Lettres de guerre de Maurice Rougier
du 4 mars au 8 avril 1945

(il est officier de liaison entre la 1ère Armée et le 2ème Corps d'armée)

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pm lettre écrite de Besançon le 3 mars 1945 par Maurice Rougier à Grannie
Extrait de la lettre écrite de Gérardmer ? le 4 mars 1945, adressée à Granie à Bourg:
"Dimanche 4 mars
Chères dames
J'ai fait hier soir avec les Fournier un gueuleton sensationel dont la plus belle pièce était un superbe brochet de 8 livres......
Je suis parti avec mon camion
(de Besançon), ce matin à 7h et suis arrivé à G. (Gérardmer très probablement ?) à 11h30. Le général (De Lattre de Tassigny, n'est pas là, il est en permission jusqu'à samedi et je n'ai pu voir encore le Chef de l'EM (le chef d'état major, cad l'adjoint direct du général), qui change aussi, mais au cabinet on m'a laissé entendre que je resterai probablement ici en attendant son retour. Je ne vous donne donc pas de secteur postal car si c'est pour en changer dans quelques jours vos lettres seraient perdues.
....je suis provisoirement logé dans un hôtel où se trouve la popote, dans une chambre luxueuse avec chauffage central ! Il parait que si on reste on est mis chez l'habitant et c'est beaucoup moins bien. Menu de la popote vraiment sans restriction, je regrette de ne pouvoir vous en envoyer quelques parts.
MV me dit qu'il a une occasion pour Bourg, ne vous étonnez donc pas de recevoir cette lettre par cette voie extraordinaire....
Je suis content de mon voyage et je vais bien, Affectueux baisers à toutes trois
Maurice

Extrait de la lettre écrite de Gérardmer le 8 mars 1945, adressée à Granie à Bourg:
"...je suis ennuyé de rester si longtemps sans nouvelles de vous et j'espère que vous allez bien. Mais le coup est régulier et tous les camarades se plaignent de rester de 15 à 20 jours sans nouvelles de chez eux à leur arrivée.
Je fais mes petits stages ici en attendant mon affectation, j'ai fini hier avec le 1er bureau et je commence aujourd'hui le 2ème....
Je vais bien mais dois faire attention à ne pas trop manger ni boire car ici on n'est guère privé à ce point de vue....

Extrait de la lettre écrite de Gérardmer ? le 9 mars 1945, adressée à Granie à Bourg:
"vendredi 9 mars 1945
...Notre petite ville est dans une vallée de 900m à peu près de large, une rivière claire et rapide coule au fond.....Ces pauvres gens des bureaux mènent une vie bien sédentaire qui ne ma plairait guère leurs seules promenades paraissent être celles qui sont nécessaires pour se rendre chez eux ou à la popote, avec ça on mange et on boit trop, de quoi devenir malades, même le soir après dîner ils remettent ça au Bureau jusqu'à 10 ou 11heures ! J'espère que je pourrais avoir quelque chose qui me permette de faire un peu plus de plein air. ....
Suivez vous les nouvelles ? achetez les journaux et écoutez la radio pour ne pas vivre en marge du monde. Avez vous vu le grand succès des Américains qui viennent de passer le Rhin entre Bonn et Coblence en enveloppant une dizaine de divisions Allemandes qui sont bien mal en point, ils ont déja établi une tête depont
(à Remagen) de 6km au delà du Rhin - la 1ère - et il n'y a plus que 550 km entre eux et les Russes qui sont partis de leur côté à l'attaque de Berlin. Les Allemands paraissent bien bas et s'ils n'étaient asticotés par les gens du parti, je crois qu'ils feraient bien Kamarades ! Il parait, en tout cas, que même une fois battus les nazis 100% préparent une guerre de partisans et un maquis, Hitler et toute sa clique se réfugierait dans un réduit constitué par le Tyrol. Ici c'est assez calme, parait-il, le long du Rhin mais des patrouilles traversent toutes les nuits le fleuve et viennent embêter nos postes.
Ce soir grand dîner à toutes les popotes qui se répartissent 40 journalistes belges en ballade.
Je voudrais bien toucher mon équipement américain sans tarder car ma vareuse est lourde et me serre l'épaule qui me fait de ce fait un peu mal, mais il parait qu'il faut attendre que je soit affecté, j'ai la liste sous les yeux, on touche des tas de choses manteau, vareuse, imperméable, couvertures (2), et je serais obligé à ma prochaine permission de vous remettre une partie de mes affaires....

