendu à Paris, il a été aux Imbergères à 9h1/2 du soir et Mère était déjà couchée. Il avait amené avec lui un Russe et une Russe pour leur faire visiter Paris qui sont revenus pleins d'admiration. Je pensais aller à Paris 2 jours le 18 juin mais j'ai dû abandonner le projet à cause de mon voyage à Chemnitz....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 18 juin 1945, adressée à Granie à Bourg:
"...... j'ai failli aller à Paris pour aujourd'hui et voici mon aventure, samedi l'idée me vient, poussés par 2 officiers de chez moi, d'aller là-bas en délégation avec eux et quelques Russes. Nous partons donc en 2 voitures à 5h du soir pensant arriver à Paris le dimanche pour midi. Mais nous étions trop chargés dans ma Peugeot 402, mon chauffeur Marcel, moi, 2 Russes et des vivres de route en quantité car on ne savait pas trop comment on pourrait manger à Paris (où je pensais descendre chez Mère avec mes hôtes) et après 4 crevaisons successives et sans roue de secours j'ai dû rebrousser chemin à Kaiserslautern et rester ici après un voyage de toute la nuit. L'autre voiture qui me précédait avec le docteur est je pense arrivée à bon port. Mes Russes, plus que moi, étaient bien entendu désolés de ne pouvoir continuer la route pour voir Paris avant de regagner la mère Patrie.
Mes phénomènes commencent à partir, hier 150, aujourd'hui autant, on les amènent en camion en zone américaine à 100km d'ici, d'où ils sont embarqués en chemin de fer. Départs sensationnels avec drapeaux rouges sur les camions, portraits de Staline, chants, embrassades etc..
.... que de mondanités, presque trop, surtout avec les Russes il faut ingurgiter force verres de vin blanc d'un seul trait et je ne suis pas très fort là dessus.....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 24 juin 1945, adressée à Granie à Bourg:
"..... Mes Russes me causent des ennuis en ce moment, 150 qui étaient partis hier en zone américaine pour embarquer ont été refusés à leur arrivée et m'ont été renvoyés après 400km de route en camions. Quelques mauvais éléments se sont glissés dans de nouveaux arrivés et ils boivent beaucoup. Avant hier ils se sont disputés avec mon poste français, une sentinelle (??) a tiré en l'air et ça a été le déclenchement d'une bagarre où un tirailleur indigène a eu l'oeil au beurre noir. .... nous attendons la visite de D.
(De Lattre de Tassigny) à la fin de la semaine, gros préparatifs en conséquence, on n'avait pas encore besoin de celà !....
.... Le père d'Yvette n'est pas encore rentré s'il est en zone russe car ils ne veulent pas laisser rentrer nos prisonniers, pourquoi mystère !

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 27 juin 1945, adressée à Granie à Bourg:
"......Mes Russes sont un peu calmés depuis l'autre jour. J'ai interdit aux boches de leur vendre du vin dont ils ne savent pas user avec modération. Mais ces départs toujours remis ne sont pas sans les énerver. On pensait avoir des camions pour en emmener 400 à Leipzig vendredi mais voilà que c'est remis à dimanche. Mon camp recommence à se gonfler de tous ceux qu'on ramasse encore dans la campagne et me revoilà à 1200. Avec ça visite de D.
(De Lattre de Tassigny) prévue dimanche et grands préparatifs. Je compte le faire recevoir par quelques jeunes filles Russes qui lui offriront des fleurs et ensuite lui donner au foyer une petite exhibition de danses et chants avec coupe de champagne.
J'espère venir comme vous me le proposez du 10 au 20 juillet, si possible en voiture soit avec un de mes officiers qui poussera jusqu'à Vichy où il doit aller en permission, soit avec ma voiture, mon chauffeur remontant ensuite à Vittel en permission. Il me tarde de vous revoir.....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 1er juillet 1945, adressée à Claudet à Bourg:
"...Ici grande nouveauté depuis ma dernière lettre: 700 Russes sont partis hier en chemin de fer pour Leipzig, demain probablement autant et je n'aurai plus personne sauf quelques isolés - parait-il d'ailleurs assez nombreux - encore répandus dans la nature et qu'on va récupérer. La visite de D.
(De Lattre de Tassigny) est remise à quelques jours et je crains que si je n'ai pas de Russes il ne vienne pas me voir....

Extrait de la lettre écrite de Germersheim le 3 juillet 1945, adressée à Granie à Bourg:
"..... nouveau départ ce matin de 250 qui laisse mon centre à peu près vide. Mais quels vandales, malgré toutes mes recommandations tout est à moitié cassé, les paillasses déchirées, une saleté indescriptible. Il ne reste plus qu'une douzaine ici, officiers et cadres qui prospectent la campagne pour faire rentrer les récalcitrants. Car il y en a à qui ça ne dit rien de revoir leur paradis.
Rien de neuf en ce qui concerne la visite de D.
(De Lattre de Tassigny) qui doit défiler demain à Berlin dit-on. Je pense partir en permission peut-être avant le 10......
.....Le convoi d'aujourd'hui est parti à Prague en camions, 2j 1/2 de voyage.....

Maurice Rougier a reçu un témoignage de reconnaissance du commandant Russe lors de la fermeture du Camp de réfigiés Russes (en russe et traduit).
Pour mémoire, liste du personnel français du centre.
Maurice Rougier a été en permission à Bourg du 10 au 20 juillet 1945. A son retour, il a pris de nouvelles fonctions au Gouvernement Militaire Français en Allemagne.

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