Extrait de la lettre écrite de Gérardmer ? le 12 mars 1945, adressée à Granie à Bourg:
".... En tout cas excellent accueil dû certainement en grande partie, à mes relaions avec D. (De Lattre de Tassigny). J'ai été mardi soir à dîner par le Général V, chef d'état major partant, qui est également de la 49ème promotion....
Ci joint carte d'alimentation inutile ici....

pm lettre du 13 mars 1945

Extrait de la lettre écrite de Gérardmer ? le 16 mars 1945, adressée à Granie à Bourg:
"Chères dames
toujours rien de vous. Ici le Chef vient de rentrer de Paris où était toujours le Général
(De Lattre) , avec mon affectation comme officier de liaison au 2ème corps (voir l'avis de mutation officiel). Je fais mes préparatifs de départ, je serai dans une localité bien alsacienne que vous connaissez à 25 km au SO de notre ancienne garnison (donc Molsheim, à 25km au SO de Strasbourg) ..... Je suis content de cet emploi qui me fera un peu ballader sur les routes et me permettra en même temps de reprendre le contact avec la guerre moderne......
Je fais attention à ne pas trop manger ni surtout trop boire, il faut se réadapter petit à petit à cette nourriture riche à laquelle on n'était plus habitué (viande matin et soir - vin à discrétion etc ..)

Extrait de la lettre écrite de Molsheim ? le 18 mars 1945, adressée à Granie à Bourg:
"...J'ai rejoint mon nouveau PC hier soir. Bon accueil, je suis cette fois logé chez l'habitant, éviudemment moins bien qu'à l'hôtel où j'étais........J'ai commencé aujourd'hui mon travail de liaison et viens de faire 120km. J'ai une voiture et un chauffeur qui conduit très prudemment.... Les opérations marchent très bien et toute l'Alsace va être libérée demain peut-être.

Extrait de la lettre écrite de (au nord de Strasbourg) le 22 mars 1945, adressée à Granie à Bourg:
"...Je vous plains beaucoup de manquer de viande, tapez sur le cochon ! je regrette de ne pouvoir vous faire participer à nos agapes, il y a longtemps que je n'avais si bien mangé. Je suis à la popote du Général (le Cdt du 2ème Corps d'Armée), et je vous prie de croire que la cuisine y est bonne. Vous savez que je suis dans un EM analogue à celui où j'étais parti en 39-40, mon rôle consiste à faire la liaison entre lui et l'échelon supérieur.......
J'ai traversé Strasbourg hier et j'ai fait un crochet par notre maison...... notre quartier a assez souffert et notre maison a reçu une bombe et est démolie, notre balcon a sauté, les étages en dessous ont moins souffert.....
Nous avons déménagé hier et sommes monté vers le nord. Je suis pas mal logé. Nos troupes ont passé la frontière
(au nord de Starsbourg) et mordent déja un peu en Allemagne mais les Boches bien que mal en point se défendent toujours. Bien entendu que j'entends parfois le canon, mais assez loin et assez sourd.
Merci à Fanne et Claude de leur petit mot, félicitations pour leurs places. Mais il faut dire à Maman ce que vous faites et ne pas rentrer à 8h du soir sans prévenir. Je vous embrasse tendrement. Maurice

Extrait de la lettre écrite de (15km au Nord de Strasbourg) le 24 mars 1945, adressée à Granie à Bourg:
" ..... Je suis maintenant à une quinzaine de km de notre ancienne garnison. les nouvelles d'aujourd'hui sont sensationnelles: les Boches ont évacué la rive gauche et les Américains ont même réussi à passer à Oppenheim. On active les préparatifs de pénétration en Bochie....

Extrait de la lettre écrite de (15km au Nord de Strasbourg) le 26 mars 1945, adressée à Granie à Bourg:
"... encore rien de vous aujourd'hui. Je croyais à partir de votre lettre du 15 continuer à recevoir de vos nouvelles plus régulièrement. Avant hier soir grans dîner ici offert à D. (De Lattre de Tassigny) j'en étais et il m'a fort gentiment reconnu...
Hier dimanche j'ai assisté à la grand messe, foule énorme et beaux choeurs par les alsaciens. Je suis logé chez des gens très aimables. Le père, maltraité par la Gestapo, est à moitié paralysé, la vieille mère et la jeune fille d'une vingtaine d'année parlent bien français. Je couche dans une salle à manger ... un lit confortable, et la salle de bain - sans bain - est mise à ma disposition pour la toilette.
Les Américains continuent leurs succès, ils viennent de prendre Darmstadt et sont à 15 km de Francfort sur le Main, les boches ont l'air d'être en déroute de ce côté et leur situation me parait beaucoup ressembler à la nôtre en mai et juin 40. J'ai touché la plus grande partie de mes effets américains, aussi je suis bien encombré de tout ce que j'ai emporté, j'ai maintenant 2 capotes, 2 vestes et tout à l'avenant, j'ai aussi un lit de camp et une tente, ils ne manquent vraiment de rien, quelle organisation ! on touche même du papier hygiènique !! ....

Extrait de la lettre écrite de (15km au Nord de Strasbourg) le 29 mars 1945, adressée à Fannie à Bourg:
".... Je circule toujours beaucoup, j'en suis depuis mon arrivée à mon 3ème cantonnement, j'ai toujours été chez des alsaciens me paraissant très bons français et qui m'ont fort bien reçu, dans mon cantonnement précédent on m'a fait ma lessive, ici on m'a invité hier à manger une tarte à l'alsacienne et à boire la goutte et la fille de la maison m'a reprisé mes chaussettes. Mais tout ça va bien changer en Bochie où nous allons aller incessamment....."

Extrait de la lettre écrite de (en Allemagne, rive gauche du Rhin, Nord de Strasbourg) le 31 mars 1945, adressée à Claude à Bourg:
"samedi 31 mars 1945, Ma chère Claudet
Nous voici quelque part en Allemagne depuis hier. C'est moins confortable et avenant qu'en Alsace. Par mesure de sécurité, on fait évacuer un quartier en 2 h et on s'installe dans les maisons. Le quartier est cerclé de barricades et gardé par des sentinelles et sauf les services compétents personne ne doit fréquenter les Boches. Il va sans dire qu'il y a de nombreuses reprises. Nous sommes dans une localité agricole et partout les maisons regorgent de provisions: confitures, beurre ou margarine, sucre et même chocolat provennat des colis à nos prisonniers. Les placards de la maison où sont nos bureaux sont remplis d'un nombre de paires de souliers en cuir et caoutchouc d'hommes et femmes auprès duquel ma dotation n'est rien..."

Extrait de la lettre écrite de (en Allemagne, rive droite du Rhin) le 3 avril 1945, adressée à Granie à Bourg:
"Voila quelques jours que je ne vous ai écrit car nous étions en déplacement. Les affaires marchent bien et nous avons traversé le Rhin. Hier au cours d'une randonnée j'ai traversé Mannheim en voiture, spectacle apocalyptique, rien que des ruines et c'est une ville plus grande que Strasbourg ! Les bombardements de la RAF sont vraiment terrifiants. Quelques ombres errantes seulement le long des murs....
Nous sommes actuellement depuis hier dans une assez grande ville des bords du Rhin, pas démoile du tout. Le Boches sont corrects. Nous récupérons au passage quelques prisonniers et déportés Français bien heureux de nous voir arriver. Vu M. ce matin qui se prépare à foncer avec ses blindés.....

Extrait de la lettre écrite de (en Allemagne) le 8 avril 1945, adressée à Granie à Bourg:
"...Je reçois enfin de vous un paquet de 5 lettres, toutes celles que vous m'avez écrites depuis la première adressée par l'intermédiare de Faivre....
Nous déménageons souvent, nous sommes actuellment dans une petite ville à moitiué détruite, il ne reste debout qu'un quartier de villas où nous sommes installés, il n'y a évidemment plus d'eau ni électricité.... Les boches qui étaient encore là ont été mis en demeure de nous céder la place et ça fait plaisir de leur rendre la monnaie de leur pièce. Nous mangeons leurs provisions et Dieu sait s'ils en ont ! confitures, vins, etc.. etc..qu'on leur reprend avec beaucoup d'autres choses. Il faut qu'ils sachent ce qu'est la guerre et qu'ils en souffrent comme nous en avons souffert. J'espère bien qu'on vous enverra bientôt leurs provisions puisque vous me dites que votre ravitaillement marche fort mal. Ici comme je vous le disais - à part la vie dans les caves qu'ils avaient organisée - ils ne paraissent pas manquer de grand chose: toutes les femmes ont des bas et des souliers de cuir et tout le monde respire la bonne santé.
Les opérations marchent bien, assez de prisonniers et peu de pertes. Quelques malchanceux.... Il faut faire attention, les lignes sont loin d'être continues et on peut ainsi tomber dans un traquenard quand on va vers l'avant.... Je continue à faire tous les jours 100 à 110 km, ce métier n'est pas déplaisant mais je préférerais quelque chose où j'ai plus de responsabilité. Hier nous avons eu la visite du Général de Gaulle, grand tralala, je l'ai vu passer en voiture mais je n'ai pas assisté à la réception, je n'ai pas de bureau ni de personnel propre, mais vis plutôt avec le 3
(le 3ème Bureau) ......

Le 10 avril le Lt-Colonel Rougier a changé d'affectation, désigné pour diriger un camp de prisonniers étrangers à rapatrier à Germersheim.

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